
Le krach, une occasion de redorer la retraite par répartition
Depuis qu'a déferlé la vague libérale anglo-saxonne, dans les années 80, les systèmes de retraite par capitalisation ont eu le vent en poupe. Leurs avocats, en France et ailleurs, les posaient comme seule alternative possible à la retraite par répartition, condamnée du fait de l'évolution démographique.
Répartition : les cotisations des actifs d'aujourd'hui financent les pensions d'aujourd'hui
Une brève explication est nécessaire. Dans les systèmes par répartition, les actifs d'aujourd'hui financent les retraites des retraités d'aujourd'hui. Il faut donc maintenir égaux les montants des cotisations des premiers et des retraites des seconds.
Les cotisations dépendent évidemment du nombre d'actifs ayant un emploi, et du montant de leur salaire sur lequel est assis le prélèvement de la cotisation. Quant au montant des retraites, il dépend évidemment du nombre de retraités et du montant unitaire des retraites.
Or, plusieurs facteurs ont conduit au déséquilibre actuel entre les cotisations et les retraites. En premier lieu, la montée du chômage, depuis 1975, a réduit peu à peu sensiblement l'assiette des cotisations. Ensuite, la retraite à 60 ans pour tous, quel que soit son travail, décidée légitimement pour nombre de travailleurs en 1981, compte tenu de la pénibilité de leur vie de travail depuis 1945/50, mais maintenue sans modification depuis, a préparé le « gap » actuel entre cotisations et prestations.
Enfin -et c'est le principal facteur- le nombre de retraités augmentant sans cesse, du fait des nombreux départs en retraite des personnes nées en 1940-50 et de l'allongement de la durée de vie, a d'autant plus déséquilibré la balance que l'on ne se décidait pas à allonger la durée de cotisation.
Prendre le problème par le nombre d'années de cotisation
Ce qu'il faut fixer, en effet, sauf cas particuliers à traiter à part, ce n'est pas l'âge de départ en retraite, mais bien le nombre d'années de cotisation nécessaires pour partir avec la retraite à taux plein de 75% du dernier salaire.
En 1993, on a allongé ce nombre à quarante anuités pour le secteur privé. Il fallait alors aligner sur cette durée celle du secteur celle du secteur public. Cela fut fait, sauf pour les salariés de la SNCF, EDF, GDF, en 2003, et l'an dernier pour ces derniers. Non sans mal !
Car la présentation trop souvent faite aux salariés du secteur public était que chacun avait acquis un « droit » à la pleine retraite à 37,5 ans, quelles que soient la conjoncture économique et l'évolution démographique. Mais le passage général à quarante annuités est encore insuffisant. C'est plutôt 42/ 43 ans qui sera l'étiage. C'est pourquoi, d'ailleurs, donner la possibilité de travailler jusqu'à 65 ou 70 ans n'est pas choquant.
Capitalisation : chacun constitue sa propre retraite
Toutefois, une telle évolution se heurte évidemment à une résistance syndicale, car la base n'est guère enthousiaste pour travailler plus longtemps. Et c'est dans cette brèche que se sont engouffrés les tenants de la retraite par capitalisation. Leur doctrine :
« Laissons à chacun le soin de construire sa propre retraite, seul ou avec l'entreprise qui l'emploie, de travailler le temps qu'il souhaite pour la retraite qu'il souhaite. »
Mais la retraite par capitalisation exige évidemment le placement des sommes ainsi versées par chaque futur retraité, dans le ou les « fonds de pension » de son choix, ou dans celui géré par son entreprise. C'est ce qu'ont choisi de faire les Anglais et les Américains.
Les Anglais parce que le montant de la retraite « publique » par répartition a été volontairement fixé au même (bas) niveau pour tous. Les Américains parce que, hormis les fonctionnaires, ce sont les entreprises qui, dans les années 50/60, ont offert cette prestation, dans le cadre du « fordisme », à leurs salariés.
Un système gravement fragilisé
Deux systèmes par capitalisation sont possibles : à prestations définies, dans lequel la retraite est fixée d'avance et les cotisations correspondantes aussi ; ou à cotisations définies, dans lequel c'est la cotisation, payée par l'entreprise et le salarié, qui est fixée et le montant final de la retraite incertain. Incertain parce qu'il dépend de la gestion des fonds ainsi capitalisés !
Or les deux systèmes sont aujourd'hui gravement fragilisés, comme le montre l'exemple américain. Dans les plans à prestations définies, le risque est évidemment porté par l'entreprise ou l'institution qui gère le fonds. Elles ou ils sont de moins en moins nombreux à l'accepter. Ils ont perdu, aux Etats-Unis, 1900 milliards de dollars en quinze mois.
Quant aux plans à cotisations définies, leurs pertes vont les amener à réduire assez sensiblement, de 20% à 25%, les retraites qu'ils doivent verser dans les prochaines années. Sans être sûrs d'avoir récupéré suffisamment de fonds, pour verser des retraites décentes dans dix ou quinze ans aux nouveaux retraités. Bref, le système par capitalisation étale au grand jour sa faiblesse !
Un anthropologue expliquerait que la retraite est un des liens sociaux, un des échanges institués qui constitue une société. Une société n'est pas une juxtaposition d'individus, ce que matérialise la retraite par capitalisation. Elle est un réseau d'échanges et la retraite par répartition est un de ces échanges, entre actifs et inactifs, vieux et enfants d'une part, adultes actifs de l'autre.
C'est le seul système qui, pour peu qu'il soit géré, non pas avec habileté financière, mais avec courage politique, peut garantir absolument l'entretien décent des retraités.
Travailler plus longtemps, changer de travail en vieillissant, mais où travailler ?
Ce qui nous renvoie aux problèmes de la répartition. Peut-on demander à une personne de travailler 43 ans ? Non, dans la plupart des cas, si c'est dans le même travail ! Un tractoriste de la SNCF, un traminot, un professeur de collège, surtout en quartier difficile, ne peuvent pas travailler 43 ans dans le même poste.
Par contre, nos sociétés, capables d'envoyer des hommes dans l'espace, ou de travailler au nanomètre, ne sont-elles pas capables aussi d'imaginer des procédures pour que chaque femme, chaque homme, en se « trans-formant » plusieurs fois au cours de sa vie, puisse changer deux ou trois fois de métier, pratiquant, quand ils vieillissent, des métiers physiquement moins dur et moins stressants, mais impliquant plus réflexion et expérience.
Second problème, propre à la France et aux pays latins : comment peut-on imaginer d'allonger la durée de cotisation, alors que les entreprises cherchent tous les moyens pour se débarrasser des « seniors ». Notre taux d'activité des 55-64 ans est de 43,6% contre une moyenne de l'Europe des Quinze à 49,8%.
Travailler plus longtemps, peut-être, mais dans quelles entreprises ? Réponse : puisque l'objectif est d'assurer l'équilibre financier du système, supprimons toute cotisation retraite, des employeurs comme des employés, et aussi toutes cotisations chômage voire familiales, au-delà de 35 ou 37 annuités de travail.
On perdra des cotisations, mais on diminuera, d'un montant plus ample, les pensions à verser, car on incitera les employeurs à conserver ces salariés moins chers.
Sous ces hypothèses, qui paraissent quand même à portée d'intelligence humaine collective, travailler 43 annuités et sauver le seul système vraiment « social », le système de retraite par répartition, devient tout à fait possible. Ce qui n'empêchera pas chacun de se constituer, en plus, s'il le peut, une retraite par capitalisation, assimilable à de l'épargne ordinaire. Mais sur la base du seul volontariat et assuré d'une retraite déjà décente par la répartition !
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De Di
mère déchlorurée (papotable) | 15H14 | 16/11/2008 |
Et si l'argent pour les retraités d'aujourd'hui ne dépendait plus exclusivement du montant des cotisations des travailleurs d'aujourd'hui ? Il y a plein d'autres rentrées d'argent, pour l'Etat ! Et le loto ? Et les taxes sur le tabac ? Et les taxes sur l'essence ? etc. etc…. il va où, tout ce fric ? Au même endroit où était supposé passer l'argent pour la vignette automobile ?
De pablico
15H21 | 16/11/2008 |
il faut avoir deux sortes de retraites, une par répartition (la ceinture) et une par capitalisation (les bretelles)
et en bonne nation paysanne, il ne faut jamais mettre tous les œufs dans le même panier.
De Max971
techniceien | 15H46 | 16/11/2008 |
comme cela est dit dans le début de l'article le volume de l'assiette dépend aussi du montant des salaires.
On n'intègre jamais cette variable dans les solutions possibles a au moins un maintien du niveau des retraites
De Albufera
Observateur. | 17H35 | 16/11/2008 |
Au delà du choix retraite par répartition/retraite par capitalisation, la principale leçon du krack est que -quel que soit le système- on n » échappe pas à titre individuel à un marasme économique général : pour faire court, de la même façon que les fonds de pension peuvent perdre de l » argent avec une économie déprimée , les cotisations retraites du système par répartition peuvent ne plus rentrer suffisamment puisque -grosso modo- elles sont assises sur le travail avec un effet de ciseau en cas de déprime : la différence réside dans le fait de savoir qui paie l » addition selon les moyens choisis et surtout de savoir ce qui est socialement acceptable en matière de solidarité d » une génération à l » autre et quel sera le niveau des pensions pour qui. Il me semble que seule l » opacité du système permet des transferts de revenus acceptables car non conscients pour les acteurs (voir la réforme des régimes spéciaux en les montrant du doigt) parce que la nouveauté est l » interrogation qui pèse sur un système et ses contributeurs dont on ne cherchait pas trop à savoir comment il marchait puisqu » il marchait et qui paie pour qui (idem pour la sécurité sociale et le problème des hôpitaux) : ce n » est pas un hasard si les rapports sur les revenus de transferts sortent ici et là -celui publié à la documentation française conclut que les plus de 65 ans sont les bénéficiaire du système… - le danger étant que la génération des trentenaires-quarantenaires qui sont les dindons de la farce du système établi après 45 vont devoir passer deux fois à la caisse : pour leurs ascendants (avec la répartition) et pour eux mêmes (la démographie est ce qu » elle est, 1+1 faisant 2 qui est moins que 3 , le niveau de pension va inéluctablement baisser : il faudra bien compenser par un moyen ou un autre à moins de finir cloche). Pour forcer le trait, je doute qu » une génération qui a la conscience de contribuer fortement pour ses aînés supporte longtemps de s » appauvrir (plus exactement de ne pas s'enrichir comme ils se sont enrichis), bref de les voir se promener en camping-car, de faires des croisières au club machin pendant que leurs salaires se réduisent comme peau de chagrin. L » égoïsme étant la valeur la mieux partagée, je parie sur le succès des assurances privées -qui sont une illusion- chacun ne voulant payer que pour lui-même (il n » y a qu » à voir ce qui se fait en matière de mutuelles santés qui sabordent progressivement notre système de sécu dans l » indifférence la plus générale en permettant à certains d » avoir une bonne mutuelle, c » est à dire aux autres d » avoir une mauvaise couverture. C » est l » inégalité en terme de protection sociale qui est au bout de cette logique).