Métaux lourds et pesticides dans le vin : l'omerta française

Une nouvelle étude sur la présence de produits nocifs dans les vins français est passée totalement sous silence ici.

Sur le chemin de mes vignes, conséquence d’une viticulture tout chimique (Catherine Bernard)

L'information est arrivée à bas bruit. Pas comme toutes ces études épatantes qui nous disent sur tous les tons, et le coeur, et les vaisseaux, et le poumon, et la peau, à la façon des comptines enfantines, que boire un verre de vin tous les jours est bon pour la santé. Bientôt, ce sera comme pour le cochon, dans le vin, tout sera bon. Mais là, rien. Pas un mot, pas une ligne, pas un murmure de la profession. Silence radio.

Le 30 octobre dernier, le Journal Chemistry Central, revue scientifique en ligne, diffuse une étude difficile à digérer, dont je résume les conclusions : après analyse de vins en bouteille en provenance de 15 pays, il s'avère que ceux de cinq pays, dont la France, recèlent la présence de métaux lourds à un niveau dangereux pour la santé.

Les chercheurs, des Britanniques de l'université de Kingston -je précise qu'en l'espèce, on ne peut pas taxer les Anglais de malveillance puisqu'ils ne sont pas producteurs et sont en sus de grands amateurs- ont utilisé un coefficient de dangerosité déjà appliqué aux autres denrées alimentaires, notamment les légumes et les poissons, prenant en compte une absorption régulière tout au long de la vie. Dans le cas du vin, un verre tous les jours.

Ils ont une petite idée des causes. La carte des vins incriminés, pour ne pas dire contaminés, épouse en effet celle des zones climatiques humides et/ou à culture intensive de la vigne (la France), conduisant à recourir aux produits en « ide ». En conclusion, très raisonnablement et très logiquement, ils invitent les autorités sanitaires des pays concernés à conduire des études complémentaires.

Articles multiples dans la presse anglo-saxonne

C'est sûr, la nouvelle n'est pas très bonne. Il n'est pas sûr aussi que les Anglais aient définitivement raison et qu'il faille arrêter séance tenante de boire du vin français. Néanmoins, je regrette infiniment d'en avoir pris connaissance dans les bibles anglo-saxonnes du vin : Wine Spectator, Decanter, le très sérieux Washington Post et même dans un obscur site canadien, Psychomédia, lequel titre : « Des niveaux dangereux de métaux dans la plupart des vins français et européens ». On appréciera à sa juste valeur la mise en exergue de la mention française.

En mars dernier, un peu avant donc que je me lance dans ces chroniques, sont tombées dans ma boîte mail d'autres nouvelles pas réjouissantes-réjouissantes, sous le nom énigmatique de « message dans une bouteille ».

Le message était émis par les associations du Pesticides Action Network Europe (PAN-Europe). Il disait, en substance, que tous les vins issus de l'agriculture conventionnelle étaient contaminés par des résidus de pesticides à un niveau élevé, et forcément pas très bon pour la santé, même les très chers à 200 € euros la bouteille, tandis que les vins issus de la viticulture biologique en étaient exempts.

Pour information et rappel du contexte, le vignoble représente 3% de la surface agricole en Europe mais 20% des pesticides utilisés. La profession à laquelle j'appartiens maintenant un peu a néanmoins traité la chose avec un mépris tout à fait élégant. Là encore, je résume :

  1. Circulez, il n'y a rien à voir car les niveaux de contamination constatés ne dépassent pas les limites maximales autorisées.
  2. Retournez à vos chères études, le champ de l'enquête est bien trop limité pour en tirer des leçons.

Je me méfie des tenants de l'apocalypse et des ayatollahs, mais quand même. Après la parenthèse des vendanges et de l'épisode pluvieux (pas loin de 700 mm en Languedoc), je suis retournée faire un tour dans les vignes. Les vignes sont au repos mais pas le sol.

Accélération de l'érosion

Cette année, après observation, j'innove. Je vais semer de la vesce noire d'Auvergne, de la moutarde et de l'orge que je faucherai au printemps dans l'espoir d'y faire revenir les vers de terre dont Darwin dit :

« Il n'y a pas beaucoup d'autres animaux qui ont joué dans l'histoire du globe un rôle aussi important que ces créatures d'une organisation si inférieure. »

Sur mes parcelles, malgré l'absence de « ides » depuis au moins une décennie, le sol n'est pas loin d'être mort.

Les grosses pluies automnales, caractéristiques du climat languedocien, accélèrent l'érosion. Pour le coup, le spectacle est vivant (pas chez moi, mais juste à côté) : désherbés chimiquement, ratissés pour faire propre ou joli (ce qui, en langage agricole classique, revient à peu près au même) au « rotovator », un outil qui a pour conséquence de former une croûte imperméable, gavés au printemps d'engrais azotés, les sols fichent le camp.

Dans son livre « Le sol, la terre et les champs », fort bien réédité avec des photos chocs (au Sang de la terre), l'agronome renégat Claude et Lydia Bourguignon rappellent qu'« assise sur ses quatre piliers (la manipulation génétique, les pesticides, le travail du sol et les engrais), l'agronomie en est toujours à faire la guerre à la mauvaise herbe ». Les démons sont puissants. Obama peut-il quelque chose à tout cela ?

Photo : sur le chemin de mes vignes, le pompon de la pomponnette, conséquence d'une viticulture tout chimique (Catherine Bernard).

11 commentaires sélectionnés

Portrait de Bon Scott

De Bon Scott

17H04 | 13/11/2008 | Permalien

Quitte à me répéter, faites comme moi, achetez la clé USB WINE

http://www.mensup.fr/usbwine/ ? act=insc&mp=USBWINE&o=92&p=61

Etonnant non !

Portrait de pablico

De pablico

17H49 | 13/11/2008 | Permalien

quand on est devant une bouteille, on ne s'imagine pas, tout ce qu'il a fallu comme travail, engrais et pesticides etc pour fabriquer ce doux breuvage.
Quand on est devant un pomme, on ne s'imagine pas qu'elle a été traitée chimiquement au moins 17 fois (les bonnes années)
et la liste est longue longue…Il suffit juste de voir comment ils sont obligés de travailler pour 4 sous, pour comprendre.

Pourquoi le cancer de la vessie , sévit le plus souvent chez les agriculteurs ?

Portrait de Jakar

De Jakar

18H31 | 13/11/2008 | Permalien

Puisqu'il est question de Claude et Lydia Bourguignon dans cet article je vous invite, pour supplément d'information, à écouter cette émission de France Culture

http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/terre_a_terr…

Portrait de Tita

De Tita

oiseau | 18H42 | 13/11/2008 | Permalien

Ce qui est problématique ce n'est pas tellement le taux de métaux lourds et de pesticide car on en connait la cause et on peut donc le contrôler : il suffit de moins utiliser des produits chimiques ou de faire du vin bio…

Ce qui est problématique, il me semble, c'est le déni de la profession de l'existence d'un problème à ce niveau. De fait, non seulement aucune mesure n'est prise (tandis que c'est dangereux ; comme souvent, on attend les premiers morts pour bouger), mais en plus, le risque est de faire perdre la confiance du consommateur envers le produit. C'est un peu dommage de jouer à l'autruche devant un problème qui n'a aucune chance de passer sans réaction, surtout en ces temps que la profession n'est pas au mieux de sa forme…

Portrait de Laquiche

De Laquiche

se lève tôt pour gagner beaucoup mo... | 21H07 | 13/11/2008 | Permalien

Bravo pour vos articles car enfin quelqu'un qui parle du vin et qui connait un peu la chose. Vigneron c'est aussi mon métier, celui qui me fait vivre.

Par contre ce papier est décevant, très conventionnel, pas très exhaustif. Je suis étonné que vous vous cantonnier à la dénonciation des faits sans présenter de solutions viables, sinon en citant la famille Bourguignon et ses travaux.
Les sols avant de mourir à cause des herbicides, ont été massacré par le cuivre utilisé par nos ancêtres, ils n'avaient que ça pour traiter, le même cuivre toujours utilisé en Agrobiologie. Cette même culture dite « bio » et qui veut respecter les sols, n'interdit pas le labour, les insecticides, les métaux lourds…

Mais ce qui est surprenant de votre part c'est le côté dénonciation en bloc, comme si reprocher à la profession de ne pas faire d'esbroufe va arranger les choses. Depuis 31 ans que je baigne dans le vin, les efforts ont été considérables pour améliorer le travail, la qualité, le respect de l'environnement, de l'utilisateur et du consommateur. Pas suffisant certes. Mais pourquoi avons nous autant de mal à passer le cap ? Question d'argent, c'est tout, du moins pour la plupart d'entre nous.

Vous dites être vigneronne, donc vous arrivez à dégager un revenu avec 3,6 ha de vignes et un rendement de 10,7 hl/ha ! ! Vivre sur ça (en retenant frais de culture, amortissement du vignoble, du matériel, taxes, et j'imagine que vous êtes au forfait donc économie de frais de comptabilité avec assujettissement TVA ça aide…) j'applaudis car avec 54 hl/ha dans une appellation dite « riche“(sacrés clichés) je ne trouve pas le moyen de passer outre la facilité des produits chimiques, et c'est pas faute d'avoir essayé. Bon, quand les consommateurs comprendront qu'avec quelques dizaines de centimes de plus par bouteille ils auront du vin plus respectable, nous serons sauvés.

J'ai hâte d'avoir plus de détails sur votre façon de travailler afin que je puisse vous copier ; )

Et surtout il n'y a aucune ironie dans mes propos, les agriculteurs sont les premières victimes des produits toxiques, et penser que nous prenons plaisir à nous empoisonner est vraiment ridicule.

Portrait de ShowViniste

De ShowViniste

Blogueur et citoyen du vin | 21H25 | 13/11/2008 | Permalien

Oui, il existe des vins sans soufre ajouté. Leur typicité est parfois source de polémique, sachant que sans soufre ajouté, le vin présente parfois des déviances comme une forte oxydation sur les blancs et quelques parfums d'écurie sur les rouges.
A vous de tester.
Je vous conseille la lecture de cet article en rapport avec le soufre dans le vin :
http://www.showviniste.fr/vin-naturel/
Et si vous souhaitez des vins naturels, sans soufre ajouté ou très peu, je vous renvoie sur la boutique suivante :
http://www.showvin.com

Portrait de affreuxjojo

De affreuxjojo

21H41 | 13/11/2008 | Permalien

Sur la mafia des pesticides en France lire le remarquable : « Pesticides » de Nicolino et Veillerette. Collection Pluriel.

Portrait de Irfan

De Irfan

22H28 | 13/11/2008 | Permalien

Du point de vue d'un lecteur lambda, étudiant en 3e année en géographie, donc nécessairement intéressé par le vin, je suis très déçu de votre traitement du sujet.

Cet article est vide : vous n'explicitez même pas l'étude faite par le journal anglais, ce qui veut dire que si l'on veut se faire une idée de ce dont vous vouliez parler, il faut nécessairement lire la source que vous avez lue, et celle-ci n'est pas encore mise en ligne dans sa version finale.

« La carte des vins incriminés, épouse celle des zones climatiques humides et/ou à culture intensive de la vigne (la France), conduisant à recourir aux produits en “ ide ” »
Il aurait été bien de reproduire cette carte au moins. Ou bien de dire ce que vous entendez par « zone climatique humide ». Et puis d'expliquer ce que sont ces « produits en -ide », et en quoi on peut les regrouper sous un même terme.

Ensuite, rien n'est détaillé, vous vous contentez d'agréger des sources différentes, une citation de Darwin, une observation pratique, et deux chiffres tellement généraux qu'ils ne signifient rien. Je suis atterré… Je ne sais pas moi, Roger Dion, Rolande Cadille n'existent pas ? Les vins se valent tous ? Les terroirs sont les mêmes ? Les sols sont-ils intéressés par le « climat humide », quand justement certains vignobles ne sont plantés que sur des talus massifs, sans hydrographie ?
Et quels sont donc les vins incriminés, s'ils sont vraiment dangereux pour notre santé ? Vous n'en dites pas assez, tout en voulant insinuer que les journalistes sont au courant mais ne veulent rien dire. Et en quoi ces produits sont-ils dangereux pour la santé ?

Bien sûr, vous prêchez pour votre paroisse, histoire de vous donner un coup de pub pour le « vin bio » ; mais si vous êtes vraiment à la fois journaliste et vigneronne, il serait bien d'écrire un article journalistique enrichi par l'expertise de la vigneronne. Là, on a l'impression de lire un commentaire un peu savant de blog.
Ce qui est inquiétant, c'est que en mêlant le bon sens près de chez soi, des chiffres glanés ça et là, et une information sérieuse, importante, intéressante, et accrocheuse ; le tout saupoudré de publicité pour votre propre produit ; vous n'avancez pas, mais vous plaisez. Et risquez de contribuer à continuer à semer le trouble dans les esprits, si même Wine Spectator s'y met.

Portrait de solstice

De solstice

pigiste | 09H28 | 14/11/2008 | Permalien

Allergique aux sulfites, je confirme en nuançant : on peut boire (un peu) de bon vin rouge sans déclencher de crise. Par contre, je suis très méfiante sur le blanc et le champagne, ainsi que le rosé.

Le problème ne vient pas de la fermentation naturelle du vin mais du fait que, pour les vins blancs, on presse avant la fermentation et que pour stopper celle-ci dans la benne, il y a deux méthodes : le soufre à gogo (qui rejoindra les sulfites naturels) ou le refroidissement par vaporisation régulière d'air liquide (très froid). C'est plus cher et plus compliqué mais, à défaut de connaître la méthode employée par le viticulteur, on ne peut savoir d'où viennent ses « sulfites », ni en quelle quantité.

Le vrai progrès serait d'avoir mention de la teneur en sulfite sur la bouteille mais là…

Portrait de barbara44

De barbara44

rédactrice | 23H54 | 14/11/2008 | Permalien

J'ai bien apprécié ce que dit Catherine Bernard de ces « sols morts », et c'est vrai que le nombre de vers au m2 est un bon indicateur.

Il existe maintenant de très bonnes solutions pour revitaliser la terre et l'eau, notamment via les divers « systèmes » Plocher ; les résultats, bien que progressifs, sont remarquables ! Roland Plocher est un chercheur allemand, et j'ai vu certains lacs non négligeables en taille (notamment le Lac de Joux à la frontière franco-suisse) régénérés par sa méthode il y a plusieurs années déjà ; moyennant qu'on arrête les déjections,ce qui est récupéré est définitivement regagné. Ses diverses découvertes sont utilisées aujourd'hui en agriculture, horticulture, piscicultures, arboriculture fruitière. J'aimerai bien que ce soit testé pour diminuer « la salade de mer » qui pollue tant les Côtes d'Armor (et dont les émanations peuvent tuer).

Alors, si cela vous intéresse, tapez le nom de ce chercheur ou les mots « vitales racines » dans un moteur de recherche pour en savoir plus ! Souvent, ces différents produits sont distribués par des agriculteurs militants, qui testent et essaient de convaincre leurs collègues du bien-fondé de cette démarche.

A part cela, ce que raconte Catherine Bernard sur les vins m'embête pas mal : je n'ai pas encore trouvé « le » viticulteur bio dont la saveur du produit me convainque vraiment ! Et c'est dur, pour une gourmette gourmande, qui trouve que les saveurs, c'est un gros plussss dans la vie !

Portrait de Le Vert et le Vin

De Le Vert et le Vin

Caviste en ligne | 09H01 | 15/11/2008 | Permalien

Tout d'abord, voici le lien avec l'étude en question : http://www.mdrgf.org/pdf/Rapport_vin_pesticide_fr.pdf

Ensuite deux ou trois réflexions en passant.

Sur le titre, il est exact que, hormis les milieux très spécialisés, cette étude n'a quasiment pas été reprise par les médias « grand public ». Le terme « omerta » n'est donc pas vraiment galvaudé.
Oui, l'alternative au tout chimique est la conversion en bio ! Et qu'on ne me parle pas de la « viticulture raisonnée », qui n'est que de la poudre (sic) aux yeux ! ..
Et pour ceux qui auraient du mal à le faire, il y a des agences pour le développement de l'AB : http://www.agencebio.org/# Mais le problème n'est-il pas plutôt de changer sa façon de voir les choses et ses habitudes de travail ? Les remises ne question personnelles sont toujours les plus dures à mettre en place…
Que l'on veuille améliorer la qualité du vin, certes. Mais pas au détriment de la santé du vigneron, du consommateur et de la vie des sols. Pourquoi de grands noms de la viticulture française, tels la Romanée-Conti en Bourgogne ou Pontet-Canet à Bordeaux, sont-ils en bio, voire en biodynamie ? Si ce n'est parce qu'ils ont compris que c'était le meilleur moyen de magnifier leur terroir…
Enfin, sur les vins naturels, qu'ils commencent par établir une charte de vinif précise. Car pour l'instant, il n'existe aucune règle pour codifier ces pratiques. Et on peut s'autoproclamer « vigneron naturel » et faire tout et n'importe quoi. Même si beaucoup de ceux qui militent pour le « sans soufre » sont certifiés bio…

JMI
http://levertetlevin.com/

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