
Il n'y a pas que les bonus dans le G20 : trois mesures à la loupe
Nul n'espère que les vingt dirigeants des plus grands pays de la planète vont, ce week-end, s'entendre sur tous les sujets.
S'agissant simplement de la « régulation du système financier », ils vont certainement se congratuler des progrès -réels- en matière de paradis fiscaux (en oubliant habilement les îles anglo-normandes…) et nous concocter un accord sur les « bonus » qui, compte tenu de la réticence anglo-saxonne, aura tout du compromis vide de tout effet réel.
Mais quels seraient les points d'accord minimaux qui permettraient de dire que le « G20 »a fait avancer les choses ?
Des normes comptables communes
Le G20 pourrait se mettre d'accord sur le principe d'un corps complet de normes comptables communes au plus tard le 31 décembre 2010, soit plus d'un an pour y parvenir.
Il est devenu inadmissible qu'avec la mondialisation, le mode de comptabilisation des amortissements, des provisions, des bénéfices des sociétés, comme des divers risques des banques ne soient pas strictement identiques entre Paris, Londres et New York, puis, très vite, Hong-kong, Shanghai et Bombay.
Un point crucial est le principe de l'évaluation des actifs au prix du marché (« mark to market »). Les Anglo-Saxons, presque par idéologie, en sont des partisans convaincus.
Eviter d'amplifier les mouvements du marché
Mais quand tel ou tel marché s'effondre les sociétés et les banques qui possèdent ces valeurs doivent immédiatement dévaloriser ces actifs dans leurs bilans, au nouveau prix du marché, donc provisionner les pertes correspondantes, donc éventuellement entrer elles aussi en pertes.
A leur tour, ces pertes du premier cercle d'institutions impactées peuvent entraîner celle d'autres institutions financières en cascade et transformer l'accident en catastrophe. Une telle norme est, comme on dit, « procyclique » ; elle va dans le sens du cycle boursier et l'amplifie.
A l'automne 2008, les divers Etats ont, pour éviter le pire, très vite décidé d'autoriser exceptionnellement un provisionnement plus raisonnable : les actifs ont pu être dévalorisés plus progressivement. Il faut adopter, catégorie d'actif par catégorie d'actif, des procédures mondiales de même type applicables systématiquement.
Séparer activités de marché et activités classiques des banques
En France, comme aux Etats-Unis et en Grande Bretagne (mais pas en Allemagne et dans les pays scandinaves), ces activités étaient autrefois menées par deux types différents de banques : les banques de dépôt ou commerciales et les banques d'investissement ou d'affaires.
Puis a déferlé sur le monde la vague de dérégulation « reagano-thatcherienne » et les banques sont devenues universelles, y compris en France (loi de 1984).
Or le cataclysme financier qui a failli se produire -avec, selon certains, une réplique encore possible- est principalement venu du fait que les opérateurs de marché, dans les banques d'investissement , ont inventé des produits de plus en plus sophistiqués, notamment au travers des techniques de titrisation, et pris des risques spéculatifs de plus en plus grands, à la recherche du profit maximal.
C'est la loi d'airain de la finance : plus de gains = plus de risque.
La faillite de Lehman Brothers, précédée par des problèmes bancaires en Grande Bretagne (Northern Bank que le gouvernement a dû nationaliser) et provoquée, en partie, par l'insolvabilité de centaines de petites institutions financières américaines engagées dans les crédit à taux variables à des particuliers trop pauvres, a entraîné des pertes lourdes dans les actifs des bilans de toutes les banques du monde.
Comme elles étaient devenues universelles, les dépôts des particuliers étaient directement menacés. D'où la nécessité que les Etats se portent garants, ce qu'ils ont légitimement fait, et recapitalisent les banques qui en avaient besoin, ce qu'ils ont fait aussi.
Porter le « ratio de solvabilité » de 8% à 16% voire 25%
Comment consolider l'ensemble du système de banques universelles ?
Les banques sont tenues selon le ratio de solvabilité dit « Mac Donough » (successeur du ratio Cooke) ou Bâle II de détenir en fonds propres et prêts longs ou remboursables à la volonté de l'emprunteur, 8% de leurs risques aussi bien de crédit que de marché, dont 4% en fonds propres réels (capital et réserves).
Toutes étaient censées dépasser ces 8% Le principe sur lequel le G20 devrait s'accorder serait de porter, par exemple à 16% (dont 8% en fonds propres réels) voire 25%, le ratio de solvabilité sur les risques de marché, en laissant à 8% le ratio sur les risques de crédit.
Ce qui exige, bien sur, dans le droit fil de l'accord précédent sur les normes comptables, un accord sur l'évaluation très précise des risques de marché, aussi bien inscrits au bilan (actions, obligations, autres titres) qu'au hors-bilan (garanties données, options, garanties sur défaillance-CDS..).
Sur ce point, les Américains proposent plutôt de fixer un ratio fonds propres/bilan total, mais un tel ratio ne discrimine pas risque de marché et risque de crédit.
Moraliser le fonctionnement des agences de notation
Enfin le G20 pourrait s'entendre sur une transformations profonde du statut des agences de notation. Aujourd'hui , les trois grandes agences, Standard and Poor, Moody's et Fichte, sont payées par les sociétés qu'elles évaluent, leur attribuant des notes qui vont de AAA à D.
Chacune devrait être absorbée par une institution internationale (FMI, ONU, BRI…), devenir totalement indépendante et noter sans faire payer. Les « notes » n'en seraient que plus crédibles. Ces agences, à leur tour, pourraient être régulièrement contrôlées par le Forum de stabilité financière, créé à Londres en avril et censé anticiper les risques du système financier mondial.
Des mesures qui règlent au passage le problème des bonus
Si déjà nos gouvernants s'entendaient définitivement sur ces trois points, le G20 aurait été très utile. Le problème des bonus, par parenthèse, serait déjà en grande partie réglé, par la hausse du taux de solvabilité sur les opérations de marché qui les rendraient très coûteuses en fonds propres, ce qui, au moins, en limiterait le volume total pour chaque établissement.
Un accord de principe sur les bonus, même s'il est aussi souhaitable, ne serait pas de nature, tout seul, à tarir l'excès de spéculation.
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De admirateur
11H40 | 25/09/2009 |
Trois mesures ou pas trois mesures (ainsi font font font les petites marionnettes, trois petits tours et puis s'en vont) le principal résultat de ce sommet est que les banques américaines, qui ne sont pas pour rien dans la crise, se retrouvent en position renforcées…
La marche en avant vers une catastrophe générale ne peut que s'en trouver accélérée ; gageons que les responsables de cette crise sauront tirer leurs marrons du feu
De Marcantoines
trouveur | 11H46 | 25/09/2009 |
- Agences de notation indépendante.
- Solvabilité montée de 8 à 25 %.
- Réguler les mouvements du marché.
- Séparer les activités bancaires : investissements/ dépots.
Effectivement, ces mesures régleraient la spéculation et les bonus. Attendons les résultats du G20…
De pablico
12H14 | 25/09/2009 |
les bonus des traders ne sont qu'un des arbres qui cachent la forêt…
on va nous faire visiter les arbres qui cachent la forêt…. on va les tailler, leur mettre un tuteur, un peu d'engrais, enlever les parasites….
Quid de la forêt ? ?
De Liger
liger.amsud.net | 12H34 | 25/09/2009 |
Merci pour les explications et pour l'article en général.
Mais qu'est-ce que ça changera ? C'est sûr que par rapport au G20, ce serait beaucoup. Mais par rapport aux problèmes de base ?
Combien de temps allons-nous permettre ces spéculations monétaires avant de créer un véritable monnaie internationale de référence ?
Combien de temps :
Avant de sortir les denrées alimentaires des marchés ?
Avant de sortir les entreprises liées à la santé des marchés ?
Avant de sortir tout ce qui est vital pour une partie de l'Humanité des marchés ?
Avant d'interdire les Edge-Funds ?
Avant d'obliger les fonds de pension (et autres gros investisseurs) à ne travailler que par obligations, sur 5 ou 10 ans ?
etc, etc.
Bref, avant de n'autoriser que les activités bancaires qui sont utiles pour l'ensemble de l'économie mondiale ?
De Tassin
Inquiet | 12H50 | 25/09/2009 |
Si quelques un sur Rue89 croient encore au « G-vain » et à la limitation des bonus, écoutez ça :
http://www.la-bas.org/article.php3 ? id_article=1742
http://www.la-bas.org/article.php3 ? id_article=1743 (partie 2)
De nemo3637
Déchoukeur | 13H01 | 25/09/2009 |
Quand vous en aurez fini avec la loupe de Jean Matouk, si vous avez le temps, je vous convie à jeter un oeil sur les manifs à Pittsburg. A bas le capitalisme.
http://www.20minutes.fr/article/350043/Economie-G20-de-Pittsburgh-la-pol…
De affreuxjojo
13H55 | 25/09/2009 |
Les résultats de G20 nous donnerons une bonne idée du rapport de force entre les pouvoirs politiques et les pouvoirs financiers.
L'imposition dans les 20 économies les plus puissantes de la planète (85% du PIB mondial) de règles financières sévères et efficaces (fin des paradis fiscaux, harmonisation des règles comptables, fin du clientèlisme des agences de notations , interdiction de certaines pratiques financières opaques, responsabilité personnelle de ceux qui prennent des risques, taxation des profits financiers, taxe Tobin) signifierais que les gouvernements (qui représentent les populations) ont gardé un pouvoir supérieur à celui de la finance (qui travaille pour les intérêts d'une oligarchie).
Je crains fort que les demi-mesures et les compromis faiblards qui s'annoncent ne signifient l'inverse.
à affreuxjojo
De Tassin
Inquiet | 14H52 | 25/09/2009 |
Le problème est que les financiers et les politiques forment un seul et même groupe ! !
Voir parmis des centaines d'autres François Pérol ou Alain Minc faisant l'aller-retour entre postes de conseillers politiques et chefs d'entreprises ou banques.
Les bougres seraient quand même idiots de se tirer une balle dans le pied ! !
De fonzibrain
célibataire | 16H01 | 25/09/2009 |
on nous prend pour des ânes avec ces bonus.
il suffit de taxer à 80% ce genre de prime et on en parle plus !
et ensuite s'en prende au traders est hypocrite.
c'est comme les prostitués et les souteneurs,les tarders se sont que les prostitués des banquiers spéculateurs,ce sont eux qu'ils faut punir et encadrer et non pas des sous fifres
on se fout de nos quotidiennement,cela va mal se terminer,il faut etre stupide pou ne pas s'en rende compte.
Les finances publics sont dans le même état que lorsque nous étions en guerre ! ça veut tout dire !
http://fonzibrain.wordpress.com/
De beuhrète
parent désenfanté par l'irresponsab... | 16H05 | 25/09/2009 |
La consommation, la croissance, c'est le bonheur. Ne réfléchissez pas, vous risqueriez de mettre la sécurité et la joie de vivre de tous en danger. Alors, je vous en conjure, mes frères, unissons-nous dans la foi sacrée en la science. Bénissons chaque jour le Grand Capital.
Prions ensemble : Je crois en un seul but, tout puissant, l'avènement du capital, créateur de tous les biens matériels et immatériels.
En la croissance éternelle et infinie, au détriment de la vie terrestre et de toutes les ressources qui s'y trouvent.
Voici l'euro du Grand Capital qui ôte les malheurs du monde. Grand Capital, fais que la souillure de la contestation ne demeure plus en moi. Que l'euro régénère les plus purs d'entre nous, et notamment le plus pur des purs : Guy Sorman
Le Grand Capital soit avec vous.
Et avec votre absence d'esprit.
Nous rendons grâce au Grand Capital.
Et avec votre absence d'esprit.
Que le Grand Capital tout puissant, la sainte croissance, la sainte consommation et le saint progrès vous bénissent.
De Keldan
Polytoxicomane à temps partiel | 16H23 | 25/09/2009 |
Puis a déferlé sur le monde la vague de dérégulation « reagano-thatcherienne » et les banques sont devenues universelles, y compris en France (loi de 1984).
En 1984, c'était pas un socialo qui tenait les rênes du pays ? Alors heureusement que c'était pas un mec de DL, on aurait finit comme les Islandais : D
Et c'est assez hallucinant que les mecs qui notent les banques soient payées par les banques.
Du coup, on est plus dans la catégorie « produit de l'année » ou « prix Goncourt » que « guide Michelin »…
De Jean Matouk (auteur)
Economiste | 18H23 | 25/09/2009 |
A tous
Merci de m'avoir lu.
Bien entendu ce G20 ne pourrait pas résoudre tous les problèmes de la planète. Au demeurant, il est constitué d'hommes élus, ce qui leur donne une certaine légimité quand même ( sauf peut-être le chinois) mais d'idéologies différentes, qui auraient bien du mal à s'entendre sur ltous es problèmes que vous évoquez. Par parenthèse je partage les idées de Liger.
J'ai simplement voulu montrer que trois mesures permettraient au moins de limiter la nocivité des marchés financiers.
Cordialement
PS : une loupe , c'est souvent très utile quand le regard est rendu difficile par la complexité des phénomènes.
à Jean Matouk
De framboise92
Je refleurirai un jour ! | 07H44 | 26/09/2009 |
merci pour la loupe.
De kevangel
Chercheur | 22H26 | 25/09/2009 |
Pour régler le problème de la spéculation, la taxe Tobin apparaît quand même la meilleure solution. Plus on spécule, plus on paierait de taxe. En revanche, un investisseur à long terme (plus bénéfique pour l'économie) ne paierait quasiment aucune taxe. Cela limiterait donc les achats et reventes de titres ou matières premières à but purement spéculatifs et favoriserait les achats et reventes à but productifs/industriels.
De Fred le Zèbre
Réformateur | 15H30 | 26/09/2009 |
G20, une Arnaque ?
Le G20 nous propose de nombreuses mesures qui devraient permettre d'éviter qu'une crise comme celle que nous connaissons se reproduise. C'est mesures vont dans le bon sens et le bon peuple devrait être rassuré et ne plus s'inquiéter. Réguler les bonus, réglementer les produits structurer, contrôler les agences de notation…
Mais n'est ce pas trop facile, simpliste, limité ? Tout le monde serait coupable sauf les marchés financiers qui restent la solution. N'a-t-on pas simplement sacrifié quelques boucs émissaires pour essayer de sauver le marché financier nouveau poumon du capitalisme moderne ? N'est-ce pas une nouvelle arnaque ?
Pour en savoir plus http://zebres.eu/blog/g20-arnaque/2009/09/25/