Une "Lettre à la prison" toujours d'actualité trente-neuf ans après

Marc Scialom (DR)

Tahar est un jeune Tunisien envoyé par sa famille pour aller soutenir son frère, emprisonné à Paris pour meurtre. Mais quand il débarque à Marseille, Tahar ne prend pas le train. Il erre dans la ville frontière où se mêlent deux mondes, celui qu’il vient de quitter et celui qui a transformé son frère. Tel est le synopsis de Lettre à la prison , film réalisé par Marc Scialom. Un sujet qui aurait très bien pu être filmé en caméra numérique voici quelques semaines tant cette situation semble contemporaine.

Mais Lettre à la prison n’est pas un reportage pour Arte. C’est un film tourné en 16 mm en... 1969 et qui, rejeté par le système, n’a jamais été montré au public. Un film dont les bobines ont dormi durant trente-neuf ans sur les étagères de la maison familiale de son réalisateur et qui n’a revu le jour que par l’obstination de sa fille.

Un film qui a séduit l’équipe de l'association Film flamme, qui a travaillé trois ans pour le restaurer et le gonfler » en 35mm. Enfin, un film que les organisateurs du Festival international du documentaire de Marseille, qui démarre le 2 juillet prochain, ont choisi de projeter en première mondiale ...

Un film refusé par tout le monde

Marc Scialom a aujourd’hui 73 ans. Il en avait 18 quand il a quitté la Tunisie. Je suis arrivé à Marseille, puis rapidement, je suis monté à Paris. Là-haut, j’étais en lien avec des gens du Parti. Emigré, juif, intellectuel, communiste, Marc Scialom regarde passer les années Flower power avec la rage. Lui entend encore les bombardements français sur les villages tunisiens. Il en fera d’ailleurs l’objet d’un de ses premiers films, Parole perdue » . Il se souvient :

On a fait ça dans mon appartement, entre copains. On s’est inspiré du 'Mystère Picasso', que Clouzot avait filmé en train de peindre sur une toile transparente en 1956.

Dans ce court-métrage de 7 minutes, qui alterne dessin peint, image tournée et coupure de presse avec une bande-son décalée, on sent déjà toute la rage qui habitait le réalisateur. La rage de la marge, celle où se retrouvent les artistes à qui l’on dit toujours non. Ses premiers films ne seront pas distribués. Le scénario de Lettre à la prison sera également rejeté par les producteurs indépendants et par la Commission nationale d’aide au cinéma.

Peut-être parce que mon film s’appelait initialement 'Le Chien', dit le vieil homme. Alors, en 69, j’ai fini par tourner le film sur mes propres deniers. Ce n’était pas vraiment le film d’ailleurs, plutôt un travail préparatoire pour tenter de convaincre à nouveaux les financeurs. »

De retour à Paris, Marc Scialom attendra un an pour développer ses bobines, faute d’argent. Quand il aura enfin fini le montage du film, en 1970, il le montre à trois copains : Jean Rouch, Chris Marker et René Vautier. A l’époque, ils n’étaient pas devenus les totems de la cinéphilie française, mais avaient quand même quelques relations dans le secteur qui auraient pu faciliter la suite du travail de Scialom : Rouch et Vautier ont aimé, Marker n’a rien dit. Ça s’est arrêté là.

Faute d’argent et de soutien, Marc Scialom range les bobines dans les boites et abandonne complètement le cinéma. J’avais plus rien à bouffer, il fallait que je travaille. Le cinéma s’était refusé à moi, je ne voulais plus insister . Il deviendra maître de conférence en italien. Après quelques années à soigner sa blessure, il retournera au cinéma, comme simple spectateur.

70000 euros de restauration

Retraité, il déménage en 2005 pour s’installer à Avignon. Dans le fatras des cartons, sa fille Chloé découvre les bobines de cette copie de travail, la seule trace qu’il reste. Le film, dont le montage a été fait à la colle, est en piteux état. Mais elle insiste pour garder les bobines et les ramène au Polygone Etoilé, une salle de cinéma alternatif de Marseille, dont elle fait partie du collectif d’auteurs. Jean-Français Neplaz, son fondateur, explique :

Quand nous avons découvert ces images sur le ban de montage, nous avons tout de suite été intéressés par ce travail. D’abord parce qu’il existe très peu de films réalisés par des émigrés sur Marseille. Ensuite parce que le sujet est traité avec une incroyable modernité car il évite de plomber son propos d’un discours politique formaté et il joue constamment sur la limite entre le documentaire et la fiction. »

Pas assez petit bourgeois pour plaire aux institutions, pas assez politique pour plaire au Parti, Lettre à la prison se raccroche plus à la poésie, au surréalisme, avec l’utilisation de superposition de plans, par exemple. En 1969, c’était très avant-gardiste. Peut-être trop. (Voir la vidéo.)


Film Flamme réussira à convaincre les institutions (Conseil général des Bouches-du-Rhône et Conseil régional PACA) de financer les 70000 euros que coûte la restauration du film. Une restauration qui sera réalisée par les laboratoires de la cinémathèque de Bologne.

Toute cette histoire m’a donné envie de reprendre la caméra, conclut Marc Scialom. Alors, j’ai fait comme les jeunes, j’ai acheté une caméra numérique, j’ai écrit un synopsis à la limite entre le documentaire et la fiction qui parle des communautés juives et musulmanes à Marseille… et personne n’a accepté de financer mon projet. Comme il y a quarante ans, on me répond que ce n’est pas du cinéma. Alors, comme il y a quarante ans, j’ai commencé à le faire sans aide, seul. »

Lettre à la prison de Marc Scialom. Séance spéciale le jeudi 3 juillet à 18h00 au théâtre de la Criée, en présence du réalisateur. Séance le 4 juillet à 14h15 au cinéma Les Variétés, www.polygone-etoile.com


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FabiendeMénilmontant | journaleux - blogueur
18H51 29/06/2008

Le Rendez-vous des Quais, de Carpita, avait attendu 35 ans pour sortir :
http://pagesperso-orange.fr/paul.carpita/rdq.htm
Existe-t-il une malédiction marseillaise ?

 
Brassoad
19H25 29/06/2008

Y’a un problème dans le titre mes amis.

 
zedzed | interimerde/precaire
13H55 01/07/2008

aller!!
bon courage a marc scialom pour son retour dans le monde du cinoche !!