
Aux Etats-Unis, la récession est « terminée »… tous les mois
« The recession is over », la récession est terminée nous assure Newsweek à sa une, avec un beau ballon bleu. Il n'est pas le seul : Slate pense la même chose, mais à y regarder de plus près, le signataire de l'article est le même, Daniel Gross (Newsweek comme Slate appartiennent au groupe Washington Post).
Forbes a grillé la politesse de Newsweek/Slate, puisque ses chroniqueurs spécialisés le claironnaient dès mai, « the recession is over » ; ce qui n'empêchait pas le magazine, le mois suivant, de se poser encore la question pour la Grande-Bretagne : « is UK recession over ? »
Quels sont les signes invoqués pour décréter la fin de la récession ? Des inflexions de tendances ici et là ; des indices ascendants répondant « à la règle des trois P » (prononcés, persistants, pénétrants) ; des petits signes épars dont le décryptage rappelle un peu la lecture de l'avenir dans les entrailles d'oiseaux.
Les ventes immobilières, la bourse, le nombre d'heures de travail manufacturé sont de nouveau en hausse. Le signe le plus spectaculaire (il faut le dire vite) est la décrue des demandes d'emploi en juin, qui a beaucoup excité les
économistes optimistes :

Les zones grises indiquent les précédentes récession. Selon le chercheur Robert Gordon, les demandes d'emploi commencent toujours à redescendre un mois avant la fin officielle de la récession.
A mon sens, tout cela est à prendre avec une extrême prudence. Compte tenu des facteurs en jeu (la fragilité de la santé du système
financier et bancaire), mieux vaut ne pas trop faire confiance aux « capteurs » habituels. Tant que le chômage continue de grimper, parler de reprise est toujours un peu téméraire : c'est une reprise pour les chiffres, pas pour les êtres humains.
D'autant que ces prévisions ne sont pas forcément dénuées d'arrières pensées. Elles ont lieu en effet en marge d'un vif débat sur la nécessité ou non de poursuivre les efforts de relance. Une bonne partie des économistes américains jugent que Barack Obama est allé trop loin dans le « stimulus » de l'économie, le déficit budgétaire dépassant aujourd'hui 9% du PIB (soit trois fois la limite que les européens s'étaient fixée dans le traité de Maastricht ! ). Hostiles à la poursuite de la relance, ils souhaitent donc convaincre l'opinion qu'elle est désormais inutile, la reprise étant déjà « dans les
tuyaux »…
Question : pour décréter le début d'une récession, on se base sur deux trimestres consécutifs de baisse du PIB ; pourquoi ne retient-on pas un critère symétrique (deux trimestres de croissance constatée) pour en siffler la fin ?

Illustration : une page de calendrier « avril 2009 » proposée par Visnu.
- 5486 visites
- Version imprimable
Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89
Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)
Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)
En savoir plusAccrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.
123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque

























4
De Le Yéti
yetiblog.org | 13H08 | 27/07/2009 |
Bien vu le coup des deux mois de hausse du PIB pour mesurer la fin (provisoire ou non) de la récession.
Attendons avis autorisé de la ministre Lagarde qui en est, elle, à son dix-huitième mois consécutif de prévision de reprise.
De franc parleur
anarchieevangelique.wordpress.com | 13H12 | 27/07/2009 |
Cette histoire de reprise est décidément bien décousue.
De gribouillemoqueur
13H45 | 27/07/2009 |
La chute de la production a été telle depuis la fin de 2008 qu'il est normal que les industriels reconstituent leurs stocks. On va avoir pour le second trimestre 2009 des statistiques contradictoires sur l'activité économique qui pourront laisser espérer à une reprise. Mais cette soi-disante reprise risque très rapidement d'apparaitre comme un feu de paille avec avec la chute de la consommation liée à la montée inexorable du chômage. Wait and see ?
De Jean-Jacques Louis
18H12 | 27/07/2009 |
En passant à hauteur du 30e étage d'un building, le type qui tombe de la fenêtre du 80e se dit que, jusqu'à présent, tout va bien.
C'est pareil pour l'économie expliquée à ceux qui croient tout. Et la plupart des gens croient tout ou, en tout cas, presque tout.
Chaque mois quand sont publiés les chiffres de l'emploi, c'est la panique. Mais après une quinzaine de jours, sous l'effet lénifiant des informations ceux qui ont encore leur emploi oublient les chiffres catastrophiques publiés deux semaines plus tôt et se remettent à consommer jusqu'aux mauvais résultats suivants ; deux autres semaines plus tard.
Aux USA (le modèle à suivre), CIT (banque) et Verizon (téléphonie fixe) annoncent des dégraissages massifs. On va donc paniquer pendant une dizaine de jours mais après, cela ira mieux.
Mais il faut continuer à guerroyer en Irak, en Afghanistan, au Pakistan. Même en suspendant le coûteux programme de l'avion F-22, il ne restera pas grand-chose au contribuable pour se remettre à consommer valablement.