De la démocratie en numérique : Versac explore le Web social

En partenariat avec Nonfiction.frL'effet d'annonce, qui aurait pu s'avérer désastreux, s'estompe dès les premières pages. A rebours d'un grand tableau définitif ou interminable, Nicolas Vanbremeersch -alias le blogueur Versac- déploie son style limpide pour détailler au lecteur « l'anatomie » de l'espace public numérique.

Le voyage qu'il nous propose est sans fioritures. Le guide est modeste, fin et direct. En sa compagnie, le lecteur explorera « les trois Web » que sont le Web documentaire (de Wikipedia aux sites institutionnels), le Web de l'information et le Web social (des blogs aux réseaux sociaux). Sa typologie pourrait faire date d'autant plus qu'il la développe avec quelques-uns des travaux sociologiques les plus intéressants à propos d'Internet.

Jaquette du livre de Versac, "De la démocratie numérique" (DR).Versac parvient donc, avec une aisance confondante, à nous familiariser avec les enjeux actuels du web. Pas de jargon ou de sous-entendu pour initiés. Les fidèles lecteurs du blog versac.net y retrouveront la marque de son style. Nicolas Vanbremeersch cultive la description claire et concise. L'ouvrage se révèle être une introduction de grande qualité pour tout novice des arcanes du Web social.

Cette qualité a son revers. Par intermittence, la vulgarisation tant revendiquée devient une dissertation de bon élève. L'écriture se fait scolaire, comme lorsque Nicolas Vanbremeersch plaque du Habermas pour habiller un truisme. Cette référence, à laquelle il s'oblige, le conduit à faire une impasse sur le rapport entre espace public et espace privé.

Le « geek » est au Web ce que le bourgeois est aux débuts de la presse

La question est simplement effleurée alors qu'elle est constitutive de nombreux débats actuels sur l'avenir de l'Internet. Notre rapport encore juvénile avec le Web rend flottante la distinction de ces deux espaces. Un tel brouillard, qui pose lui aussi bien des questions démocratiques, aurait nécessité quelques lumières plus éclairantes. Malgré ces deux réserves, on retiendra de la tutelle du philosophe allemand qu'elle offre à Versac sa plus belle fulgurance : le « geek » est au Web ce que le bourgeois est aux débuts de la presse. Hypothèse prometteuse à creuser.

La seconde partie de l'ouvrage, consacrée aux changements en cours ou à venir, se révèle frustrante. L'auteur réussit un tour de force impressionnant. Les constats qu'il développe sont en tout point pertinents, à l'exemple de la fin de certaines médiations traditionnelles et de l'émergence de nouvelles autorités.

Nicolas Vanbremeersch tempère les prophètes de l'intelligence collective mais exhorte les médias traditionnels à s'approprier les codes du Web social pour assurer leur survie. Il manque pourtant un exemple de taille dans sa démonstration : les débats du traité constitutionnel européen. Pourquoi citer avec tant d'insistance les campagnes américaines alors que la France a connu des expériences similaires et tout autant passionnantes ou intéressantes ? A croire que l'auteur refoule cet épisode, qui a profondément divisé la blogosphère comme le pays.

Il n'aborderait que des sujets médiatiques consensuels : l'anecdotique tectonik, les participants méritants de Désirs d'avenir, le bon maître Eolas, les débiles conspirationnistes et l'élection du saint Barack Obama. Tout sauf l'effervescence très particulière des mois précédant le dernier référendum. Inutile de faire un procès d'intention. La mémoire sélective de l'auteur est en cohérence avec sa démarche.

Fond et forme se rejoignent dans le projet de Nicolas Vanbremeersch, à savoir, proposer une lecture dépassionnée du web. Alors qu'Internet s'invite un peu plus chaque jour dans notre quotidien, les productions éditoriales de qualité et accessibles à tous restent rares. Le livre de Nicolas Vanbremeersch est assurément de celles-là. Cet ouvrage est un signe de maturité du débat. Prophètes et critiques peuvent être rangés au placard.

Nicolas Vanbremeersch nous invite au réalisme ce qui suppose, avant tout, d'être prêt et d'être capable d'introduire de la nuance dans les tableaux que l'on peint du web. En ce sens, le livre de Nicolas Vanbremeersch marque un tournant dans l'évolution des représentations d'Internet. Il n'est pas si courant de faire avancer les choses tout en les exposant au plus grand nombre. Il y a bien un moment Versac -il suffit de reprendre un livre, lui aussi destiné à un large public, « Internet l'inquiétante extase », pour mesurer le chemin parcouru en quelques années. Dommage qu'il sacrifie sur l'autel du consensus un événement fondateur de la démocratie numérique française.

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Portrait de Lairderien

De Lairderien

20H56 | 21/05/2009 | Permalien

Ouah, ce Maxime il est payé combien pour la critique dithyrambique ?

Portrait de Utilisateur désinscrit à sa demande

à Lairderien Portrait de Lairderien De Utilisateur désinscrit à sa demande

nc | 22H34 | 21/05/2009 | Permalien

Dithyrambique ?

Pas vraiment : il souligne bien les carences et les défilades de Versac, dans une critique sans complaisance qui me paraît d'autant plus honnête qu'il a réellement lu le bouquin à fond et que ça se sent. Et c'est très bien écrit, ce qui ne gâche rien.

C'est vrai qu'il donne envie de l'acheter, mais l'unique plaignant est mon porte-monnaie… notre libraire, elle, se frotte déjà les mains.

L'internet est encore très peu étudié, alors qu'il est un phénomène de société majeur.

Portrait de ALLAIN JULES C@MMUNICATION

à Lairderien Portrait de Lairderien De ALLAIN JULES C@MMUNICATION

15H06 | 25/05/2009 | Permalien

Ce livre est un grand succès avec 132 exemplaires en un mois.

http://allainjulesblog.blogspot.com/2009/05/versac-nicolas-vanbremeersch…

Portrait de papy38

De papy38

retraité | 13H43 | 22/05/2009 | Permalien

INTERNET est, pour le septuagénaire que je suis, une source extraordinaire d'informations, qu'il faut peser, examiner, comparer pour essayer d'avoir une pensée originale.
Cela me permet par exemple d'avoir de la « matière », pour écrire 5 pages de chroniques percutantes pour « fréquences communes », qui regroupe 3 radios associatives dans l'Isère.
Avant je lisais « le Canard », un « hebdo » (pas de pub) auquel je suis abonné et il m'arrivait de passer ma matinée du samedi à compulser les médias écrits… Aujourd'hui, je me contente des deux premiers. Et des tracts militants que je récolte ici et là lors des manifestations de rue ou ailleurs.

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