
Salins du Midi : un LBO « salé » pour le contribuable

Savez-vous ce que c'est qu'un LBO ? « Leverage buy out » ! Rachat par effet de levier. Des actionnaires souhaitent se débarrasser d'une société. Ils conseillent aux cadres de celles-ci, ou à de nouveaux investisseurs, de la racheter en s'endettant. En général, l'endettement est important, car les cadres ne disposent pas d'un gros capital et l'investisseur éventuel qui vient à leur côté veut risquer le moins de capital possible. C'est cela le « levier ». Avec une société au capital de 100, j'emprunte 1000 ! Et si je gagne 10% sur 1000, cela procure à mes fonds de 100 un rendement de 100%.
Ni esprit patrimonial ni esprit d'entreprise de long terme, encore moins de « rôle social »
Les nouveaux propriétaires espèrent bien tirer de l'entreprise un rendement tel qu'ils pourront largement payer l'intérêt et rembourser l'emprunt, mais, surtout, revendre avec profit. Pour gonfler les résultats, ils « serrent donc tous les boulons », éventuellement licencient au maximum pour réduire les coûts, histoire de dégager un ou deux résultats annuels positifs pouvant intéresser de nouveaux acquéreurs.
Il y a rarement chez eux d'esprit patrimonial, d'esprit d'entreprise de long terme, encore moins de « rôle social ». Certains « fonds d'investissements » se sont spécialisés dans cette activité, soit comme prêteurs, soit plus souvent, comme actionnaires aux côtés des cadres qui mettent en œuvre le LBO. Les prêteurs, bien entendu, prennent en gage la société. En cas de malheur, elle devient donc leur propriété.
Autrefois, dans les années 1980, les Salins du Midi (sel pour le dessalage routier, « fleur de sel de consommation, vins de Listel ..) étaient propriété de la Compagnie de Suez. Elle s'en est séparée, en 1996, au profit d'un consortium anglo-saxon Morton et Rom and Hass, lequel a revendu, sous forme de LBO, en2006. Entre temps, une gestion pour le moins discutable a brisé l'élan des Salins du midi dans son domaine d'origine ; des cadres affirment qu'ils avaient vocation à devenir la première entreprise saline d'Europe.
Sous quelle forme a eu lieu le LBO ? Une société, Salins international, a été créé par dix-sept des cadres de l'ancienne entreprise, dont l'ancien PDG. Sont entrés dans son capital Crédit agricole et Checkers capital, un fonds spécialiste des LBO, et la banque ABN-AMRO qui, on le sait, vient d'essuyer une lourde perte (880 millions) dans la crise bancaire de l'automne.
Cette structure a emprunté aux trois mêmes 144 millions d'euros (ce qui, au moins pour le Crédit agricole et ABN Amro était hétérodoxe) pour le rachat, ce qui correspond à des intérêts annuels de 15 millions d'euros. Le résultat des Salins correspond à ces intérêts. La société rachetée ne dégage donc plus d'excédent au-delà et ne peut pas rembourser. Un premier plan social de 76 personnes avait eu lieu, en 2007, sur le site du village des Salins-de-Giraud, dans les Bouches du Rhône.
Licencier 144 personnes au prétexte d'investir dans de nouvelles activités
Aujourd'hui, les actionnaires-prêteurs menacent d'un nouveau plan de 144 personnes dont 57 dans le Gard et le reste dans les Bouches du Rhône, au prétexte d'un investissement, fumeux aux yeux des salariés, dans de nouvelles activités (thalassothérapie, soins divers…) Pour le réaliser, ils demandent aussi de pouvoir revendre des actifs.
Lesquels ? Des terres évidemment et sur le littoral bien sûr ! Et à qui ? Au Conservatoire du littoral, c'est-à-dire aux pouvoirs publics régionaux et nationaux. Il s'agirait de vendre à 90 centimes d'euros le mètre carré (9000 euros l'hectare) 9350 hectares soit 84 millions d'euros (6150 ha dans les Bouches-du-Rhône pour 55 millions d'euros et 3201 ha dans le Gard pour 29 millions d'euros).
Le contribuable, à travers l'Etat et les Conseils régionaux du Languedoc et du Roussillon et de Provence-Alpes -Côte d'Azur, viendrait donc socialiser une fois de plus, les pertes privées de la société “ LBOisée ”. Ainsi, les actionnaires récupéreraient-ils, dans un premier temps, plus de la moitié du capital prêté, sans avoir perdu un sou d'intérêt. Si tout s'était passé sans problème pour cette première vente, on peut penser qu'une seconde aurait lieu pour boucler l'affaire sans un sou de pertes, et que les Salins du midi disparaîtraient de la carte économique.
Heureusement, un représentant du Conseil régional du Languedoc et du Roussillon, Jean-Paul Boré, vice-président, a organisé l'opposition à cette mesure au dernier Conseil d'administration du Conservatoire, faisant notamment remarquer que cette administration n'avait pas les fonds nécessaires pour cette acquisition, et s'élevant au nom de la morale des affaires, contre ce sauvetage de capitaux privés.
Il a fait remarquer aussi que ces terres une fois vendues, il faudrait impérativement les entretenir, notamment les digues, faute de quoi, la mer les rendrait vite totalement improductives et sans aucun potentiel, donc sans aucune valeur. Le contribuable aurait alors, en sus, à payer, éternellement, des charges d'entretien. Tandis que les actionnaires prêteurs auraient récupéré leur mise, après en avoir perçu l'intérêt depuis 2006. Affaire -hélas classique- à suivre !
Photo : les Salins-de-Giraud, en Camargue (Josélito Tirados/Flickr).
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De ZonZon la MouChe
ni dieu ni maître ! | 09H21 | 29/06/2009 |
Je fais un hors sujet, mais il y a bien longtemps que je privilégie le sel gris de l'atlantique récolté depuis toujours de façon manuelle artisanale, respectueuse de l'environnement, et valorisé par le métier de paludier ( brevet professionnel responsable d'exploitation agricole, option saliculture) au sel blanc industriel de la côte méditerranéenne dont la récolte mécanisée veut qu'il soit raffiné pour être consommable !
à ZonZon la MouChe
De Liger
liger.amsud.net | 10H09 | 29/06/2009 |
Et la fleur de sel de Noirmoutier ou de Guérande, c'est le top du top !
à Liger
De jmax
11H09 | 29/06/2009 |
c'est toujours NaCl : -)
à jmax
De Liger
liger.amsud.net | 11H26 | 29/06/2009 |
J'ai appris très récemment que non :
En Chine, leur « sel » (qui fournit les mêmes apports en sodium) est en fait du glutamate de sodium, et non du chlorure de sodium.
à ZonZon la MouChe
De saliniergardois
ouvrier salinier depuis 28 ans | 18H47 | 01/07/2009 |
Bonsoir ,
le sel de Camargue est 100 % naturel , nous recoltons du sel sur 440 hectares à Aigues Mortes , et les surfaces de préparation font + ou - 10000 h .
Je vous invite a venir visiter notre salins , pour le voir par vous même .
pour info le sel gris , est gris a cause des impuretés . l'exploitation du sel a Aigues Mortes a plus de 2000 ans , et nous sommes des ouvriers saliniers agricoles .
De déluge
menuisier | 10H42 | 29/06/2009 |
Les LBO servent prioritairement aux grands rapaces pour acquérir un groupe et rembourser l'emprunt contracté en se payant sur la bête.
Grosso modo c'est le groupe achété qui paye son rachat et l'individu à la manoeuvre qui fait sa fortune.
Demandez à Pinault comment d'héritier d'un industriel du bois très localisé il est passé première fortune de France.
(je crois que c'est le Crédit Lyonais qui lui a fait la courte échelle).
Lorsque vous dites que la gestion n'est pas patrimoniale ni sociale, c'est un doux euphémisme, puisque par définition, une LBO implique la vente des bijoux de famille du groupe acheté, puis un vaste plan de licenciement pour la rentabilité immédiate (rebond en bourse et compresion des frais), fameux 15-20% de rendement exigé (pression sur le personnel, négociation de moins values sociales en échange de la pérenité de l'emploi -en règle générale les licenciements tombent quand même mais un an après l'accord, recherche et développement au régime minimum, dégradation de la qualité des services ou des biens fournis), suivi d'une revente la plus rapide possible à un autre fond qui pratiquera de même, revendra etc…
A la fin, il n'y a plus rien.
La LBO et un formidable outil de la financiarisation de l'économie réelle, en fait du hold up qui a eu lieu sous nos yeux depuis vingt ans à la faveur duquel une poignée de parasites s'est nourrie, s'est gavé sur le sang du monde.
Et nous présente maintenant la note de leurs orgies.
Qu'elle a été la contribution décisive de François Pinault à l'économie nationale ? Qu'a t-il créé ? Qu'a t-il inventé ?
Rien.
Il est né fortuné et s'est bien entendu avec une banque.
C'est un peu court pour justifier pareille fortune, non ?
De michel 13
| 10H55 | 29/06/2009 |
Effectivement, le devenir des Salins est très préoccupant. D'abord pour l'activité économique de cette région, donc de l'emploi qui a une forte tendance à régresser. On peut comprendre l'inquiétude des salariés.
Ensuite que vont devenir ces zones côtières si elles sont vendues à d'autres que le Conservatoire du Littoral ?
Est-ce que les conseils régionaux PACA et LR sont sur la même position que JP Boré ?
à michel 13
De saliniergardois
ouvrier salinier depuis 28 ans | 20H45 | 01/07/2009 |
pour l'instant = oui
De tlaloc
Retraité | 10H58 | 29/06/2009 |
Rien n'a changé dans la finance
De Liger
liger.amsud.net | 11H23 | 29/06/2009 |
Le vieil adage selon lequel « le rôle du bon berger est de tondre le mouton, mais non de l'écorcher » est ignoré, et depuis longtemps, du monde de la finance.
Je ne sais pas combien de temps durera encore ce silence des agneaux. Mais il est plus que temps d'imposer aux investisseurs une durée minimum pour leur prise de parts dans une société.
De jmc06
retraite | 13H25 | 29/06/2009 |
G20 couilons qu'ont dit faut moraliser la finance
nan j'v enl'ver obama (pour l'instant)
G19 coullons donc
si G bien compris ils étudient ,comment les araignées tisse leurs toiles
De affreuxjojo
18H11 | 29/06/2009 |
La marchandisation du monde c'est aussi cela. Une entreprise, son personnel, ses savoir- faire, ses traditions, ses machines, ses procédés de fabrication, ses brevets,ses locaux, ses terrains, tout est à vendre.
Si fermer rapporte à très court terme plus que faire tourner, on ferme.
Les brevets, les machines, les procédés de fabrication seront exploités ailleurs, généralement là ou la main-d'oeuvre est docile et presque gratuite.
Les locaux, les terrains seront l'objet des spéculations les plus éhontées.
Cette curieuse alchimie transforme en or les entreprises, en laissant sur son passage un insignifiant déchet dont personne ne sait trop quoi faire, le personnel.
Mais, les chimistes le disent, rien ne se perd, tout se transforme. Des mouvements extrémistes saurons récupérer et exploiter ce qui est ainsi abandonné.
De marcus olibrius
21H48 | 29/06/2009 |
Chez TDF on a aussi un gros problème avec les LBO, jugez par vous même :
http://sauvonstdf.over-blog.com/
De c.d.g.
ami d un pingouin nommé Tux | 09H01 | 30/06/2009 |
si j ai bonne memoire, il etait a un moment prévu de remplace le bac de barcarrin par un pont. Ce qui permettrai aux habitants de marseille d avoir une residence secondaire en camargue sans subir des heures d attente pour le bac
Dans ce cas, superbe operation immobiliere…
à c.d.g.
De michel 13
| 20H07 | 30/06/2009 |
c'est encore d'actualité.
De Cornegidouille
ingénieur études à Arles | 20H57 | 02/07/2009 |
J'ai une expérience vécue qui est le contraire de ce que vous racontez sur les LBO.
Notre entreprise faisait partie d'un groupe important qui a liquidé tout ce qui ressemblait de près ou de loin à l'industrie (sauf dans ses slogans) de la fin des années 90 à aujourd'hui.
Faut les comprendre ces pauvres chéris : les industries ça pue, ça salit, les gars de chantier sentent la sueur et tout ça vaut pas des golden boys en cravate qui rapportent du 10% l'an.
Les experts financiers de ce groupe nous ont vendu à un prix qui équivalait à six mois de nos bénéfices (je n'ai pas dit CA mais bénéf) de l'année suivante, fort les experts ! Ils avaient pronostiqué que nous coulerions en moins d'un an … des experts en économie, je vous dis ! ! !
Le CO (mité) DIR(ecteur) en a acquis 15%, le reste des employés (enfin les volontaires, mais on nous a aidé avec de bonnes primes) 15% et une banque spécialisée a acquis les 70% restants.
Notre activité et nos salaires ne sont jamais aussi bien portés que depuis que nous avons été débarrassé de la tutelle de ce groupe, de ses vautours et autres incapables déguisés en directeurs …
Comme nous étions dans un secteur parapétrolier à l'export qui se portait bien, nous avons pu être coté en bourse, empocher un coquet bénéfice et pour éviter une OPA d'un concurrent, nous avons finalement négocié avec un partenaire important et qui fonctionnait comme nous notre rachat.
Et notre ancien propriétaire continue à se vanter d'être un des acteurs principaux du secteur de l'énergie. C'est avec de tels stratèges que le secteur industriel européen a fait naufrage.
Ce n'est qu'un contre-exemple, mais quand même !