
Nicolas Sarkozy kärcherise encore La Princesse de Clèves
Aux amateurs de vidéos de Sarkozy-ayant-l'air-pompette, je recommande celle-ci, que le site, jusque-là pourtant peu facétieux, Elysee.fr a mis en ligne jeudi. On y voit le président de la République vanter, dans un centre de vacances en Loire-Atlantique, le travail des bénévoles, à qui il veut offrir un bouquet de points de retraite et de médailles (« vous savez, les symboles, ça compte »).
Un passage a arrêté mon œil, ou plutôt mon oreille. Avoir fait du bénévolat, explique-t-il, devrait être une expérience reconnue par les concours administratifs, car après tout, « ça vaut autant que de savoir par cœur “La Princesse de Clèves” ». Après un silence, il ajoute : « Enfin… j'ai rien contre, mais enfin, mais enfin… parce que j'avais beaucoup souffert sur elle. » (Voir la vidéo.)
Ce n'est pas la première fois que Nicolas Sarkozy s'en prend ainsi à « La Princesse de Clèves ». En février 2006, à Lyon, le futur candidat déclarait ainsi à des fonctionnaires :
« L'autre jour, je m'amusais, on s'amuse comme on peut, à regarder le programme du concours d'attaché d'administration. Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d'interroger les concurrents sur “La Princesse de Clèves”. Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu'elle pensait de “La Princesse de Clèves”… Imaginez un peu le spectacle ! »
Même si tout cela est dit sur le ton de la plaisanterie, il y a de quoi s'interroger. Nicolas Sarkozy trouve complètement inutile l'enseignement de ce chef-d'œuvre de subtilité, premier roman moderne, roman qui a ouvert la voie à tous les autres.
Tenus par un ministre, de tels propos avaient déjà de quoi choquer. Portés par le président de la République française, ils sont plus affligeants encore.
Certes, il n'est nul besoin d'avoir lu « La Princesse de Clèves » pour faire un bon agent public. Mais pourquoi tourner en dérision les enseignants qui essaient de faire passer aux jeunes générations un texte capital de la littérature française, qui a fait vibrer et réfléchir tant d'hommes et de femmes, de Voltaire à Camus, en passant par des millions d'anonymes ? Ou alors, le Président a cité « La Princesse de Clèves » comme il aurait pu prendre un autre exemple « Les Pensées », « Illusions perdues », « le Nœud de vipères »… Mais ce serait pire encore.
Non, monsieur le Président, vous n'avez pas souffert « sur elle ».
Jeudi, il ajoutait même, pour faire rire son auditoire :
« J'ai beaucoup souffert sur elle. »
« Sur elle », quelle bonne blague ! Eh bien non, Monsieur le Président, pas « sur elle », car justement, « La Princesse de Clèves » est une femme imprenable. Vous pouvez être « sur » les médias, « sur » le Parlement, « sur » les grandes entreprises, mais sur elle, vous ne pouvez pas.
En revanche, vous pouvez relire le roman. Après tout, vous allez peut-être le redécouvrir. Passions, jalousies, tourments : il y a des similitudes entre la cour du roi Henri II et la vôtre. Cela ne vous demandera pas un gros effort : deux petites heures de vos vacances à Brégançon. Le livre est même en ligne dans sa version intégrale sur Inlibroveritas.net.
Et si d'aventure vous changez d'avis, si « La Princesse de Clèves » parvient à vous habiter un tant soit peu, ce serait une bonne nouvelle pour la fonction présidentielle. Afin de vous aider à vous y replonger, voici les premières lignes du roman, magnifiques de simplicité :
« La magnificence et la galanterie n'ont jamais paru en France avec tant d'éclat que dans les dernières années du règne de Henri second. Ce prince était galant, bien fait et amoureux ; quoique sa passion pour Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois, eût commencé il y avait plus de vingt ans, elle n'en était pas moins violente, et il n'en donnait pas des témoignages moins éclatants.
Comme il réussissait admirablement dans tous les exercices du corps, il en faisait une de ses plus grandes occupations. C'étaient tous les jours des parties de chasse et de paume, des ballets, des courses de bagues, ou de semblables divertissements ; les couleurs et les chiffres de Mme de Valentinois paraissaient partout, et elle paraissait elle-même avec tous les ajustements que pouvait avoir Mlle de la Marck, sa petite-fille, qui était alors à marier… »
► Mise à jour, 2 décembre 2008. Un lecteur, Jean-Michel, m'écrit cela :
« J'ai peut-être trouvé le fin fond de l'histoire dans un papier du Figaro d'hier. En fait, la raison pour laquelle Sarko a descendu ce bouquin en flèche est peut-être beaucoup plus simple que ce qu'on croyait jusqu'à présent. Ce n'est sans doute pas parce qu'il “avait beaucoup souffert sur elle” comme il l'a dit et redit. On apprend dans Le Figaro d'hier (article “La culture générale chassée des concours de la fonction publique”, page 13) que, selon André Santini, la secrétaire de Sarko, fonctionnaire de catégorie C, a échoué à un concours interne parce qu'elle ne savait pas qui avait écrit “La Princesse de Clèves”, “un sujet qui divise jusqu'aux spécialistes”, selon Santini. Voilà, tout s'explique. L'énigme est peut-être enfin résolue. La réalité est donc beaucoup plus terre à terre. J'aurais adoré connaître le bobard que nous aurait pondu Sarko si sa secrétaire s'était plantée au concours sur le nom de l'auteur de Belle du Seigneur ou du Voyage au bout de la nuit (les livres préférés de Sarko si j'en crois la presse). Ou plus drôle : l'auteur des Mémoires de guerre… »

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De carolusmagnus
07H57 | 26/07/2008 |
Il y a bien longtemps que cet individu a démontré qu'il était totalement inculte. Il aime mieux s'intéresser au fric qu'à la culture. Il s'en est pris à « la Princesse de Clèves » parce que c'est peut-être le seul titre de bouquin qu'il connaisse. On pourrait lui conseiller de lire plus pour gagner plus en considération ?
http://charlesbottarelli.typepad.com
De Mazens
Citoyen | 09H05 | 26/07/2008 |
Un peu pénible l'anti-sarkozysme primaire. Évidemment, sur le principe, ce n'est pas fin, devant les caméras de mettre en balance la lecture et sa « méritocratie ».
Médit, médit, il en restera toujours quelque chose.
Mais enfin, il est pénible cet élitisme ! N'a t-on pas le droit d'avoir souffert à l'école ? N'a t-on pas le droit d'avoir croisé des profs nuls ne sachant faire passer l'intérêt de la Princesse de Clèves ?
Suis-je un abruti si ce type de lecture me saoule ? Et quand bien même j'en aime beaucoup d'autres, je n'autorise personne à juger mes goûts.
Et au delà de la réaction anti-sarkozyste, pourquoi ne pas relever la proposition intéressante, de reconnaître le bénévolat ? Il existe beaucoup de personnes investies dans la vie du pays, qui pour certains poussent l'engagement à la limite du sacrifice.
A nous oppposer de plus en plus fréquemment votre élitisme et votre anti-sarkozysme primaire, vous risquez bien d'ouvrir un boulevard au populisme de ce dernier, qui aura beau jeu de vous opposer à cet opinion, ce « on » qui a peu de chance de se reconaitre dans vos réactions.
à Mazens
De 98heures
indépendant | 13H07 | 26/07/2008 |
Il y a du juste dans ce que vous dites.
Cette phobie culturelle qui se dévoile dans les propos de NS trouverait sans doute ses fondements dans la psychanalyse (probablement liée aux brimades subies au cours de l'enfance exécrable d'un élève plus que médiocre).
Cependant il est probable que cette allusion à un certain « élitisme » souvent assimilé à la gauche est volontaire chez Sarkozy, on pourrait la résumer à un « ils parlent, moi j'agis » assez grossier.
Ce genre de petite phrase n'est pas anodine selon moi et au risque de lui prêter plus d'intentions qu'il n'en a, je dirais que ce genre de petit détail fait simplement partie d'une stratégie plus globale visant à opposer la gauche intellectuelle à la droite d'action.
Alors que retenir de ce discours si ce n'est son intention de valoriser le bénévolat (même si la gauche l'a dèja fait).
finalement, deux idées passent : l'une dans la forme (anti-gauche intello) et l'autre dans la fond (droite agissant pour les bénévoles) à travers un discours se limitant à un simple « est-ce qu'un forgeron a besoin de savoir lire pour faire son métier ? ».
Nous tombons hélas dans le piège et le résultat est frappant, le preuve en lisant les commentaires, le débat se réduisant à argumenter sur l'utilité d'enseigner tel ouvrage et sur sa légitimité en tant que classique, et tout cela sur fond d'anti-sarkozysme.
Là ou je vous rejoint, c'est lorsque vous dites qu'il « nous ouvre un boulevard au populisme », et je dirais même plutôt qu'il nous y entraine malgré nous.
j'ose qu'avouer que c'est cela qui m'inquiète le plus chez lui.
à Mazens
De Spiripotain
dilettante | 22H17 | 26/07/2008 |
'Anti-sarkozisme primaire ». Oui et des deux mains. Anti-Berlusconi primaire aussi et anti-Bush primaire également. Parce que, malheureusement, on en est là… Vous ne trouvez pas que les expulsions compulsives d'immigrés, que l'augmentation de 30% du nombre des détenus, que les 15 milliards de cadeau fiscal aux plus riches, que la remise des ex-brigadistes aux italiens, que la destruction des services publics ne sont pas primaires, peut-être ? Ce sont des mesures raffinées, subtiles, d'une grande intelligence ?
De laplote
hello | 09H21 | 26/07/2008 |
De JéGo
observateur | 09H27 | 26/07/2008 |
Moi qui croyais que le Président, le soir, devant la cheminée, lisait parfois la « Princesse de Clèves » pendant que son épouse troubadour lui jouait un air de guitare. C'était ça, l'image que j'avais du couple présidentiel. Ce n'est pas exactement comme ça que ça se passe ? Alors, là, vraiment, je suis déçu.
De reveric
Rillard | 10H22 | 26/07/2008 |
je n'ai pas lu ni étudié « la princesse de Clèves ». Mais je vais lire cet ouvrage plutôt que de continuer à regarder ce petit avocat d'affaire flatter des bénévoles dont il n'a que faire dans sa caste sociale.
De aquoiboniste
11H18 | 26/07/2008 |
Me destinant à ces concours administratifs et ayant déjà eu pas mal d'échos sur leur déroulement… aïe c'est dur de dire ça… bon j'y vais… bah voilà quoi je suis d'accord avec lui…
Après avoir eu mon bac L, m'être mangé 5ans d'études supérieures j'aimerai bien qu'on me juge sur des choses un peu plus concrètes que la Princesse de Clève et ceci sans aucun jugement sur cette oeuvre, la question n'est pas là.
Ces concours favorisent de toute façon ceux qui ont la culture dominante et il serait temps de réfléchir à réformer les concours qui sont si poussiéreux.
De Emma T
TBBT addict. | 12H09 | 26/07/2008 |
Peu m'importe car moi, Madame de Lafayette, remercie de tout mon coeur le Sieur Sarkozy de Nagy-Bocsa de l'immense publicité -c'est bien ainsi que vous parlez du commerce des idées païennes n'est ce pas ? - qu'il fait à mon ouvrage.
En effet, jamais depuis le XVIIème siècle on avait à ce point fait usage de mon nom pour symboliser ce qu'il ne convient pas de lire.
Je crois cependant comprendre que votre Président ne fait pas l'unanimité et qu'au titre d'une rébellion de bon aloi, le nombre de mes lecteurs augmente de façon inversement proportionnelle à l'aversion qu'il éprouve pour mon roman. On me dit ce jour que les maîtres de vos collèges s'empressent d'en exiger la lecture et que les humanités ne seront considérées comme complètes qu'après s'être bien instruit de mes pages.
Mme de Clèves et Monsieur de Nemours se joignent à moi pour souhaiter à Monsieur Sarkozy de comme nous traverser les siècles en aussi bonne santé.
De danvar83190
la grande muette | 12H37 | 26/07/2008 |
pauvre nicolas, il bafouille, disantqu'il ne boit jamais d'alcool ; normalement il y aurait peu de chance qu'il soit un peu ivre. d'ailleur lors de sa visite au salon de l'agriculture contrairement au président précédant, il n'a pas bu et pas mangé grand chose, choquant pratiquement le monde agricole (ses électeurs) parcontre heureux de revoir Mr CHIRAC apprécier les bonnes choses de la vie, en goutant allégrement à beaucoup de plats, fromages, charcuterie, vin avec modéraion. le président mouille sa chemise pourrait être positif pour lui. mais ce discours est assez bizarre, hésitation, balbuciment, ce n'est passon genre. Guéno doit être en vacances et à pas écrit son texte, ca se voit. d'habitude parfait, avec de ironie, moquerie, c'est tres limpide. de là à dire qu'il a bu peut-être ne supporant pas l'alcool on voit ça. si tel n'était pas le cas sans discours préparé il est vraiment pas bon, ou alors il souffre d'hyper-activité et là il a grand besoin de repos sur un yacht d'un pote milliardaire, ou voir un docteur pour ce problème, ou des vitamines s'il est fatigué. consulté un spécialiste semblerait la meilleure solution hyper-activité, tic nerveux, sourire sans cesse (même lors de moment solannel ou grave). un mauvais souvenir de l'école (mauvais élève) ? enfin putain 4ans
De vol19
awash | 14H47 | 26/07/2008 |
valorisation du bénévolat « des points en plus »…qui s'oppose à :
« connaître par coeur la princesse de Clèves »….« j'ai rien contre »…« j'vous dis çà parque j'avais beaucoup souffert sur elle »… noter le « sur »…
Qui connaît de nos jours par coeur la princesses de clèves ? …
La princesse de Clèves ne jouit pas, de son corps, et son idéal relève davantage d'une quête de l'absolu, d'autrechose ; ce qui semble t-il est là, l'insoutenable pour le président marqué par le sceau : jouissance et pragmatisme (orientation vers le concret et le pouvoir).
La fonction publique doit bien garder une part d'idéal, de bien commun, donc un peu de sublimation et de quête d'autrechose… ?
De AdamPollo
"out of disorder" | 15H50 | 26/07/2008 |
Cher M. Riché,
Donc le président dit : « Avoir fait du bénévolat, devrait être une expérience reconnue par les concours administratifs, car après tout, ça vaut autant que de savoir par cœur “La Princesse de Clèves” “.
Je comprends de votre critique que vous n'êtes pas d'accord avec cette proposition sarkozienne. Une simple analyse logique me fait penser que vous estimez l'étude approfondie de la Princesse de Clèves plus appropriée, pour démontrer les compétences d'un candidat en matière d'administration, que ses expériences dans le bénévolat, quelles qu'elles soient.
Si l'on vous suit donc, avoir administré avec succès un club sportif ou une association caritative a moins de valeur que la lecture assidue des grands classiques, au regard d'un concours administratif.
Pouvez-vous élaborer un peu votre ‘raisonnement’ ? Car là, finalement, on ne voit qu'une affirmation, en rien étayée.
Je vous aide. Qu'est ce qui selon vous rend La Princesse de Clèves aussi indispensable pour les candidats à nos administrations, et comment justifiez vous que son étude est prépondérante par rapport à n'importe quelle expérience ‘sur le terrain’ ? Quand vous aurez répondu de manière convaincante à cette question, votre article deviendra plus crédible que ce qu'il est pour le moment : une critique asymptotiquement nulle d'un ‘journaleux’ tatillon qui ne trouve rien d'autre que des petites bêtes pour alimenter sa rancœur politique.
Bien à vous,
Adam Pollo
à AdamPollo
De aquoiboniste
23H51 | 26/07/2008 |
Et oui c'est plus facile de mettre un petit rond que d'argumenter…
Du sport ? De l'associatif ? Mais pour quoi faire dans l'administration ? On sait très bien que les agents territoriaux sont d'autant plus efficaces s'ils s'expriment comme des nantis. Ex : Comment élaborer une bonne politique publique si on a pas lu Balzac ?
En sociologie de l'administration la question du contenu des concours est de plus en plus étudiée et discutée, cette question est donc plutôt pertinente, même si elle sort de la bouche de notre président.
Je suis tout à fait d'accord pour qu'on encourage la lecture en primaire et secondaire mais à partir d'un certain stade on se spécialise et je ne vois pas en quoi la littérature aurait la primeur sur d'autres disciplines.
Ps : Beaucoup de psy constatent que sarkozy obsèdent de plus en plus certains de leurs patients… à méditer…
à aquoiboniste
De vol19
awash | 11H57 | 27/07/2008 |
@ aquaboniste
Dommage que les posts ne répondent pas assez au sujet de fond, celui polémique et néanmoins intéressant de AdamPollo a été replié.
En quoi une culture générale classique est-elle un critère pertinent de sélection dans un examen… pour la fonction publique ? davantage que du pragmatique, de l'action ?
Certes, nous sommes dans une période et un régime qui cherche à dévaloriser la réflexion, la culture au profit de l'action pragmatique (concret, action, pouvoir). Dans ce cadre, cette remarque sur la Pincesse de Clèves n'est pas anodin et pour ceux qui défendent la valeur de la culture, éducation, cette valorisation de la Princesse de Clèves dans de nombreux posts est un salutaire contrepied.
Il n'empêche, la question posée sur la pertinence et les types de contenus culture générale dans les examens peut être posée ? Il y a sans doute des spécialistes.
Au début des années trente, ma mère me raconta maintes fois, que petite pequenote d'une campagne paumée de la bourgogne du sud, quoique que bonne élève, fût collée à un examen pour accéder à un cours d'infirmière sur le sujet « décrivez les Pensées de Pascal » ce dont dans son milieu et à son âge,quatorze ans, elle n'eu jamais entendu parler.
La question posée, c'est si ce type de questions classiques au fond ne tend pas à reproduire indirectement un ordre social indépendament des aptitudes ? Aujourd'hui, les bibliothèques sont bien équipées et tout le monde peut dans la pratique accéder à ce type de savoirs encore faut-il en avoir envie…
Il y a quelques années, j'ai du dans une ville fréquenter régulièrement un cybercentre communal pour prendre mes mails taper des courriers. Le centre était tenu par deux filles très cosmétiquées BCBG, en contrat « emploi-jeunes », du style « lofstory ». Un jour, pendant que je tapais mon courrier, j'entendis l'une d'elle parler de son examen la veille à ce type de concours de la fonction publique… j'ai pu comprendre qu'il y avait une rédaction sur le thème de la mort, elle disait qu'elle n'avait rien su quoi dire… et des questions de culture générale, qu'elles commentaient… Elle s'était fait étendre et selon ses dires, partit une heure avant la fin. Le comportement de cette jeune fille était très désagréable, sans limites, pour ce que l'on avait à faire dans ce cadre, parlait tout le temps que d'elle (l'espace était petit), allumait les usagers régulier et devenait agressive si l'on ne répondait pas à ses exigences d'attention, au point que je du cesser d'y aller. Ainsi, je me suis fait la remarque que l'examen de culture générale et la façon dont elle en parlait, avait quand même revélé quelquechose sur sa personnalité et même exclut de l'examen sur quelquechose qui n'aurait pas été visible dans un entretien, car elle avait une bonne présentation.
Donc, il semblerait que la motivation à lire à s'intéresser à des thèmes classiques ou contemporains, sublimer, signe quand même quelquechose au niveau des attitudes.
à vol19
De aquoiboniste
13H36 | 27/07/2008 |
Tout à fait ! mais pour reprendre l'exemple de la mort on peut très bien disserter correctement dessus sans connaître la littérature adéquate, il faut surtout comprendre les enjeux de la question et produire un plan logique. Si on peut glisser des citations et des références c'est bien sûr un gros avantage…
« Si l'école aime à proclamer sa fonction d'instrument démocratique de la mobilité sociale, elle a aussi pour fonction de légitimer - et donc, dans une certaine mesure, de perpétuer - les inégalités de chances devant la culture en transmuant, par les critères de jugement qu'elle emploie, les privilèges socialement conditionnés en mérites ou en “dons” personnels. A partir des statistiques qui mesurent l'inégalité des chances d'accès à l'enseignement supérieur selon l'origine sociale et le sexe et en s'appuyant sur l'étude empirique des attitudes des étudiants et de professeurs ainsi que sur l'analyse des règles -souvent non écrites - du jeu universitaire, on peut mettre en évidence, par-delà l'influence des inégalités économiques, le rôle de l'héritage culturel, capital subtil fait de savoirs, de savoir-faire et de savoir-dire, que les enfants des classes favorisées doivent à leur milieu familial et qui constitue un patrimoine d'autant plus rentable que professeurs et étudiants répugnent à le percevoir comme un produit social. » Bourdieu Passeron
Voilà ce qui m'agace. Je ne rejette pas la culture dominante loin de là, mais j'ai conscience de la chance que le hasard m'a offert de naître dans une famille ayant le goût de la lecture et l'intention inconsciente ou non de le transmettre. J'ai des amis qui n'ont pas eu cette chance, je ne les trouve pas plus idiots pour autant.
Tout le monde parle des bienfaits de la culture et non pas du problème de l'accès à celle-ci, et que l'on n'ose pas me parler de bibliothèque ou de musées gratuits car on sait très bien qu'il s'agit d'une question d'habitude, d'éducation et non d'argent. Sarkozy est inculte, en a nourrit une certaine frustration et se venge aujourd'hui ? ? ? Sans blague ! ! ! Ca va on le sait, il est élu on ne va pas en rajouter une couche. Mais il n'est pas responsable du creuset qu'il existe entre classes dominantes et populaires au niveau de la culture.
Et j'ai parfois eu l'impression en lisant certains messages, quelques uns forts bien écrits pour par ailleurs, de ne voir qu'une exhibition de supériorité. Une fierté d'être si distingués…
à aquoiboniste
De AdamPollo
"out of disorder" | 14H15 | 27/07/2008 |
Il me semble que la « validation des acquis » est une notion largement aussi pertinente, dans le monde du travail, que la Culture générale. Par exemple, l'administrateur bénévole d'un club sportif, après quelques années d'expérience, aura de bonnes notions de gestion, d'organisation, de rapports humains, bref tout un savoir faire pragmatique directement utile et utilisable au sein d'une petite administration ou d'une entreprise. La lecture de tous les Cid et tous les Andromaque n'est pas inutile en soit, elle donne un vernis culturel et peut servir d'assise à la réflexion, mais elle ne sert à rien en l'occurrence, dans l'administration.
Il est tout à fait intéressant de voir nos intellos de forum mépriser ceux qui n'ont pas lu Clèves, les qualifier d'inculte, comme si la Culture se limitait à la littérature classique. Connaître les plantes, les fonds marins, la thermodynamique, la mécanique, etc., ça n'est pas de la Culture ? Est-ce moins « présentable » ?
Petite anecdote. Je connais personnellement un intellectuel en vue dans ce pays dont je tairai le nom par respect, mais il est très réputé et généralement considéré comme quelqu'un d'extrêmement cultivé. Il n'y a pas longtemps j'ai essayé de lui expliquer pourquoi un avion mettait moins de temps pour rentrer à Paris depuis NYC, que pour y aller ; j'ai tenté de lui expliquer que le référentiel de l'avion, c'est la masse d'air dans laquelle il évolue, mais que cette masse d'air elle-même bouge (c'est ce qu'on appelle trivialement « le vent ») : je lui ai dessiné les vecteurs vitesse qui s'additionnent (un truc de collégien…), et ce grand intellectuel bardé d'épistémologie, imbibé de grands classiques, nourri aux œuvres littéraires majeures, est resté hermétique, au point qu'il a cru que je me foutais de sa gueule (ce que, j'avoue, j'ai fini par faire, énervé par l'étendue du gouffre d'inculture que j'avais devant moi).
Un vrai effet miroir : il devait me trouver inculte de ne pas avoir lu en détail la Critique de la Raison Pure, je le trouvais crétin de ne pas comprendre ce qu'est, finalement, le vent.
La question que je pose à l'auteur est simple : pour la plupart des humains, est-il plus utile de comprendre ce qu'est le vent, ou d'avoir lu Kant en long, en large et en travers ?
Je sais qu'en France, mère des arts, des armes et des lois, on n'aime pas le mot UTILE. Dès que c'est utile, ce n'est plus considéré comme de la Culture. C'est vil et suspect. C'est trop pragmatique, trop anglo-saxon, et oui disons le, trop « libéral ».
J'ai vu un superbe reportage Ushuaïa l'autre jour, il se passait chez les indiens d'Amazonie : maîtrise totale de leur environnement, des plantes, des racines, des animaux, de l'eau… Je me suis posé la question de la culture, je me suis dit que si j'allais chez eux ils me prendraient sûrement pour un inculte. Alors pour crâner je leur sortirais mon exemplaire de la Princesse de Clèves, ce qui leur clouerait le bec à coup sûr : ces indiens d'Amazonie seraient ridicules dans nos salons et à la terrasse de nos cafés de Flore ; on rigolerait bien à leurs dépends.
La question qui se pose, en somme, est : qu'est la Culture ? Et son corollaire : est-ce que ce qui est pragmatiquement utile n'est pas de la Culture ? « Utile » est-il devenu un gros mot ?
C'est, je pense, la question posée par Sarkozy. L'auteur a préféré enculer les mouches et se focaliser sur une supposée « kärchérisation » de l'œuvre, plutôt que de se demander de quoi les futurs administrateurs ont vraiment besoin (ce qui est la vraie question posée).
M. Riché attend-il de son boulanger de pouvoir disserter avec lui sur les œuvres de Kierkegaard ?
à AdamPollo
De Pépé la Jactance
insituable | 17H49 | 27/07/2008 |
« Il est tout à fait intéressant de voir nos intellos de forum mépriser* ceux qui n'ont pas lu Clèves, les qualifier d'inculte, comme si la Culture se limitait à la littérature classique. »
Je n'ai pas vu quelque « intello » de ce blogue mépriser ceux qui n'ont pas lu le roman de Mme Lafayette. Et ce ne saurait être mon cas. Si vous avez des noms et des citations pour corroborer vos accusations, n'hésitez pas à les donner.
Je le dis d'autant plus aisément que je partage votre idée qu'une culture est un ensemble qui ne saurait se limiter à des livres de littérature, qu'une personne est cultivée aussi bien par ce qu'elle a appris de la vie que par ce qu'elle a lu, qu'on aurait autant de plaisir sinon plus à rencontrer les peuples de l'Amazone que votre tête d'oeuf épistémologue et nul en vol aérien.
C'est juste que moi je n'oppose pas l'un et l'autre, que j'essaie de concilier les deux. Et que je ne suis pas dupe des raison profondes du mépris sarkozyen.
* Mais ça ne vous a pas gêné de vous « foutre de la gueule » de ce pauvre malheureux d'épistémologue comme moi (en plus de n'avoir moi aussi rien compris, et j'en suis penaud, j'ai la phobie de l'avion) dépourvu de ce merveilleux esprit pratique qui vous caractérise (on va finir pas se demander si vous avez un défaut). Et TOC – heu, et toc ; -)
(Beaucoup de matières scolaires ne m'intéressaient pas. Je n'en suis pas fier, et je ne me permettrai jamais de juger que leur enseignement est inopportun)
à Pépé la Jactance
De AdamPollo
"out of disorder" | 18H03 | 27/07/2008 |
Si, A-Nonyme, lisez bien certaines interventions, on y décrit comme « incultes » ceux qui n'apprécient pas l'œuvre de Mme de Lafayette (dont je l'avoue je fais partie).
Je n'oppose pas l'un à l'autre moi non plus, contrairement à ceux, ici présents, qui nous parlent d'inculture. Je lis beaucoup, j'apprécie certaines œuvres classiques, d'autres moins classiques (il ne vous aura pas échappé que j'ai piqué mon pseudo à un magnifique roman de Le Clézio, qui me semble plus intéressant que Mme de Lafayette ! )
Bref… Je trouve qu'en France on a un problème avec la culture, ce qui est mis en évidence dans ce forum. La culture est trop stéréotypée, on méprise presque systématiquement ce qui est « utile », on porte aux nues la Littérature comme si c'était la panacée et que par elle seule pouvait jaillir la réflexion et la philosophie.
Je me suis foutu de la gueule de cet imbécile car il fait partie des méprisants, des élitistes, de ceux qui se posent au dessus de la mêlée, surtout si elle est faite de « petites gens », alors qu'il aurait tellement à en apprendre ! Lui s'est contenté de se gaver de littérature, ce qui n'est finalement pas si difficile à faire. Je pense qu'il a compris que ses grands auteurs ne lui ont pas permis de comprendre ce qu'il ressent pourtant chaque jour quand il sort de sa bibliothèque : le vent !
Pour moi, un bon artisan boulanger fait autant preuve de culture qu'un épistémologue chevronné.
Je ne trouve pas qu'« utile » soit méprisable.
à Pépé la Jactance
De AdamPollo
"out of disorder" | 18H23 | 27/07/2008 |
« Beaucoup de matières scolaires ne m'intéressaient pas. Je n'en suis pas fier, et je ne me permettrai jamais de juger que leur enseignement est inopportun »
Il ne me semble pas que Sarkozy dise que l'enseignement de la littérature soit inopportun. Il dit que le bénévolat (par exemple administrer un club sportif ou une association caritative) donne au moins autant de cartouches à un prétendant à un poste dans une administration, que la lecture de La Princesse de Clèves. C'est ce qu'on appelle aussi « l'expérience ».
Sur ce point je lui donne raison, je trouve qu'en France on ne donne pas assez de place aux acquis sur le terrain, et trop à la culture académique.
Dans les pays anglo-saxon, on voit le choses différemment. Aux USA par exemple, si vous avez été capitaine d'un équipe de football ou avez administré bénévolement une association, il faut absolument le mettre sur votre CV, car ils y attachent - à juste titre - une grande importance.
Supposez que vous êtes patron d'une PME et que vous cherchiez une assistante qui organise votre emploi du temps : feriez vous d'emblée plus confiance à une agrégée en littérature qui a passé son temps dans la bibliothèque de la faculté, ou à une jeune femme qui a dirigé une association sportive, en a géré le budget et les activités ? Le problème c'est qu'en France, on ne reconnaît trop souvent que le diplôme, le bagage académique, bien plus que l'acquis.
Vous parlez du mépris sarkozien… Je ne sais s'il méprise la littérature, mais on peut imaginer qu'elle n'est pas essentielle pour lui. Encore une fois, la France est un pays singulier où l'on critique un dirigeant parce qu'il n'est pas fortiche en littérature… S'il était nul en maths, ou en musique, ou en sciences naturelles, ce n'est pas grave, mais la littérature, là c'est un crime de lèse culture franchouillarde !
Et puis qu'est-ce qui prouve qu'il est si inculte que cela ? Longtemps Chirac est passé pour un gros plouc buveur de bière, jusqu'à ce qu'on se rende compte qu'il a une grande culture dans certains domaines étonnants.
Mettons la chose dans l'autre sens : supposons que Sarkozy soit une référence absolue en littérature : OK, et alors ?
Très, trop français, ce débat !
à AdamPollo
De donjipe
journaliste pqr | 19H13 | 27/07/2008 |
@AdamPollo Le vrai problème est que le Chef de l'Etat ne saurait en aucun cas mépriser les éléments culturels fondateurs du pays qu'il prétend diriger. La formation académique aujourd'hui fait justement trop fi des lettres et de la pensée pour donner une priorité à des matières et des modes de pensées purement appliqués et tendent à former des spécialistes obéissants et non des généralistes compétents.
L'expérience d'un bénévole n'est ps rédhibitoire et est même un plus. Elle n'est pas antinomique avec un peu de culture personnelle que chacun acquiert à sa manière et suivant ses goûts. La formation scolaire, elle, a pour objectif aussi de former des citoyens et des adultes à même de penser par eux mêmes. C'est contre ça que veut aller une certaine frange et singulièrement des organisations comme le Medef.
Il est vrai pour répondre à un autre post que parfois on dresse la culture élitaire comme un barrage devant ceux qui n'ont pu y avoir accés pour les empêcher d'accéder à certains cercles. Mais là aussi, quelque soit son milieu d'origine, les cas sont nombreux de ceux qui n'ayant pas hérité d'un capital culturel on su se le construire. Ce qui leur manque alors c'est plutôt le réseau de relations qui fait qu'un (au hasards hein) Jean Sarkozy médiocre trouve plus facilement à se caser qu'un jeune lambda. Ce qui est vrai pour le fils du nain l'est dans toutes les régions de notre pays et le fils de tel ou tel notable s'appuiera sur un réseau pour trouver une situation que sa médiocrité n'aurait pas dû lui permettre d'obtenir.
Pour en revenir à la Princesse, qu'il ait buté dessus, ce n'est pas grave. Que certains (j'en suis) ne l'aient pas lue encore moins. Mais qu'un président se rengorge de son mépris culturel est intolérable. Son discours est pour le moins minable et il y avait d'autres façons plus dignes de sa fonction pour mettre en avant le rôle incontournable des bénévoles (combien de clubs de sports ne survivent que grâce à eux ? ) et la richesse qu'apporte ce type d'engagements. Mais diriger la France sans savoir lire (ou écrire) n'est absolument pas compatible avec un pays où l'écrit, fut il virtuel, les cultures (pas seulement élitiste mais aussi populaires ou contestataires) en sont le socle commun. Telle est l'impasse de Nabotléon qui se vante de sa bêtise comme un vendeur de voiture alors que la lecture de Shakespeare l'instruirait des complexités du pouvoir et celle d'un Bernanos (je déteste ce catho) d'un Barrès, d'un Rolland… lui permettrait de saisir les fondements de notre nation. Il pourrait aussi sur sa lancée lire nos grands historiens et essayistes puis se lancer dans la philo autre que celle de ses médiocres soutiens. Et là peut être, il pourrait être candidat à quelque chose. Où céder à la tentation des grands : Prous, Céline… ou se faire son propre itinéraire comme chacun de nous apprend à le faire dans les rayons de librairies, bibliothèques, discothèques (Bardelivien et Carla, quand même il pousse) et cinémathèque (il apprendrait qu'avant Clavier il y eu un Raimu par exemple et pourrait comparer).
Enfin, plutôt que de justifier la difficulté pour certains d'accéder à la culture, aux livres, au net aussi… il est quand même payé pour mettre en place les politiques qui permettront de mettre fin à ces formes d'exclusion
De Gina Grimont
17H42 | 26/07/2008 |
Mais il est toujours bourré ce mec ou quoi ?
De Citoyenne_lambda
19H04 | 26/07/2008 |
Lisons, relisons La princesse de Clèves !
Ouvrons lui une haie d'honneur : faisons circuler ce livre, offrons le si possible, chaque fois que possible !
De Spiripotain
dilettante | 21H58 | 26/07/2008 |
Sarko parle mal français, c'est un fait déplorable mais malheureusement acquis. On ne le changera pas, c'est toute son éducation qui serait à refaire.
Mais ne nous trompons pas, Sarko ne méprise pas la Princesse de Clèves, dont il se moque, mais tous ceux qui trouvent un intérêt dans un savoir non utilitaire. L'ancien est détestable pour Sarko, le savoir non-utilitaire lui est également détestable. Sarko est dans la tétanisation du présent. L'image de l'érudit qui consacre sa vie à ronger des manuscrits dans les bibliothèques, et qui donc se place hors du temps, est totalement répulsive pour quelqu'un qui ne connait que l'action, le mouvement, la jouissance immédiate. En cela, Sarko est le digne héritier d'une bonne vieille tradition d'extrême-droite, vigoureusement anti-intellectuelle, qui cultive le culte de l'action et brûle volontiers les livres sur la place publique.
Le bling-bling n'est pas une blague, c'est une idéologie.
De Natalia
09H28 | 27/07/2008 |
Et en plus, mine de rien, Nicolas Sarkozy voudrait nous faire croire qu'il a lu La Princesse de Clèves ! Quelle forfanterie ! Qui peut le croire ? Vous imaginez la scène ? L'endroit ? Sur le yacht ? Le falcon ? Au lit à l'Elysée ? Petit enfant dans sa chambre ? A Rome avec Bigard ? Chez Johnny ?
à Natalia
De AdamPollo
"out of disorder" | 16H46 | 27/07/2008 |
Il l'a lue sans doute comme vous et moi, au collège, ça l'a bien emmerdé, il n'en a rien retenu si ce n'est un ennui profond. Je m'amuse de voir cette levée de boucliers généralisée : on dirait que l'immense majorité des forumeurs de Rue89 ont étudié en détail cette œuvre et l'ont adorée ! foutaise…
Et puis, est-ce si méprisable de ne l'avoir pas lue, ou pas aimée ? Je connais tout un tas de gens, artisans, paysans, ingénieurs, femmes de ménages, qui n'ont lu ni La Princesse de Clèves ni la majorité des grands classiques, et qui ne s'en portent pas plus mal. Ils / elles ont des connaissances ou des savoirs autres, parfois très subtiles et complexes, qui n'ont certes pas leur place dans les salons de nos intellos auto-proclamés ou sur la terrasse su Flore. Mais qui sont bien utiles. Je sais, UTILE, c'est trivial, c'est dégoûtant, dans ce pays où seule compte la Culture (dont j'aimerais d'ailleurs qu'on me donne la définition).
La mécanique, n'est-ce pas de la culture ? la connaissance de la flore et de la faune, c'est nul et non avenu, parce qu'utile d'un point de vue pragmatique ? La nature ne nous apporte t-elle aucun thème de réflexion ?
Qu'est-ce que la culture ?
Direz-vous à un indien d'Amazonie qu'il est inculte car il n'a lu aucun livre ? Prétendrez-vous qu'un paysan du Bengale ou qu'un chasseur de Nouvelle Guinée est inculte ? Pourtant toutes ces personnes ont bien des choses à vous apprendre, bien plus que Mme de Lafayette…
Je vais parler un peu de moi, vous me pardonnerez. Je viens d'un milieu ouvrier, quand j'étais adolescent dans ma propre famille on me traitait de « connard » car j'étais un intello. J'ai fait des études supérieures, je suis diplômé de deux grandes écoles dont je tairai le nom par discrétion. Je fais partie de ce que certains appellent une « élite », j'évolue dans un domaine extrêmement technologique, dans lequel s'exprime la matière grise issue des meilleures formations académiques. La plupart de mes collaborateurs sont très performants intellectuellement, et très cultivés. Mais…
Une des personnes qui m'impressionnent le plus sur cette planète est la tante de mon épouse martiniquaise. Cette « tatie » est la représentation même de la doudou antillaise en chemise fleurie et chapeau de paille ; elle a un niveau d'instruction très faible, n'a jamais entendu parler de Clèves ni d'Andromaque, a fait des ménages pendant une grande partie de sa vie… Mais quand elle m'emmène en forêt, qu'elle me montre comment trouver de l'igname sauvage, m'explique les vertus de chaque plante, m'apprend comment elle se soigne avec telle fleur ou telle feuille, me raconte la vie dans les « habitations », les interactions entre les différentes îles des caraïbes, et surtout, quand elle s'exprime, se comporte avec les autres, les rassure et les aide, je me sens comme un tout petit enfant devant son professeur… Je me dis qu'elle a tellement de choses à m'apprendre, et que moi, avec ma Princesse de Clèves ou mon traité de mécanique des fluides, je suis un petit con.
Posez-vous cette question : qu'est-ce que la culture, et est-ce que ce qui est utile est forcément douteux ?
Bien à vous,
Adam Pollo
à AdamPollo
De Natalia
18H32 | 27/07/2008 |
Vous ne faites qu'opposer une culture à une autre.
Mais la culture n'est-ce pas d'abord le respect, sans hiérarchisation ni préjugés ? On peut détester la Princesse de Clèves ou l'aimer, qu'importe. Pour ma part, je n'y vois pas d'inconvénient. Mais on ne dit pas n'importe quoi quand on ne comprend pas comme le fait notre je-sais-tout-national. C'est tout. Je ne sais pas ce que vous connaissez vraiment des « paysans du Bengale » ou des « chasseurs de Nouvelle Guinée ». Pour ma part, assez peu de choses, d'ailleurs lues dans les livres… Pour autant je ne crois pas que ma culture soit supérieure à la leur. Ni l'inverse. Que voulez vous prouver au juste ?
Au fait, Adam Pollo, vous n'auriez pas trouvé ce nom dans un livre ? Le procès-verbal de JMG Le Clézio ? Au hasard ?
à Natalia
De AdamPollo
"out of disorder" | 18H45 | 27/07/2008 |
« Vous ne faites qu'opposer une culture à une autre. »
Non, justement, je n'oppose rien, mais surtout je ne qualifie pas d'incultes ceux qui n'apprécient pas la littérature classique (comme on l'a trop vu ici).
Pour moi la culture est un tout, elle ne se limite pas à la littérature, elle comprend les sciences, l'environnement, la musique, l'artisanat, bref tout ce qui fait que les humains ne sont pas des animaux ordinaires.
Les indiens d'Amazonie ont eux aussi une Culture, qui ne passe pas par les livres. Ils se foutent intégralement de Clèves et ne s'en portent pas plus mal. Ma tatie martiniquaise également…
En ce qui concerne le Bengale, je connais assez bien pour des raisons qui me sont personnelles. Un grand nombre des paysans y sont illettrés, mais là encore cela ne signifie pas qu'ils sont incultes… Sinon une majorité des humains le serait (inculte) !
Relisez bien les posts dans ce forum, le mot « inculture » a été souvent employé par certains qui semblent que considérer que ne pas apprécier la littérature classique est un scandale. Se faisant ils méprisent une grande partie de notre humanité : c'est tout ce que je dis.
Vous avez reconnu Le Procès Verbal de Le Clézio, bravo. J'aime la littérature, j'ai même partagé un moment de ma vie avec une écrivaine (du Bengale), j'aime particulièrement Le Clézio, Coetzee et bien d'autres… mais n'ai pas aimé Mme de Lafayette !
Si ça se trouve, Sarkozy a aimé le Procés Verbal, qu'en pensez-vous ?
à AdamPollo
De donjipe
journaliste pqr | 19H29 | 27/07/2008 |
Le problème est là. Sarkozy n'a rien lu d'autre que des rapports administratifs, des dossiers et des magazines de montres. Votre gout pour toutes les cultures est plus que louable et vos exemples bien choisis. Ma grand mère (ma famille est ouvrière aussi) lisait peu mais avait de multiples savoirs et savoirs faire. Elle regrettait souvent de ne pas avoir eu « la chance de mieux apprendre à lire et écrire » car, faisant beaucoup de fautes, elle n'osait pas trop nous écrire.
Ce que méprise le nain ce n'est pas seulement ce livre, c'est tout savoir qui produirait des citoyens trop indépendants pour devenir des rouages de la machine. Quand à l'inutilité des connaissances littéraires, j'en doute un peu… Elles sont au moins aussi utiles que celles en matière de physique quantique et offrent par exemple des types de raisonnement qui sortent de ceux tous formatés de dirigeants formés tous d'une façon identiques et qui conduisent souvent leurs entreprises ou administrations de la même façon catastrophiques.
à donjipe
De AdamPollo
"out of disorder" | 23H53 | 27/07/2008 |
Le problème c'est que vous lui faites un procès d'intention. Que savez-vous de ce qu'il a lu, pas lu, de ce qu'il a aimé, pas aimé ? Il dit avoir souffert sur La Princesse de Clèves, je pense qu'il n'est pas le seul, j'ai moi aussi détesté, je ne pense pas faire partie des moins cultivés de ce pays (mais il faut déjà savoir ce qu'on entend par « cultivé »).
Bref, on pense ce qu'on veut de Sarkozy, mais faire de la polémique de la moindre de ses petites phrases prouve simplement que l'on est impuissant à le contrer véritablement.
Chacun y va de son petit fantasme, de sa petite extrapolation sur l'individu, ne sachant finalement ce que nous renvoient les médias. Chirac est longtemps passé pour un abruti inculte pour la même raison (mais il en jouait), jusqu'à ce qu'on découvre qu'il a une culture immense dans certains domaines…
En l'occurrence, et je vais me répéter, je suis d'accord avec Sarkozy, ne vous en déplaise, quand il dit (et il ne dit rien d'autre dans le passage qui nous est proposé, pour peu qu'on l'écoute vraiment), que l'expérience sur le terrain, les acquis, sont aussi importants que La Princesse de Clèves pour valider un concours administratif : c'est une évidence, tellement évidente que je ne comprends même pas votre polémique (enfin si, je la comprends : votre détestation d'un homme, certes critiquable, que vous appelez « le nain » ce qui anéantit ce qui vous sert d'argumentaire).
Pouvez-vous un instant écouter vraiment le passage, et nous expliquer pourquoi Sarkozy a tort, c'est-à-dire pourquoi, selon vous, La Princesse de Clèves serait plus importante qu'un acquis sur le terrain dans un concours administratif ?
« Ce que méprise le nain ce n'est pas seulement ce livre, c'est tout savoir qui produirait des citoyens trop indépendants pour devenir des rouages de la machine. »… Passons sur « le nain » qui démolit votre propos. Dites nous plutôt en quoi La Princesse de Clèves nous rend plus indépendants par rapport à n'importe quelle autre connaissance acquise sur le terrain, j'ai hâte d'apprendre ! Ceux qui n'ont pas lu les grands classiques seraient-ils plus soumis que les « lettrés » ? Si oui, expliquez nous en le principe ! Je trouve que ma Tatie des caraïbes, qui se fout éperdument des grands classiques et le la Culture officielle, est l'une des personnes les plus libres que je connaisse…
Bien à vous,
Adam Pollo
à AdamPollo
De donjipe
journaliste pqr | 03H56 | 28/07/2008 |
Vos posts me laissent penser que vous lisez des auteurs que je n'ai même pas ouvert. La mienne est guère classique même si l'école m'a parfois ouvert (les profs jouent un rôle déterminant et un me fit détester Flaubert jusqu'à ce que je le relise des années plus tard)à certains auteurs majeurs. elle relève plus de rencontres, d'associations entre des gout musicaux et certains écrivains…
Bref, Je ne peux donc qu'être surpris par votre aversion pour la culture que vous avez l'air de vouloir cantonner à celle affublée d'un grand C. Elle n'est pas forcément cantonnée à quelques grands auteurs et se livre au hasard de rayons. L'expérience m'a démontré que la pratique, professionnelle, ne vient qu'avec le temps mais qu'il faut des bases pour la construire.
Les propos de la vidéo sont dévalués par la personne qui les tient. C'est ce qu'on appelle un procès d'intention et je l'assume. Chirac jouait l'idiot mais avait les pieds solidement posés dans le socle de la nation de son histoire et de ses lettres. Mitterrand, Pompidou et De Gaulle : inutile de commenter. Et même Giscard écrivit un roman et nouait des amitiés littéraire. Le nabot ne fréqunt que milliardaires et pseudo artistes à la petite semaine.
La culture c'est aussi l'histoire, la compréhension d'un pays. Il prouve par sa façon de plonger le pays dans l'abime en avoir si peu qu'il se trouve en conflit avec les armées qui entretiennent un rapport particulier avec la nation. Il est la trahison même non pas de ses seuls engagements ce qui ne serait pas une première mais d'une identité commune.
Je dis le nain mais aussi nabotléon, le petit et autres car il n'est à mon sens aucunement chef d'Etat et président. C'est un pantin agité et ambitieux à la solde de ses amis. je me permettrait donc de continuer à le nommer ainsi même si par hasard il me lançait comme à d'autres « casse toi pauvre con ».
Mes respects à votre tante des iles qui espérons le ne sera pas trop victime de l'incurie du nain.