
Journalisme en ligne : les forçats de l'uniformisation
L'article de Xavier Ternisien sur les « forçats de l'info » publié dans le Monde, malgré ses aspects caricaturaux et ses généralisations hâtives, a eu le mérite d'amorcer un débat sur l'information en ligne.
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Ce débat contient deux dimensions qui sont certes liées, mais que l'on peut distinguer. Il s'agit d'abord des disparités sociales entre rédactions papier (nobles) et rédactions web (deuxième classe). Ce point a été largement repris et débattu sur plusieurs blogs. Deuxième dimension : l'uniformisation de l'information, ce que Samuel Laurent appelle le « journalisme de dépêches », qui consiste à les reprendre, à les réécrire rapidement et à les publier sans apport d'information.
Ne tombons pas dans les excès de l'article sur les forçats de l'info. Beaucoup de rédactions Web développent parallèlement un journalisme original et des innovations rédactionnelles. Mais reconnaissons que la norme est une course à l'actu immédiate, sans recul, qui est aussi une course au meilleur placement dans Google Actu.
Cette dérive est mise en évidence par une étude récente sur un corpus de sites d'actualité. Conclusion, reprise par Narvic sur son blog Novövision : une offre largement « redondante » et « stéréotypée » :
« Les sites d'informations diffusent la même information en même temps, avec une extrême concentration de la production sur une toute petite quantité de sujets ultra-dominants dans l'actualité. »
Google favorise les comportements moutonniers
De cette dérive, les sites d'information ne sont pas les seuls responsables. Le moteur de Google qui décide de la hiérarchie dans son service d'actualité favorise les comportements moutonniers. Plus nombreux sont les médias à traiter d'un même sujet, plus et mieux ils sont repris.
Le comble de l'absurdité, pour les journalistes que nous sommes, est de constater que si vous sortez un scoop, vous êtes pénalisés sur Google Actu : soit votre scoop n'est pas repris par les autres médias et vous n'apparaissez pas, soit votre scoop est repris et c'est la dernière réécriture d'un média concurrent qui est mise en avant.
Plutôt que de s'acharner sur une soit-disant captation des recettes publicitaires par Google, les éditeurs de presse seraient mieux inspirés de faire pression sur le moteur de recherche pour qu'il améliore son algorithme et récompense l'information originale.
Un potentiel journalistique qui reste à explorer
Aujourd'hui, nous constatons un cercle vicieux : la production d'une information facile favorise un bon classement dans Google Actu. Comme le note Jeff Jarvis dans un récent post (repris sur Rue89), une telle attitude est mortifère :
« Chaque minute du temps d'un journaliste devrait servir à ajouter de la valeur à l'écosystème de l'information : faire des reportages, aménager et organiser l'information. »
Le rabâchage d'informations déjà existantes est d'autant plus absurde que, sur le Web, il suffit de faire un lien vers la source originale pour en rendre compte. Cette attitude repose sur un calcul à court terme.
Les journalistes qui ont la chance de travailler sur Internet, dont le potentiel journalistique reste encore largement à explorer, devraient avoir une exigence à l'esprit, celle d'être à la hauteur de cette tâche.
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De Olivier.M
Journaliste | 14H37 | 28/05/2009 |
Googlisation du journalisme, « journalisme de dépêches »…oui, c'est vrai, les médias en ligne cherchent à faire du clic, de l'audience, en tirant vers le bas, en visant le plus grand nombre.
L'audace et la créativité ne sont pas les maîtres mots. Et c'est bien là le problème !
Le journaliste aujourd'hui, est soumis à des impératifs de productivité, de rentabilité. Mais est-ce compatible avec notre fonction, notre rôle, notre mission ?
Et justement, n'est-ce pas parce que la presse impose cette logique de productivité et de rentabilité à ses journalistes qu'elle souffre de la désaffection du public ? Ne ferait-on pas mieux de penser que nos publics sont « intelligents » et qu'il faut leur donner de la qualité, de l'analyse, de l'enquête, du vrai contenu !
A mon sens, l'essence du journalisme, c'est l'enquête, le terrain, le reportage. Ca demande du temps, de l'investissement. Ca coûte cher. Et ce n'est pas le chemin pris pas la grande majorité des médias. Quelques-uns se risquent à faire du vrai journalisme et je les en remercie. Je reste persuadé qu'avec le temps, on leur donnera raison.
Pour revenir aux journalistes en ligne, ne rougissez pas !
Sortez des carcans, inventez, créez, osez ! C'est la seule manière de gagner.