
Grâce au web-vigneron, vendangez vos cadeaux
C'est un cadeau qui relègue à la préhistoire les tire-bouchons, une initiative que l'on doit à « des passionnés du vin ». Je résume : vous offrez des pieds de vigne dans un domaine et suivez l'élaboration de votre cuvée, grâce à des informations en continu sur Internet et à des stages (découverte, vendange, assemblage). Il vous reviendra des bouteilles avec des étiquettes personnalisées.
La matérialisation –il faut bien mettre quelque chose au pied du sapin- se manifeste par un « colis de bienvenue », lequel comprend un pot de terre prélevée dans « vos » vignes, un plant de vigne, une présentation de votre parcours et du domaine et un certificat de web-vigneron. Le rendez-vous a lieu devant votre ordinateur.
Dans ce cadeau, ce qui me plaît, ce sont les mots qui l'habillent. Il est question de « partager leur passion » (celle des vignerons tout court), de « visiter les coulisses », de « vivre toute la magie de l'élaboration du vin », de « rencontre », de « donner vie à son rêve de devenir un jour vigneron », de « respect du terroir et de l'environnement », de « qualité », de « lien privilégié », de « sites d'exception ». Manque à l'appel le mot authentique, bien aussi.
L'œnotourisme, un marché en plein essor
Plus généralement, l'œnotourisme est un marché en plein essor, appelé aussi dans sa version papi-mamie, tourisme viti-vinicole. Il a ses déclinaisons luxueuses et spartiates où l »on paie pour vendanger.
Flèche du capitalisme viticole, Bordeaux avec ses châteaux arrive en tête. Le concept est né aux Etats-Unis où les Californiens, depuis qu'ils cultivent des vignes, associent le vin à des expositions d'art (moderne) et des concerts donnés dans les « wineries ». C'était un moyen d'amener l'Américain à sa consommation, de créer un marché en faisant du vin un marqueur social, CSP plus, avant de décliner, du haut vers le bas, la pyramide.
L'entreprise est couronnée de succès. Wine Spectator, « the revue of wine », fête ses 2,58 millions de lecteurs, les Américains disputent à la France la place de numéro un pour la consommation -en volume, car par habitant, cela fait toujours beaucoup moins étant donné qu'il y a encore chez nous des ivrognes- et pour la première fois cette année, leurs vins sont davantage au goût des Anglais que ceux des Français. Ce qui a fait la différence ? Les petits rosés lesquels étaient, avec les bordeaux et bourgognes très chers, nos deux spécialités. La boucle est bouclée, nous voilà damnés.
Je reviens au web-vigneron et à ce que cela dit chez nous du transfert de statut du vin qui s'est opéré sans même que l'on en prenne réellement conscience. De moins en moins ouvrier et bourgeois à la fois, le vin, quand il n'est pas tout à fait « out » ou prohibé, est devenu « une passion ». Il se vit comme tel, nécessairement « partagé ».
On veut tout savoir de lui, de la roche mère dans laquelle il plonge ses racines -les terrasses villafranchiennes et autres géologismes-, de son mystère -le divin nectar-, de ses arômes -les coffrets dégustation « six cépages » et « monts et merveilles » sont aussi de chouettes cadeaux.
De boisson à « objet de passion »
Le vin n'est plus, au sens propre et figuré, une boisson désaltérante que l'on coupe volontiers avec de l'eau ou le signifiant d'une tradition, celle des repas du dimanche et de famille, mais un objet de passion, et dans sa version allégée, de plaisir, sur lequel il faut mettre des mots.
Mon père -il est en l'espèce générique- qui a toujours bu du vin sorti de sa cave, de « la bonne petite bouteille » à la « grande », se fiant autant à son goût qu'au hasard des rencontres et bons plans, découvre à 80 ans qu'il n'y connaît rien. Il lui faut s'initier, balbutier, maîtriser. Cette soudaine ignorance lui ôte-t-elle la faculté d'aimer ?
Bien sûr, tout cela est du registre du marketing, et comme dit le proverbe, « on n'attrape pas les mouches avec du vinaigre ». L'inconvénient avec le marketing, c'est qu'il s'empare de l'imaginaire jusqu'à en extraire son humanité. Quiconque a vécu la passion, amoureuse ou autre, sait qu'elle s'accompagne aussi de larmes et d'ivresse, cette dernière étant bizarrement oblitérée du discours sur le vin.
La passion du vin dit combien celui-ci, métaphore de la vie, nous est devenu extérieur, un contresens. Vous me direz : à la différence des produits de la mer, ce produit de la terre échappe au syndrome du poisson à la forme rectangle.
Ce qui m'intéresse encore et surtout dans le vin, c'est justement la part qu'on ne maîtrise pas, celle pour laquelle il n'y a pas de mots y compris quand l'alcool commence à faire son effet et les libère. Cette année, le vin que donnent les cinsault ne sera pas rouge clair, mais rouge tout court. Chaque année, je tente de les assembler aux grenaches, aux mourvèdres et aux marselans, un peu, beaucoup. Chaque fois, cela ne ressemble à rien. Pourquoi ? Cela reste un mystère. Joyeux Noël et bonne année.
Photo : Un site pour devenir web-vigneron (Catherine Bernard).
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De TARPON
19H12 | 20/12/2008 |
Vous nous faites une cuvee Rue89 ,Catherine ,c'est sans doute là que vos crus vont s'assembler miraculeusement.On essaie ?
De Ph C
journaliste | 19H36 | 20/12/2008 |
Salut Catherine !
Il y a deux auteurs à cet article. Le premier loue un nouveau gadget marketing, le deuxième le décrypte et le dénonce tout en le resitunt dans une analyse lucide sur l'évolution du vin (qu'on ne coupe plus). En fait, je me méfie à mort des slogans de la modernité : « Tous artistes » ('est ce que ses profs ont dit à ma fille aux Beaux-ARTs), « Tous journalistes ! », et maintenant « Tous voignerons ». Tu parles Charles ! Ce n'est pas parce que ton père n'était pas vigneron que ce n'est pas un métier. D'ailleurs, tu as l'air d'en avoir sué pour l'apprendre…
SInon, bonjour à ton père.
De patrick du 14
toujours naze et qui cotises pas | 19H41 | 20/12/2008 |
à patrick du 14
De G2G
19H51 | 20/12/2008 |
Salo ! ! Tu m'as doublé ! !
Allez, je m'en ressers un petit a ta santé…
En plus je suis sous linux, du coup c'est du bio de petit producteur qui sort de mon usb !
A la tienne…
De in girum
20H27 | 20/12/2008 |
avant, on parainait des enfant tibétains qui envoyaient des cartes postales, maintenant c'est des pieds de vigne, qui donnent de leurs nouvelles en ligne. ça baisse.
en fait c'est des actions, pas du tout à rebrousse poil de l'histoire…
va bien y avoir des gogos pour avaler ça …
à in girum
De bazet
Chef d'entreprise pubeux et vineux | 22H34 | 20/12/2008 |
J'espère que s'intéresser au vin n'empêche pas de s'intéresser au monde. Ni les web vignerons, ni les vignerons avec qui nous travaillons ne sont des gogos. Mais tous sont passionnés et curieux de ne pas consommer ou voyager idiots.
à bazet
De in girum
12H47 | 22/12/2008 |
cher pubeux vineux, s'intéresser au vin, c'est rechercher des vins honnêtes, avec zéro morceaux de gimmicks, ni pubeux ni vineux dedans. aimer le vin c'est acheter les bouteilles de ces producteurs. le reste c'est de la marketoche, puisque vous aimez les suffixes péjoratifs, c'est de la gesticulation inutile.
salut catherine. mais qu'est ce que tu fais dans cette galère, cette idée raccoleuse bas de gamme… ?
à in girum
De Catherine Bernard
(auteur)
Vigneronne | 20H41 | 23/12/2008 |
cher in girum,
Il faut me lire au second degré quand j'écris que ce cadeau et son habillage me plaisent.
De patrick du 14
toujours naze et qui cotises pas | 20H30 | 20/12/2008 |
idée cadeau
à patrick du 14
De in girum
20H50 | 20/12/2008 |
hilarant,
merci patrick
à patrick du 14
De unouveaucompte
21H09 | 20/12/2008 |
çà date de 2002 ?
De parousnik
03H29 | 21/12/2008 |
L'alcool : la drogue la plus consommée et celle qui fait le plus de dégâts sociaux…et de morts…
Curieux que sur cette publicité nulle part est écrit a consommer avec modération…
De SetKOH
anarchitectesavanturier | 10H34 | 21/12/2008 |
A votre santé !
Succès assuré grâce à l'esprit terrien français,
en plus si il ya un « domaine » à la clé (…USB, lol ! )
A votre santé ?
Pour l'avenir de tout cela, les curieux peuvent aller voir ce qui nous reste de trente années d'agriculture industrielle, là :
www.koreus.com/video/alerte-babylone.html
A la notre !
Pour les courageux opiniatres filez vite vers « le vin au naturel » aux éd. Sang de la terre et/ou ;
www.lesvinsnaturels.org
www.leblogdolif.com
www.vins-etonnants.com
De obladiblada
employé | 14H20 | 21/12/2008 |
Dans le genre humoristique on peut voir le site : www.usbwine.com -
la vidéo mérite le déplacement je trouve !
De Keldan
Polytoxicomane à temps partiel | 14H49 | 22/12/2008 |
Le pinartourisme en plein essor ?
Pourtant, à chaque fois que j'ai entendu parler de gens qui allaient dans la région dans le Bordelais, en Bourgogne, en Alsace, cela était associé à la tournée des caves.
En tout cas c'est une drôle d'idée d'offrir un bout de vigne. Autant offrir directement des bouteilles. Pas besoin d'attendre, on est sûr que la grêle ne détruira rien, et surtout on peut changer de vin…
De bocace
21H40 | 22/12/2008 |
Arnaque vinasseuse en vue ? ?