Retour aux "fondamentaux" à l'école: à vos calculettes
Ce mercredi matin, la radio me réveille :
... retour aux fondamentaux, retour aux fondamentaux...
De quoi s'agit-il, me demandè-je, embrumé. De la stratégie de la Société Générale ? De la situation boursière ? L'expression fondamentaux appartient au vocabulaire financier...
Non, il s'agit de la réforme de l'école.
Les fondamentaux » , donc, c'est apprendre à lire et à compter (vraiment, que faisaient donc ces foutus instituteurs jusque-là ? ), grammaire à l'ancienne , (comme la confiture) et puis quelques plus : la Marseillaise, le drapeau, la morale ( » à l'ancienne aussi, j'imagine), la politesse. Et puis une heure de plus de sport et, cerise sur le gâteau de Xavier Darcos, une heure d'histoire de l'art .
La vraie réforme » , la réforme la plus concrète, est un peu éclipsée dans les commentaires de ma radio : la réduction de la durée des cours à l'école. Deux heures de moins par semaine.
Toujours dans mon demi-sommeil, je compte mentalement. Deux heures retirées d'un côté, quelques heures de politesse à l'ancienne, de sport et d'histoire de l'art ajoutées de l'autre.
Au moins quatre heures de moins, donc, pour les fondamentaux ?
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Le retour des FONDUS MENTAUX!!!!
Enfin une mesure courageuse qui va rendre à la France la place qui lui revient dans l’histoire des civilisations.
Il ne manque que:
- le rétablissement du port de la blouse grise afin de renforcer le sentiment d’égalité entre tous les enfants de la République
- l’ abolition de la mixité dans un souci moral évident
- le rétablissement du Certicat d’Etudes Primaires et du concours d’entrée en 6ème pour les enfants méritants des classes inférieures, qui pourraient ainsi bénéficier après l’âge de 14 ans (âge normal d’entrée en apprentissage ) d’un complément de scolarité assuré dans des établissements adaptés à leur handicap culturel initial ( Cours Complémentaires )
Ainsi seront réhabilitées les valeurs qui nous sont si chères et qui ont été trop longtemps galvaudées:
Travail…. Famille …… Patrie
Signé: Un patriote anonyme
« les fondamentaux », toujours cette notion d’Ordre, de base, de notions essentielles…de celles, je présume, galvaudées par la licence de 68, qui n’a que trop duré. Et bien sûr notre bling/bling Président va secourir nos âmes égarées.
Le fondamental dans l’enseignement, de la petite section de maternelle à la dernière année de polytechnique ? Le désir d’enseigner et de transmettre. Un peu comme en politique…la perversion en moins. Mais la peur, l’angoisse du lendemain, la pression d’un credo issu de la finance et de l’entreprise semble annihiler tout discernement. Les choses en sont au point qu’aujourd’hui, un gamin qui s’ennuie à l’école fait l’objet d’un dépistage de précocité intellectuelle; telle autre qui échoue, est multibilanté (dyslexie, dysorthographie, dys, dys, dys…); tel qui s’agite est mis sous Ritaline. Le credo: personne n’a de problème, il n’y a que des incompétences passagères que la sûreté (non pas de l’Etat !) du diagnostic scientifique va qualifier, puis traiter (si possible !), en tous les cas assigner à une place, ouf !. Le mal de vivre ? Le blues des parents ? La peur de l’un de perdre son emploi, la peur de l’autre d’être larguée ? Et les questions restées sans réponses pour l’enfant qui questionnait pourtant ?
Des vieilles rengaines bien sûr, de baba attardé (qui sait: fumeur de chichon ?) . C’était un temps…où les patrons n’avaient pas décidé de délocaliser à tour de bras pour revenir… à leurs fondamentaux…
A l’heure de l’Europe, l’apprentissage de la Marseillaise n’est il pas un peu dépassé, il serait temps de passer à autre chose, apprendre à nos enfants à aimer les espagnols, les italiens, les allemands, les grands bretons, les marocains, les algériens…. la tolérance et le respect des autres si peu différents !
A propos de la énième réforme proposée/imposée. Et de ce que je connais le mieux pour l’avoir enseigné : le français.
Bien que mangeant du Sarko tous les jours (mais il faut faire bouillir longtemps pour attendrir, et napper de ketchup pour cacher le goût), je suis pour qu’on redonne davantage de temps à l’acquisition des fondamentaux. Cela parce que les fondamentaux, comme leur nom l’indique, fondent une personne dans sa relation au monde qui l’entoure : si vous lisez mal, si vous parlez mal, si vous écrivez mal, vous communiquez mal : mauvaise compréhension de tout ce que vous pouvez recevoir, mauvaise expression de ce que vous pouvez penser. Il suffit de parcourir forums et blogues (et je ne parle même pas des skyblogs) pour entrevoir en cette matière l’étendue de la catastrophe.
Et ça se ferait au détriment des autres acquisitions ? En apparence oui car elles auraient moins de temps. En apparence seulement : si vous voulez que vos tapisseries, vos carrelages tiennent, si vous voulez que vos meubles ne pourrissent pas, il vous faut partir de murs bien construits et d’un toit bien étanche. Construits trop vite avec de mauvais matériaux. Attention, tapisseries, carrelages et meubles ne sont pas de l’accessoire, ils relèvent eux aussi de l’indispensable : c’est juste qu’ils ne peuvent venir et tenir qu’après la construction solide des bases. Mes chers parents avaient bâti maison sur un terrain mal stabilisé : dix ans après, les murs et le carrelage étaient tout zébrés de fissures. Donc, à refaire.
Apprentissage systématique et méthodique de la grammaire, oui. Il y a une logique : vous partez de la base, le nom (et ses substituts), puis ses déterminants, puis ses expansions, vous aboutissez au groupe nominal, ensuite seulement vous pouvez étudier les fonctions de celui-ci dans une phrase où les mots assemblés en ordre font alors sens. Rien de fasciste, rien de conservateur là-dedans ; tout de logique, qui révèle aux enfants que notre monde est un monde d’interactions (les « fonctions »), un monde où, grâce à ce travail de réfelxion et d’apprentissage, ils auront une chance de ne pas aller en aveugles manipulés par des discours qu’ils ne sauraient pas comprendre, pas évaluer.
Apprentissage systématique et méthodique de l’orthographe, bien plus logique qu’on ne le croit, malgré les exceptions et incohérences que, beaux cartésiens que nous croyons être, nous avons entassées au fil des siècles. La ponctuation, les majuscules, car elles ont un rôle. Et attention, si je ne me battrai pas pour « nénuphar », « cuissots » et « cuisseaux », si je ne m’opposerai pas à l’évolution des graphies, à la création de néologismes (au contraire) je me battrai pour le respect des accords masculin/féminin singulier/pluriel, la maîtrise des temps et des modes de conjugaison. Toujours les bases, la maîtrise de l’identité, de l’espace et du temps…
Pas de passéisme. Je souhaite que nos enfants aient un avenir, et un avenir qu’ils maîtrisent avec une boite à outils complète, solide, variée (foin des outils multi-prises bons à tout bons à rien), pas un gloubiboulga mou, flou, pauvre (ah le « trop »…), qui les fait moutons de mauvais bergers pourvus, eux, de ces outils dont ils auront privés les masses.
[Edit] Et on rajoute l’histoire de l’art ! Je suis à titre personnel (coucou mon fils ;-) bien placé pour savoir que c’est important. Mais b… de m…, où va-t-on placer le nouveau gadget de NS ?
(b… de m… = bisque de martinon. J’applique déjà les consignes de politesse de Nicolas Darcos, moi)