
Vin de spéculation contre vin de proximité
Les évidences sont souvent aveuglantes. Il n'y a pas un monde du vin, mais des mondes, presque étanches, s'ignorant les uns les autres.
A Bordeaux vient de s'achever le marathon annuel des dégustations du millésime 2008 des grands crus et châteaux. S'y précipitent les négociants de la place, les acheteurs, français et étrangers, et les journalistes, français et étrangers aussi, soit quatre à cinq petits milliers de puissants du business du vin.
Ces dégustations sont supposées servir de référence pour fixer le prix des vins qui seront vendus en primeur en juin prochain, deux ans avant leur livraison. Un beau système que celui-là puisqu'il procure, aux producteurs une avance de trésorerie, à ceux qui les achètent, le sentiment d'avoir fait une bonne affaire, car, en principe, vendus moins cher.
Ces dégustations concernent uniquement les très grandes étiquettes (3% des vins produits dans l'appellation, mais 16% du chiffre d'affaires) et sont, en conséquence, très médiatiques. Cette année, il a été très peu question du vrai goût des vins dégustés mais beaucoup, des stocks que les négociants ont sur les bras, de la spéculation dont les millésimes 2006 et 2007 ont fait l'objet, atteignant des sommets astronomiques, de la braderie du 2005 à laquelle se sont livrés les investisseurs, en particulier américains et asiatiques, quand, à l'automne, la crise financière arriva.
Bien avant ces dégustations, répandue par les maisons de négoce et les acheteurs, en particulier britanniques, grands amateurs de Bordeaux, la rumeur a établi que le millésime 2008 était médiocre, peut-être le plus médiocre de ces dix dernières années. Les dégustations n'ont pas infirmé la rumeur.
L'ombre portée par les stocks et les prix atteints du temps de l'euphorie spéculative a définitivement donné aux vins de 2008 un mauvais goût. Dans deux-trois ans, à l'heure des foires aux vins de la grande distribution, il n'est pas à exclure que le discours aura opportunément changé, donnant à ce pauvre millésime un tout autre goût, sans que personne ne relève l'écart d'appréciation. Il y a dans ce « business must go on », les propriétaires des grands crus y participant, un déni qui vide le vin de sa substance.
Ce vin a le goût d'une plume qui viendrait caresser la peau
Pendant ce temps, je livrais. Pierre Ferrandez est l'un de mes premiers clients. Il tient depuis dix ans à Valbonne, sur la Côte d'Azur, un petit établissement qui fait cave, bar à vins et à jazz le vendredi soir, restauration. Il me sert un verre de rosé, un rosé très pâle. Ce vin a le goût d'une plume qui viendrait caresser la peau. Je ne sais pas le dire mieux. « Il n'y a que le rosé, un rosé discret comme celui-là, pour aller avec les délicats rougets », me dit-il.
Le bruit de la directive européenne qui autorisera la commercialisation de rosés obtenus par un assemblage de blanc et de rouge n'est pas venu jusqu'à ses oreilles. Le débat ne lui fait même pas lever le sourcil. Les grandes étiquettes comme les vrais et faux châteaux de la grande distribution sont des mondes qu'il ignore. Ce qui l'ennuie c'est qu'à Valbonne, il n'y a plus qu'un seul boulanger, un seul boucher, un seul primeur « qui ne vend pas des fruits et légumes mais de l'or », quatre ongleries. Oui, quatre ongleries.
Il m'emmène voir un de ses copains. Philippe Quesnot tient à Grasse, en face de la gare, un Spar qui fait aussi tabac, presse et « espace vins ». A l'intérieur, la surprise est double. On bute à l'entrée de la supérette sur une tête de gondole estampillée d'un « espace vins » inratable avec, sur les étagères des vins de vignerons, des vins que Philippe Quesnot aime parce qu'en bouche ils disent quelque chose d'unique et de particulier, des vins qu'il a dénichés dans les caves et dans les salons où l'ambiance est plutôt celle d'une réunion de famille que celle d'une foire.
A côté des salades, il y a un autre « espace vins », avec toujours des vins de vignerons, conservés dans une armoire frigorifique, prêts à boire. Au fond du magasin, entre les condiments et les eaux minérales, il y a un troisième rayonnage avec aussi des bouteilles de vin, mais celui-là n'est pas signalé comme un « espace vins ».
On y trouve les références que l'on trouve dans tous les rayons de toutes les supérettes de France et de Navarre. Ce sont les vins de la centrale d'achat. « Il faut de tout. Ceux qui aiment le vin ne se trompent pas de rayon. »
Comme Pierre Ferrandez, Philippe Quesnot connaît tous les hommes et femmes qui se cachent derrière la bouteille. Il les prend en photo, chaussés de grosses lunettes et de faux yeux. Ces photos ont fait un livre, « Vin d'yeux » (Editions Ellébore) et alimentent un blog collectif d'amateurs pour qui le vin est trop sérieux pour être pris au sérieux. Cela fait deux vies en une au service de la proximité.
« Chez Zem, le vin est bon »
Zem, un autre de mes clients, s'est rangé des tournées de spectacle, à Marnay, un village situé à une grosse vingtaine de kilomètres de Besançon. Un village ordinaire qui ne fait pas rêver. Il tient un établissement dans lequel on peut acheter du vin, des vins de vignerons, aussi, et consommer sur place, au comptoir ou sur une grande table d'hôtes. Ses clients sont sans distinction en bleu de travail ou en col blanc.
Ils habitent Marnay et d« autres villages ordinaires qui ne font pas rêver. Parfois ils viennent de Besançon. Ils vont chez Zem parce que “ chez Zem, le vin est bon ”. C'est un critère suffisant. La table et les verres sont une version moderne de la cheminée et des contes, plus vivants que la télé. Je trouve que les Zem, Quesnot et autres devraient être décorés du Mérite agricole.
Photo : Le Spar de Philippe Quesnot à Grasse (Catherine Bernard)
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à Manu de la bas
De DBL8
Retraité | 12H57 | 21/04/2009 |
« les grosses pompes en cuirs »
Étant donné qu'ils ont des gouts de chiottes, nous pouvons être tranquilles pour certains crus & vignerons !
Comme l'a dit un comique (Coluche) :
Le pinard ça devrait être « obligatoire » ! !
Mais le bon, pas celui qui pique & fait vomir ses tripes & boyaux.
à DBL8
De Yvon le Zébulon
L'homme d'esprit n'est jamais seul ... | 14H07 | 21/04/2009 |
J'ai justement ma belle fille en face de moi, nous sortons de table !
* Je vous la présente telle que je la vois…jolie n'est-ce pas ?

Elle a juste une petite question à vous poser !
¤ « Etes vous certain de ce que vous avancez,…à savoir que comme disait le régretté Coluche, le pinard devrait être obligatoire ? »
De patrick du 14
toujours naze et qui cotises pas | 14H07 | 21/04/2009 |
à patrick du 14
De Yvon le Zébulon
L'homme d'esprit n'est jamais seul ... | 14H13 | 21/04/2009 |
Votre vidéo…c'est « Les vignes du Seigneur… ? »

Moi je vous propose : « Le Seigneur des vignes » !
* L'alcool tue lentement…
- On s'en fout, on n'est pas pressé !
De bleuet1
espère malgré tout | 14H35 | 21/04/2009 |
Ce qui me gonfle le plus, c'est de voir des « collectionneurs » séquestrer chez eux des vins qu'ils payent une fortune et qu'ils ne boieront jamais.
Il faut arrêter, un vin ça se boit, ça ne se collectionne pas. Le chocolat a beau être une oeuvre d'art quand il est vraiment bien fait, il n'empêche qu'on ne le laisse pas dans la boîte. Avec le vin, ça devrait être pareil.
à bleuet1
De blablablaetblablabli
patati et patata | 15H34 | 21/04/2009 |
ça c'est bien vrai ,un bon vin mais alors trés bon c'est le saint
Chinian excellent ou un bon fitou,mais sinon le meilleur
de tous c'est le Faugère il est actuellement le meilleur vin du
Languedoc.
à blablablaetblablabli
De Homer555
travailleur plus qui à gagné moins | 18H19 | 21/04/2009 |
C'est un peu réducteur non ? Un mauvais Faugère est t-il meilleur qu'un bon st chinian ? : )
Mieux vaut s'attacher à des domaines qu'à des appellations car dans chaque appellation il y a a boire et a manger.
Prenez la Negly par exemple. C'est un « simple » ctx du Languedoc et pourtant c'est une tuerie comme vin.
à Homer555
De blablablaetblablabli
patati et patata | 18H36 | 21/04/2009 |
ça c'est vrai il vaut mieux s'attacher au domaines .
Ceci dit je ne suis pas un connaisseur mais j'aime bien
le bon pinard quoi.
De Keldan
Polytoxicomane à temps partiel | 15H12 | 21/04/2009 |
Et c'est quoi une onglerie ?
à Keldan
De Homer555
travailleur plus qui à gagné moins | 18H23 | 21/04/2009 |
Un manucure il me semble. : )
De adaunis
Nul part....si adelyne me plaque...... | 15H15 | 21/04/2009 |
Que c'est bon de vous lire, tant l'heure est à l'invective, l'exclusion, la personnalisation, le moi je pense et je sais, la certitude de tout et de rien, et même si c'est en vain que je vous dis cela, ce petit mot me servira d'exutoire personnel !
Pardon pour tout d'abord !
Oui comme c'est à la mode, je vous demande de m'excuser, même si je ne sais pas pourquoi ni pour qui !
Oh les beaux et bons mots que je relève :
« Dans deux-trois ans, ……, il n'est pas à exclure que le discours aura opportunément changé, donnant à ce pauvre millésime un tout autre goût, ……. Il y a dans ce “ business must go on ”, ……. un déni qui vide le vin de sa substance ».
« Ce vin a le goût d'une plume qui viendrait caresser la peau »
« Je trouve que les Zem, Quesnot et autres devraient être décorés du Mérite agricole. “
En tout cas, vous Catherine Bernard, méritez le Panthéon pour vos rubriques qui ne sont pas à brac sur la Rue quelque fois mal pavée !
Je n'ai rien à retirer de votre prose et votre début d'article pourrait servir de modèle en d'autres circonstances :
‘Les évidences sont souvent aveuglantes. Il n'y a pas (un monde du vin), mais des mondes, presque étanches, s'ignorant les uns les autres.’
Changez quelques mots entre parenthèses, et vous êtes une vraie Pythie !
Un demi Grec pour vous servir !
De Yvon le Zébulon
L'homme d'esprit n'est jamais seul ... | 17H09 | 21/04/2009 |
- Quelle classe chère Madame…le champagne vous va à merveille…et vous êtes toute en beauté ce soir !
- Je n'en boirais guère qu'une petite coupe, vous savez…
- Moi, j'en suis à ma douzième…

L'alcool rend aveuge et permet de prendre les vessies pour….
De jean-claude touvois
oh | 18H24 | 21/04/2009 |
Cher pascal Riché,
Vous étes en général déçu par les vins bio…. Je ne peux que vous conseiller de trouver un bon caviste connaissant un peu les vins bio.
Pour exemple goutez un « Racine » en rouge et un « Petit coin de Paradis » en blanc de chez Claude Courtois, et si vous étes déçu, passez définitivement au coca-cola.
Plus sérieusement, que d'intansigence envers les vins bio (qui c'est vrais ne sont pas tous excellents). Mais au moins, même les pas trés bons auront le privilége de ne pas avoir participé à la destruction des sols de leur vignoble (et je vous faits grace des pesticides que vous aurez évité.)
Et puis, c'est si délicat de faire s'épanouir naturellement des bons raisins, quand les autres se contentent trop souvent de faire faire à la chimie ce que leurs « pauvres“raisins ne peuvent plus faire, que cela demande bien un peu d'indulgence parfois ! !
Alors, bonne chance , et à votre santé.
à jean-claude touvois
De Catherine Bernard
(auteur)
Vigneronne | 19H34 | 21/04/2009 |
Oui, un « Racine », oui, un « Petit coin de Paradis ». Ce sont de ces vins qu'on n'oublie pas, qui ne ressemblent à aucun autre.
De Jean Georges
retraité | 19H49 | 21/04/2009 |
Je ne suis aussi qu'un petit amateur de bon vin. J'entends par bon vin :
1 - Un vin d'appelation en général de l'année précedente que l'on boit en petite quantité a chaque repas. Ce vin là ne doit pas couter plus de 4 euros la bouteille . Pour cela il est pratiquement obligatoire d'acheter ce vin chez le producteur, un petit de préférence. J'ai depuis pratiquement 20 ans un producteur de « côtes de Castillon » excellent qui vends du vrac à 2,50 euros le litre, et a 4,00 euro la bouteille .
J'achète aussi un excelentissime beaujolais chez un producteur que j'ai connu en louant son Gite il y a une dizaine d'années il vends son vrac de 2008 en bag de 10 litres logé à 24,50 . et la bouteille à 4,00 environ. Il produit aussi un fantastique Brouilly à 6,00 euros.
2 - Pour ce qui concerne les grosses pointures ,mes préférés sont Saint Emilion, Saint Julien en super bordeaux et Santenay en Bourgogne . Ces vins sont trés difficiles a dénicher en direct chez un producteur, et au cas où vous en trouvez un il est difficile d'en trouver même en 2006 ou 2007 à moins de 10 euros. Pour le Saint Emilion la cave coopérative des producteurs de St Emilion vends de bons vins récents de ce cru à moins de 10 euros.
De fidal
guide de tourisme | 20H34 | 21/04/2009 |
Santé joie et syrose
De offtheroadagain
23H22 | 21/04/2009 |
Les Bordeaux à l'exception de quelques très grands crus sont tellement travaillés qu'il deviennent standardisés. Il n'y a plus de bonnes et de mauvaises années. Seuls les bourgognes tiennent la rampe mais pour combien de temps encore, et surtout pour combien de bourses, avec les prix aujourd'hui pratiqués. La qualité à un prix que bien peu peuvent se permettre. Heureusement, quelques vignerons authentiques font encore des breuvages de caractère, à diffusion limité. Il faut savoir chercher et surtout ne pas s'attendre à retrouver d'une année sur l'autre, forcément la même qualité.
De FdT
En pleine décroissance | 06H19 | 22/04/2009 |
J'adore le vin mais j'ai presque arrêté d'en boire. Tant que le monde vinicole ne renouera pas avec une viniculture respectueuse de la tradition et de l'environnement je ne verserai pas un centime à cette industrie, exception faite des producteurs bio.
Le vin est une noble boisson qui doit être autre chose et produit différemment qu'un vulgaire soda. Ils nous ont volé nos fromages au lait crû (même ceux dits au lait crû ne sont plus ce qu'ils étaient), voilà qu'ils font de même avec le vin.
Certaines pratiques vinicoles actuelles sont totalement inacceptables. Il est intolérable que dans la plupart des grands vins on retrouve des résidus de presticides ! Putain, excusez-moi d'être vulgaire, mais il y en a plus qu'assez de ce foutage de gueule ! Quand j'achetais un bon vin j'espérais autre chose qu'une bouillie aromatisée aux pesticides ! C'est indigne !
Cette marchandisation outrancière du moindre aspect de notre vie nous a spolié de la noblesse de nos produits ! Quel gâchis !
De setori
retraité | 10H18 | 22/04/2009 |
Faites comme moi ,le tour des caves et des petits producteurs .Vous y trouverez un très bon accueil et le plaisir de déguster sur place .Les vins vendus dans le commerce faut se méfier sévère car souvent ce ne sont que des assemblages ,d'affreux mélanges où le chimique relève la bibine et la rend buvable mais gare à vos boyaux ! Je signale que bon nombre de petits producteurs ont un site internet ce qui limite les voyages !
De poissonpiloté
c'est par où l'amer? | 21H20 | 22/04/2009 |
Je me demande si ce ne sont pas les évaluations issues de cette grand messe qui sont dépourvues de substance plutôt que les vins eux-mêmes, qui en ce moment, pour le dernier millésime, ne demandent probablement qu'à consommer leurs mariages avec leurs promises, qui ont pour nom barriques, à l'abri des regards et des palais trop impatients. Sachant que je trouve la notion de bon ou mauvais vin (quelles que soient les types de vin : bio, naturel, conventionnel…) potentiellement plus sujette à guerre stérile de chapelle que la notion de bons ou mauvais moment pour boire un vin. Je pense que l'on peut boire de tout (sauf les vins mettant en péril l'intégrité physique des dégustateurs bien entendu..) mais pas avec tout le monde.