A Dijon, les pratiques du Net chagrinent la vieille presse
Les quotidiens régionaux Le Bien public et Le Journal de Saône-et-Loire attaquent Dijonscope.com pour sa « revue du Web ».
En cause : sa « revue du Web », qui selon eux constitue une « contrefaçon » et une « concurrence déloyale ». Les deux journaux réclament 20 000 euros chacun au site Web. En attendant le jugement, rendu le 29 juin, d'autres journaux régionaux pourraient se joindre à l'action judiciaire.
Comme d'autres médias Internet, le site Dijonscope.com (membre du Spiil, le syndicat de la presse d'information indépendante en ligne cofondé par Rue89) renvoie plusieurs fois par jour vers ses confrères en ligne pour informer ses lecteurs d'actualités que Dijonscope ne traite pas.
Rue89 appelle ça les « A Chaud » ou les « Vigies », Dijonscope a baptisé cette rubrique « revue du Web ». Le 1er juin, la société éditrice des deux journaux bourguignons l'assignait en référé.
Pour Le Bien public, « le voleur est pris dans le poulailler »
Joint par Rue89, Jean Viansson-Ponté, le PDG du Bien public (fondé en 1851) et du Journal de Saône-et-Loire (le plus ancien quotidien français, créé en 1826) qualifie Dijonscope (lancé en 2009) de « voleur » :
« On est dans une histoire de voleur pris dans le poulailler. Pour sa revue de Web, Dijonscope renvoie vers une deuxième page qui reste chez eux. On est vraiment dans le pillage de contenu. »
Explication : à la différence des « A chaud » de Rue89, Dijonscope garde un cadre (un « frame ») au-dessus de la page du confrère vers lequel il renvoie. Comme on peut le voir dans la capture d'écran ci-dessous, la barre d'adresse conserve l'URL de Dijonscope. (Voir la capture d'écran, cliquer pour agrandir)
Sabine Torres, fondatrice et directrice de la publication de Dijonscope, dément catégoriquement que ce système puisse lui permettre de garder des visiteurs et de les voler au Bien public ou au JSL.
Dijonscope : « Le frame n'est pas compté dans nos statistiques »
Voici ce qu'elle affirmait lors d'une conférence de presse organisée le 31 mai à Dijon (avec le soutien d'Edwy Plenel, fondateur de Mediapart et secrétaire général du Spiil) :
« Le frame n'est absolument pas comptabilisé dans nos statistiques et n'affiche pas de publicité ! [...]
Ils nous accusent de faire du détournement de référencement à notre profit mais il faut savoir que cette revue de presse représente à peine 2% de nos lecteurs le jour où elle est publiée.
Donc s'il s'agissait d'augmenter le nombre de nos lecteurs, on voit bien que l'argument est sans fondement. Ce n'est pas avec cinq ou cinquante clics supplémentaires par jour que nous allons augmenter le trafic global de Dijonscope.
Enfin, Le Bien public nous reproche que nos revues du Web soient placées avant leurs articles dans le référencement. Mais cela s'appelle du référencement naturel [...]
Si nos articles sont mieux “tagués” et que le référencement naturel de notre site est mieux optimisé, c'est que nous faisons ce qu'il faut pour. A eux de faire la même chose de leur côté. »
Pour Dijonscope, le procès intenté par Le Bien public et le JSL ne vise qu'à tuer un jeune concurrent venu briser son monopole local de l'information. Jean Viansson-Ponté nie avoir cette intention :
« Il y a sur notre zone d'autres sites faisant de la concurrence intelligente, comme Creusot-infos. »
On peut noter que ce site n'est pas dans la capitale régionale (Dijon), et affiche une ligne éditoriale beaucoup moins incisive que Dijonscope.
D'autres journaux vont imiter Le Bien public
Quant à l'importance des dommages réclamés (40 000 euros au total), le PDG des deux journaux régionaux répond qu'elle résulte « d'un travail entre les financiers du groupe et l'avocat », en reconnaissant que la somme n'est « pas facile à évaluer ».
Jean Viansson-Ponté annonce que les deux journaux du groupe La Montagne présents sur la zone géographique couverte par Dijonscope, L'Yonne républicaine et Le Journal du Centre, vont aussi assigner le site indépendant. Lui-même évoquera cette action judiciaire lors d'une réunion avec les autres patrons de son groupe, le mastodonte de la presse régionale de l'Est, Ebra (L'Est républicain, Le Progrès...).
Sabine Torres, elle, affirme avoir reçu des soutiens individuels en provenance du Journal du Centre.
La semaine dernière, le bureau du Spiil (dont le vice-président est Laurent Mauriac, de Rue89), a pris position en demandant à Dijonscope de retirer ses « frames », mais critiquant l'importance des dommages réclamés par les deux journaux, et la nature peu confraternelle de cette démarche judiciaire.
- Sur dijonscope.comLe procès des patrons, pas des journalistes, sur Dijonscope.com
- Sur arretsurimages.netProcès : Dijonscope.com contre journaux locaux, sur Arrêtsurimages.net
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acteur culturel
acteur culturel
Vu de Dijon cette affaire serait risible et ridicule si elle ne visait à éliminer ce qui se fait de mieux en matière de presse sur la ville. Le BP et le JSL n'ont pas les mêmes lecteurs que Dijonscope, question de génération. Et quand on est sur le site du BP, aucun moyen de se tromper, on voit tt de suite qu'on est pas sur Dijonscope ! Accuser de vol un lien vers son site, je trouve ça gonflé. Moi je lis Dijon scope et parfois l'échantillon de BP offert aux internautes sur ma plateforme Netvibes : je suis chez BP tout en restant sur NV, où est le problème ? Et quand je veux lire le BP, je vais dans mon troquet du coin, très heureux de m'offrir ce service. Je pense que ce procès fait du tort au BP qui affiche par là sa ringardise qui n'est plus à démontrer. Y en a marre de ces journaux d'hier qui montrent les dents pour rester en situation quasi monopolistique et handicapent toute initiative nouvelle. Analysez la situation de la presse sur Dijon et comparez avec d'autres villes de même importance : il y a encore du chemin à faire ! Soutenons Dijonscope.




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