Sans-papiers : après deux ans de combat, Samira revient en France

Samira Bobouch, en 2008 (Laura Léon/RESF)

Tout l'arbitraire de la politique d'immigration du gouvernement pourrait être résumé dans l'histoire de Samira Bobouch et de sa soeur jumelle. Samira a été expulsée vers le Maroc en 2007. Saïda a continué à vivre à Velaux, Bouches-du-Rhône. Comme pour Najlae Lhimer, dont Rue89 vous racontait l'histoire en début de semaine et qui est revenue à Paris ce samedi, Samira a été autorisée à rentrer en France vendredi : entre temps, sa soeur a été régularisée. Deux ans et demi pour rien…

Le 19 novembre 2007, au cours d'un banal contrôle routier, Samira Bobouch est interpelée. Sans papiers, elle est conduite au centre de rétention administrative (CRA) du Canet, sur la jetée du port de Marseille. Elle y est enfermée pendant quatorze jours.

Bénévole auprès d'enfants handicapés

A l'époque, Samira a 23 ans. Elle vit avec son père, ouvrier agricole en invalidité, et sa sœur jumelle, à Velaux. L'histoire de Samira est racontée dans Cette France-là, un livre qui dresse un état des lieux implacable de la politique d'immigration choisie par Nicolas Sarkozy et mise en œuvre par ses ministres de l'Immigration et de l'Identité nationale.

Au moment de son interpellation, Samira travaillait bénévolement dans une association d'accompagnement des enfants autistes. Encouragée par la mère d'une adolescente autiste, elle-même diplômée pour la prise en charge de ces enfants, Samira envisage de se former et d'en faire son métier.

Le 19 novembre 2007, l'histoire de Samira s'arrête. Arrivées en France en 2000, les deux soeurs étaient venues rejoindre leur père. Les deux demandes de regroupement familial qu'il avait faites n'ont jamais abouti : ses filles sont en France mais sans-papiers.

Au Canet, Samira reçoit des visites de son père et de militants de RESF :

« J'arrêtais pas de pleurer, je comprenais rien du tout. Rien que de voir les gardiens ça me faisait peur. (…) C'était un cauchemar, on dirait que j'étais pas vivante. »

Le 4 décembre, Samira est embarquée sur un vol Air France à destination de Casablanca. On lui fait alors comprendre « qu'elle ne devrait pas résister » :

« La veille, la commandante du CRA du Canet osait un “Ne rate pas ta chance. Tu pourras revenir facilement, tu as des possibilités”. »

Samira résiste et refuse d'embarquer. Reconduite au CRA, on lui annonce qu'elle sera convoquée devant le juge des libertés et de la rétention dans les 48 heures. Mensonge.

Menottée sur son lit, dans un bateau, direction Tanger

Le 5 décembre, la police aux frontières (PAF) la conduit à Sète et la force à embarquer sur un bateau, direction Tanger. Des militants et son père font le trajet jusqu'à Sète pour essayer d'empêcher le départ du cargo. Peine perdue. Samira est menottée à son lit. Retour sept ans en arrière, seule, dans un pays qu'elle ne connaît pas, qu'elle ne connaît plus.

« Après avoir été hébergée par un membre de l'antenne marocaine de RESF, Samira a vécu pendant un mois dans une chambre d'hôtel que le propriétaire du lieu avait laissée gratuitement à sa disposition. Elle a vécu un moment avec d'autres jeunes filles qui avaient accepté de l'accueillir dans leur appartement d'un quartier populaire de Tanger.

Mais supportant difficilement de vivre de la charité, elle a finalement quitté Tanger pour rejoindre des proches de son père, avec une seule obsession : rentrer chez elle à Marseille. »

Depuis deux ans, les militants RESF des deux côtés de la Méditerranée se sont mobilisés pour permettre à Samira de revenir en France. C'est finalement en accompagnant sa soeur dans ses démarches de régularisation que les lignes vont commencer à bouger pour Samira. Ce que l'on accorde à l'une, pourquoi le refuserait-on à l'autre ?

Saïda régularisée, la première victoire

Début 2010, finalement, sa soeur obtient un titre de séjour. Une victoire à double détente qui va permettre au RESF et à la Ligue des Droits de l'Homme de relancer le dossier de Samira. Face à l'arbitraire de la situation des sœurs Bobouch, la Préfecture des Bouches-du-Rhône ne peut pas faire autrement que d'accepter de délivrer un titre de séjour à Samira. Comme cela a été fait, ailleurs en France, pour plusieurs jeunes majeur-es expulsées injustement. Et aujourd'hui autorisées à rentrer.

RESF a rappelé les cas de Salima ou de Najlae :

« Très récemment, une jeune fille clermontoise, Salima, a été expulsée loin de sa sœur jumelle dans des circonstances très proches de celles de Samira Bobouch. Suite à une forte mobilisation elle vient elle aussi d'obtenir un visa pour revenir, ainsi qu'un titre de séjour.

Ces victoires ne doivent pas faire oublier que l'on continue à expulser tous les jours des jeunes loin de leur famille, de leurs amis vers des pays qu'ils ne connaissent plus ».

Samira a été accueillie vendredi à l'aéroport de Marignane par son père, sa sœur ainsi que par tous ceux qui ont soutenu les Bobouch depuis deux ans et demi.

Photo : Samira Bobouch, en 2008 (Laura Léon/RESF)

3 commentaires sélectionnés

Portrait de thierry reboud

De thierry reboud

Planete.Cowblog.fr | 13H03 | 13/03/2010 | Permalien

Cet article illustre parfaitement ce qui, de mon point de vue, est insupportable dans la "politique" d'immigration de la France : passe encore qu'elle soit écoeurante, après tout c'est une appréciation subjective. Mais qu'elle soit à ce point stupide, inconséquente et coûteuse, là je trouve que ça commence vraiment à faire beaucoup !

Portrait de eelisa

De eelisa

Délinquante au coin de la rue | 14H14 | 13/03/2010 | Permalien

Une seule chose à dire Samira, bienvenue chez toi.

J'étais à Marignane quand ils ont voulu t'expulser une première fois, j'ai vu l'immense chagrin de ton père, qui a tant et tant travaillé pour la France et que l'on récompensait en refusant le regroupement familial.

Ce pays est le tien tout autant que le mien. Je te souhaite toute la réussite possible dans ta vie professionnelle et personnelle.
Et la jeune fille dont tu t'occupais avant que l'on t'arrache aux tiens doit être très heureuse.

Bon courage Samira, et bravo à tous ceux qui ont œuvré pour ton retour.

* et aux racistes de tout poil qui pullulent le w-e par ici, et qui sont abjects, allez voir l'interview de votre empereur sur le figaro, c'est plus votre place.

Portrait de brazz

De brazz

14H35 | 13/03/2010 | Permalien

Je vais vous raconter deux histoires.

Une jeune fille avait été emmenée comme "petite bonne" par des relations de sa famille qui lui faisait confiance. Cette jeune fille s'est retrouvée en fait en esclavage domestique. Elle a fini par s'enfuir un jour (elle venait d'être majeure malheureusement pour la suite). La famille exploiteuse a, classiquement et comme au pays, été porter plainte à la gendarmerie pour vol de bijoux et d'argent, avec une histoire bricolée. La ville de résidence étant une petite ville du sud de la France -je suis toujours tenu à la réserve- les gendarmes ont mis une demi journée à la retrouver. Elle a tout raconté, et s'est retrouvée le soir même en centre de rétention. Comme elle refusait d'embarquer, elle est passée tout naturellement devant un juge (qui n'avait pas le temps, etc...) et donc elle a été condamnée à un mois de prison ferme (refuser l'expulsion est un délit). Ce sont des gardiens de prison qui, scandalisés de voir une innocente enfermée dans ces quartiers, sont venus avertir une association qui a immédiatement averti son avocat qui à son tour a avisé le batonnier et le parquet. Un pourvoi avait été déposé et l'affaire devait être jugée avec un tout autre éclairage. L'association avait retrouvé des témoins de la séquestration prêts à témoigner (assez rare) et donc tout le monde attendait. Le jour de la sortie, c'est un véhicule de la PAF qui s'est présenté avant les militants, qui l'a ramenée au centre. Elle a été expulsée deux jours après. La dernière fois que je l'ai vue, j'étais justement au parloir avec elle quand on lui a annoncé qu'elle devait prendre ses affaires pour partir. Ce n'est pas tout, deux jours après -il était impossible de la joindre- nous l'avons eu au téléphone, elle avait fait de la prison à l'arrivée en fait suite à des accords bizarres de son pays avec la France, et la famille -pauvre- a du payer une amende. Comme elle n'était plus sur le territoire, son affaire a tourné court, les témoins n'ont plus voulu témoigner par peur des exploiteurs qu'ils considéraient soutenus par la police ! C'est ainsi que l'administration se fait parfois complice de criminels, en toute égalité car il y a des textes précis sur ces situations.

La deuxième histoire, tout aussi édifiante concerne une jeune femme -française, c'est important- qui avait été victime d'un mariage forcé pendant ses vacances au pays. Etroitement surveillée, elle a été obligée d'attendre plusieurs années...et deux enfants, avant de pouvoir s'enfuir aidée en cela par les services consulaires français (parfois on peut être fier de certaines administrations). Arrivée en France, elle a voulu bien sur récupérer ses enfants qui étaient maltraités par la famille. Elle a donc été obligée d'accepter avec terreur la venue de son mari (un humaniste qui par exemple l'avait fait avorter à coups de pieds...) A leur arrivée, tout était prêt et elle a pu fausser compagnie en emmenant ses enfants dans un foyer d'association de femmes. Le divorce a été prononcé en France, ce jour là les amis du mari ont voulu l'enlever à la sortie du tribunal, ce n'est que grace à un petit groupe de militant qu'elle a pu s'échapper en voiture. Nous avons écrit à la préfecture une longue lettre circonstanciée (avec témoignages du consulat de France etc), cette llettre je l'ai signée ainsi que la responsable d'un très célèbre association de défense des droits de l'homme! La teneur de la lettre était -c'est la seule fois de ma vie que j'ai écrit dans ce sens, et je n'en suis même pas fier- une demande d'expulsion du monsieur qui entre temps avait dépassé sa durée de séjour. Et bien, il nous a été répondu que comme on ne pouvait séparer un père de ses enfants (quel père !), il serait autoriser à résider en France. Son ex femme et ses enfants ont du apprendre à vivre cachés et à brouiller les pistes lors des visites obligatoires...

On voit là, à la fois la logique (?) et l'absurdité d'un système qui n'est mis en place en fin de compte que pour broyer les gens. Si on réfléchi bien, il y a quand même une cohérence derrière tout ça: essayer de faire peur à tout prix.
Heureusement qu'il y a eu à côté de ça beaucoup de victoires, mais à quel prix pour quelque chose qui devrait aller de soi !

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