
Iran : la bombe, question d'orgueil national comme pour De Gaulle
Ahmadinejad a peut-être triché, mais, compte tenu de ses performances économiques plus que médiocres, le score de son principal opposant aurait dû être tel que toute tricherie eût été impossible.
S'il a pu faire basculer le scrutin frauduleusement, ou s'il a réellement gagné, c'est que le peuple iranien, et sa composante la plus nombreuse, comme le petit peuple du « bazar » de Téhéran, a voté pour celui qui défendait l'honneur national face aux Etats-Unis, et à une communauté internationale considérée comme alignée sur eux. Cette élection, finalement, est encore un écho pervers de l'arrogance de George Bush.
En 1945, la France n'a fait partie du club des vainqueurs que grâce au mélange subtil d'habileté et d'orgueil de Charles de Gaulle. Les vainqueurs réels étaient trois :
- la Grande-Bretagne qui avait su résister aux V2 et a participé largement au débarquement
- la Russie, qui a surmonté la terrible épreuve des années 41-42
- les Etats-Unis qui ont été la force principale de la victoire finale sur l'Allemagne et le Japon.
Nous, français, objectivement, ne pesions pas lourd. Nous avions été les principaux vaincus . Nous n'avions d'ailleurs pas participé à Yalta ! Et, en un sens, c'était légitime !
Pourtant, grâce à un véritable tour de force gaullien nous avons été signataire des traités d'armistice, au grand étonnement courroucé du général allemand signataire. « Die Franzose auch ? » (« Les Français aussi » ? )
Tout le peuple français voulait la bombe avec De Gaulle
C'est le même de Gaulle et personne d'autre, qui, treize ans plus tard, revenu aux affaires, après que, comme les Anglais pour Churchill, les Français l'eurent chassé en 1946, décida que la France aurait sa bombe, comme il l'avait souhaité pour les chars dans son « Fil de l'épée », écrit sept ans avant la lamentable défaite de 1940.
Tout le peuple français, alors, la voulait avec lui. Sa posture volontaire sur ce point, comme sur quelques autres -la demande de conversion effective de quelques millions de dollars de la Banque de France alors convertibles en or, la sortie des structures de l'Otan, le discours de Phnom Penh en pleine guerre du Vietnam- face aux Etats-Unis qui auraient bien voulu garder, du moins à l'Ouest, le monopole de l'arme fatale, a flatté l'orgueil national français et a été certainement pour beaucoup, implicitement du moins, dans les votes positifs que de Gaulle a obtenu en 1958, 1962, 1965.
C'est ce même réflexe d'orgueil national qui a entraîné le vote iranien de dimanche. Ahmadinejad a su, depuis quatre ans, le flatter largement. Et non sans une certaine logique !
Pourquoi l'Iran, héritier d'une civilisation de plus de 1500 ans antérieure à notre Clovis national, qui a été un acteur immense de l'histoire de l'Antiquité, de sa conquête de la Mésopotamie à ses guerres contre les Grecs, renoncerait-il à cette arme, alors que le Pakistan, l'Inde mais surtout Israël en disposent ?
Sur quels fondement déciderait-on ainsi que l'Iran nucléarisé est plus dangereux que le Pakistan, lequel pourrait bien tomber aux mains des talibans et de leurs amis pachtounes, avec le risque d'une guerre sub-continentale mettant l'Inde en jeu ?
Ahmadinejad est le produit de l'attitude absurde de George Bush
Pourquoi le peuple iranien ne craindrait-il pas -même si nous savons que c'est plus qu'improbable- que se sentant vitalement menacé, Israël ne déclenche une frappe nucléaire préventive ?
Ahmadinejad a sans aucun doute « construit » et renforcé peu à peu cette peur en contestant l'existence même de l'Etat hébreu, et pouvant laisser craindre aux Iraniens qu'Israël, directement menacé, pourrait réagir ainsi. La conséquence est là.
Et Ahmadinejad est lui-même le « produit » de l'attitude absurde de George Bush, qui inventa un « axe du mal » dans lequel l'Iran voisinait avec la Corée du nord et l'Irak.
Le peuple iranien se souvient que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne sont parvenus à destituer Mossadegh en 1953, après la nationalisation de l'Anglo-Iranian Oil Company, en 1951. Il se souvient de leur appui sans réserve au Shah d'Iran, qui, à tout le moins, ne fut politiquement pas un tendre -même si les actuels mollahs n'ont guère à lui envier-, et n'a pas donné à l'Iran l'élan de développement que son pétrole lui permettait, encore moins réparti ses richesses.
C'est ce qui créa les conditions de l'accueil triomphal que fit le peuple iranien à l'ayatollah Khomeini, et celles aussi, de la prise d'otages américains par 400 étudiants islamistes. Les otages furent retenus 444 jours, et une hostilité durable s'installa, de ce fait, entre les Etats-Unis et la République islamique d'Iran.
On ne bâtit une paix durable qu'avec ceux qui vous ont combattu vraiment
N'oublions pas non plus que l'Irakien Saddam Hussein fut poussé et aidé dans une guerre contre l'Iran chiite par les mêmes américains.
Mais après la guerre d'Irak de 2003, plutôt que de stigmatiser l'Iran en l'incluant dans l'« axe du mal », lui faire craindre la même intervention qu'en Irak, puis tenter de lui interdire le chemin du nucléaire sous menace et application effectives de sanctions, il aurait fallu, à l'instar d'Obama aujourd'hui, garder tendue une main conditionnelle.
Il est bien tard. Beaucoup de temps a été perdu et l'élection d'Amahinedjad est le fruit de cette attitude absurde.
Pourtant, il est une règle assez générale qui donne des raisons d'espérer. On ne bâtit une paix durable qu'avec ceux qui vous ont combattu vraiment.
De Gaulle a signé la paix en Algérie avec le FLN, pas avec d'autres groupes algériens plus tièdes. L'Egypte a signé la paix avec Israël en 1979, cinq ans après une guerre (1973) où elle avait failli vaincre et avec un leader de la droite israélienne Menahem Begin.
De même, une paix durable ne peut être discutée et signée pour Israël , qu'avec ses deux pires ennemis, le Hezbollah et le Hamas. Pas avec le Fatah ou le gouvernement libanais modéré.
Peut-être faudra-t-il maintenant aller jusqu'à la bombe iranienne pour qu'Amahinedjad signe une paix durable et sincère avec les américains.
Cela sonnera alors probablement l'heure de sa sortie politique dans un Iran économiquement épuisé, mais qui aura « sauvé l'honneur ». Ce sera aussi la clé d'une stabilisation générale au Proche-Orient.
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De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 00H19 | 15/06/2009 |
L'article est effectivement très intéressant, mais il me semble qu'il y a deux oublis.
Le premier, c'est que l'arme nucléaire pour l'Iran est aussi une nécessité stratégique dans le cadre de la dissuasion du faible au fort. L'environnement de l'Iran, c'est aussi trois pays voisins qui disposent de l'arme atomique (le Pakistan, l'Inde et Israël) et un voisin occupé par une superpuissance (elle aussi nucléarisée) dont les intentions à son égard ne sont pas nécessairement bienveillantes (pour dire le moins).
D'autre part, on peut légitimement supposer que le souvenir de la guerre contre l'Irak est encore frais dans les mémoires et on doit se rappeler que, si l'Iran avait alors disposé de l'arme nucléaire, il est douteux que l'Occident et les monarchies pétrolières auraient lancé Saddam Hussein dans cette histoire. (Sans compter que rien n'indique que, dans ces conditions, Saddam Hussein se serait montré aussi complaisant avec nos desiderata.) Il n'est pas dit qu'il ne soit question que de dignité nationale là-dedans. Précisons aussi que, sur ce point très précis, l'identité du vainqueur de l'élection n'a aucune importance, puisque tous les candidats étaient d'accord sur la question du nucléaire.
Le deuxième point, c'est que, jusqu'à présent, l'Iran ne viole pas les traités signés (sinon, depuis peu, sur les visites d'inspection), puisque rien dans ces traités n'interdit l'enrichissement de l'uranium. Certes, les mêmes traités lui interdisent l'armement et certes encore, l'enrichissement de l'uranium ne sert à rien d'autre. Mais enfin, à strictement parler, il n'y a pas de violation des traités.
Rien n'interdit de penser que l'Iran ne se dirigera pas vers une politique de dénucléarisation régionale ou vers la possibilité de disposer de la technologie nucléaire, y compris militaire, mais pas nécessairement des armements proprement dits, un peu comme le Japon.
Enfin, quel que soit le vainqueur final de l'élection présidentielle (dont les pouvoirs sont de toute façon peu étendus), on peut parier que l'Iran acceptera de négocier réellement, tout simplement parce que c'est maintenant son intérêt et que sa position est à présent plus forte.
De dulconte
Mordu par un fachogarou | 06H17 | 15/06/2009 |
Si tu prends Israël comme voisin de l'Iran, c'est 5 voisins nucléarisés qu'a l'Iran : la Chine et la Russie ne sont pas bien loin.
Plus les USA en Irak.
Globalement y a que les français et les anglais qui viennent pas chauffer l'Iran dans les puissances nucléaires