Presse : rendre aux journalistes la liberté d'écrire pour mieux vivre
La presse écrite est dans l'oeil du cyclone, comme tant d'autres secteurs, à vrai dire. La crise nous a tous rattrapés, soudainement, brutalement. L'écran sauvera-t-il l'écrit, ou l'inverse, en pleine mode du « reverse publishing », ces sites web qui font leur entrée en kiosque ?
Aucun modèle économique miracle n'est encore sorti de la lampe à huile web. La presse écrite, qui navigue à vue, semble souffrir du syndrome de Christophe Colomb, qui cherchait le Japon et trouva l'Amérique : à la veille d'aborder des rivages inconnus, elle n'ose pas reconnaître que sa destination finale n'aura sans doute strictement rien à voir avec celle de départ.
Quel avenir dessiner pour notre métier alors que les lecteurs boudent les kiosques et que les annonceurs disparaissent ? Comment continuer demain à faire payer une information offerte en ligne ?
Faute de savoir, de vouloir se remettre en cause, se repenser elle-même, la presse écrite semble trop souvent se contenter d'être maintenue sous respiration artificielle à coups de subventions. Elle demeure ainsi dans l'angle mort de l'information, celui depuis lequel on suit l'actualité au lieu de la susciter.
Pourtant, il n'y a jamais eu autant de lecteurs qu'aujourd'hui. Jamais l'accès à des sources d'information, quelles qu'elles soient, n'a été aussi large, notamment grâce à Internet.
Internet, peut-être le dernier (ou le nouveau) refuge du pluralisme de l'information, du ton mordant, de la critique acerbe, de l'enquête sans concession, de l'engagement éditorial.
Internet, un média au-delà de tout contrôle, quoique l'on en pense, même si on a parfois l'impression d'y retrouver les mêmes angles, les mêmes dépêches, où que nos yeux se posent.
Les journalistes font les journaux, et non l'inverse
Au-delà du support, du média, il ne faut cependant pas se tromper : ce sont les journalistes qui font les journaux, et non l'inverse. Or entre salariat, blog, net et piges, l'exercice du métier de journaliste est en train de changer.
Le journaliste devient sa propre marque, apportant sa valeur ajoutée propre aux lecteurs, au-delà du média qui l'emploie. Nos confrères anglo-saxons parlent de « personal branding », il s'agit en fait d'être soi-même.
Bien sûr, le journalisme n'est pas pour autant devenu une profession libérale. Mais il ne se réduit pas non plus à une activité salariée : c'est une vocation, qui ne se résume ni à des horaires de travail, ni à un âge de départ en retraite.
Certes, les journalistes ont d'ores et déjà perdu quelques-uns de leurs privilèges, qu'il s'agisse du monopole de l'information ou de la liberté de choisir leurs sujets. Mais une vraie question plus grave se pose désormais : comment continuer à gagner sa vie en faisant du journalisme ?
Chris Anderson, co-fondateur du magazine Wired exagère en affirmant que demain le journalisme ne sera plus un métier, mais un simple loisir. Tout comme Bernard Poulet en prédisant la fin des journaux.
Sans aller jusque-là, nombre de journalistes mèneront de front des vies parallèles et multi-médias, complétant leurs revenus en sus de leur salaire, en tant qu'auteurs libres et indépendants.
Rendre leur liberté de plume aux journalistes
Même en ces temps incertains, être journaliste demeure cependant une chance. Celle de vivre de sa plume (ou plutôt, désormais, de son clavier), de transformer une curiosité appliquée en informations, d'écrire pour l'un, son employeur, mais aussi pour d'autres, ou tout simplement pour soi, pour que paraisse le sujet auquel on tient mais que l'on vous a refusé.
Tant mieux pour le pluralisme de l'information, et tant mieux pour les journalistes, si un bon sujet devient un revenu supplémentaire. C'est même heureux, tant les salaires de la presse ne culminent que rarement à des altitudes motivantes.
Or les règles du jeu viennent de changer, avec l'adoption de la loi Création et internet. Modifiant en profondeur le statut des journalistes, elle fait d'eux des auteurs au service d'un média global, et non plus d'une œuvre collective.
Quant aux droits rattachés à leurs écrits, ils appartiendront désormais à leur employeur, sur tous supports et pour un temps donné, en échange de leur salaire, ni plus, ni moins. Ainsi, le journaliste (encore) salarié, devrait s'estimer heureux de ne pas monter dans la prochaine charrette de licenciements, accepter de travailler autant pour gagner autant, mais surtout pas plus ?
Quitte à faire des journalistes des auteurs multi-supports, que les dirigeants de groupes de presse poussent la logique à son terme. Comment ? En rendant leur liberté de plume à leur journalistes salariés, en les autorisant à écrire librement, pour qui ils veulent, sur les sujets de leur choix, sans autorisation au cas par cas. A condition, bien entendu, de ne le faire ni pour un concurrent direct, ni sur leur temps de travail.
Il faut rendre aux journalistes le seul vrai privilège qui soit quand on vit de sa plume : la liberté d'écrire pour mieux vivre. Car, au final, le salut de notre profession ne passera pas par la défense arc-boutée d'un statut « historique » des plus protecteurs, mais bien par la quête de la qualité et du pluralisme de l'information, quelle que soit la façon de la consulter ou de l'acheter.
Plus qu'une crise des supports, c'est bien une crise des contenus qu'il faudra résoudre pour que le journalisme s'invente un avenir à l'heure du numérique.
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De Chamaco
Dans l'ombre | 16H27 | 02/11/2009 |
"La presse écrite est dans l'oeil du cyclone..."
bonne nouvelle, puisque l'oeil d'un cyclone est sa partie la plus accueillante - une zone de vents calmes et de temps clément nous précise Wiki.
n'y aurait-il pas comme une contradiction entre : "Les journalistes font les journaux, et non l'inverse" et dans le même paragraphe :
"les journalistes ont d'ores et déjà perdu quelques-uns de leurs privilèges, [...] la liberté de choisir leurs sujets" ?
Sinon, le début de votre phrase de conclusion : 'Plus qu'une crise des supports, c'est bien une crise des contenus qu'il faudra résoudre..." me parait être des plus pertinents.
à Chamaco
De Cyril_B
Dans la vie factive | 08H19 | 03/11/2009 |
Le journaliste, c'est bien le type qui bénéficie de NOMBREUX avantages fiscaux avec sa carte de presse et qui s'y accroche plus qu'à son amour-propre ?
De Waldeck
Naufragé en Sarkoland | 16H56 | 02/11/2009 |
-"A condition, bien entendu, de ne le faire ni pour un concurrent direct, ni sur leur temps de travail."
- faire des "ménages", en somme ...?
De Jonas2
Les mouches ne me trouveront pas as... | 18H02 | 02/11/2009 |
Sous la pogne de Christian Ciganer-Albeniz (frère de Cécilia Attias et accessoirement dirigeant de l'ACP) le journaliste va s'inventer un avenir numérique où la liberté de ton va le disputer à l'audace des investigations.
C'est beau comme l'antique et bien que n'étant pas journaliste, je suis prêt à faire semblant d'y croire et même à l'écrire si on me paye grassement pour cela.
De Liger
liger.amsud.net | 22H42 | 02/11/2009 |
Je peux comprendre l'inquiétude de la presse écrite devant le net.
Je comprend beaucoup moins le manque d'inquiétude de la presse devant le spectacle de plus en plus navrant de tant de journalistes surmédiatisés aplatis devant le pouvoir.
Sauver le journalisme, d'accord. Mais où est-il ? Ben, sur internet, justement. Dans quelques articles de la presse écrite, également. Pas ailleurs.
Le combat de l'avenir, c'est demander le retrait de la redevance audiovisuelle, et la convertir en licence globale.
Mais pour ça, il faudrait que cette profession la joue un peu moins perso.
à Liger
De elmanol93
03H09 | 03/11/2009 |
elle ne joue pas perso, elle se dilue dans la com sans réactions.
Aux ordres des annonceurs. Face à la concentration des pouvoirs de ces derniers, les sujets sensibles disparaissent des tabloids et des mags comme la neige sous le soleil.
Un vrai suicide.
De Zertiop
Journaliste | 09H54 | 03/11/2009 |
« La crise nous a tous rattrapés, soudainement, brutalement. » Je rêve ! Pour tout journaliste qui regarde sa profession exister, la crise était présente depuis longtemps, comme un élastique trop tendu. Ce qui a lâché, c’est l’entrée des éditeurs dans des logiques industrielles et commerciales dures qui s’accompagnaient d’un affaiblissement des journalistes, voire de leur négation. Le reste s’est enchaîné. « Rendre aux journalistes la liberté d’écrire pour mieux vivre », la belle idée ! Si on vous suit, on entérine l’effondrement du statut du journaliste en train d’être achevé par les éditeurs – « statut des plus protecteurs », dites-vous – on accepte sa précarisation (le modèle internet est à ce titre gratiné), on transforme le journaliste en un vague militant de la vérité coincé entre des sociologues qui le regardent de haut et des « citoyens journalistes » qui lui crachent à la gueule. Mais où finira cette course en avant ? Vers quel non sens ? Jusqu’à fabriquer une moitié de la population qui commentera ce que fait l’autre ?
Il y a une supercherie qui se développe aujourd’hui, celle de chercher des solutions du côté des journalistes plutôt que d’interroger la légitimité d’un rajout d’information dans tel ou tel domaine, et partant de là, de se poser la question des modèles économiques et des produits.
De Geeks_lettres
blogueur | 11H35 | 03/11/2009 |
C'est vrai que certains journalistes peuvent être corrompus, mais ça peut l'être aussi pour certains blogueurs/twittos cherchant à se faire rémunérer. Ce qui devrait monopoliser l'attention, c'est conserver notre liberté d'expression qui est un pilier de la démocratie, aussi bien dans la presse écrite que sur internet. Même ce média numérique commence à être la cible des lobbies, comme je l'explique sur mon blog.