Crise économique : quelles sont les mesures à prendre ?

Chez un courtier à Tokyo (Toru Hanai/Reuters).


Au dela de l'accord utile du G4 de samedi soir sur le sauvetage coordonné des banques , et de l'annonce d'une réunion d'un G8 ou 20 sur la restructuration du système financier mondial, il n'est pas du tout certain que les principaux protagonistes parviennent à un accord de style Bretton Woods.

Il y a fort à parier que les anglo-saxons, notamment les anglais, soucieux de laisser le champs libre à la City pour reprendre son leadership mondial sur l'imagination financière, y défendront pieds à pieds leur chère « auto-régulation professionnelle », et leur foi de charbonnier -pas très honnête- en la capacité du marché financier de se rééquilibrer seul.

Faible possibilité d'une relance européenne

Mais au delà de la crise financière, nous devons faire face à ses conséquences sur la sphère réelle. La récession est là, même si l'on cherche à l'appeler autrement. L'idée d'une relance économique collective et unifiée en Europe est malheureusement combattue avant même d'avoir été concrètement proposée. Les divers Etats de l'Union veulent garder intacte leur autonomie budgétaire et fiscale, et la fiscalité proprement européenne est inexistante rendant impossible toute mesure décidée de Bruxelles.

Seule vient d'être reprise, par Gordon Brown, sans doute pour disqualifier par avance toute proposition plus ambitieuse, l'excellente idée lancée il y a un mois par Patrick Artus, d'un emprunt de la Banque européenne d'investissement, de 15 milliards d'euros, a précisé le Premier ministre britannique, qu'elle utiliserait ensuite pour financer les PME. Mais la mise en œuvre sera particulièrement délicate car chaque pays voudra évidemment tirer le plus grand pan de la couverture à soi !

Des projets concrets, du même type qu'Airbus, Gallileo, pourraient évidemment être lancés, par exemple dans le domaine des biotechnologies. Mais là encore, le délai d'élaboration consensuelle à vingt-sept sera long et incertain.

Les contraintes du Traité de Maastricht sont fondées

Au-delà de telles mesures, les réactions resteront donc nationales. Que peut faire la France, avec un Budget qui sera encore en déficit de 3% du PIB cette année, et une dette publique égale à 66% du PIB, dont les intérêts pèsent aussi lourd que l'Education nationale, hors des « clous » du Traité de Maastricht ?

Samedi soir, Nicolas Sarkozy a parlé d'assouplir des contraintes de ce traité en raison des circonstances exceptionnelles, mais Angela Merkel comme Jean Claude Junker ont de leur côté assuré qu'elles seraient respectées ! Ce sont eux qui ont raison, contre Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, qui quelques jours auparavant voulait jeter aux oubliettes ces mêmes contraintes. Le tenant du « non » au référendum européen de 2005 refaisait surface..

Comme si ces normes n'avaient pas un fondement solide, bien au-delà du fait d'avoir été décidées en 1992 par les quinze européens d'alors !
Comme si la récurrence, depuis trente ans, des déficits budgétaires français ne témoignait pas d'une irresponsabilité totale de tous nos gouvernants successifs, surtout depuis 2002 ! Comme si cette récurrence, et les intérêts croissants de la dette, ne paralysaient pas l'action publique !

Comme si on devait aggraver encore ce handicap français majeur au prétexte d'avoir l'air d'agir ! Comme si en référer aux déficits japonais et italiens pour justifier le notre n'était pas absurde ? Pourquoi ne pas prendre aussi les inflations chinoises ou indiennes comme norme de hausse des prix ?

La France doit élaborer un plan de relance sans aggraver son déficit budgétaire. Les réformes faites ou engagées -même si certaines étaient légitimes : pleine retraite à 40 voire 42 annuités de cotisation, tenant compte de la pénibilité, réforme des universités, réduction du nombre d'échelons administratifs…- seront de nul effet sur la croissance. Pour la relancer il faut élaborer des mesures économiques ambitieuses, de la manière la plus consensuelle possible en comité restreint, puis passage devant le Parlement.

Quelques idées pour une relance

La première mesure d'un tel plan, d'un point de vue purement économique et en faisant fi de savoir qui en a ou devait en profiter, c'est de revenir sur l'irresponsable plan TEPA de juillet 2007, et rendre au Budget les sommes correspondantes, en annulant sur les baisses d'impôt.

Ce qui permettrait, comme deuxième élément du plan , de baisser, à même hauteur, l'impôt sur la part des bénéfices des sociétés qui seraient investis en France et créateurs d'emplois en CDI.

Jean Peyrelevade a eu raison d'écrire que l'heure n'est pas à une relance par la demande de consommation, mais à une relance par l'offre, c'est-à-dire par la demande d'investissements productifs des entreprises. Ce gouvernement a prétendu aussi faire une politique de l'offre, mais une politique de l'offre par le biais des bénéficiaires personnes physiques des baisses d'impôt, censées ensuite investir leur argent dans les entreprises. Elles ne l'ont pas fait. En France elles ne le font pas.

Dès qu'a été décidée l'exclusion de l'assiette de l'impôt sur la fortune de 50 000€ , à condition qu'ils soient investis, les institutions ont monté des fonds, dont on sait fort bien qu'ils restent et resteront purement financiers. On ne peut espérer relancer l'investissement productif qu'en agissant directement au niveau des entreprises, peut-être à travers les pôles de compétitivité. Le gouvernement a décidé de diminuer la part des CODEVI et des LEP que les banques doivent remettre à la Caisse des dépôts. La mesure n'est pas mauvaise en soi, mais elle n'est pas à la hauteur.

Une autre idée serait que la Caisse des Dépôts lance un grand emprunt national, sur le modèle de celui lancé en 1946 pour cinquante ans, quand il s'agissait de reconstruire les infrastructures charbonnières électriques et gazières, mais qui serait destiné à un grand plan d'énergie renouvelables, et d'électrification maximale des transports, notamment automobiles, avec comme objectif de réduire au minimum l'usage des carburants fossiles.

La crise ne doit pas nous faire diverger du chemin du développement durable. L'exécution d'un tel plan entraînerait évidemment une suite de commandes importantes à l'industrie, dont on peut penser quand même, surtout si la mesure précédente est appliquée, que nombre d'entreprises françaises seraient aptes à en tirer partie. Le paiement de l'intérêt de cet emprunt aurait diverses sources, notamment, mais pas seulement, les livraisons du courant électrique produit à partir d'énergie renouvelables.

Le gouvernement a lancé, par ailleurs, un plan de relance du logement sous la forme du rachat de 30 000 logements non engagés. L'idée n'est pas à rejeter et devrait, au contraire, être amplifiée et développée vers le lancement de logements sociaux , ou destinées à la classe moyenne aujourd'hui tout aussi en difficulté pour se loger. C'est à cette amplification qu'il faudrait consacrer le supplément de collecte récent des Livret A et Bleu, les autres mesures précitées plus la part de l'emprunt de la BEI que la France recevrait, venant financer l'effort d'investissement des PME.

Faire machine arrière sur les inégalités

Reste un problème dont le gouvernement veut paraître tenir compte avec sa loi sur l'intéressement, le Président mettant, par ailleurs -spectaculairement, comme toujours- l'anathème sur les parachutes dorés.

Ce problème, c'est celui des inégalités de revenus, dont la croissance a été forte ces dernières années. Cette croissance, en France, a été moins nette, en tous cas moins sensible, entre les plus pauvres et les plus riches, qu'entre ces derniers et les classes moyennes, comme de nombreux sociologues, notamment Louis Chauvel, l'ont montré.

Cette augmentation des inégalités de revenus a entraîné, bien sûr, celle des patrimoines, notamment immobiliers -interface d'une difficulté croissante à se loger pour les dites classes moyennes- , mais aussi de l'inégalité des chances des enfants. Nous sommes en présence d'une re-féodalisation par l'argent.

Ceci fonderait largement le rétablissement des tranches supérieures de l'IRPP, dans le cadre de la redistribution des revenus. Mais ceci devrait aussi amener à réfléchir sérieusement avec le patronat, à une réduction de l'éventail des salaires dans les grandes entreprises, à l'occasion de la distribution primaire des revenus.

Pourquoi les dirigeants , qui jouissent en contrepartie d'une emprise plus grande du travail sur leur vie et du risque de management, d'un évident plaisir de diriger, ne seraient ils pas soumis, en termes d'intéressement et d'indemnités de licenciement ,aux mêmes règles que tous les salariés, avec une hiérarchie salariale redevenue raisonnable . L'argument juridique du mandataire social a bon dos ! Déjà les dix plus hauts salaires doivent être publiés. Ne peut-on pas songer à ce que les agences de notation sociale calculent les coefficients de Gini , qui mesurent scientifiquement le degré d'inégalité dans un groupe, des grandes entreprises et les publient, puis que des incitations fiscales supplémentaires soient accordées à celles qui le réduiraient, par blocage, voire réduction, des revenus globaux les plus élevés ? Les sommes en jeu, qui pourraient être éventuellement économisées par les entreprises, ne sont certes pas à la hauteur des besoins de financement de l'investissement, mais les inégalités jouent un rôle symbolique essentiel dans la société, et dans le sentiment que nous sommes tous dans le même bateau .

Ces idées ne sont que des esquisses à développer et enrichir. A tout le moins elles peuvent servir de base à un débat ! L'imagination économique qui s'est avérée si catastrophiquement fertile en matière financière, devait trouver dans ces direction un terrain d'exercice enfin favorable à l'intérêt général.

Mise à jour le 5/10/08 pour tenir compte des déclarations du G4.

6 commentaires sélectionnés

Portrait de Courageux anonyme

De stangrof

17H08 | 04/10/2008 | Permalien

Bonjour, pourquoi l'état , au lieu de rester l'esclave de maastricht et des instituts financiers privés, ne reprends t'il pas son droit le plus régalien, c'est a dire battre monnaie sans INTERETS ! !
La banque de France est la pour ça ( avant d'être mise sur la touche par pompidou et giscard, déja lui ). Cela permettrai de lancer des plans a long termes au lieu de gaver les sbires de la « city “ d'interets sans rien foutre de leurs dix doigts.

‘Lorsqu'un gouvernement est dépendant des banquiers pour l'argent, ce sont ces derniers, et non les dirigeants du gouvernement qui contrôlent la situation, puisque la main qui donne est au dessus de la main qui reçoit. […] L'argent n'a pas de patrie ; les financiers n'ont pas de patriotisme et n'ont pas de décence ; leur unique objectif est le gain.’ Napoléon Bonaparte (1769-1821), Empereur Français

A bientôt

Portrait de Claude-le-breton

De Claude-le-breton

| 19H16 | 05/10/2008 | Permalien

« Si les mesures à prendre pour éviter que ne survienne à nouveau, sous cinq ou dix ans, une telle tornade financière sont connues, » : puisque vous les connaissez, quelles sont-elles ces mesures s'il vous plait ?
Parce que, ci-dessus, vous citez des mesures pour soigner le malade (symptomatiques) sans être trop sûr qu'elles vont marcher (« Ces idées ne sont que des esquisses à développer et enrichir. A tout le moins elles peuvent servir de base à un débat ! »), vous ne nous dites pas comment faire pour qu'un tel « merdier » ne puisse pas se reproduire, quel est le vaccin ?

Portrait de Jaycib

De Jaycib

Désagrégé de l'Université | 17H56 | 04/10/2008 | Permalien

M. Matouk réfléchit, et c'est bien. Son article est intéressant.

Mais je m'interroge : pourquoi vouloir à tout prix donner la primeur absolue aux PME alors qu'elles exercent leur activité dans un marché très risqué et où elles pourraient se retrouver embarquées dans une course aux profits immédiats pour pouvoir parer au plus pressé (=combler l'endettement) ? Comme l'Allemagne, la France se doit d'avoir un tissu de PME fonctionnel et vivace, mais pour que ce tissu se diversifie, la base actuelle étant largement insuffisante, il faudrait d'abord que certains investissements à long terme soient faits par des entreprises ayant des reins plus solides, à savoir de grandes boîtes récemment dénationalisées (ou encore nationalisées), qui semblent pour l'heure davantage intéressées par les prises de participation étrangères et les cessions à des entités chargées des plus grosses opérations de maintenance et de développement sans en avoir les moyens.

S'agissant de prépaper un avenir davantage axé sur la production et la consommation d'énergies renouvelables, pourquoi ne pas reprendre certains dossiers qui dorment dans les tiroirs ou qu'on a promptement relégués sur une voie de garage ? Je pense notamment aux projets de ferroutage sur de longues distances, qui supposent des infrastructures ferroviaires électrifiées dont la France s'est fort injustement privée. Il s'agirait d'investissements à moyen et long terme terme (moyenne +/-10 ans) permettant de jeter les bases de transports de marchandises non polluants. Le projet de liaison Lyon-Turin faisait partie de ces projets.

Il y en a beaucoup d'autres, ayant trait notamment à l'aménagement d'infrastructures entre des régions encore marquées par de très fortes inégalités dans ce domaine (Bretagne, région Centre, Limousin, une bonne partie de Midi-Pyrénées). On pourrait également rénover les infrastructures qu'on a laissées en déshérence dans des régions sinistrées comme le Nord-Pas-de-Calais et la Lorraine.

Ce qui manque, pour l'instant, c'est la volonté politique de donner aux PME la possibilité de se développer sur la base d'infrstructures fiables et valables dans le long terme. Je doute que Sarkory et Cie aient cette volonté, car elle va à l'encontre de leur credo idéologique. Je doute que le poids de M. Guaino soit plus lourd que celui des libéraux dans ce débat.

Portrait de Libelluless

De Libelluless

20H16 | 04/10/2008 | Permalien

L'argent n'a pas de patrie, là est le problème.
- Moralisons les contribuables : s'ils s'expatrient, ils sont déchus de leur nationalité et ne peuvent revenir sur le territoire français que s'ils paient leur dû au regard des compatriotes Français qui acceptent de le faire, surtout en période de récession.
- Changeons les règles de la Bourse pour les rendre plus transparente et éviter que les boursicoteurs gagnent de l'argent en pariant à la baisse : obligeons un plafond maximum de gain en bourse pour éviter une inflation insoutenable pour l'emploi, les prix, l'investissement. A la limite cessons ce système débile au profit d'un système de participation rémunéré par une fraction du bénéfice (1/3 Salariés, 1/3 investisseurs, 1/3 investissement humain, technologique, etc.) avec une imposition identique au taux appliqué sur les charges sociales.
- Stoppons les délocalisations ayant pour seul motif le dumping social et le profit en imposant que les sociétés qui délocalisent dans les pays à bas coût participent à la mise en place d'infrastructure dans le pays d'accueil, crèches, écoles, respect de l'environnement, droits sociaux, etc. tout en restant imposées sur les bénéfices au profit de l'Etat français. Dans le cas où elles ne participeraient pas au développement économique du pays d'accueil, les produits exportés vers la France seront taxées à hauteur de ce que vaudraient les biens et services crées en France.
- Les taxes et impots doivent être destinées à financer uniquement les besoins élémentaires (sans être accaparées par des organismes autres que l'Etat, ex caisse noire de l'iumm) : éducation, infrastructures, transport, sécurité sociale, retraite, santé, sécurité, développement durables, etc. exit donc les niches fiscales remplacées par une réelle péréquation, transversalité et fongibilité des taxes et impôts.
- SIMPLIFICATION du calcul des impots : réhabilitation de l'impot sur le revenu avec plus de tranches si nécessaire, pas de niches fiscales, ni avantages fiscaux. Application des charges sociale sur la totalité du salaire perçu !
- Imposition des bénéfices sur les sociétés en fonction de leur impact bénéfique sur la société et l'environnement.
- Plafonner les indemnités de chomage pour éviter que par exemple des goldenboy puissent revenir en France toucher 7000 euros de chômage.
- Un système de retraite identique à tous citoyens quelque soit son rôle.
Que les banques jouent leur rôle : elles doivent prêter aux entreprises qui ont besoin d'investir et aux ménages qui doivent se loger et non spéculer.
- Une justice sans frontière tout aussi pénalisante contre les délits financiers et les pollutions criminelles de l'environnement.
- Une démocratie directe et participative des peuples.
- Liste non exhaustive…

Portrait de Mr_Quiconque

De Mr_Quiconque

20H29 | 04/10/2008 | Permalien

Ce système ne peut fonctionner sans une croissance infinie, croissance tirée artificiellement par le crédit. Pour que cela fonctionne sans fin il faut des crédits illimités et des ressources illimités.

Il y a un gros problème !

Il faut réduire la surface de voilure mais cela ne peut se faire si nous demandons toujours plus. Et puis la population augmente.
Donc déjà ça ne va pas être simple mais il y a un paquet de choses à remettre en question sur le plan politique et économique mais nous ne pouvons pas faire l'économie, chacun de nous, de nous interroger sur nos besoins, sur ce que nous voulons collectivement et individuellement.

C'est primordial et c'est même ce qui conditionne le reste.

Quand on veut toujours plus on en vient naturellement à des systèmes qui répondent à cette volonté.

Portrait de zorbek

De zorbek

08H59 | 05/10/2008 | Permalien

Vous ne croyez pas que s'il suffisait de battre monnaie pour rendre les gens plus riches cela se saurait ?

Le problème avec une telle monnaie, c'est que très rapidement elle ne vaudrait plus rien et engendrerait une inflation sans limite. Alors oui, on pourrait toujours crier victoire d'avoir fait passer le SMIC à 100 000 FF, pour autant qu'on oublie que le litre d'essence est passé à 1000 FF ou qu'un réfrigérateur coute 2 mois de salaire…pour la simple raison que la valeur du FF, pour toute transaction internationale, se joue sur le marché des changes, cad par définition hors du contrôle du gouvernement. C'était déjà vrai à l'époque de Bonaparte (dans votre citation il a l'air de s'en plaindre alors qu'il contrôlait militairement les 3/4 de l'Occident), et ca l'est d'avantage encore aujourd'hui…

L'argent n'a pas de patrie certes, mais l'autarcie coute très cher en terme de niveau de vie.

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