Plus de caissières ! Et la « valeur travail » ?
Un Intermarché à Rennes annonce, avec fierté, qu'il vient d'installer une dizaine de caisses automatiques remplaçant des caissières ; les clients passent eux-mêmes chaque article, avec son code barre, devant le lecteur, après quoi la machine affiche le prix à payer qu'ils règlent avec une carte de paiement.
Un contrôle, nous dit-on, par le poids du chariot, est effectué avant et après enregistrement des articles. En fait, il ne s'agit aucunement d'une première. Le système est déjà en place dans d'autres hypermarchés, notamment dans les « Géants Casino ». Argument mis en avant : réduction des délais d'attente, donc avantage pour le client. Vraie raison, avancée avec moins de transparence, de cette traditionnelle substitution du capital au travail : gains de productivité entraînant un moindre coût des opérations de paiement dans la grande distribution.
Une augmentation du rendement financier
Regardons y de plus près ! Une telle machine, coûte , d'après les indications dont nous disposons , 15.000€ . Ces investissements s'amortissent en général sur cinq ans ; soit 3000€ par an, auxquels il convient d'ajouter un cout de maintenance qui doit être de 800€ , et le salaire de la caissière qui surveille quatre caisses automatiques. Admettons qu'elle soit au SMIC chargé de 30% (1717€ mensuels), grâce aux baisses de charges sociales. Coût annuel par machine : 5150€.
Le coût d'exploitation total annuel d'une telle caisse serait alors, en moyenne, de 8950€ (3000+800+5.150) soit 43% du salaire chargé d'une caissière au SMIC.
Nous sommes donc bien en présence de la traditionnelle substitution capital/travail pour augmenter le rendement financier. Le souci d'améliorer le service au client, avancé par quelques dirigeants de magasin n'est pas vraiment en cause. D'ailleurs, les enquêtes menées auprès des clients près de ces nouvelles caisses sont très incertaines ; nombre d'entre eux ne trouvent aucun avantage par rapport aux caisses traditionnelles.
Certains disent que l'automatisation n'aura d'intérêt que lorsque le simple passage du chariot plein devant un capteur suffira à la lecture automatique de tous les codes-barres. D'autres, plus soucieux du chômage, regrettent la suppression des emplois. C'est un peu la même problématique qu'avec les péages autoroutiers. La simple substitution des caisses ou l'usager doit enfoncer le ticket de péage, puis la carte, aux caisses « humanisées », n'a guère d'intérêt pour l'utilisateur. Seul le « télépéage » avec abonnement, en présente un, les jours de grande affluence, car il réduit vraiment le temps d'attente.
Il est vrai que la liberté d'ouverture de surfaces de vente qui vient d'être accordée, et qui va entraîner une multiplication des magasins à bas prix (« hard discount ») , qu'ils soient allemands , ou filiales de groupes français de distribution , va exacerber la concurrence interne du secteur. L'installation des caisses automatiques peut donc être une mesure préventive contre cette concurrence à venir, des hyper classiques qui ne veulent pas adopter les normes de gestion du personnel absolument scandaleuses des « hard discount » ?
Mais puisque ces caisses automatiques sont économiquement performantes, pourquoi ces derniers , en recherche permanente de productivité, ne les ont-ils pas adopté les premiers ? Karl Marx aurait-il eu raison, lui qui affirmait que, pour dégager de la plus value, fondement des bénéfices, rien ne valait une main d'œuvre corvéable à merci ? C'est exactement ce qui se passe dans certains « hard discount » comme l'a très bien montré le reportage de « Capital » de dimanche soir sur la « Six » : harassement permanent des employés, discrimination à l'embauche sur l'âge ( 18 à 30 ans), et la taille pour pouvoir remplir plus vite les gondoles.
L'impact social de cette substitution
Mais quelle qu'ait été la vraie motivation des dirigeants des « hypers » (augmentation de la productivité du service de paiement et du rendement financier de la distribution ou désir concurrentiel d'améliorer le paiement pour le client), comme des « hard discount » on doit poser aussi le problème de l'impact « social » de ce substitutions.
Le secteur de la distribution dans son entier, classiques ou « hard discount » est un secteur qui, comme le bâtiment et les travaux publics hors de ses activités d'exportations, n'est pas en concurrence extérieure dans la mondialisation. Il n'est pas menacé par des importations de substitution du service de distribution.
Ses dirigeants ne pourraient-ils donc pas s'entendre pour retarder ce qui est peut-être une prouesse technique, qui va évidemment augmenter le rendement interne de leurs capitaux, mais revient, et reviendra plus encore avec l'automaticité totale, à supprimer des emplois à bas niveaux de salaire qui, justement, sont ceux qui manquent à tous les jeunes qui quittent le système scolaire sans diplômes.
On connaît la réponse un peu hypocrite : ces métiers , les « débitrices », comme on disait autrefois, dans les hypers, ou caissières de péage autoroutiers, sont sans intérêt. N'est-il pas socialement utile de les supprimer. Leur automatisation ne va-t-il pas dans le sens du progrès humain ? Bien sûr ! A condition que cette automatisation soit compensée par une réduction équivalente de la peine des hommes, c'est-à-dire du temps de travail.
Or c'est tout le contraire que vise l'actuelle majorité qui a mis tant d'ardeur à abolir les 35 heures. La prendre à son propre idéal de « valeur travail » ne serait-ce pas, justement, limiter pour l'instant cette destruction du travail par le capital ?
► Post-scriptum, Pan sur mon bec ! J'ai rédigé cette chronique tardivement dimanche soir, fortement énervé par la publicité donnée à la télévision à cette opération d'un hyper de Rennes. J'ai effectivement commis l'erreur que nombre d'entre vous ont repéré. Je les en remercie vivement. Mais ma conclusion reste la même. Elle montre que le revenu de l'actionnaire passe aujourd'hui bien avant le souci de l'emploi, même quand le prétexte de la mondialisation ne peut être avancé.
Mise à jour 08/09/08 18 : 31. Modification mineure du paragraphe sur Karl Marx.
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De pouet_pouet
? | 12H47 | 08/09/2008 |
Impressionnant. Un économiste qui propose que des entreprises s'organisent en cartel pour réduire leur productivité.
Vous omettez juste de dire que les gains de productivité seront répercutés sur le prix des produits par le biais de la concurrence.
Vous pourriez aussi proposer que les groupes de distribution procède finalement à la substitution travail-capital sur les caissières, mais coupent un bras de chaque magasinier fin de créer un emploi qui compensera cette fameuse perte de caissière. Le résultat est le même, sauf que là c'est aberrant.
De kikoun86
Etudiant | 12H51 | 08/09/2008 |
J'HALLUCINE.Il n'y a vraiment qu'en France qu'une telle avancée technologique engage des débats idéologiques d'un autre âge.Ceux qui remettent en cause l'invention et la mise en place de telles caisses aux seins de magasins évoluant dans un systeme de libre concurrence sont pour moi les directs descendants de ceux qui décriaient l'arrivée des robots dans l'industrie, des oridnateurs dans les bureaux, d'internet… « Ca va supprimer des emplois ! Quelle horreur, on remplace du personnel corveable, mal payé et surmené par des machines ! » On en revient toujours à la même chose, certaines personnes aiment tellement les travailleurs pauvres qu'ils ne veulent absolument pas qu'ils disparaissent. Si on vous avait écouté au cours de l'histoire,on en serait resté à la paysannerie antique.Ben oui, le moulin à vent, « Ca va supprimer des emplois ! »
De maxmtl
Consultant | 13H25 | 08/09/2008 |
« Vous omettez juste de dire que les gains de productivité seront répercutés sur le prix des produits par le biais de la concurrence »
Vous les avez vu les répercussions sur les prix par le biais de la concurrence ? ? ? ? Moi, ma facture d'épicerie à augmentée pour un même panier de produits.
Du verbiage idéologique à sens unique, voilà ce qu'est devenu l'économe de marché.
Réveillez-vous !
De Schtroumpf perplexe
physicien | 13H26 | 08/09/2008 |
Je me contente ici d'un point de vue de client :
Je ne vois pas pourquoi ce système offre un gain de temps. Lorsqu'un être humain scanne les articles, pendant ce temps, je charge mon chariot ; j'ai même l'esprit libre pour les répartir mes achats « intelligement » dans les sacs (les produits frais ensemble etc).
En plus, un être humain à la caisse dit « bonjour », et peut prendre un minimum d'initiative en cas de problème.
Malgré l'existence de caisses automatiques dans mon hypermarché habituel, je n'y suis jamais allé. D'ailleurs, il y a la queue à ces caisses comme ailleurs. Je les considère pour les clients comme une forme de régression.
De monika
ex secrétaire médicale | 13H58 | 08/09/2008 |
Bien sûr que le revenu de l'actionnaire passe avant le souci de l'emploi. Regardons un peu ce que l'on a vécu depuis des décennies dans les industries. Le robot a bel et bien remplacé l'homme. Et l'on veut diminuer le chômage, ce n'est pas avec une telle mentalité que l'on aboutira. Faire des bénéfices, voilà tout ce qui importe aux actionnaires, au détriment des employés qui vont se retrouver manu militari au chômage.
Qui contribue aux bénéfices : ce sont bien les employés quand même, on les presse et après lorsque l'on est assez riche pour se robotiser on les jette.
Personnellement je n'irais pas dans ces surfaces où l'on pratiquera ce système. Il est quand même bien plus agréable d'avoir à faire avec un(e) caissier(e) où l'on peut quand même échanger quelques mots même si ces mots sont brefs car on voit bien lorsque l'on se trouve aux caisses que ces employé(e)s n'ont même pas le temps de discuter.
Et puis je ne pense pas que cela diminuera le temps d'attente, c'est un faux problème. Les actionnaires se fichent bien que l'on attende ou pas aux caisses, ce n'est pas leur problème majeur puisque tout le monde se rue dans les grandes surfaces.
De DéCRoiSSaNTE de LuNe
AnTi BLinG BLinG | 14H02 | 08/09/2008 |
Sortez des grandes surfaces tout simplement !
Ce matin sur FRANCE INTER :
lundi 8 septembre 2008
Peut-on faire des économies en évitant les grandes surfaces ?
Achats en direct, à la ferme, AMAP, livraisons du producteur au consommateur…
http://www.radiofrance.fr/franceinter/em/servicepublic/
A lire : « Les coulisses de la grande distribution » de Christian Jacquiau -
Pour ma famille, depuis que nous boycottons la grande distribution, notre pouvoir d'achat a considérablement augmenté !
Pour 4 personnes : 75 € par semaine et à 90% BIO et local ; -)
Un pur bonheur, le gout et le plaisir de cuisiner/manger retrouvé ; nous ne voyons plus de médecin, rhumes et petits soucis de santé ont disparu !
Il est très simple de monter un groupement d'achat. On peut commencer avec des amis, des voisins. Il suffit de chercher des producteurs locaux : il y en a partout - Se renseigner par le bouche à oreilles, sur les marchés etc…
Lancez-vous ! C'est facile, ludique, bénéfique, éthique et équitable !
Pour des renseignements pratiques en Aveyron :
http://vendredidelamouline.free-h.net/index.php ? option=com_frontpage&Ite…
Quant aux produits d'entretien, fini les dizaines de bouteilles, flacons et lingettes en tous genres et surtout bien chimiques et nocifs. Avec 3 francs 6 sous on fait : ménage, lessive et vaisselle :
http://raffa.grandmenage.info/post/2006/01/12/Livret_____Le_Grand_M%C3%A…
De romi45
découvre l'information | 14H20 | 08/09/2008 |
Moi ce que je vois c'est que les supermarchés nous font faire leurs boulot, et gratuitement en plus, si on me réduit ma factures alors je suis d'accord, sinon je continuerais à passer à des caisses avec des caissiers.
C'est la même chose que les banques qui veulent vous envoyer par format électroniques vos relevés de banque, ou les operateurs téléphonique qui sous couvert d'écologie (comme les banques of course) vous disent que la facture écologique c'est mieux.
Rapide calcul ma banque me coutes chère, mon operateur téléphonique aussi. Si demain j'accepte d'imprimer moi même mes factures et relevés, il faut que j'achète une imprimante, des cartouches d'encre, du papier.
La banque (ou l'operateur) lui économisera sur le papier, l'imprimante, l'encre, mais aussi sur le timbre postale et surtout sur des postes dans les services de comptabilité, de courrier et de service généraux.
Donc soient ils réduisent ma facture et je le ferais soit ils continueront à le faire pour moi, car ce service je le paye.
De Yannick-007
Tecky d'ordi a A'Dam ! | 14H23 | 08/09/2008 |
Aux Pays-bas on a deja teste ces systemes depuis quelques annees.
1) On scanne nos articles a la caisse.
2) On peut aussi prendre un scanner portable et scanner nos articles un par un, directement dans le magasin et simplement payer a la caisse.
Ca marche un peu mais ce n'est pas revolutionaire. Les vols augmentent en fleche. Ce systeme n'est pas genralisable partout (Grande ville, banlieue) a cause des vols. Beaucoup de gens ne veulent pas utiliser ce system pour sa complexite.
C'est un gadget. Rien de plus…
A voir dans 10 ans…
De Pascale 35
secrétaire | 14H41 | 08/09/2008 |
J'habite Rennes et je fréquentais cet hyper depuis 25 ans depuis que les caisses sont installées, je n'y vais plus, j'ai choisi un autre magasin sans caisse automatique, car je peux vous dire ayant essayer ces caisses, on perd plus de temps, il faut tout faire, les bons de réductions ne passent pas, il faut faire appel à la caissière si elle n'est pas occupée sinon patience… Nous sommes déjà un certain nombre à ne plus le fréquenter et j'espère qu'il y aura d'autres.