
Mondavi, celui qui a donné aux Chinois le goût du vin, est mort

Robert Mondavi est mort, vendredi 16 mai, à 94 ans. Pas ce qu'il laisse. Et ce qu'il laisse, telles les ondes des ricochets sur l'eau ou l'écho dans la montagne, vient jusqu'à nous, de la pointe des racines des vignes au bord des verres de vin. Robert Mondavi est l'homme par qui le goût du vin est venu aux Chinois et aux Indiens. Je force le trait ? Sans rire, à peine. Le marché chinois du vin est considéré par les organisateurs de Vinexpo, grand salon du vin qui se déroule en ce moment à Hongkong, comme le plus dynamique au monde.
Le premier des « producteurs de vin » californien
Pour ce qui est de la biographie de l'homme et de son entreprise, je renvoie à Winespectator.com (the revue of wine), et à Mondovino (DVD et film) de Jonathan Nossiter, plus populaire en France que dans son pays.
J'ai entendu le nom de Mondavi pour la première fois il y a huit ans. J'étais journaliste. Mondavi m'est présenté comme un « producteur de vin californien, le premier d'entre eux ». Mondavi veut alors s'implanter dans l'Hérault, à Aniane, fief du renouveau du vignoble languedocien.
« Producteur de vin » ? Dans la langue française, et donc dans notre culture et notre goût du vin, il y a : viticulteur, celui qui cultive la vigne ; vigneron, celui qui cultive, vinifie et commercialise ; négociant, celui qui achète des raisins ou des vins pour assembler, élever, et commercialiser ; courtier, celui qui cherche des vins pour des acheteurs ; caviste, celui qui vend le vin, en gros ou au détail. De « producteur de vin », il n'y a pas. C'est la traduction la moins mauvaise de « winemaker », un mot qui englobe un peu tous les métiers que je viens de décrire.
Le lieu où exerce le « winemaker » s'appelle une « winery ». Une « winery » rassemble tout à la fois des vignes, une cave, un chais, une unité d'embouteillage et de stockage, un siège social qui souvent rappelle les maisons de style colonial, telle la plantation Tara d'« Autant en emporte le vent », sauf qu'alors c'était avec le coton et en famille que l'on faisait fortune.
On y accueille des touristes qui peuvent voir des expositions d'art, assister à des concerts, acheter presque de tout, y compris du vin. Dans l'article qu'il a consacré à Mondavi, le chercheur montpelliérain Olivier Torr) souligne :
« On est loin des caves sombres et humides, réservées à des connaisseurs élitistes de France. »
Au fil du développement des vignobles dit du Nouveau Monde -par opposition à la vieille Europe, s'entend-, « winemaker » s'agrémente de l'adjectif « flying ». Le « flying winemaker » est de nationalité américaine, sud-africaine, australienne, chilienne, argentine ou néo-zélandaise, mais de culture internationale. Il est œnologue de formation et de métier. D'un bout à l'autre du globe -le temps des vendanges chez nous coïncidant au printemps dans l'hémisphère sud, ce qui est assez pratique- le « flying winemaker » vole de cave en cave prêter ses connaissances. Il y en a beaucoup en Languedoc qui est notre Nouveau monde et/ou notre « farwest ».
Un « winemaker », ce serait, stricto sensu, un « faiseur de vin ». Mais en Français, comme disent mes enfants, « ça l'fait pas ». Cela fait plutôt penser aux « faiseuses d'ange », aux « faiseurs de roi », ou à « Mercadet, le faiseur » de Balzac, lesquels ne sont pas des personnages très ragoûtants.
Dans vigneron, il y a vigne. Dans « winemaker », il y a faire. Rien que ce mot mais tout ce mot, ce petit glissement sémantique, dit bien quelque chose de la relation au vin : primauté de la matière dans le premier cas, primauté du faire dans le second. Ainsi, le vin devient moins un produit issu tout à la fois de la terre, du climat et du travail de l'homme, ce que l'on nomme chez nous terroir, et davantage un produit quasi ex nihilo du travail de l'homme et de la technologie qu'il met en œuvre.
Là encore, j'exagère à peine. Un fils de vigneron du muscadet parti apprendre le métier en Australie me racontait il y a peu comment il avait fait du vin rouge avec du vin blanc. On se rapproche de Dieu ou de la mondialisation version délocalisation, ou les deux. Le vin, c'est un certain rapport au pouvoir, pas la vigne.
Voilà comment j'ai rencontré Mondavi. Par un mot sur lequel j'ai buté qui ne collait pas avec ceux que son équipe envoyée en Languedoc employait, « un homme respectueux du terroir », ce qui est sûrement, à sa manière, vrai aussi. On peut (se) mentir sincèrement.
La fierté de produire, à l'égal des Européens, des vins dits « d'exception »
Mais quand même, le grand vin de Robert Mondavi Winery, société cotée en bourse revendue en 2005, patronyme compris, à Constellation Brands, s'appelle Opus One. Encore un mot incroyable, qui relève de la déité. Je n'ai jamais bu d'Opus One. C'est sûrement, pourquoi pas, je le crois volontiers, un aussi grand vin qu'un Yquem, un Petrus, ou un Romanée Conti, puisqu'il joue, en termes de prix, dans la même cour.
Plus humainement, Opus One dit la fierté nationale de produire, à l'égal des Européens, des vins dits « d'exception », avec en l'espèce la complicité du château bordelais Mouton Rothschild. Et plus trivialement, c'est le cheval de Troie des milliers de caisses de vin exportées, du vin rond et sucré, au goût de vanille. Un goût unique, universel, conforme à son image d'Epinal. C'est rassurant.
C'est ainsi que, colporté par les mots de Robert Parker, autre Californien, auteur d'un guide éponyme, le goût du vin est devenu planétaire. Après les Japonais dans les années 1980, les Chinois ont acquis il y a quelques semaines un château à Bordeaux. Le marché du vin chinois est le plus dynamique au monde disais-je. Alleluia.
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De dulconte
Mordu par un fachogarou | 20H18 | 31/05/2008 |
je vais vous avouer une chose. Je vis en Argentine et les vins français me manquent.
Pas tellement parce qu'ils sont meilleurs(dans l'ensemble, ils le sont), mais parce que je suis incapable de faire la différence entre un Cabernet Sauvignon de Cafayete ou de Mendoza, parce qu'un cépage fait le goût et non la terre qui le porte.
Les vins sont bons en Argentine, fort(14-15 degrés), agréable, mais sans surprise. On ne retourne pas la bouteille pour savoir d'où il vient, s'il a un gout particulier on va regarder son cépage et oh surprise c'est parfois un bi-variétal (comme on dit ici).
De AC-89
07H20 | 01/06/2008 |
Le syndrome du mot « éponyme » utilisé à contresens a encore frappé.
Vous me copierez cent fois la définition :
http://www.cnrtl.fr/lexicographie/%C3%A9ponyme
à AC-89
De Sexus Empiricus
19H17 | 01/06/2008 |
Le lien est intéressant, mais je ne savais pas qu'il y avait un « syndrome » du mot éponyme. Vous voulez parler d'une mode, d'une faveur, d'un succès, d'une coqueluche ou d'un tic ?
Sens 3, donc. Le trouvez-vous à contresens ?
Il me semble que l'acception « qui donne son nom à quelque chose […] que l'on vénère » ne jure pas du tout avec le fait que « Robert Parker [soit l']auteur d'un guide éponyme », très vénéré chez les faiseurs et les diseurs, pour qui l'autorité en la matière, c'est « LE guide PARKER » (hip ! hip ! hip ! hourra ! ).
(Dans la famille Parker, ce qu'il y a de mieux et qu'on peut revoir dans Mondovino, c'est encore le cleb.)
à Sexus Empiricus
De AC-89
07H42 | 02/06/2008 |
Il n'y a pas de sens 3 dans le TLFI, vous voulez sans doute parler du sens B ; celui-ci désigne celui qui donne son nom à quelque chose. Robert Parker donne son nom au guide et non l'inverse, il y a donc contresens.
Cette erreur est fréquente dans la gent journalistique, c'est pourquoi je parle de syndrome, sens C du TLFI : ensemble de signes, de comportements qui révèlent, manifestent un état d'esprit, une manière de penser, une certaine manière d'agir que présente une personne, un groupe, une collectivité.
à AC-89
De Sexus Empiricus
20H25 | 02/06/2008 |
Vous avez raison, à la rigueur, sur le fait qu'il n'y a pas de « sens 3 » (contrairement à ce que j'ai écrit) dans le TLFI, mais un sens par extension, dont l'acception excède, à l'évidence, votre restriction à « celui qui donne son nom à quelque chose ». L'inverse est acceptable, puisqu'on peut dire aussi et non moins « éponyme », cette chose qui donne son (re)nom à quelqu'un. Ambiguité, réciprocité ou vicariance ?
Le succès de librairie (best-seller ? ) de l'auteur Robert Parker porte un titre glorieux et auto-célébrant : « Guide Parker des Vins de France ». Si ce n'est pas de l'éponymie, ça en a tout l'air !
Il faut voir comment cette chose fait tourner en boucles les produits les mieux calibrés du top-50 oenologique, vous savez les winners du wine standard…
Alors comment ne pas songer aux anneaux de la vache-qui-rit ? Car l'intitulé même de cet opus - comme disent les cuistres à propos du premier n'importe quoi du grand marché opus : one two tree -, l'intitulé de ce tristement célèbre guide (livre ou type ? ), donc, porte en abîme le nom de l'auteur, qui est aussi partie du titre, lequel est parti du nom de l'auteur, qui à son tour s'est mis en miniature dans le titre, et ainsi de suite à n'en plus finir.
Si « la poubelle » (boîte inventée, dit-on par, M. Poubelle) est un terme éponyme, « le parker » de même - sauf que la première reste, à mon avis, beaucoup plus utile que l'autre, et utile à celui-ci.
De NELEPHANT
08H17 | 01/06/2008 |
Dulconte,
Vous pouvez mettre sur votre liste de vins à favoriser, si les crus français arrivent à un prix excessif en Argentine, les vins italiens.
Les Italiens sont comme nous, ils valorisent le terroir (appellations DOC-DOCG-label « coq noir » « gallo nero » pour le Chianti) et je ne connais rien de plus gratifiant, en dehors d'un Saint-Julien, que la typicité d'un grand Chianti à base de San Giovese, ou dans les blancs, d'un Vermentinu di Gallura .
à NELEPHANT
De dulconte
Mordu par un fachogarou | 14H28 | 01/06/2008 |
Je connais très mal les vins italiens ce qui explique mon silence sur le sujet. J'ai des souvenirs d'avoir bu des vins merveilleux particulièrement en Ombrie et à Bergame.
Il y a un blanc dont le goût me manque particulièrement, ce sont les vins de pailles du Jura.
Pour les vins français en Argentine, on en trouve bien quelques uns mais en général des bordeaux supérieurs à des prix prohibitifs.
Les vins italiens sont moins rares mais à des prix tout aussi prohibitifs.
Seuls les vins Chiliens arrivent à des prix abordables ici. Mais bien qu'ils soient en général plus fins, mieux travaillés que les vins argentins ils ont le même défaut, l'unicité du goût, la rareté des vins construits sur plusieurs cépages.
à dulconte
De leconcombrevert
La vraie vérité >:-)) | 15H18 | 06/06/2008 |
« vins de pailles du Jura » - mmmh.
Ca m'étonne meme pas de votre part.
À la rigeur certains sherrys secs pourraient peut-etre faire l'affaire… ?
De Red-Sky
The "think different" boy | 11H00 | 01/06/2008 |
AC 89 / réflexion intéressante sur le mot « éponyme ». Le mot « obsolète » très à la mode par les temps qui courent, est aussi employé à tort et à travers. Je profite de l'occasion (un peu abusivement, je le reconnais…) pour essayer de combattre cet usage agaçant :
http://www.cnrtl.fr/definition/obsolète
à Red-Sky
De Sexus Empiricus
19H28 | 01/06/2008 |
Je n'ai pas vu l'ombre d'une réflexion sur ce mot, mais un lien intéressant. J'apprends maintenant qu'obsolète (synonyme de H.S.) est à la mode.
Ce qui est plus agaçant pour certains d'entre nous, c'est l'usage de produire du vin comme je te ferais dégeler une barquette, ou cuir un oeuf aux micro-ondes, - à la façon des sinitres personnages nommés Mondavi (père et fils, même combat), et qui ne sont pas de fiction : on peut contempler leur dimension extra-terrestre dans Mondovino, - excellent documentaire où chacun reconnaîtra les siens…
(Merci Catherine Bernard pour tout votre travail.)
De Jean-Jacques Louis
11H14 | 01/06/2008 |
La Chine représente un marché très prometteur pour les producteurs de vin du monde entier y compris des producteurs chinois qui ne tarderont pas à exporter leurs produits.
Le Xinjiang dispose déjà depuis un certain temps de quelques vins tout à fait valables. Entre autres, la région de Turpan offre un vin doux naturel qui n'a rien à envier au muscat de Beaume de Venise.
Il n'y a pas qu'en électronique que les Chinois sont très entreprenants. Tôt ou tard nous pouvons leur faire confiance pour nous proposer de l'agro alimentaire produit chez eux ou en Afrique où ils sont déjà très présents et bien accueillis. Le vin fera partie de ces produits.
De hogan
actif | 12H36 | 01/06/2008 |
Les vins, qu'ils soient australiens, au américains ne sont dans l'ensemble pas mauvais, mais ils sont presque tous identiques. A cela il y a à mon avis une raison fondamentale, c'est que le vin n'y est pas consommé comme en France(ou même en europe). Aux Etas-Unis par exemple un verre de vin se boit à peu de chose près comme un verre de coca, il n'y a pas cette culture que nous avons d'associer le vin à un plat. Nous avons une cusine diversifiée et donc des vins diversifiés. Aux Etats-Unis il n'y a pas de culture culinaire et donc on pourrait dire qu'on a les vins qu'on mérite, et je crois que nous ne méritons pas les vins Mondavi…
à hogan
De imorrison
20H06 | 01/06/2008 |
Commentaire par rapport aux USA sans fond et complètement ignorant..
Oh.. j'oublie. Nous - les américains - ne mangeons que des hot dogs et des hamburgers.. Jamais on penserait de choisir un vin en fonction du répas.. Trop sophistiqué pour nous ça. Il n'y a que les européens - et surtout les français - qui sont évolués à ce stade là..
[La capacité des français à généraliser sur « comment sont les autres » ne cesse jamais de m'étonner. C'est certainement une tendance française que « ces autres » doivent trouver agaçante et insultante.]
Cela dit, c'était en France - quand j'étais étudiant - que des étudiants espangols Erasmus m'ont introduit au grand cru : carré de vin rouge mélangé avec du Coca..
à hogan
De Mobile
00H20 | 02/06/2008 |
Très exceptionnellement @ vous. « Aux Etas-Unis par exemple un verre de vin se boit à peu de chose près comme un verre de coca, il n'y a pas cette culture que nous avons d'associer le vin à un plat ». Ducon, VTFF ! Et dire que son pseudo c'est « hogan ». Tu pues mon vieux !
De Akaz
Malfini | 16H24 | 01/06/2008 |
Hogan a fait un tel étalage de cliché qu'on lui a refilé quatre points rouges.
Je pourrais dire la même chose des français qui n'y connaissent rien en Rhum et ne savent pas se tenir à table en Asie. Et que je sache, le Beaujolais c'est français, les vins corses pareils, les vins de table du Languedoc coupés a je sais pas trop quoi aussi. C'est pas tout le temps du Beaume de Venises qu'il s'enfile le français, avec son steak frites ! ! !
De Syrah
viticultrice | 22H22 | 02/06/2008 |
Fuyons s'il vous plait les généralités et les stéréotipes, nous sommes très bons à ça, nous français, surtout quand il aut admettre que d'autres font souvent mieux que nous. Robert Mondavi a su démocratiser le vin dans des régions et des pays qui n'en avait pas la culture. Il a su s'entourer de personnes ultra compétentes pour produire des vins de qualité. En tant que viticultrice, je suis admirative de cet homme qui comme nous tous avait sans doute ses défauts mais qui a su poursuivre son rêve et le faire partager. Alors chapeau Monsieur Mondavi. Congratulations to you and your wines that I remember as one of my best experience : des amis, un repas fantastique et gastronomique chez des amis à New York (note à celui qui généralise, les amerloques cuisines divinement bien quand ils le veulent) et pour revenir au vin un magnifique Mondavi reserve 1975, une pure merveille. Merci Monsieur Mondavi d'avoir « produit » ce vin qui me fait encore saliver quand je suis dans mes rangs de vignes.
à Syrah
De Sexus Empiricus
10H55 | 03/06/2008 |
D'accord avec vous pour ne pas donner dans les généralités et les stéréotypes. Votre coup de coeur pour ce qu'a fait ce monsieur s'entend très bien.
Seulement votre déclaration me fait, derechef, penser au film Mondovino, où l'on voit bien que le monde du vin restaure une forme de monde bipolaire dans le rapport au vin. Chacun, encore une fois, peut reconnaître les siens.
Pour ma part, je suis de tout coeur avec celles et ceux, vignerons, paysans, viticulteurs, oenologues et buveurs de vins qui ne se reconnaissent aucun atome crochu avec la dynastie Mondavi.
Vous parliez de démocratiser ? On doit alors écrire « la démocrassie Mondavi » : c'est de l'import-export au sens le plus plat du terme, - n'y voyons pas une lutte grandiose pour l'extension du domaine du vin hors-sol ou high-tech.
Bref, il y a (au moins) deux écoles. C'est-à-dire deux rapports au sol, au monde végétal, aux organismes vivants, à la bouteille et au porte monnaie. La guerre froide menée par Mondavi et alii me semble sans intérêt (en dehors de ceux de la finance) : glaçante, inoxydable mais finalement lisse, sans surprise ni aucun caractère.