
Développement économique : l'Iran, ce n'est pas la Chine
Téhéran n'est pas Pékin ! La situation tourne au tragique en Iran. Un Tian'anmen rampant s'y déroule. L'évocation chinoise est volontaire.
En 2005, à l'élection de Amadinejad, d'aucuns évoquaient un développement économique de l'Iran « à la chinoise », avec un régime politiquement autoritaire, laissant libre cours à une économie capitaliste. Ce n'est pas du tout ce qui s'est passé. Mais l'actuelle crise présente aussi des similitudes avec ce qui s'est passé en Chine en 1989. Des tensions existent au sein de la junte théocratique, comme au sein du Bureau politique du Parti communiste à l'époque. L'une des parties dispose de la force et s'en servira.
La répression à Téhéran n'aura pas la même dimension, peut-être la même violence, qu'en 1989 en Chine, mais , politiquement, les évènements peuvent être comparés. Enfin, caricaturant on peut dire que dans les deux cas , les « libéraux » se sont heurtés à une « église » -le PC en Chine, une majorité des ayatollahs dont le Guide suprême de l'autre- et à une religion -le maoïsme d'un côté, l'islam chiite de l'autre.
En Chine, une répression pour installer le capitalisme dictatorial
Mais là s'arrêtent les similitudes. Pour les jeunes chinois, d'abord, la démocratie était une idée neuve qu'ils n'avaient jamais expérimentée. En Iran au contraire, c'est d'un recul démocratique qu'il s'agit, même si la théocratie mise en place par Khomeiny en 1978, n'autorisait qu'une démocratie très limitée.
Ensuite, en ordonnant la répression, Deng Xiaoping, avait un projet économique très particulier, celui du « capitalisme dictatorial » d'aujourd'hui. Il savait que son installation en Chine entraînerait d'immenses drames sociaux, des fermetures d'usines, des licenciements massifs, la fin d'un certain nombre de prestations gratuites.
Il avait le sentiment que tous ces drames pouvaient dégénérer politiquement, et remettre en cause cette évolution contestée d'ailleurs par une partie du Bureau politique dont il parvint à s'affranchir. A ses yeux, il fallait donc mettre un terme à cette contestation juvénile. Notons cependant que le régime chinois a su laisser beaucoup plus de libertés formelles, de mœurs par exemple, vis-à-vis des jeunes et plus encore des femmes.
En Iran, aucun projet économique sauf gaspiller la rente pétrolière
A l'opposé, l'actuelle faction au pouvoir en Iran, qui maintient, par ailleurs, sur la vie des femmes une rigueur policière, n'a développé aucun autre projet économique que celui de continuer à gaspiller la rente pétrolière pour fidéliser ses troupes.
L'Iran prend ainsi la même pente fatale qu'un grand nombre d'autres pays pétroliers en voie de développement ; en Algérie, comme en Afrique de l'ouest (Gabon, Congo, Angola…), les recettes pétrolières, ces « crottes du diable » , selon l'expression imagée et juste des africains eux-mêmes, sont accaparées par des oligarchies ou des présidents-dictateurs, et ne servent qu'à asseoir durablement leur pouvoir, laissant la population dans la plus extrême pauvreté.
Amadinedjad en fait exactement autant. Pas pour s'enrichir ou vivre dans le luxe, mais pour consolider son pouvoir et celui de la junte religieuse dont il est l'exécutant. Et, dans la plus pure tradition des dictatures nationalistes, lui et Ali Kamenei agitent le chiffon rouge de la « main de l'étranger » pour tenter de rassembler le peuple autour d'eux. Il faut dire que l'attitude agressive au Proche-Orient de Georges Bush, ses menaces mêmes sur l'Iran, leur ont servi l'argument sur un plateau.
La Chine, elle, assoit sa croissance sur l'utilisation de sa main-d'œuvre et, déjà, aussi, l'exploitation de ses intelligences. Son problème n'est pas de gérer des recettes pétrolières, mais de sécuriser ses approvisionnements pétroliers. D'où sa présence massive aujourd'hui en Afrique, ou elle est d'ailleurs devenue le principal agent corrupteur. Moyennant quoi, elle investit, crée des emplois, une classe moyenne s'y construit peu à peu qui, inévitablement, un jour, dans une ou deux décennies commencera sans doute à sortir du carcan politique. Et si existe en Chine une fierté nationale à fleur de peau, comme l'a montré l'épisode tibétain au moment des jeux olympiques, elle est fondée uniquement sur les réussites économiques et techniques du pays.
Des situations démographiques non comparables
Ajoutons, au risque de choquer, qu'il était et reste fort complexe de gérer « démocratiquement » la situation économique chinoise, avec 1,3 milliard d'habitants, dont une part, majoritaire (850/900 millions) vit plutôt à l'intérieur de l'agriculture avec un revenu par habitant de 2 à 3 dollars par jour, face à une autre part de 400 millions plutôt concentrée vers la côte et qui vit de l'industrie et du commerce naissant, avec un revenu moyen cinq ou six fois plus élevé.
L'Iran, au contraire, avec une population de 65 millions, avait tous les atouts en main, compte tenu de son pétrole, pour se fixer sur une pente solide de développement. La classe moyenne y existait déjà, ne demandait et ne demande qu'à investir et commercer. Mais le pays s'appauvrissant, ou, du moins ne se développant pas, elle est, en sens contraire, menacée de disparaître. Nombre de jeunes songent à quitter le pays.
C'est d'ailleurs sur ce terrain que se sont développés les affrontements d'aujourd'hui entre les héritiers de l'imam Khomeiny. N'oublions pas que Moussavi, le rival de Ahmadinejad, battu par la fraude, était un collaborateur proche de l'imam et s'est toujours affirmé un chaud partisan de la République islamique. Il est aujourd'hui appuyé par Hachemi Rafsandjani, Président réformateur de l'Iran entre 1989 et 1997, battu en 2005 par Amadinejad ; Rafsandjani est le président de l'« Assemblée des experts » lequel a la capacité de destituer le Guide Ali Khamenei.
Il est probable que, répression et lassitude aidant, le pouvoir en place va le rester. Mais ne pas croire, pour autant, que le processus politique est clôt comme il le fut en Chine. Ali Khamenei, comme Ahmadinejad, vont avoir beaucoup plus de mal que Deng Xiaoping n'en eut pour contenir le mouvement populaire et réduire la fracture au sein de l'oligarchie politico-religieuse. Les mois, en tous cas les années de la République islamique de type autoritaire sont maintenant comptés. Elle pourrait bien entraîner dans sa chute celle de la suprématie du religieux sur le politique, fondement idéologique du régime depuis 1979.
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De sup. à la demande du riverain 29 juin
bye bye ... | 09H55 | 26/06/2009 |
« Rafsandjani est le président de l'“ Assemblée des experts ” lequel a la capacité de destituer le Guide Ali Khamenei. »
faux ! ce n'est pas Rasfandjani qui est tout puissant, mais l'Assemblée qui a cette capacité.
il faudrait donc écrire « laquelle a la capacité…. »
sinon ce serait déjà fait.
De Peureux anonyme
10H25 | 26/06/2009 |
Quelle est la compétence de l'auteur de cet article pour pontifier de la sorte sur l'Iran et sur la Chine ?
Prof d'université à Montpellier, dirigeant de banques…, ça ne vous autorise guère qu'à rabacher les ritournelles des propagandes anti irannienne ou anti chinoise.
Il serait plus intéressant de souligner les partis pris anti iranniens ou anti chinois de tous médias occidentaux et notamment français et d'essayer d'en tirer les conséquences concernant la réalité de la liberté d'expression des journalistes français, par exemple.
à Peureux anonyme
De Jambalaya
Le contenu de ce champ apparaît ent... | 14H17 | 26/06/2009 |
Ridicule la posture anti-occidentale pavlovienne qui tient lieu de reflexion…
De EulChe
Humaniste hère | 11H13 | 26/06/2009 |
Au delà de ce que Waldo relève ci-dessus sur la capacité supposée de Rasfandjani de destituer Khamenei, il est tout aussi faux d'accuser Ahmadinejad de s'accaparer les ressources du pays alors que Rasfandjani le développerait.
Rasfandjani est connu en Iran pour être corrompu à outrance et est soutenu par les bazaris, justement pour utiliser la manne pétrolière et gazière dans leur propre intérêt.
Alors que si Ahmadinejad a autant de soutiens dans les classes pauvres et populaires c'est justement parceque depuis 5 ans il redistribue beaucoup aux plus pauvres. On peut reprocher beaucoup de choses à Ahmadinejad, mais surement pas cela.
Alors bien sûr, depuis 5 ans, il a placé à la tête des organismes de contrôle de cette manne beaucoup de ses partisans, issus comme lui des pasdarans. C'est d'ailleurs une des principales raisons du conflit actuel à la tête de l'Etat.
On peut aussi surement lui reprocher d'avoir fait ce choix de redistribution pour des raisons politiques. Mais il y a aussi une grande part de sincérité chez lui à ce sujet : C'est un dévôt, et la charité est un des cinq principes de l'Islam.
à EulChe
De leconcombrevert
La vraie vérité >:-)) | 23H12 | 26/06/2009 |
Excusez-moi, mais il me semble que la charité, qui est effectivement un des cinq principes de l'Islam demande au croyant qu'il donne aux pauvres - de sa propre poche, bien sûr.
Donc, faire passer la politique poujadiste et électoraliste de Ahmadinejad (distribuer des pommes de terre aux paysans etc. au lieu et en place d'une politique agricole à même de liberer les paysans du joug de la pauvreté) pour un acte de piété musulmane, c'est vraiment un peu n'importe quoi.
Oú voyez vous une politique de redistribution ? Certainement pas chez Ahmadinejad, plutôt chez le candidat Mehmet Karroubi qui proposait une politique de redistribution véritable des richesses du pays aux citoyens Iraniens …..
« His foremost economic program is for broad public ownership of the national oil and gas companies. According to this plan, adopted from the economist Dr. Massoud Nilli, company stock and profits would be shared among Iranians above 18 years of age, without the right to sell. He has predicted that this will add 70000 Tomans a month to every Iranian's income. »
http://en.wikipedia.org/wiki/Mehdi_Karroubi
De Keldan
Polytoxicomane à temps partiel | 13H33 | 26/06/2009 |
Entre Maoisme et Islam il y a quand même une différence fondamentale.
Certes les deux disent faites ceci, faites pas cela. Mais le premier promet le bonheur pour tous dans notre vie (ou celle de nos enfants) ce qui est crédible, tout du moins imaginable. Alors que le second promet le bonheur une fois qu'on sera mort, ce qui est une grosse connerie que seuls les graves de chez graves peuvent gober.
Et puis entre Chine et Iran il y a une autre différence très importante qui change totalement la donne entre l'Empire du Milieu et le Milieu qui Empire : en Chine, ils ont des brasseries et des porcheries.
De General Subverciòn
kouign aman délocalisé | 14H56 | 26/06/2009 |
je trouve réducteur voire insultant de réduire l'Islam Chiite à la clique d'assassins au pouvoir à Téhéran…c'est un peu comme si on disait qu'aucun chinois n'aspirait à une forme de démocratie qui serait basée sur les valeurs universelles des droits de l'homme parce que leur dirigeants rejettent ces valeurs prétendument « occidentales »…quand au nationalisme chinois,il réside dans l'assimilation des autres ethnies par les Han et rien d'autre
Les économies quand à elles ne servent qu'à maintenir leurs dictatures corrompues au pouvoir au delà des idéologies,qu'elles soient religieuses ou prétendument politiques,quitte à exterminer une partie de leur propre population comme pendant la Révolution Culturelle ou la répression en Iran qui vit sous le règne de la Charria depuis 1979.Ces individus ne sont plus des humains mais des monstres pervers et nuisibles rendus fous par le pouvoir.
De zorbek
19H10 | 26/06/2009 |
Bien vu, très bonne synthèse. Mais j'ajouterai que l'argent du pétrole ne sert pas qu'à acheter des voix, il est également dilapidé dans le projet atomique malheureusement soutenu par une grande partie de la population, pas tout à fait à tort quand on se souvient que l'Iran a été placé dans l'axe du mal par les neo-cons, après avoir a subi la guerre de très loin la plus meurtrière du Moyen Orient…
Mais d'autre part la population iranienne est très jeune, ce qui laisse espérer que le régime des barbus ne sera pas éternel.
De hsuyuchen
Patriote | 19H38 | 26/06/2009 |
1 - « Ajoutons, au risque de choquer, qu'il était et reste fort complexe de gérer “ démocratiquement ” la situation économique chinoise,… »
2 - Pourquoi « au risque de choquer ». Ce n'est qu'un lieu commun.
Les inégalités de revenus sont liés au modéle de développement choisi par le gouvernment chinois. Les inégalités sociales et la croyance en un leader/classe éclairée sont vitales pour une dictature jusqu'au jour où…
Démocratie et développement économique ne sont à mon avis que des facteurs coïncidents.
3 - Pauvres chinois, ils sont nés dans un pays à la population trop nombreuse.
4 - « En Iran, aucun projet économique sauf gaspiller la rente pétrolière »
Question de rhétorique : Et la Chine, ne gaspille-t-elle pas sa rente ouvrière ? »
De bloqué le 24.09.09
19H45 | 26/06/2009 |
Pourquoi les médias dominants ont ils décidé qu'il fallait qu'on s'interresse à l'Iran et pas à la population de Gaza, en état de choc et assiégée depuis deux ans maintenant ?
A la papeterie de mon coin de Paris l'employé et le patron discutent gravement de République Islamique comme s'il s'agissait du voisin d'en face.
Pourquoi a-t-on fait de ces charmantes jeunes femmes iraniennes, toutes belles comme le jour, des voisines d'en face ?
Pourquoi les africaines en train de crever de faim à la suite de la crise* ne sont elles pas cadrées avec autant d'amour.
Pourquoi les Palestiniennes ne rencontrent-elles pas non plus ces preneurs d'image qui vous subliment en quelques clic clac bien éclairés et font de vous la merveilleuse victime qu'on souhaite sauver jusqu'au fin fond du rural profond français.
Tant mieux pour les Iraniens et les Iraniennes, à condition que cela leur serve à quelque chose. Je ne suis pas certaine que le regard sûr de soi, dominateur et condescendant de l'occident, tel qu'il tourne en boucle sur les ondes, puisse aider l'Iran à construire du consensus propre à trouver un chemin vers le progrès dans toutes ses dimensions.
Mais à qui cela sert donc de nous faire tous vivre à l'iranienne en ce mois de juin 2009 ?
* il y a moins d'argent renvoyé au pays par les immigrés ; immigrés dont on a laissé les ressources se faire piller et qu'on préfère toujours envoyer à la noyade.
à bloqué le 24.09.09
De leconcombrevert
La vraie vérité >:-)) | 22H33 | 26/06/2009 |
Si vous aviez vraiment lu la presse et si vous aviez écouté / lu les commentaires des gens au lieu de jalouser bassement l'interêt renouvelé pour les Iraniens, vous auriez pu vous rendre compte que justement ce qui prime n'est pas « le regard sûr de soi, dominateur et condescendant de l'occident » que vous croyez déceler.
Au contraire, la grande majorité des gens ont pris conscience du fait que tous les Iraniens ne se ressemblent pas, qu'ils ne sont pas tous calqués sur le modèle austère d'un Khomeini ou d'un ahmadinéjad, que beaucoup d'entre eux nous ressemblent et qu'ils font preuve d'un grand courage qui force l'admiration.
En quoi celà leur sert ?
Cela sert déjà comme anti-dote contre la pensée manichéenne, le partage du monde entre les gentils et les mechants, les beaux et les hideux.
Donc, c'est un regard humanisant.
En quoi cela est-ce utile ?
Il faut être bouché des deux yeux et des oreilles pour ne pas le comprendre :
Une fois qu'on s'est rendu compte qu'on a affaire à des êtres humains qui nous ressemblent, on hésite avant de tirer, avant d'envoyer des missiles, lacher des bombes …. .
Ça peut toujours servir.
De christobal0094
citoyen du monde | 04H30 | 27/06/2009 |
tres bonne analyse.
comparer la Chine et l'Iran du point de vue du developpement versus droit de l'homme est un execice courageux.
comme voyeurs internationaux nos sympathies vont naturellement vers ceux qui se battent pour plus de liberte.Je tiens a preciser que je les partagent.
Mais effectivement la Chine a un propos et un certain succes.
L'iran est plutot en regression ultra.
c'est effectivement la difference entre deux facons de se servir du pouvoir de l'esprit humain ( aide dans chaque cas par la force physique)
- pour le regime de l'apres Mao un esprit de conquete ( des marches)
- pour les succeseurs de Khomeiny un esprit de conserve (des mosquees)
Un mot a propos du nucleaire en Iran :
ils ont un voisin pas tres stable, sunnite a 70%, nuclearise : le Pakistan.