Twitter à la barre du procès Clearstream
Peut-on chroniquer un procès en 140 signes ? Ouvert lundi dernier, le procès Clearstream a rapidement soulevé cette question qu'on attendait un peu moins que d'autres comme « Villepin est-il coupable ? » ou « Sarkozy a-t-il fait preuve d'acharnement ? »
Dès le premier jour, en effet, certains de nos confrères ont sorti leur téléphone portable et se sont mis à tweeter en direct. Pour ceux qui sont plus préoccupés par les affaires judiciaires que technologiques et qui ont cliqué sur cet article parce qu'ils ont vu le mot Clearstream, rappelons que tweeter, ici entendu comme un verbe du premier groupe (l'Académie française ne s'est pas encore prononcée sur l'orthographe, entre « tweeter » et « twitter »), peut se définir par « émettre des messages courts sur Internet au moyen d'un ordinateur ou d'un téléphone portable ».
Non loin de Villepin et de Gergorin, Olivier Toscer (Nouvel Observateur) s'est donc distingué par quelques phrases de moins de 140 caractères, comme celle-ci qui retint les esprits :
« Marie de Villepin se recoiffe. L'avocat de son père plaide »
Et Amaury Guibert de France 2 se livra au même exercice.
Cette nouvelle pratique de retransmission médiatique a soulevé deux types de questions.
Est-ce légal ?
La question fut vite tranchée et la réponse est oui.
Comme le note Maître Eolas sur son blog :
« Ce que la loi interdit, c'est de fixer une image ou un son. L'écrit, et
le tweet est un écrit, n'est pas concerné, il est même couvert par la
liberté d'informer. »
Sous-question : peut-on tweeter depuis l'intérieur de la salle d'audience ? Deux méthodes s'affrontent. Celle d'Olivier Toscer, qui reste à l'intérieur, et celle d'Amaury Guibert qui préfère sortir, partant de l'idée que les téléphones portables doivent être éteints dans la salle d'audience.
Précision de Maître Eolas, un téléphone utilisé pour écrire et n'émettant pas de son est admis et Amaury Guibert peut rester dans la salle :
« Certes, il est écrit, sur une feuille format A4 scotché aux portes, que les téléphones doivent être éteints. En fait, ce qu'on vise à prévenir, ce sont les sonneries intempestives et la tentation de retransmettre le son d'une audience, ce qui serait une captation prohibée par la loi. »
Est-ce pertinent ?
Là, on s'en doute, les avis sont plus partagés.
Le blogueur Guy Birenbaum dans sa chronique sur Europe 1 a dit rester « sur [sa] faim ».
« Twitter, c'est sympa, l'Internet, c'est bien mais franchement rien ne vaut un bon vieux chroniqueur judiciaire à la radio. »
Depuis le Colorado où il réalise un webdocumentaire, le journaliste David Dufresne suit le procès Clearstream sur Internet. Lui aussi est sceptique et met en regard cette nouvelle activité journalistique de la retransmission écrite en direct, avec celle de l'enquête de fond d'un journaliste comme Denis Robert.
« Désormais, certains journalistes ont décidé de “twitter” en direct. C'est le métier qui veut ça. Désormais, on twitte, et puis on quitte. (...)
Dans la salle d'audience, il doit y en avoir un qui ne twitte pas. Un
qui ne quitte pas, ni ne lâche rien : le journaliste Denis Robert, à
l'origine des révélations sur la banque d'affaires luxembourgeoise
Clearstream. »
En réponse, Olivier Toscer, sur LCI, a insisté sur la complémentarité entre Twitter et les autres médias.
« Tout le monde n'a pas compris qu'en fait, Twitter, c'est un complément. On ne peut évidemment pas suivre tout le procès si on s'y intéresse, juste sur Twitter. C'est beaucoup trop lapidaire. Ce ne sont pas des compte-rendus d'audience. »
Ce nouvel outil, selon lui, peut remplir un rôle plus proche de celui des images que du compte-rendu :
« Ce qu'on a voulu faire, c'est pallier l'interdiction d'enregistrements vidéo. Des images qu'on ne voit jamais, ce qui se passe vraiment dans les salles d'audience. Et donc j'essaie en 140 signes, assez fréquemment, de décrire ces images-là, qui ne sont en général pas dans les compte-rendus d'audience du lendemain dans les journaux. »
Notre grande reporter Zineb Dryef prévoyant d'aller à l'audience de mercredi, celle où Villepin doit s'exprimer, elle me fait passer une petite question : souhaitez-vous la voir tweeter depuis la salle d'audience ?
- Sur twitter.com@amaury_guibert, les tweets d'un journaliste de France 2
- Sur twitter.com@obs_clearstream, les tweets d'Olivier Toscer (Nouvel Observateur)
- Sur rue89.comTous les articles sur Twitter
- Sur rue89.comTous les articles du blog "Presse sans Presses"
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journaleux - blogueur
journaleux - blogueur
En quoi un téléphone portable est-il autorisé dans une salle d'audience ? Il permet souvent de photographier, et permet également de retransmettre la voix. Or, que dit cet article de la loi de 1881 modifié en 1954 après l'affaire Dominici (procès de 1953) :
Lien
que « l'emploi de tout appareil permettant d'enregistrer, de fixer ou de transmettre la parole ou l'image est interdit. Le président fait procéder à la saisie de tout appareil et du support de la parole ou de l'image utilisés en violation de cette interdiction. »
Aussi, j'ai du mal à comprendre la position du juriste Eolas, quine parle que de « fixer » , selon ce qu'écrit Laurent Mauriac, au lieu de « fixer ou transmettre ». Que je sache, un téléphone sert à transmettre du son… et devrait, au même titre qu'une caméra, être interdit d'entrée plutôt qu'éteint.
Disons qu'il y a une interprétation, et que la méthode de Amaury Guibert est correcte, contrairement à celle de Olivier Toscer. Encore faut-il savoir a minima ce qu'est une audience…




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