10/03/2010 à 18h49

Changer notre mode de vie ? Retour sur l'échec de Copenhague

La pensée de midi"
Thierry Fabre | La Pensée de midi

La revue La Pensée de midi, basée à Marseille, partenaire de Rue89, publie un numéro intitulé « De l’humain, nature et artifices » (avec une couverture signée Enki Bilal...), autour des avancées des recherches scientifiques pour transformer l’être humain. Nous publions l’éditorial de Thierry Fabre, le directeur de la revue, qui organise un colloque à ce sujet le 30 mars à l’Institut d’études politiques d’Aix.


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La Terre a rendez-vous avec elle-même, et ce grand rendez-vous a été raté ! Le sommet de Copenhague sur le climat en décembre 2009, qui n’a jamais mobilisé autant d’acteurs de la société civile et de chefs d’Etat, a été un échec. L’accord est vague et pas vraiment contraignant, la solidarité avec les plus pauvres et les plus menacés par le réchauffement climatique reste approximative.

Là où il fallait de la précision, de la détermination, rien ou pas grand-chose n’est advenu, si ce n’est un élan et peut-être, pour la première fois, une prise de conscience mondiale que le statu quo n’est plus possible.

Mais nous sommes encore bien loin de la rapidité et de l’efficacité qui ont été manifestées par les puissances occidentales et les grandes organisations financières internationales pour sauver les banques ! L’urgence, il est vrai, se mesure à la coalition des intérêts...

Il conviendrait de ne pas oublier le bon vieux principe de Spinoza :

« Le pouvoir d’être affecté se présente comme puissance d’agir. »

Face au poids de l’immobilisme et à l’immense résistance de l’égoïsme, qui faisait jadis déclarer au président des Etats-Unis George W. Bush : « Le mode de vie américain n’est pas négociable », quelque chose a changé.

Repenser la fragilité du monde

Cela reste certes encore imperceptible, sans traduction immédiate dans le réel, mais le changement qui s’annonce est profond. Il s’inscrit dans les gestes du quotidien et dans notre façon de repenser la fragilité de la Terre. Il est dans notre relation à la nature, rompue par l’industrialisation du monde, et dans l’instauration d’un nouveau pacte naturel, jadis perçu comme superflu, voire réactionnaire, face aux impératifs du progrès !

Le temps est venu de préserver et plus seulement de dévaster sans nous préoccuper des conséquences irréparables provoquées par notre mode de vie.

Nous Européens, qui sommes à l’origine de l’industrialisation du monde et de l’avènement du capitalisme -un maximum d’argent en un minimum de temps-, nous avons une responsabilité particulière dans toute cette histoire.

Nous Européens, qui sommes en panne d’un grand dessein, voici un nouveau cap qui se dessine, à l’échelle humaine...

Nous sommes, il est vrai, tellement prisonniers de notre mémoire et affligés par la tristesse de nos crimes du XXe siècle, comme l’a si bien diagnostiqué Camille de Toledo dans un brillant essai -« Le Hêtre et le Bouleau », essai sur la tristesse européenne-, que nous ne savons plus nous projeter dans l’avenir et être porteurs d’une nouvelle vision du monde.

Vingt ans après la chute du mur de Berlin, célébrée à grande trompe médiatique comme la fin d’une époque, il est grand temps de sortir de nos obsessions du passé et d’autoriser un avenir. Il nous reste une « marge humaine » et un sens de la responsabilité dans l’Histoire, face à tous les renoncements et à tous les nihilismes, face aux obsessions identitaires et aux peurs catastrophistes, la dernière en date étant en France la grippe H1N1...

L’immobilisme européen n’est plus de mise. Rien ne le justifie, sinon de consentir à l’inéluctable vieillissement du continent et à sa sortie du temps du monde.

Nous Européens devons dès maintenant être à la pointe du combat contre le réchauffement climatique et la dévastation de la Terre. Pour cela, nous devons commencer par montrer l’exemple et changer en profondeur notre mode de vie, notre style de vie.

A chaque région son rapport à la nature

Chaque région du monde va devoir inventer son avenir à partir de sa propre démarche, suivre un chemin singulier et hiérarchiser autrement ses priorités à partir de ses valeurs, de son héritage culturel, de son rapport au temps, au monde et à la nature. La Chine, l’Inde, l’Amérique latine ou l’Afrique ont à trouver un nouvel équilibre et à dessiner d’autres limites dans leur relation à la Terre.

L’Europe, pour sa part, enfin redevenue fidèle à son héritage méditerranéen, doit retrouver le sens des limites, comme nous y invitait avec ardeur Camus dans nombre de ses combats et dans son inlassable recherche de la mesure face à la démesure.

L’Europe doit prendre un autre cap et s’inscrire dans un horizon méditerranéen, à partir d’une forme de retour aux sources projetée en avant pour dessiner un autre XXIe siècle et inventer un nouveau style de vie.

La vision de Camus, fondée sur la recherche des limites, la quête de la mesure et le refus du nihilisme, en un mot la pensée de midi, est un héritage pour demain.

Il nous appartient de définir une véritable alternative méditerranéenne à l’« american way of life », au mode de vie productiviste et consumériste qui dévaste la Terre. Le rendez-vous manqué de Copenhague est une invitation à changer en profondeur notre mode de vie. Nous nous attacherons, ici [dans le numéro de la Pensée de midi, ndlr] comme ailleurs, à en dessiner les lignes de sens...

Publié initialement sur
La pensée de midi
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  • 17 réactions
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  • zénon denon 84
    • Posté à 19h31 le 10/03/2010
    • Internaute 30028
      Bonne

    Beau constat .
    Belle invite ,sans doute ,à la mobilisation
    générale des initiatives . Cela devient urgent maintenant. !

    Même si comme il est dit ,
    Camus, voici plus de 50 ans ,déjà
    sentait (voyait) la situation poindre .

    Quel superbe défi pour la jeunesse
    aidée par les anciens __________

  • karlM
    karlM
    Précaire
    • Posté à 21h42 le 10/03/2010
    • Internaute 21378
      Précaire

    humanisme écologique, faudrait un nom ! décroissance, ce n’est pas bo !

  • Prolo du livre
    • Posté à 00h45 le 11/03/2010
    • Internaute 12784

    Un échec ? !

    On a gagné 3-1 à l’aller et idem au match retour contre Copenhague ! ! !
    Ces marseillais...

  • 14240
    14240
    retraité
    • Posté à 08h43 le 11/03/2010
    • Internaute 95774
      retraité

    Bon commentaire (j’approuve)...sur notre avenir !
    Mais il y a in OS...de taille..le changement ?
    L’Europe n’y peut...mais surtout n’en veut pas ! ...car il n’y a pas d’Europe ? ...c’est un mot qui coute des milliards aux européens, mais qui n’a (hélas) aucune réalité politique !
    Il y a l’EURO...qui rapporte ! ..il n’y a que ça..rien d’autre...le reste ne sont que des discours creux..vides !

  • alberich
    alberich
    fumiste
    • Posté à 09h05 le 11/03/2010
    • Internaute 84604
      fumiste

    « L’Europe, pour sa part, enfin redevenue fidèle à son héritage méditerranéen »

    Euh ... votre vison de l’Europe semble bien étrange...

  • franc parleur
    franc parleur
    anarchieevangelique.wordpress. (...)
    • Posté à 09h29 le 11/03/2010
    • Internaute 75335
      anarchieevangelique.wordpress. (...)
  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 09h54 le 11/03/2010
    • Internaute 82025
      non connue

    Si je trouve ce texte très beau, je dois dire que je le vois aussi comme une incantation de plus, sans stratégie et sans projet précis à mettre en pratique.
    Ce n’est pas un reproche, mais c’est peut-être l’occasion de réfléchir à des solutions pragmatiques.

    Nous avons deux gros problèmes, qui s’opposent à une gestion plus sage des ressources naturelles :

    Le premier concerne notre mode de production, qui favorise la croissance en volume (on fabrique plein de camelote qui ne dure pas longtemps, et on recommence encore et encore), et non en valeur seulement. C’est un thème qui me tient à cœur, et que j’ai développé ici :
    Lien

    Le second concerne notre modèle économique et monétaire, qui s’appuie sur un système bancaire pratiquant l’usure (autorisée depuis seulement quelques siècles, ce qui prouve que ce n’est pas une fatalité), qui demande pour perdurer une croissance annuelle constante, et donc une croissance globale exponentielle.
    Il est utopique de penser en finir, brutalement, avec les banques, ou du moins l’aspect usurier de cette activité. Mais il est possible de développer des pistes qui rendent les banques, progressivement, de moins en moins indispensables. En voici une :
    Lien

    Voila, désolé pour les liens vers mon blog, mais je crois plus aux propositions qu’aux simples constats ; à chacun d’apporter sa contribution.

  • Tassin
    Tassin
    Inquiet
    • Posté à 10h49 le 11/03/2010
    • Internaute 70606
      Inquiet

    Je résume en un mot votre article : Décroissance.

    Lienécroissance_shortfilms|Lien]envoyé par Lien. - Lien

    Lien

  • boboland
    boboland
    ex-o'placard
    • Posté à 14h27 le 11/03/2010
    • Internaute 104841
      ex-o'placard

    Les Etats et les populations occidentales ont des références en matiére de civilisation, d’éthique héritées du siecle des Lumieres et d’une vision judéo-chrétienne. Ce bagage culturel, social etc est il forcement universel ?
    Le « droit d’ingérence » à l’occidental nous autorise t il à porter des jugements radicaux (et péjoratifs) sur les autres civilisations (islam, Inde, Chine) éventuellement les armes à la main ? La nostalgie du bon temps de la colonisation civilisatrice en Afrique et en Asie du sud (la canonniére) ?
    Il était de bon ton dans les années 60 de se foutre de la gueule des ploucs-touristes occidentaux qui ne respectaient pas les moeurs des pays éxotiques , et se comportaient comme en « pays conquis ».
    Les bobos (terme générique) bien proprets, bien verts, bien écoresponsables, bien riches, trop gras,trés Korrects s’autorisent maintenant à juger du haut de leur précieux confort des pays, des régions qui ont -pour mémoire- des civilisations largement aussi brillantes et anciennes que notre european way of life et qui en 2010 ne veulent pas mourrir, demandent qu’on les respecte, et se préoccuppent de faire sortir leurs populations de la pauvreté.
    Le PBI par habitant des pays émergents est le 1/5 de nos pays occidentaux ; environ 70 euros par mois....
    Un peu de pudeur.
    Laissez les survivre avant de les montrer d’un doigt méprisant.

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 17h24 le 11/03/2010
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    l’avènement du capitalisme -un maximum d’argent en un minimum de temps
    Nan, c’est pas ça la définition du capitalisme, ce n’est que ce que certains en ont fait.

    une véritable alternative méditerranéenne à l’« american way of life », au mode de vie productiviste et consumériste qui dévaste la Terre.
    Genre...
    L’impérialisme dominateur, asservissant régnant par la violence et la terreur, asseyant sa puissance sur l’exploitation des pauvres pour le profits des riches, ce n’est pas américain.
    C’est méditerranéen ! Ça l’est tellement que le mot même de Méditerranée vient de la langue du peuple qui a pratiqué cette façon de faire à l’échelle de leur monde : les Romains.

    Et faudrait m’expliquer le rapport entre le texte, énième diatribe qui nous parle d’écologisme, de productivisme et tout ça, et un livre qui apparemment parle « des avancées des recherches scientifiques pour transformer l’être humain ».
    Ça ressemble surtout à une sacrée digression, limite un hors sujet.

  • miniTAX
    miniTAX
    chasseur de pigeon
    • Posté à 17h32 le 11/03/2010
    • Internaute 85156
      chasseur de pigeon

    « La Terre a rendez-vous avec elle-même »
    ––––––––––––––––
    L’argument pourri du petit humain qui prétend parler pour la Terre !
    La Terre, elle, a survécu aux météorites tueuses, aux éruptions cataclysmiques, aux dinosaures (parce que question conscience écologique, ces grosses bêtes proliférantes sont carrément des bouses), à 10°C de plus, 10°C de moins, à 20x plus de CO2, aux âges glaciaires, aux multiples inversions du pôle magnétique, à la dérive des continents, à 2 guerres mondiales et même au communisme, vous croyez qu’elle a besoin d’usurpateurs pour parler à sa place ?
    Non mais quelle fatuité, quelle vanité du petit humain.

    • sobriquet
      sobriquet répond à miniTAX
      Courageux anonyme
      • Posté à 22h31 le 11/03/2010
      • Internaute 26884
        Courageux anonyme

      « L’Humanité a rendez-vous avec elle-même » est peut-être plus juste ? On parle souvent de la Terre pour désigner l’humanité, par métonymie.

      Ou bien « L’Occident a rendez-vous avec lui même » ? On parle souvent de l’Humanité pour désigner, par métonymie toujours, l’Occident.

  • Boutauvent
    Boutauvent
    Testeur de temps libre
    • Posté à 19h47 le 11/03/2010
    • Internaute 45018
      Testeur de temps libre

    Je crois que la réflexion sur nos comportements productivistes et consuméristes serait plus audible (crédible est un autre débat) si on n’y mêlait pas le réchauffement climatique (qui est, lui-aussi, un autre débat)...
    Il est déjà suffisamment difficile de convenir que notre aisance relative est (presque) proportionnelle à la misère qu’elle génère, que l’on n’en prend conscience que depuis que notre beau modèle de développement économique et social a accouché d’un 1/4 monde devant notre porte, alors qu’il était tellement confortable de pouvoir faire l’autruche à propos de ces contrées lointaines pillées, spoliées pour nous offrir des matières premières à bon marché.

    • fantome de la nuit
      fantome de la nuit répond à Boutauvent
      insomniaque
      • Posté à 23h19 le 11/03/2010
      • Internaute 50069
        insomniaque

      Beau commentaire, mais du coup, je comprends mal votre attachement aux Verts...

      • Boutauvent
        Boutauvent répond à fantome de la nuit
        Testeur de temps libre
        • Posté à 09h19 le 12/03/2010
        • Internaute 45018
          Testeur de temps libre

        Tout simplement parce que, jusqu’à preuve du contraire, ils sont ceux qui proposent la réflexion la plus poussée sur ces problématiques de la gestion des ressources et de leur partage, de la pollution, de la déforestation, etc. ; tandis que les autres traduisent « qualité de vie » par emploi et pouvoir d’achat !

         
        • DDutopiste
          DDutopiste répond à Boutauvent
          Plus d'air moins de gris
          • Posté à 10h11 le 12/03/2010
          • Internaute 86731
            Plus d'air moins de gris

          Malheureusement je ne suis qu’a moyen d’accord.. le Verts ne proposent pas de changements fondamentaux/globaux.. et c’est bien la le problème. Demandez a Cohn Bendit / Duflot ce qu’ils pensent de la décroissance... ils ne veulent que de la croissance, ne la remette pas en cause.. donc sur le fond il y a un souci de taille.. sinon pour bcp de points vous avez tt a fait raison qu’il sont les seuls a proposer quelque chose d’intéressant.. mais peu être juste déjà trop « dilué »..
          Malheureusement aussi.. il n’existe que deux régions avec des listes « décroissante »..

        1 autres commentaires
  • jma14
    • Posté à 11h26 le 13/03/2010
    • Internaute 31729

    « Nous sommes, il est vrai, tellement prisonniers de notre mémoire et affligés par la tristesse de nos crimes du XXe siècle, » Une des particularité de ce siècle, aura été dans l’oubli d’une des grande leçon de Socrate : le savoir est rien sans l’application.
    Nous savons tout sur tout, mais incapable au quotidien de l’utiliser parce que nous n’avons aucun sens du groupe et une vision du temps très réduite.

    « La Chine, l’Inde, l’Amérique latine ou l’Afrique ont à trouver un nouvel équilibre et à dessiner d’autres limites dans leur relation à la Terre. » Leur philosphie dans leur rapport à la nature n’a jamais été abandonnée ! Le mode être est bien plus puissant sur le long terme que le mode avoir.

    Je suis plus convaincu de la capacité à angoiser des occidentaux que de la capacité à revenir à des valeurs plus humaines. On le voit dans la violence des mots des gens qui rejètent le GIEC sans grande réflexion !