Bouquet et les vigneronnes : la femme est l'avenir du vin

« Mon vin sicilien me ressemble. » C'est l'actrice Carole Bouquet qui le dit dans le spécial vin du Figaro Magazine aux côtés d'autres vigneronnes, savant dosage de people et anonymes.
Voici donc le jour arrivé où les femmes sont de bons supports pour vendre du vin et des suppléments vin, car déjà au printemps de cette année, ce même journal annonçait : « vin, les femmes prennent le pouvoir ».
La semaine avant j'ai reçu un coup de téléphone d'un journaliste de France 3 qui préparait un magazine sur les femmes vigneronnes. Encore un peu avant, le mensuel Cuisine et Vin de France et aussi Jean-Pierre Coffe, l'animateur de l'émission du samedi sur France Inter à l'heure de la pluche des légumes, y étaient allés de leur couplet.
C'est comme pour les néos, version jet-set, bobo, baba, ou sans étiquette, vigneronne, c'est tendance, voire glamour, et peut-être même, à lire les titres du Figaro et autres, guerrier. Je suis tendance. La gloire.
Cibler les femmes, un remède à la crise ?
Comme toute tendance, celle-ci couvait depuis longtemps avant de s'installer. L'un des premiers à l'avoir débusquée –et il s'y connaît en matière de tendance- est Jacques Berthomeau, aujourd'hui auteur d'un blog respecté sur les petites et grandes affaires du vin. En 2001, à l'époque où il était grand commis de l'Etat chargé de la viticulture, il prescrivait, parmi les remèdes à la crise, de cibler les femmes, rare marge de progression d'une consommation hexagonale en berne.
Depuis, toutes les études de consommation, dont la dernière, celle du Credoc -celle qui, au passage, prédit qu'en 2010 l'Espagne nous aura sifflé la place de numéro un mondial de producteur de vin- le clament : la femme est l'avenir du vin.
Je résume : le vin, qui est principalement (de mémoire 70%) acheté dans la grande distribution, l'est tout aussi principalement par les femmes (toujours 70%), ce qui n'a rien de totalement surprenant, les femmes poussant plus volontiers le caddie (gageons que c'est aussi 70%).
Le vin a donc maintenant aussi un sexe ?
C'est donc à notre intention que les marketteurs soignent désormais les étiquettes, puisque nous sommes réputées plus sensibles à certains codes esthétiques. Précisons qu'un caviste bien intentionné avait cru bon de me conseiller une étiquette rose flashy, « pour que ma bouteille se démarque dans les rayons ».
Tout aussi logiquement, changer le flacon ne suffisant pas –ma grand-mère aurait dit « on n'attrape pas les mouches avec du vinaigre“-, il s'agissait aussi de changer le contenu, ou tout au moins de le dire. Le vin a donc maintenant aussi un sexe. Ou plus exactement, il y aurait des vins de femmes.
On dit souvent de mes vins qu'ils sont féminins. Je le prends pour un compliment. Néanmoins, comme en toute chose, je connais des femmes qui font des vins d'homme et inversement, des femmes qui aiment les vins masculins et des hommes qui aiment les vins féminins. Ce n'est pas qu'une lapalissade.
Je connais tout autant de femmes et d'hommes, proclamés et/ou autoproclamés vignerons, mais en réalité davantage propriétaires de terres qui produisent des raisins dont ils délèguent le soin à une chaîne de conseils (il y en a une belle galerie dans ce même supplément du Figaro). Nous nageons en plein bonheur marketing.
Dans ses passionnantes ‘ aventures sur les routes du vin ’ (qui viennent d'être éditées en poche, Petite bibliothèque Payot), Kermit Lynch, importateur californien de vrais vins, et écrivain du vin avant que ce ne soit la mode, s'interroge :
‘ Est-ce aller trop loin de faire un parallèle entre les femmes et le vin ? Il est certain que le cru du domaine Tempier ne serait pas le même sans Lulu. (…) Discutant d'encépagement avec un vigneron du Rhône, je lui ai dit en passant que j'achetais un vin largement composé de mourvèdre au domaine Tempier. Aahh ! Lulu, soupira-t-il tandis que ses yeux se mettaient à briller, elle est notre légende, vous savez’. Son sourire ressemblait à celui d'un amoureux. ”
Dans l'association des femmes et du vin, il y a toujours eu quelque chose de l'ordre du désir et de la relation amoureuse, de la transmission et de la transgression. Comme de biens d'autres choses appartenant à nos fantasmes et imaginaires, le marketing s'en est emparé. Jusqu'à l'en vider de sens ?
Cultiver des vignes, c'est faire l'apprentissage de la solitude
De ma petite expérience, vu de ma fenêtre, cultiver des vignes et faire du vin, c'est, dans le réel, faire l'apprentissage de la solitude. Je ne sais pas si la solitude a un genre. Mais dans cette solitude, une femme rencontre plus vite ses limites. Cela reste un métier où l'on porte beaucoup et lourd. Pour tenir physiquement la distance, je vendange avec des caissettes de 12 kg plutôt que les traditionnelles comportes.
C'est un exemple parmi d'autres. L'ingéniosité dans le bricolage et le sens de la mécanique sont des qualités plus que bienvenues pour ne pas dire indispensables sauf si l'on est très riche. Je suis devenue spécialiste du repérage des palettes perdues –un vrai trafic, la palette de bois- et des savons dégraissants.
Devant l'alcool, les femmes et les hommes ne sont pas égaux. Les vendanges ont la bonne idée de coïncider avec la rentrée scolaire, laissant pendant des semaines “ mes enfants livrés à eux-mêmes ”. Je ne sais pas si la “ conquête du vin par les femmes” pour reprendre le langage des magazines est un progrès pour l'humanité, mais la culpabilité que je nourris ces jours où mes enfants sont justement “ livrés à eux-mêmes ”- est bien un trait féminin.
Est-ce que tout cela se retrouve dans les vins que je fais et que cela en fait des vins féminins ? Je ne sais. Est-ce que cela m'aide à les vendre ? Je voudrais pouvoir dire non, car il en va des tendances comme de la rose de Ronsard, bien belle mais vite fanée.
Vendredi dernier, j'étais invitée dans l'un des nombreux bars à vins de Montpellier –autre mythologie moderne- à une soirée dégustation sur le thème “ Elles et le vin ”. Il s'agissait d'inaugurer le lancement du site web d'une association baptisée “ Femmes vignes Rhône ”. Que la guerre est jolie !
Photo : Carole Bouquet à Bordeaux en 2005 (Regis Duvignau/Reuters).
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De brazz
11H13 | 15/09/2008 |
créneau très porteur, je conseille aussi le vin gay ou lesbien et à l'étude le véritable vin islamique !
De zénon denon 84
Bonne | 11H23 | 15/09/2008 |
J'ai comme l'impression que
notre Chimulus de dessinateur
va nous « pondre “un de ces dessins …
j'vous dis pas ! ! !
De solstice
pigiste | 12H03 | 15/09/2008 |
Je vis dans le bordelais et je ne me risquerai plus à faire des dégustations à l'aveugle avec des copains viticulteurs : j'ai failli mettre le feu au baril (de vin).
C'est dire que, chacun de reconnaissant pas ses petits (et de très loin), dans des bouteilles de coopératives ou (très) haut de gamme… j'ai eu du mal à finir la soirée : j'ai fait semblant de m'être gourée dans les numéros, l'atmosphère se plombant au cours de la soirée.
Ma conclusion : le vin est affaire de goût, et totalement subjectif.
Pour autant, entre hommes et femmes, il y a bien des goûts différenciés : on retrouve là une vraie frontière et une identification dans les goûts : une affaire à creuser que certains ont bien compris.
Après, entre le vin sicilien de Miss Bouquet (un nom prédestiné) et celui de ma voisine Stéphanie, il doit y avoir une approche marketing et un prix à la bouteille, là aussi très subjectif !
Combien, le vin Bouquet ?
à solstice
De solstice
pigiste | 13H46 | 15/09/2008 |
J'ai cherché pour vous, 40 euros la bouteille pour un muscat visiblement de qualité, je m'attendais à pire…
De adaunis
Nul part....si adelyne me plaque...... | 12H05 | 15/09/2008 |
« Le vin a donc maintenant aussi un sexe ? »
Je suis agréablement surpris par votre article, et j'avais apprécié les précédents.
Votre parcours est d'ailleurs étonnant !
Bien sûr que le vin a un sexe.
j'en sais quelque chose, et ce n'est pas en vain que je dis cela !
J'espère que le vin Sicilien de l'actrice lui ressemble, auquel cas on pourra dire qu'il a de la « cuisse », du « corps », et du « bouquet » !
De Thierry Roussillon
journaliste | 13H50 | 15/09/2008 |
Au sujet de Carole Bouquet, je vous conseille son Interview Gourmande sur le site www.recettespourtous.com : http://www.recettespourtous.com/articles/370_039-interview-gourmande-car…
De ellilou
14H05 | 15/09/2008 |
C'est sûrement son grand pote Depardieu qui a du lui refiler cette magnifique idée, histoire de se faire un peu plus de blé…après la participation à des soirées où ils se font (très) bien payer pour montrer leur joli minois, maintenant le vin… et pendant ce temps-là il y a certainement des tas de vigneron(e)s qui se défoncent comme des malades pour élaborer, bichoner et vendre des bons vins ! people, marketing et tap-à-l'oeil, partout, partout, partout….
De Panca
raleur qui aime les débats | 14H14 | 15/09/2008 |
Ah… La grande Carole ! Un jour j'ai appris qu'en dépit de l'homonymie elle n'était pas la fille de l'acteur Michel, lequel fut remarquable dans « Le promeneur du champ de Mars » et qui a lui aussi beaucoup joué et beaucoup de grands rôles. Comment est il Madame Bouquet ce rouge ? Gouleyant ?
De sujetduprince
14H15 | 15/09/2008 |
je viens du pays de la bière det du maroilles mais vu sous cet angle les buveurs de vins m'aparaisent, d'un seul coup, plus agréables à regarder
j'en étais resté aux gros nez rouges affalés sur des comptoirs en zinc devant des ballons malodorants.
De Montauban
14H39 | 15/09/2008 |
in vino véritas mes fréres
De Montauban
14H50 | 15/09/2008 |
La vérité est dans le vin : à preuve Bénito XVI déguste ses 25cl, à jeun, à chaque messe primo matinale ce qui lui permet de déblatérer à longueur de journée la conscience en paix.
De Phil2922
Retraite invalidité | 15H40 | 15/09/2008 |
Jean-Louis Borloo (on voit la différence éthymologique avec Boiloo…), Carole Bouquet…des noms prédestinés… Qu'importe le sexe, pourvu que l'on ait l'ivresse du palais amateur de bons vins… !
http://phil195829.overblog.com
De craniberry
étudiante | 17H31 | 15/09/2008 |
bonjour à tous,
fille de vignerons, je suis bien placée pour savoir qu'on oublie souvent que derrière un grand vigneron se cache une femme, qui souvent ne se contente pas de faire bouillir la marmite, élever les enfants, etc.
Aujourd'hui n'oublions pas de rendre hommage à ces femmes oubliées, par la presse comme par les consommateurs, ces femmes qui bossent dans les vignes comme leurs maris, qui passent aussi des nuits blanches lors des vendanges, pour qui le vin est aussi une passion, mais qui ont préféré (ou n'ont pas eu le choix) s'effacer au profit de leur homme, dans un milieu aussi machiste que celui de la viticulture…
Au-delà de ces considérations, je crois qu'un vin ressemble à celui qui le crée, qu'il soit homme ou femme : c'est une part de sa personnalité qui transparaît, un peu de son être qu'il transmet…
alors peu importe que le vin soit fait par un homme ou une femme, pourvu qu'il ait une âme.
De Keldan
Polytoxicomane à temps partiel | 18H09 | 15/09/2008 |
Mouais… Si encore il s'agissait réellement de la reconnaissance de la femme dans le monde du vin…
Mais ça ressemble plus à un vieux coup marketing à deux balles.
De nemo3637
Déchoukeur | 19H15 | 15/09/2008 |
Je suis un fan de Carole Bouquet, qui, sur le plan politique, n'hésite pas à s'engager pour défendre les faibles, notamment les enfants. Et elle s'engage de façon désintéressée, quoiqu'on en ai dit. C'est une femme de caractère, une « Grecque » ; on peut compter sur elle. Quelqu'un qui s'intéresse au vin peut-il, d'ailleurs, être foncièrement mauvais ? J'achèterai donc une bouteille de son vin. Pas celui de son copain, Depardieu, qui, lui m'apparait de plus en plus comme un gros beauf.
à nemo3637
De Homer555
travailleur plus qui à gagné moins | 21H08 | 15/09/2008 |
J'ai bien suivi le parcours de Depardieu dans le monde du vin. Je pense que la seule chose qu'il aime réellement, c'est le vin. Il possède 7 ou 8 crus qu'il fait vinifier par son associé Bernard Magrez. Depardieu à du gouter à tous ce qui se fait en matière de bon vin. On peut dire se qu'on veut, mais il à du palet.
Sachant que Carole Bouquet fait aussi vinifier son vin par une grande famille du bordelais, je sais plus laquelle mais c'est dit dans mondovino.
Aucun people ne s'improvise vignerons ou maitre de chais.
De zénon denon 84
Bonne | 19H50 | 15/09/2008 |
Est-ce un hasard ,en dehors du fait
que je trouve cette femme trés belle ,
mais sur la photo elle a choisi
une superbe et grosse bague (au doigt)
de la même couleur que le vin qu'elle déguste …
Raffinée Carole .
De ras-la-patience
23H13 | 15/09/2008 |
avoir les moyens de s'acheter des vignes n'est pas suffisant pour devenir vigneron.
De zénon denon 84
Bonne | 15H27 | 16/09/2008 |
Mais assez pour q'on parle de soi !
De Michel Smith
09H17 | 17/09/2008 |
Ca m'énerve ce sujet médiatique sur « les femmes et le vin » qui traîne depuis quelques années dans les rédacs au point que c'en est devenu un marronnier dont mes chers confrères n'arrivent plus à se défaire. Le marketing pur et bête à la fois ! Catherine a cité quelques exemples, mais il y en a des tonnes. Depuis toujours, les femmes mettent la main à la patte dans les vignes comme dans les caves. Quand j'ai débuté sur le vin il y a 30 ans, on s'extasiait déjà sur les alsaces d'une certaine Colette aujourd'hui aidée de ses filles. Il y avait aussi l'incomparable chinon blanc ou rouge d'une certaine Olga aujourd'hui oubliée par les guides. J'ai toujours écrit sur le vin sans attacher d'importance sur le fait de savoir si c'était un vin de femme ou un vin d'homme. La plupart des vins sont d'ailleurs faits à deux, je veux dire « en couple ». Bien sûr, je suis ravi qu'une femme fasse du vin. Mais je ne vais pas juger son vin en fonction du fait qu'il a été vinifié (ou enfanté…) par une dame. Nous en avons plein dans le Roussillon et dans le Languedoc. Mais nous avons dans le monde entier des vins qui sont l'oeuvre d'hommes qui assument certainement leur part de féminité en donnant naissance chaque année à différentes cuvées. Le vin n'est-il pas féminin par essence ? Et s'i enivre tant les hommes ne serait-ce pas parce que le vin est femme ?