03/01/2009 à 21h33

En 2008, l'info entre craquements et nouvelles aventures

Pascal Riché | Redchef Rue89

Après Bakchich, Rue89, et Médiapart, c'est au tour d'une nouvelle équipe de journalistes de préparer son envol sur le web.

Autour de Jean-Marie Colombani, ancien patron du Monde, elle entend adapter pour la France le concept de Slate, le fameux webmagazine américain, jusqu'ici partenaire de Rue89. Nous lui souhaitons la bienvenue sur le web, et bon vent à son projet s'il voit le jour.

L'annonce n'est pas anodine dans le contexte actuel des médias. Elle nous confirme dans le choix que nous avons nous même fait, il y a deux ans, en créant ce site pionnier qu'est Rue89. Quelques mois après notre lancement, Bakchich, site alors spécialisé sur les affaires dans le Maghreb et en Afrique, décidait de se muer en site d'information satirique généraliste.

Puis, d'anciens du Monde, derrière Edwy Plenel, lançaient Médiapart, un site payant... On assistait également à l'éclosion de sites plus spécialisés, comme ceux d'Arrêt sur images ou de Nonfiction.

Peu à peu, autour d'équipes réduites, s'est constitué un nouveau secteur, encore fragile, celui de la « presse 100% en ligne » (voir l'infographie)... Ce qui lie toutes ces équipes, c'est la conviction qu'Internet est un outil formidable pour l'information. Et que si sa montée en puissance est une mauvaise nouvelle pour de nombreux journalistes, elle n'est pas une mauvaise nouvelle pour le journalisme.

Ce qui se passe actuellement dans le paysage de l'information est une révolution (d'où « 89 » ! ) aussi importante, selon nous, que l'apparition de la presse populaire au milieu du XIXe siècle.

Aux Etats-Unis, le Pew Research Center a publié juste avant Noël une enquête d'opinion montrant que pour ce qui est de l'information, le média internet avait désormais dépassé, pour la première fois, la presse écrite comme source d'information privilégiée. Chez les moins de 29 ans, Internet dépasse même la télévision !

Les sites d'information ne sont pas les seuls aiguillons de cette révolution : le câble, le satellite, la TNT, les SMS, les web radios, les réseaux sociaux, les podcast, les blogs... une multitude de nouveaux canaux viennent ébranler les cathédrales traditionnelles.

Les usages changent rapidement. On vit à la fois, comme l'a relevé le sociologue Jean-Louis Missika dans son livre « La Fin de la télévision » :

  • une démédiatisation de l'information (les citoyens picorent eux même leur info, grâce à une offre de plus en plus fragmentée)
  • une désynchronisation de celle-ci (les citoyens ne se retrouvent plus derrière leur écran à la même heure : ils s'informent quand ils le veulent, via les chaines de télé spécialisées sur via Internet)
  • au moins partiellement, une déprofessionnalisation (chacun peut contribuer à la production d'information, via des blogs ou des sites participatifs).

Les anciens médias se bagarrent pour ne pas mourir, les nouveaux pour vivre

Comme toutes les mutations, celle-ci est éprouvante. Les jeunes pousses ont encore du mal à trouver leur modèle économique, pendant que les médias traditionnels souffrent. En 2008, on a assisté à de nombreux et très spectaculaires craquements.

Aux Etats-Unis, on a vu d'abord le Christian Science Monitor -un quotidien respecté- annoncer qu'il allait basculer intégralement sur le web (non sans une forte appréhension dans la salle de rédaction) ; puis le groupe qui coiffe le Los Angeles Times et le Chicago Tribune, deux des plus grands journaux, est passé sous la protection du droit des faillites ; enfin le New York Times a hypothéqué son immeuble à Manhattan pour s'assurer des liquidités...

Le tout sur fond de plan sociaux massifs. En France, la presse écrite ne se porte pas mieux : de L'Express au Monde en passant par La Dépêche du midi, les journaux réduisent leurs effectifs à tour de bras.

L'Elysée ne prend pas le problème du bon côté

Côté télévision, d'autres craquements se font entendre. Le JT de TF1, cette grand messe jusque là immuable, a commencé à voir son audience s'effriter, ce qui a conduit la direction de la chaîne à prendre une décision iconoclaste au sens littéral, en virant l'« icone électroménagère » autoproclamée qu'était Patrick Poivre d'Arvor. Il fallait marquer symboliquement une « rupture ».

Face à cette déflagration générale, le pouvoir politique prend des initiatives brouillonnes (et parfois malheureuses). Au lieu de prendre le problème à l'endroit -une démocratie a besoin d'une information indépendante, quel est le meilleur cadre pour qu'elle puisse s'exprimer ? - l'Elysée a préféré raisonner à partir de la santé des entreprises de presse existantes (comment muscler TF1, sauver les journaux, etc.).

Nicolas Sarkozy a d'abord annoncé une réforme de l'audiovisuel public, avec deux mesures frappantes, la suppression de la publicité après 20 heures (qui vise, entre autres, à redonner des couleurs à TF1 et M6) et la nomination (ou la révocation...) directement depuis l'Elysée, du président de France Télévisions, un repli réactionnaire vers bonnes vieilles méthodes autoritaires d'antan.

Seconde initiative du pouvoir, dont on ne sait encore trop ce qu'il en sortira, l'organisation d'Etats généraux de la presse écrite. Rue89 y a participé sans cacher ses réserves.

Dans ce cénacle, chargé de raisonner froidement sur la situation, les passions liées aux mutations en cours n'étaient pas absentes.

Le 11 décembre, le patron de Google News, Josh Cohen, venu spécialement de New York, s'est ainsi fait étriller par le directeur général du Figaro (« nous vous considérons comme notre pire ennemi ») et le représentant de Lagadère Active (« votre business modèle est devenu prédateur »). La tension entre anciens et nouveaux médias reste très vive.

C'est pourtant une tension largement artificielle. Le déclin de la presse écrite n'a pas attendu l'internet (il a commencé, en terme de diffusion, dans les années 20 ! ). Par ailleurs, les « anciens » médias sont aussi de « nouveaux » médias : les plus gros sites web d'information, et de loin, sont ceux de TF1, Le Monde ou Le Figaro.

Et les nouveaux médias n'ont réinventé ni la poudre, ni l'information : ils se contentent, en tâtonnant souvent, de l'adapter aux nouveaux outils et aux nouveaux usages. Pour la plupart des journalistes, c'est une aventure éprouvante ; pour d'autres, comme ceux de Rue89, elle est surtout terriblement excitante.

Illustration : 101 sources d'informations sur Internet, à retrouver dans le numéro 10 de Vendredi

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  • Le Yéti
    Le Yéti
    yetiblog.org
    • Posté à 21h58 le 03/01/2009
    • Internaute
      yetiblog.org

    UN MONDE SANS LE SOU

    Que les médias officiels cherchent à se trouver une place sur le web après l'avoir tant vilipendé, ne peut que ravir.

    Que ces nouveaux conquérants du virtuel cherchent à en tirer financiers profits, ne peut que faire sourire.

    Internet est un monde sans le sou. Je veux un monde où l'argent n'est plus le seul moyen d'échange.

    Internet préfigure un monde nouveau ou l'argent ne sera plus roi. Difficile à avaler, n'est-ce pas, mais c'est comme ça ! Il va falloir s'y faire.

    Si les médias officiels sont à la ramasse au niveau du tiroir-caisse, je donne cher à parier que les Bakchich, Mediapart ou même ma chère Rue ne sont guère en meilleur état pécunier.

    Est-ce pour autant que leurs informations sont sans importance. Bien sûr que non, elles sont essentielles, indispensables. Peu à peu, Internet devient la source principale des informations de la populations, le premier moyen d'échange des communications. Sauf que maintenant ce n'est plus l'argent qui détermine la valeur de ces échanges.

    A l'heure où le système sacralisant l'argent s'effondre lamentablement, Internet devient le terreau de l'expérimentation pour un monde nouveau, sans un kopeck. Passionnant, non ?

    • Pascal Riché
      Pascal Riché répond à Le Yéti
      Auteur(e) de l'article Redchef Rue89
      • Posté à 21h59 le 03/01/2009
        éditeur
      • Journaliste
        Redchef

      Pas d'argent, pas d'argent... Comme vous y allez !
      Rue89 ne sera vraiment indépendante que lorsqu'elle parviendra à couvrir ses dépenses et à dégager des bénéfices. Et si elle a un jour les moyens de très bien rémunérer ses journalistes, ce sera encore mieux !

      • Lapin Bleu
        • Posté à 22h29 le 03/01/2009

        Salut Yéti, salut Pascal,

        J'ai l'impression en te lisant Yéti qu'il est vraiment difficile de faire comprendre à beaucoup des plus actifs des riverains (j'entends actifs en tant qu'internautes s'exprimant sur la Rue -la vie est fort heureusement aussi ailleurs) que l'indépendance d'une rédaction est d'abord et avant tout économique. Je « journalise » depuis 1998 et je « blogue » depuis 2000 et j'attends encore qu'on me démontre le contraire.

        Maintenant, je crois comme le Yéti que le système monétaire va clamser. Avec comme première corollaire qu'un beau jour, personne ne se lèvera plus pour aller travailler, puisque la monnaie du salaire ne vaudra plus rien.

        Alors ce jour là, il s'agira de faire preuve d'imagination (surtout tous ceux qui font oeuvre immatérielle) : on troquera nos piges contre quoi ? Quel sera le barème ? La grille syndicale ?
        Ca promet du sport !
         : )

        Bonne année à vous deux au passage.
        Et à tous les riverains que j'aime !

        – lapinesquement

         
        • Captain Gregg
          • Posté à 10h27 le 04/01/2009

          Dépêchons-nous d'en parler maintenant, vu qu'une fois que personne n'aura plus la thune, il n'y aura plus d'électricité en circulation non plus, et par conséquent plus d'internet possible.

          Bon, je vous laisse, il faut que j'aille m'entraîner à allumer un feu au silex pour mon steak d'auroch de midi.

          • Lapin Bleu
            • Posté à 11h33 le 04/01/2009

            Salut fantôme,

            Je vois que vous percevez bien ce qui nous attend (même si vous n'y croyez pas, j'entends bien votre ironie qui pointe...).

            Concernant l'électricité, vu la situation française (gros parc nucléaire, Etat fort, etc.), gageons que, dans un premier temps au moins, l'Etat organisera la continuité de service, par exemple par une réquisition de l'appareil de production, quitte à ce qu'elle soit militaire...

            Après, qui aura droit à un peu de l'électricité rationnée, ça, c'est une autre question...

            Quant aux silex ne vous embêtez pas à ce point, si un fantôme peut se saisir physiquement d'objets matériels, faites simplement un stock d'alumettes (ou de briquets), ça suffira. : )

            – lapinesquement,

            • Captain Gregg
              • Posté à 12h11 le 04/01/2009

              Cher lapin,

              Ironie oui et non, je ne crois qu'en ce que je vois et j'évite de me laisser embarquer dans ce qui n'est peut-être qu'une vue de l'esprit. On parle ici d'un effondrement de l'économie, et aussitôt après on se demande si on va rémunérer les journalistes au moyen d'un système à la Paypal mais sans commissions, alors que s'il n'y a plus d'économie il n'y a plus de revenus et... la question se posera plutôt, pour la plupart d'entre nous, de savoir comment se nourrir, se chauffer et garder son logement lorsqu'on est locataire, ce qui est mon cas. Vous comprenez qu'alors, l'information passera au second plan.

              J'ai un peu l'impression que vous spéculez, comme beaucoup en ce début d'année, sur quelque chose dont on sent qu'elle va se produire, mais dont on ne sait trop de quelle nature elle sera. Il se peut aussi qu'il ne se passe rien. Mais voilà que cela nous mène à « devoir » trouver vite fait une alternative au système en vigueur, puisqu'il est condamné à brève échéance. Ou du moins à y réfléchir.

              Je veux bien, mais bon, la gauche de tous les bords s'y est ingéniée depuis le milieu du siècle dernier sans y parvenir, Besancenot compris, lui qui, ces jours-ci, faisait la quête sur le web pour dégotter les 100 000 euros qu'il juge nécessaires pour financer la néo-cause du peuple, peuple qui soit dit en passant se soucie plus de la nouvelle heure de programmation de « Poubelle la vie », prévue dans la semaine, qui va court-circuiter la grand messe de l'actu bidonnée qui, avec ou sans Pépédé, fait partie de ses loisirs de dilection.

              Moi je veux bien essayer de réfléchir à toute vitesse avec vous à une alternative au néolibéralisme-capitaliste-libéral-néocon appelé à disparaître de la circulation du jour au lendemain autour de juin 2009, mais je ne sais pas ce qu'en pensera mon proprio quand je ne serai plus en mesure de lui payer mon loyer, ni mon boulanger quand je lui annoncerai que désormais son commerce est une assos 1901, ni mon FAI quand il ne pourra plus prélever la thune qui me permet de bénéficier de cette fenêtre ouverte sur le monde des vraies gens qu'est le web, où les vraies gens tuent leur dimanche à défaire le monde sans trop savoir comment le refaire autrement.

              Non, ça je ne le sais pas.
              Mais ce que j'sais, c'est qu'on ne sait jamais.

              • kawouede
                kawouede répond à Captain Gregg
                • Posté à 13h01 le 04/01/2009

                Ne rêvons pas trop sur l'indépendance de la presse internet. J'ai lu quelque part que Xavier Niel - 23e fortune de France, patron de free.fr et à l'origine de la plainte pour diffamation dans l'affaire de Filippis - avait des parts dans bakchich ; sa boîte est partenaire d'@si pour la diffusion tv . On peut y voir un simple soutien à l'info libre mais ça ressemble aussi au début d'un rêve d'empire médiatique d'un nouveau type ?

                Au passage une bonne question est posée par l'édito de Val cette semaine dans Charlie Hebdo : celle de la dépénalisation (évoquée par Sarko) de la diffamation par voie de presse, qui risque de coûter cher aux journalistes et aux médias indépendants (en passant au civil les dommages et intérêts ne seraient plus « symboliques » si j'ai bien compris). Même si Val continue bêtement de mépriser la presse internet, ça la concerne aussi !

              • Lapin Bleu
                • Posté à 13h39 le 04/01/2009

                Cher fantôme,

                Je suis d'accord sur toute la ligne.

                Le « refaire autrement », je le tente à l'échelle individuelle dans la mesure de mes moyens. Mots-clés : ruralité, solidarités locales, décroissance (pas de GSM, pas de TV, bientôt pas de voiture ? ), potager, énergies renouvelables (embryon d'autonomie énergétique)... Si je regarde autour de moi, le minimum vital est assuré : viande (sur pattes), poissons (dans l'eau pas loin) légumes, céréales, boulangers, fours à pain, panneaux solaires, bonbonnes de gaz, armes et munitions (chasseurs), etc.

                Un fantôme tel que vous sera le bienvenue si vous rencontrez des soucis de logement. Mais j'arrête de spéculer, donc.

                Excellente année 2009 !

                • Captain Gregg
                  • Posté à 17h16 le 04/01/2009

                  Toujours aussi sceptique.

                  Ruralité : je veux bien, mais avez-vous une idée de ce que sont les réalités de la vie à la campagne ?

                  Nous venons d'y passer dix ans ma femme et moi, et nous sommes de retour à la ville depuis l'été.

                  Croire qu'on peut vivre en autosuffisance à la brousse, c'est se coller le doigt dans l'oeil jusqu'à la couture du slip.

                  Déjà, à la campagne, il n'y a rien de gratuit. La terre a un prix, les semences ont un prix, il faut du matériel, de l'outillage, des engins lourds qui ne fonctionnent pas encore à l'énergie solaire, il faut lâcher de la thune pour se payer une coupe si on se chauffe au bois, et disposer au minimum d'un break robuste pour le transporter, sans compter la tronçonneuse, le carburant de la tronçonneuse et plusieurs chaînes de rechange (essayez donc de venir à bout d'un chêne de quarante ans à la scie, vous y passerez un mois où c'est sûr que vous aurez chaud ! ).
                  Certes les fours communaux existent, mais la farine ne tombe pas du ciel et la vie collective qui s'organisait jadis autour du lavoir ou du four à pain est depuis longtemps du registre des archives.
                  Le chacun pour soi est le même à la campagne qu'à la ville, avec en plus un putain de clivage propriétaire-locataire qui vous ghettoïse quiconque ne possède pas au moins un hectare à soi. Un fauche à la campagne est un homme mort. Et croyez-moi qu'en dix ans j'en ai vu quelques-uns, des RMIstes qui n'arrivaient plus à se loger en ville et qui une fois installés dans le bled, étaient l'objet de l'ostracisme le plus imbécile de la colique d'ivrognes qui possédaient baraques et terrains alentours et ne perdaient pas une occasion de les traiter d'assistés.

                  Solidarités locales, ensuite... Si c'est sur la base de la survie au sortir d'une guerre, peut-être. On verra.

                  Décroissance, là j'adhère. Parce que nous devons y aspirer, c'est vital, et que ça ne peut venir que d'un vaste mouvement de masse. Pour le moment, on n'est quelques-uns à y croire. Le plus grand nombre n'a même pas idée de quoi il s'agit, sans doute rapporte-t-il cela à Sarkozy, par rapport à sa petite taille, m'enfin...

                  Potager. Voir plus haut. J'en ai tâté. Cela prend du temps, faut avoir un dos solide, ne pas craindre les ampoules et surtout, savoir précisément ce qu'on fait au bon moment, et croiser les doigts pour que le temps suive...

                  Viande, sur pattes. L'élevage, pourquoi pas ? Si on réussit à s'affranchir des normes européennes ultra-répressives-restrictives. Poissons dans l'eau.... dans la plupart des rivières de France, c'est du poisson d'élevage (nitrates et sports extrêmes obligent, le poisson de rivière ne peut plus vivre et se reproduire comme il l'entend, mais bon, si on interdit le canyoning et les nitrates, peut-être...).

                  Panneaux solaires, ça a un coût, bonbonnes de gaz, aussi, armes et munitions... chasseurs... vous vous ferez pas mal d'ennemis et ce sera le début de la fin du Nouvel Eden néo-néolithique.

                  Mais l'histoire humaine n'est faite que de ça, n'est-ce pas ?

                  Excellente année à vous aussi !

        6 autres commentaires
      • Le Yéti
        Le Yéti répond à Pascal Riché
        yetiblog.org
        • Posté à 22h39 le 03/01/2009
        • Internaute
          yetiblog.org

        Ne vous vexez pas, Pascal, mais je ne vous suis pas sur ce coup-là.

        D'abord, je pense qu'il est faux de prétendre que l'indépendance de Rue 89 (ou des autres) ne saurait être que financière (« dégager des bénéfices »). Les finances (si elles arrivent, ce dont je doute fort dans les conditions actuelles) viendront toujours de quelque part, de quelqu'un ou de quelques-uns. Ce seront ceux-là, ces quelques-uns qui détermineront alors le degré d'indépendance qu'ils consentent à vous accorder.

        Ensuite, il me paraît que vous n'avez pas vraiment pris la mesure de la révolution qui est en train de s'opérer. Quand, dans les tribunes que vous avez eu la gentillesse de m'accorder, j'essayais d'annoncer en janvier 2008 que le Lien allait inéluctablement entraîner la fin du système capitaliste actuel, quand je parlais de Lien, puis de l'impossibilité de faire autrement que de Lien, je ne me prêtais pas à quelques jeux d'esprit aussi gratuits que sophistiqués.

        Oui, oui, je sais, je peux me tromper. Mais je pense que nous le saurons assez vite : mi 2009 au plus tard, qui verra selon moi l'effondrement total de l'économie réelle (entrée en dépression).

        Il faudra bien alors que les médias que vous êtes oublient de vouloir survivre uniquement en couvrant des dépenses et en dégageant des bénéfices. Et pas seulement les médias, mais TOUS LES ACTEURS ÉCONOMIQUES. Cet engrenage de la rentabilité financière a fait long feu, je pense.

        Ce qui remplacera ce système, je n'aurais pas la prétention de l'imaginer. Je ne sais même pas s'il sera meilleur que celui que nous quittons. Mais je vous fiche mon billet que très vite, il faudra se pencher sur la question.

        D'ailleurs, c'est déjà commencé, le monde économique mondial ne fonctionne déjà plus sur le principe de la régulation des marchés et de la rentabilité des activités. Le monde économique mondial d'aujourd'hui ne tient plus que par les fumeux « plans de relance » que ne financent plus que les impuissantes planches à billets.

        Oui, c'est bien un monde nouveau qui nous attend, qu'il nous faut construire, y compris dans les médias. Voilà pourquoi j'ai trouvé l'année 2008 si passionnante. Et l'année 2009 qui vient si excitante.

        Bonne année à tout le monde (à lapin bleu, en particulier, pour qui j'ai une dette de bêtise à payer - il comprendra).

         
        • Lapin Bleu
          Lapin Bleu répond à Le Yéti
          • Posté à 22h49 le 03/01/2009

          Nos posts se sont croisés, alors que je peaufinais/éditais mon désormais 22 : 29, tu lâchais ton désormais 22 : 39 dans lequel tu écrivais notamment :

          Ce qui remplacera ce système, je n'aurais pas l'outrecuidance et la prétention de l'imaginer. Mais je vous fiche mon billet que très vite, il faudra se pencher sur la question.

          Voilà le Yéti, tu y es.
          Te rappelles-tu quand nous étions adolescents révoltés par l'inégalité criante de notre monde ? Quand nous discutions avec un des profiteurs du capitalisme, un oncle ou un ami PDG ou autre privilégié... Il venait toujours un moment où face à notre rejet du capitalisme, il disait, invariablement : « Oui, moi je veux bien (car je suis un gars bien qui n'assume pas de n'être qu'un écraseur de voisin pour mon seul confort égoïste), mais qu'avez-vous à proposer à la place ?

          Et en général nous étions bien marris (car adolescents en plus) et la conversation s'arrêtait.

          Cette question de par quoi remplacer le capitalisme (ainsi que son origine la monnaie et leur corollaire la finance) est Ze question.

          Parmi les premières pistes plausibles car déjà visibles, un très fort retour du politique sur l'économique. Y'a qu'à voir les dictateurs en herbe partout, les lois de sécurisation des élites, etc.

          Mais tous ces gens ne sont pas très compétents et motivés par leur seuls intérêts privés : ils sont donc à double titre condamnés à échouer.

          Alors ?
          L'anarchie généralisée ? Si oui je passe mon tour, je ne connais rien à la théorisation de l'anarchie...
          L'auto-régulation civique (la citoyenneté, la démocratie au sens propre) ? Est-ce possible vu les conditions démographiques que nous avons atteintes ?

           ? ? ?
          ...

          Edit à 22 : 52 // Sinon, pour en revenir à ta réflexion de départ, il est assurément indéniable qu'une grande part des contenus Internet relèvent de l'économie du don (avec éventuellement contre-don, l'échange n'étant alors pas du tout monétisé). Mais ici on te parle de presse, de gens qui ont vocation à oeuvrer à plein temps selon certaines normes. Journaliste est un métier en somme. Eh oui. Si de nombreux journaleux usurpateurs vont dégager avec cet outil, il me paraît quand même pas indécent de rémunérer ceux qui resteront pour faire un bon taf.

          – bien lapinesquement mon cher Yéti,

        • Captain Gregg
          Captain Gregg répond à Le Yéti
          • Posté à 08h41 le 04/01/2009

          Je ne suis ni journaliste ni économiste ni politologue ni expert en quoi que ce soit, mais j'ai une excellente mémoire, et ce que j'en pense c'est que depuis une quinzaine d'années, il ne se passe pas un mois de janvier sans qu'on nous annonce toutes sortes de bouleversements pour les mois à venir, et qu'on se retrouve au mois de décembre suivant sans qu'il ne se soit rien passé de notable, à part le lot ordinaire de scandales, de magouilles et de petites horreurs montées en épingle.

          Les fantasmes vont bon train mais le réel est tenace. Ce qui se dit dans les salles de rédaction ressemble peu ou prou à ce qui se dit au zinc des bistrots de ma rue à moi, ou dans le bus quand les gens se parlent. Moi je suis comme les vieux, je regarde ça de loin vu que j'ai compris depuis lure que ce qu'on prend ici pour ce que l'on croit vrai n'a plus court cent mètres plus loin, et que brasser du pessimisme comme le font les français à longueur de tchatche et de forum et de débats plus ou moins savants, plus ou moins orientés, n'a d'autre utilité que de tuer le temps. Ce pessimisme-là, s'il était productif, nous permettrait à tous d'avancer. Au lieu de ça on fait du sur-place. Et ce sur-place, on le commente à tire-larigot parce que la tchatche, c'est tout de même ce que le français sait faire de mieux.

          Des centaines de gens crèvent dans les rues du pays dit des droits de l'Homme. Des rafles sont exercées sur d'horribles z'étrangers sans papiers, dont on se demande ce qu'ils sont venus fiche dans notre bourbier. Un ministère de l'Identité nationale a même été créé sans que cela semble gêner beaucoup de monde. La majorité des gens qui bossent dans ce pays se contentent du Smic ou d'à peine plus en bénissant les cieux d'avoir déjà ça pour survivre. Mais ils bavent sur la BM du voisin au lieu de descendre dans la rue réclamer leur dû. On a une classe politique qui dans son ensemble mériterait d'être lapidée sur la place publique, or à chaque élection, la même masse de cons crédules se prononce pour que se perpétuent leurs méfaits. Que le capitalisme s'effondre ne changera rien à la connerie ambiante. Le franchouille descendra dans la rue tout casser si on l'empêche de prendre sa bagnole pour aller se promener le dimanche, mais il ferme sa gueule sur tout le reste, la précarisation galopante des emplois, la peste immobilière, la criminalisation de la pauvreté, les continuelles gabegies et scandales perpétrés par le gouvernement en place comme ceux qui ont précédé.

          Vos propos ou les miens ne changeront rien à rien. Vous autres journalistes, qui essayez de penser l'époque que nous traversons, et de nous communiquer de l'information aussi précise soit-elle, et avec un maximum d'objectivité, puisque telle est votre vocation, semblez passer à côté d'un fait que l'homme de la rue que je suis constate tous les jours : le peuple est majoritairement con. Vous bossez pour une minorité d'individus qui ont encore envie de se servir de leurs neurones tout en sachant que c'est complètement vain.

          • a.guillaume
            • Posté à 09h04 le 04/01/2009

            je contresigne des deux mains.Parce que le jour où l'on décretera l'abolition des bank notes,les mines risquent de s'allonger et les vers de Brassens de resoner encore :
            « chez l'épicier par d'argent pas d'épices
            chez la belle Suzon pas d'argent pas de cuisse »

          • Lapin Bleu
            • Posté à 11h35 le 04/01/2009

            J'entends votre scepticisme...
            Et comme je suis parfois ambivalent, je le partage.

          • a déménagé le 4 février 2011
            • Posté à 12h35 le 04/01/2009

            Votre texte est très beau, hélas, M. Le Fantôme !

          • Le Yéti
            Le Yéti répond à Captain Gregg
            yetiblog.org
            • Posté à 16h22 le 04/01/2009
            • Internaute
              yetiblog.org

            « j'ai une excellente mémoire, et ce que j'en pense c'est que depuis une quinzaine d'années... »

            Hum, hum, l'histoire du monde, me semble-t-il, dure depuis un peu plus d'une « quinzaine d'années » ; -) !

            Et depuis l'aube de cette histoire, bien des systèmes « incontournables », bien des civilisations « éternelles » ont été engloutis dans la nuit des temps.

            • Captain Gregg
              Captain Gregg répond à Le Yéti
              • Posté à 17h27 le 04/01/2009

              Certes, mais ça ne s'est pas fait en un jour. L'Empire romain a mis quelques siècles à supplanter la civilisation égyptienne, l'Antiquité a cédé le pas au Moyen-Age en autant de temps, et des Lumières à la civilisation industrielle on a eu le temps de se faire deux révolutions et l'Empire napoléonien...

              Je m'en tiens à une quinzaine d'années en arrière parce que c'est autour de 93, j'ai l'impression, que le système qui vacille aujourd'hui a commencer à créer de sacrés dégâts. Et c'est là qu'on a commencé à parler d'insurrections qui auraient gagné à éclater... tant qu'il en était encore temps, et dans les années 90 il en était encore temps. Disons qu'on a raté une opportunité

              • Le Yéti
                Le Yéti répond à Captain Gregg
                yetiblog.org
                • Posté à 17h48 le 04/01/2009
                • Internaute
                  yetiblog.org

                Il n'a pas fallu dix ans à l'Empire soviétique pour s'écrouler. Et quasiment sans insurrections.

                • Captain Gregg
                  Captain Gregg répond à Le Yéti
                  • Posté à 19h03 le 04/01/2009

                  La misère est toujours présente en CEI et les apparatchiks plus que jamais. Disons que le pouvoir mafieux a remplacé le pouvoir communiste, là comme en Pologne ou en Roumanie.

                  N'oublions pas ce qu'il est advenu de l'ex-Yougoslavie au début des années 90.

                  La Finlande, la Lituanie, la Lettonie s'en sortent un peu mieux, en raison, certainement, de leur proximité avec la Scandinavie. Comme la Hongrie, la Tchéquie, la Slovaquie, plus « occidentales », plus à même donc d'attirer les investisseurs.

                  En tout cas, les ex-pays du bloc de l'Est fabriquent nos bagnoles pour moins cher que chez nous. L'Empire soviétique s'est écroulé au profit d'un autre empire, mais les serfs sont les mêmes.

                  • Le Yéti
                    Le Yéti répond à Captain Gregg
                    yetiblog.org
                    • Posté à 20h12 le 04/01/2009
                    • Internaute
                      yetiblog.org

                    Je viens de relire la totalité de tes posts sur ce billet. Je crois qu'on peut les résumer assez facilement par ces trois citations :

                    « le peuple est majoritairement con. »

                    « Vos propos ou les miens ne changeront rien à rien. »

                    « Bon, je vous laisse, il faut que j'aille m'entraîner à allumer un feu au silex pour mon steak d'auroch de midi. »

                    Pourquoi pas. Mais à part ça, on fait quoi ? on s'amuse quand ?

                    • Captain Gregg
                      Captain Gregg répond à Le Yéti
                      • Posté à 06h53 le 05/01/2009

                      Je ne comprends pas ta question. On fait quoi, on s'amuse quand ?

                      On est en train de s'amuser, au cas où tu ne l'aurais pas remarqué. On débat autour de trucs fictifs, de si et de peut-être, on fait des hypothèses, on spécule autour de la rémunération des journalistes de Rue89 après l'effondrement du capitalisme, quand on en sera à faire pousser des patates dans une forêt de capteurs solaires posés dans une brousse qu'on aura préalablement débarrassée de ses bouseux d'héritiers de carrière gavés de subventions européennes et de ses néo-ruraux jaloux de leur petit bonheur champêtre à crédit sur quarante ans.

                      A part ça on fait quoi ? On discute avec des journalistes qui discutent entre eux de leur avenir et de celui de la presse en général, mais dont je remarque qu'ils évitent soigneusement de se poser la question d'un journalisme critique qui n'existe pas vraiment sous nos latitudes. Je veux dire par là que je n'ai jamais vu ni entendu un journaliste français poser à un politicien français des questions autres que bassement convenues. Les journalistes anglo-saxons sont autrement plus incisifs avec les z'élus du bon peuple, particulièrement quand ceux-ci se sont rendus coupables de méfaits.

                      Par exemple, j'aimerais bien, moi, qu'un journaliste français demande à Borloo combien nous a coûté, à nous contribuables, l'échec du RMA et de la baraque à dix balles par jour, héritière en droite ligne de la Chalandonnette. J'aimerais bien qu'un journaliste français évoque lors d'une conférence de presse du ministre du travail, du social ou de la Fonction publique, les 135000 euros d'argent public qui viennent d'être dilapidés dans la seule création d'un logo pour le tout nouveau Pôle-Emploi. J'aimerais aussi qu'un journaliste français pose à ce même ministre la question du coût, pour la collectivité, que représente la politique de flicage des allocataires du RMI et de l'API par les Caisses d'allocations familiales, violation de la vie privée des allocataires à la clé via des enquêtes de proximité menées par des « contrôleurs » dotés de prérogatives policières, dans le seul but de vérifier qu'un RMIste ou une bénéfiaire de l'API respecte l'interdiction qui lui est faite par la législation française de vivre en couple sous un même toit.

                      Ce ne sont que quelques exemples... qui bien sûr n'intéressent personne et ne motiveront certainement pas les annonceurs.

                      Mais bon, on sait comment ça se passe le journalisme en France. Si on tient à exister on ferme sa gueule, on se contente de se tisser ses petits réseaux et de se demander comment on gagnera sa croûte demain sur un support qui vit largement aujourd'hui du bénévolat implicite de ses contributeurs pas du métier.

                      A part ça, Yeti, je vis dans le monde réel où évoluent de vraies gens parmi lesquelles il s'en trouve qui se posent la question de leur survie et de celle de leurs mômes dans une (dis-)société où on n'est plus vraiment maîtres de sa propre existence.

          • metallo
            metallo répond à Captain Gregg
            • Posté à 19h22 le 04/01/2009

            Oh que voilou une belle et excellente analyse de notre société. Il est vrai qu » elle est souvent à gerber. Mais ne désespérons pas de l » humain, car rien n » est vain et inéluctable. Banzaï : rendons moins cons les plus cons !
            Je sais, y a du boulot, mais après tout pourquoi pas.

          • éternellerebelle
            éternellerebelle répond à Captain Gregg
            enragée !
            • Posté à 19h26 le 04/01/2009
            • Internaute
              enragée !

            Si je peux me permettre ,c'est rarement la majorité d'exploités qui impulse les grands changements,
            mais une minorité

            agissante,
            ensuite la masse des soumis retrouve la vue,et découvre qu'elle peut briser les chaines ,ensemble dans la rue et dans l'action
            perso le joli mai ,et bien d'autres ont été des moments inoubliables

            Oui si les soumis savaient ......
            Ils oseraient enfin !
            Mais je vous l'accorde : les cons nous cernent,et faire exploser la cocotte minute est quand méme difficile pour les éveillés !

        14 autres commentaires
      • Chimulus
        Chimulus répond à Pascal Riché
        Dessinateur de presse
        • Posté à 21h31 le 04/01/2009
        • Internaute
          Dessinateur de presse

        très bien rémunérer ses journalistes

        (rémunérer tout court je suis partant) : )

    • Micka FRENCH
      Micka FRENCH répond à Le Yéti
      Ecossaise, un corps de rêve (...)
      • Posté à 23h21 le 03/01/2009
      • Internaute
        Ecossaise, un corps de rêve (...)

      « Meilleur état pécuniaire », merci !
      Avec les compliments de Micka FRENCH...
      Lien

      • Captain Gregg
        • Posté à 08h45 le 04/01/2009

        Au passage, Micka, je te fais un gros bisou où tu sais et je te souhaite une voluptueuse année.

  • Jaïlou
    Jaïlou
    étudiante à oreilles
    • Posté à 22h00 le 03/01/2009
    • Internaute
      étudiante à oreilles

    Bienvenue à eux, plus y en aura, mieux on se portera.

    De la galère des médias à l'ancienne y'avait plus à dire.
    Les radios sont projetées contre le mur du passage à la diffusion numérique et nombre d'entres elles ( comprenez les indépendantes et associatives) finiront pulvérisées, et ne passeront pas 2012 vue la réforme lancée.
    Pour des explications et une pétition plutôt qu'un long blabla, un tour ici : Lien

    Ah, et sinon, il y a encore des irréductibles pour se lancer dans l'aventure papier. Il est carré, vert, toulousain, en cours de corrosion : Lien

    • Pascal Riché
      Pascal Riché répond à Jaïlou
      Auteur(e) de l'article Redchef Rue89
      • Posté à 22h04 le 03/01/2009
        éditeur
      • Journaliste
        Redchef

      Autres aventures-papier en 2008 : « Vendredi », « GQ France », « Aujourd'hui Sport », « Le 10 Sport », etc.

      • Jana
        Jana répond à Pascal Riché
        bretonne en Normandie
        • Posté à 22h30 le 04/01/2009
        • Internaute
          bretonne en Normandie

        j'en suis à mon 3ème « vendredi »
        Il en vaut la peine, à mon avis.

         
        • elarips
          elarips répond à Jana
          • Posté à 19h24 le 05/01/2009
          • Internaute

          @jana

          avec la crise même 1,50€ c'est encore trop chère mais des petits malins ont trouvé la parade ... il existe maintenant en pdf sur le net et tout cela gratuitement. : )
          tchusssss

        1 autres commentaires
  • I.P
    I.P
    Flat4
    • Posté à 22h11 le 03/01/2009
    • Internaute
      Flat4

    Colombani ?
    Après ce qu'il a fait du Monde il ne manque pas d'air, dommage l'idée du site est bonne.

    • A déménagé le 13-01-2012
      • Posté à 22h42 le 03/01/2009
      • Internaute

      Le principal souci pour les rédacteurs comme pour les internautes est que les financiers pratiqueront et concevront le web comme ils ont pratiqué et conçu la presse papier puis audiovisuelle : pour être ren-ta-ble !
      Or ce n'est pas du tout l'objet du web... la bataille va être féroce et les coups bien tordus.
      Va falloir tenir bon la Rue ! Ça va secouer sévère...
      Le rôle des internautes (« anonymes » ou « serrafistes ») sera déterminant... c'est maintenant qu'il faut les convaincre de l'intérêt :
      - d'une presse kaléidoscope (l'internaute est zappeur) ;
      - d'une presse « participative » (l'internaute aime à commenter) ;
      - d'une presse indépendante et gratuite ;

      Noeud du problème : quel type de rémunération pour les rédacteurs ?
      Sur le web, il n'y aura pas de place pour les icônes cyber-ménagères ni pour les journalistes surpayés...

      Il y a juste un métier à ré-inventer.

      • Lapin Bleu
        • Posté à 23h29 le 03/01/2009

        Salut ericj,

        Noeud du problème : quel type de rémunération pour les rédacteurs ?

        Personnellement je crois beaucoup à une évolution du type :

        audience forte + micropaiement du lecteur ayant apprécié l'article.

        Le micropaiement se ferait sur une base volontaire, librement par l'internaute. Exemple : le dernier article de Camille m'a permis de passer une bonne nuit avec ma chérie, je verse d'un clic 69 cents à Camille.

        Enjeux :
        - il faut une forte audience : les sites à trafic confidentiel seront boudés par les rédacteurs puisqu'ils sauront qu'il ne toucheront pas une masse critique de lecteurs capables de payer à eux réunis la pige à un prix normal.
        - il faut un système de micro-paiement universel (généralisé pour que tout le monde y accède), libre (pour que chacun puisse s'assurer de sa sûreté et de sa fiabilité : le flux de paiement n'est pas détourné) et gratuit (pour permettre la « rentabilité » du micro-paiement : si je verse 69 cents à Camille et qu'un opérateur en prélève le tiers, ça le fait pas).
        - il faut que les internautes jouent le jeu en acceptant de micro-payer les contenus qu'ils ont vraiment apprécié (je pense qu'on peut leur faire confiance, même si le rapport entre le consommé et le payé ne sera évidemment pas aussi « profitable » aux diffuseurs que dans les systèmes matérialisés).

        – lapinesquement,

        NB : je me rends compte en mettant sous presse que l'exemple d'un article de Camille n'est pas forcément le plus adéquat pour illustrer ce modèle économique, les contenus « roses » étant ceux les plus aisément monétisables. Les esprtis forts me reprochant la facilité remplaceront donc « un article de Camille » par « un article de la tribune du Vaticinateur » pour pousser le système dans ses retranchements. ; )

         
        • A déménagé le 13-01-2012
          • Posté à 23h57 le 03/01/2009
          • Internaute

          Le micro-paiement est une piste plus qu'intéressante.
          Qu'il faudrait étendre et automatiser pour les agrégateurs de flux puisque ceux-ci peuvent se permettre d'être « sponsorisés » sans entacher leur déontologie...

          • Lapin Bleu
            • Posté à 00h05 le 04/01/2009

            Tout à fait ericj, l'étendre et l'automatiser. Nous sommes bien d'accord. Je rêve depuis longtemps d'une solution de micro-paiement élevée au rang de protocole Internet, au même titre qu'un FTP, qu'un Telnet ou un HTTP...

            M'est avis que c'est peut-être à quoi pensaient certains idéalistes (type Lacambre et consorts) ayant pensé à créer des monnaies virtuelles à une époque. Sans doute qu'ils ont été empêchés dans leur élan, si bien qu'aujourd'hui le système le « plus » utilisé c'est quoi ? Paypal ? un vulgaire porte-monnaie privé, sûrement pas une monnaie publique !

            Mais bientôt, quand les banques seront toutes par terre, on pourra peut-être y penser sérieusement... ; )

            - Bonne nuit,
            – lapinesquement,

            • Matthieu33
              Matthieu33 répond à Lapin Bleu
              • Posté à 00h19 le 04/01/2009

              Dans le même genre d'idées, y a les reportages payés par les internautes à l'avance, ceux-ci proposant d'avance le sujet.

              Aux États-Unis, il y a spot.us : les internautes proposent des sujets, des journalistes peuvent alors proposer un projet de reportage à partir d'un sujet choisi, puis les internautes intéressés font des promesses de dons jusqu'à atteindre la somme nécessaire à la réalisation du reportage.

              Une fois le reportage réalisé, celui-ci est publié sous licence Creative Commons

              Ça ne règle pas le financement du journalisme mais pour l'investigation c'est un bon départ

              • LYon-Actualités
                LYon-Actualités répond à Matthieu33
                Journaliste
                • Posté à 16h31 le 04/01/2009
                • Journaliste
                  Journaliste

                Bonne idée à creuser, il me semble qu'Agoravox a aussi tenté les « enquêtes participatives » dont je n'ai pas vu le résultat. Tout le problème est de trouver un système qui garantisse l'indépendance (financière et intellectuelle) des journalistes.
                Lien

            • Captain Gregg
              • Posté à 08h47 le 04/01/2009

              Ouais c'est bien, mais comment on fait quand on n'a pas de carte bleue ? On micro-paie avec de la monnaie de singe virtuelle ?

        • A déménagé le 9-8
          • Posté à 01h53 le 04/01/2009

          C'est vraiment bien de débattre des moyens et des formes de rémunération dans un monde futur sans économie et sans monnaie....

          Allez, c'est pour le fun ! ! !
           : -))

        • sarkophage_xyz-
          • Posté à 08h46 le 04/01/2009

          Ca semble assez faisable pour la Rue89, vu que les contributeurs et pastilleurs ont un compte, il doit être possible (éventuellement sur une base volontaire les premiers temps pour ne pas risquer de « tuer l'audience ») de mettre en place une contribution pour chaque vote ou contribution. Envisager même que chacun puisse choisir le coût de son pastillage pour ne pas pénaliser les revenus modestes qui voudraient quand même contribuer.

        • Jana
          Jana répond à Lapin Bleu
          bretonne en Normandie
          • Posté à 22h56 le 04/01/2009
          • Internaute
            bretonne en Normandie

          A mon avis, l'information (et non pas la communication) mérite investissement de la part du lecteur
          Bonne idée le micropaiement.

          Pour qu'il fonctionne, il serait important que les « producteurs d'articles » vulgarisent auprès des lecteurs de base (dont je suis)
          une information sérieuse, argumentée, sur le coût réel de leur travail.
          Une présentation de facture en quelque sorte.

          Est-ce utopique de penser aussi qu'un groupe de lecteurs pourrait « demander » un travail, recherche d'infos, investigation sur un sujet « resté en panne » avec le coût approximatif, et engagement à rémunérer ?

        8 autres commentaires
      • lestaq
        • Posté à 11h30 le 04/01/2009

        C'est quoi ces conneries de micro paiement ? On ferait la manche aux journalistes et plus rien pour les clodos ?

        C'est quoi ces mecs qui payent 35 euros à leur fournisseur d'accès et s'imaginent être en train de créer un monde nouveau ?

        Et moi donc ,qu'est ce que fais là ? Avant , les journaux , je les lisais
        au bistrot en buvant 1 demi...sauf si on te paye 1 coup ,que tu remets la tienne...
        Je les ai plus ces 5 ou 6 euros X 30 ,je vais plus au café , je regarde cet écran imbécile ...et hop , 1 p'tit euro pour orange (sans le jus)

        A part le Captain ,fantôme et philosophe , qui sont ces brillants économistes ? : « Je te donne ma femme ,tu me donne un zébu »

        Tiens ! Je vais me faire un pot-au feu virtuel ce midi : 1 clic pour les navets et c'est cuit en 2 clics...

        Ah ! ...J'oubliais ! UN BON DEMI LE NEUF (avec ou sans mousse)

    • airlane
      airlane répond à I.P
      • Posté à 14h26 le 04/01/2009
      • Internaute

      Pas de chance pour lui, il aurait dû utiliser un prète-nom parce qu'il « naurapasmavoix ».

  • Valdo Lydeker
    Valdo Lydeker
    journaliste, auteur
    • Posté à 22h22 le 03/01/2009
    • Journaliste
      journaliste, auteur

    Le directeur général du Figaro (groupe Dassault) et celui de Lagardère active traitant Josh Cohen de prédateur, c'est quand même d'un humour involontaire savoureux ! Quoi qu'on pense de google, ça mérite un prix Champignac !

  • a déménagé le 4 février 2011
    • Posté à 23h18 le 03/01/2009

    Visiteur régulier depuis sa création et « utilisateur » occasionnel depuis septembre 2008 de Rue89, j'avoue être parfois désorienté par ce type de site d'« information » - en fait il s'agit en règle générale de reproduire une info déjà connue - et de « débat » - il n'est pas souvent de haute tenue, il faut bien le reconnaître (moi même parfois...).

     »...Internet est un outil formidable pour l'information. Et [que] si sa montée en puissance est une mauvaise nouvelle pour de nombreux journalistes, elle n'est pas une mauvaise nouvelle pour le journalisme. » Dites-vous. Ah bon ? ! ...
    Cela me donne envie de pratiquer un (petit et amical) démontage de la Rue (façon McDo)...
    La qualité des « papiers » écrits par les « journalistes » de la Rue, laissent parfois à désirer. Certes, vous pouvez évoquer les « équipes réduites », les « étudiantes journalistes », les « auteur(e)s » (« On a aussi des vrais journalistes dans la rédaction » dixit une collaboratrice de Rue89, je ne demande qu'à la croire) et les « blogs ». Plusieurs fois, je me suis fait rétorquer, après une intervention, par toujours aimable je le concède, que tel ou tel « article » n'en était pas un, mais un « blog ». Je trouve un peu facile de se retrancher derrière ce terme pour « valider » un traitement du sujet que l'on aurait préféré plus performant sous prétexte que « cela n'est pas un article » mais un « web log » donc par définition proche du journal intime (mais que vient faire un journal intime sur un site d'infos ? ). Plus graves sont les erreurs qui apparaissent ici ou là (très rares il est vrai, mais bon...). Et allez, bon prince, je vous pardonne vos fautes d'orthographes (avec peine, car de la part d'un « journaliste »...).

    Mais peut-être, suis-je trop exigeant en attendant sinon de l'excellence du moins de la haute qualité sur un site d'information... Ou suis-je tout simplement un râleur chronique (et subjectif de surcroît) ? ! ...
    En guise de conclusion, vous pouvez vous améliorer. Vous devez vous améliorer car ce site est utile, je dirais même salutaire pour certains (si, si, je vous assure...).

    Allez, sans rancune (au fond, je vous aime bien) et longue vie à Rue89 !

    PS : Pour illustrer un de mes propos : vous employez le mot « cénacle » pour désigner les États généraux de la presse écrite or un cénacle est une réunion d'un petit nombre de personnes ayant les mêmes idées, les mêmes goûts, professant surtout les mêmes théories (je vous épargne le sens religieux). Je doute fort que tel était le cas...

    • Lapin Bleu
      • Posté à 23h58 le 03/01/2009

      Salut jfko,

      Et allez, bon prince, je vous pardonne vos fautes d'orthographe (avec peine, car de la part d'un « journaliste »…).

      - Ca fait des mois que j'essaie de vendre la suite logicielle totalement hallucinante et inédite « Coqilletracker.lns » à la Rue, sans qu'ils ne décident d'upgrader au-dessus de la version de démo. Il faut dire que Mediapart a fait monter les enchères, en en proposant 3 millions de dollars (véridique). [[Au fait mon cher, Cqt.lns a détecté et traité dans votre phrase reproduite ici la coquille « orthographes » au lieu de « orthographe » (paragraphe 3) // Cqt.lns est un logiciel démentiel de Blue Rabbit Media Inc. All rigths reserved for all countries including Patagonia.]]

      Pour illustrer un de mes propos : vous employez le mot « cénacle » pour désigner les États généraux de la presse écrite or un cénacle est une réunion d'un petit nombre de personnes ayant les mêmes idées, les mêmes goûts, professant surtout les mêmes théories (je vous épargne le sens religieux). Je doute fort que tel était le cas…

      Ben si, justement ! Ces pseudo-EG n'étaient en fait constitués principalement que d'un aéropage de patrons de presse triés sur le volet par le pouvoir, aux idées toutes préformatées et n'imaginant que les mêmes solutions rationnalisantes et rentabilisantes pour l'avenir de la presse (suppression de la clause de conscience, mise en place au sein de la commission de la carte d'un bureau de contrôle qui déterminerait qui est un journaliste éthique et, surtout, qui n'en est pas un...). Un véritable cénacle comme vous l'entendez. Il y a bien eu quelques groupes de travail mis sur pied pour amuser la galerie, mais les journalistes qui y ont participé vous le diront : ce n'était que mascarade de bon aloi et les conclusions de ces EG pour l'avenir de la presse sont malheureusement déjà tirées, depuis bien avant la tenue de l'événement.

      – lapinesquement,

    • Pascal Riché
      Pascal Riché répond à a déménagé le 4 février 2011
      Auteur(e) de l'article Redchef Rue89
      • Posté à 01h12 le 04/01/2009
        éditeur
      • Journaliste
        Redchef

      Merci pour votre critique, cher infosophe. Vous avez raison sur un point : nous avons (encore) peu de moyens.

      Mais je pense que vous êtes victime de quelques illusions.

      1) Rue89 évite de reproduire des « infos déjà connues » (à part dans les « à chaud » et les « vigies », qui ne sont que des renvois vers d'autres médias. Nous ne reproduisons pas les dépêches d'agences, à la différence la plupart des autres sites d'information. Nous cherchons sans cesse des infos surprenantes et des angles décalés.

      2) Pour ce qui est des débats, je vous laisse juge. Souvent, leur qualité dépend du sujet débattu... Si l'article porte sur la personnalité de Sarkozy ou de Dieudonné, le débat ne vole pas haut, je vous l'accorde. Mais sur des sujets plus pointus, il peut-être très intéressant.

      3) La présence d » « étudiantes journalistes » vous chiffonne. Là, c'est une vraie illusion. Dans Le Monde ou Libération, vous lisez sans le savoir des articles signés par des stagiaires, étudiantes ou étudiants - surtout l'été. Nous sommes simplement plus transparents en le précisant. Avons nous tort de le faire ?
      (PS : pourquoi avez vous féminisé le mot ? nous avons aussi des stagiaires de sexe masculin...)

      4) Les blogs. Un article de blog ne suit pas le même circuit qu'un article préparé et rédigé par un journaliste de la rédaction. Le blogueur, chez nous, est plus libre de ce qu'il écrit, généralement du commentaire ou de l'expertise. Et il ne s'agit jamais de « journal intime » (ou avez vous vu cela ? ) . Le billet du blogueur est à rapprocher de la tribune ou de la chronique dans les pages « opinions » des journaux.

      5) Les erreurs. Là encore, une illusion ! Si on fait une erreur,un internaute la signale très vite, et nous la corrigeons. Croyez vous que les radios, les télés, les journaux fassent moins d'erreurs que nos journalistes ? Non. Simplement, lorsque leurs lecteurs les signalent, personne ne le sait, et cela ne débouche généralement sur aucun correctif... Nous, à l'inverse, nous donnons de la visibilité à nos erreurs en signalant, au bas des articles, que nous les avons corrigées...
      Au final, grâce à la vigilance des lecteurs, les articles que vous lisez sur Rue89 sont débarrassés de toute erreur. Quel autre média peut en dire autant ?

      6) Les fautes d'orthographe(s) : si vous en voyez, signalez-les nous en cliquant sur le nom de l'auteur, il les corrigera immédiatement.

      7) Le mot « cénacle » me semble très approprié à ces Etats généraux, y compris avec la définition que vous lui donnez ! ; )

      • a déménagé le 4 février 2011
        • Posté à 12h14 le 04/01/2009

        Merci pour votre réponse, Pascal Riché.

        En premier lieu je souhaite, comme vous et bien évidement, que vos moyens s'étoffent ; je pense que tous, nous (lecteurs commentateurs) et vous (salariés et stagiaires), ont à y gagner.

        Mes illusions donc...

        1) En venant dans la Rue, je ne suis nullement à la recherche du scoop, mais j'ai la (désagréable) impression que parfois vous ne faites que « jeter en pâture » un sujet assuré de faire un buzz. J'ai bien dit parfois... Féru d'international et d'économie (beaucoup moins de fait divers), j'aimerais personnellement des papiers plus nombreux sur ces thèmes, mais je m'accommode de votre choix éditorial, plutôt bon même lorsqu'il s'agit d'être plus léger (en parlant de scoop et de légèreté, vous n'avez rien à nous dire sur le sexe de Camille ? ; ))
        Au passage et encore une fois, toutes mes félicitations pour la mise en lumière de la supercherie de BHL - pléonasme ? - lors de son « aventure » en Géorgie. Là, vous êtes excellents !

        2) Concernant les « débats », et bien que votre responsabilité ne soit pas engagée (j'imagine parfaitement bien la lourde tâche de vos modérateurs), j'ai constaté une dérive sémantique (euphémisme) à la limite du supportable ; même, et surtout, sur des sujets graves (cf. Gaza).

        3) Si la présence d'« étudiant(e)s journalistes » ne me chiffonne absolument pas, leur qualité rédactionnelle, en revanche, m'irrite parfois. J'ai bien dit parfois...

        4) Le blog... « journal intime », j'admets y être allé un peu fort, mais n'est-ce pas son sens initial ?

        5) Le fait que les autres médias d'informations regorgent littéralement d'« erreurs », ne cautionne en rien les vôtres (très rares avais-je précisé). Je reconnais cependant volontiers que celles-ci sont assez rapidement corrigées, une qualité due à cette réactivité que permet le web, contrairement aux autres supports (print, radio ou télévision) ; mais pas toujours (celle-ci, par exemple, vous concerne directement Pascal Riché) : Lien.

        6) Pour ce qui est des fautes d'orthographe (sans « s » ok ; )), je vous les pardonne (bon prince, non ? ), mais cela ne vous autorise pas à les conserver après signalement : Lien. 15-15, service à suivre...

        7) Mais, qu'êtes-vous allez faire à ce cénacle ? ! ...

        Mais peut-être ne sont-ce que des illusions...

        Mon intervention était basée sur la critique (qui aime bien...) ; une prochaine fois, je vous ferais part des nombreuses qualités que je reconnais dans votre travail ! ...
        Et enfin, si je vais faire un tour quasi quotidiennement dans la Rue, c'est que globalement, je m'y sens bien !

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