
Regard psycho-sociologique sur le conseil municipal marseillais
Evidemment, le Conseil Municipal qui a siégé lundi 30 juin et s’est prolongé durant six heures et demie, revêtait une importance particulière. Depuis le 28 avril, il ne s’était pas réuni pour cause de cataclysme politique à la communauté urbaine Marseille-Provence-Métropole.
Aussi 356 rapports avaient été enrôlés : un record. Comme l’a relaté la presse locale, de nombreux dossiers (lancement de la procédure de révision du POS/PLU, hôtel des Catalans, couverture du stade vélodrome, massif de la Nerthe, ferry-boat, police municipale, fermeture d’écoles, politique de l’habitat, compte administratif…) ont permis aux ténors du Conseil de s’exprimer, voire de s’affronter.
Ce qui m’a intéressé, comme j’avais déjà pu le relever lors des précédentes réunions du conseil municipal, c’est ce que l’on peut appeler la psycho-sociologie du conseil. Le conseil n’est pas un lieu de discussion. C’est avant tout un lieu d’expression politique, un lieu de jeu de rôles, un lieu plus ou moins théâtral. C’est un lieu de joutes, une sorte de seggestum (tribune, ndlr), où les personnages politiques reconnus, mais aussi les plus jeunes qui veulent se faire remarquer, doivent s’exprimer, élever le verbe, forcer la caricature, essayer de trouver le bon mot. Bien sûr, tout le monde n’est pas Cicéron, et l’éloquence locale reste souvent modeste, loin des brillantes Pro Gaudine ou autres Guérinaires de quelques ténors. Mais la violence du verbe est réelle et les effets de manche sont nombreux.
On a aussi l’impression d’être en famille. L’algarade, la chicane permanente entre Jean-Claude Gaudin et Patrick Mennuci, rendent finalement assez touchant ce duo fort en couleurs. Derrière un respect mutuel, on peut aussi y déceler une estime, voire une complicité, au moins dans la mise en scène. Car, au delà les enjeux politiques, qui sont réels, c’est bien aussi de théâtre, d’un jeu savamment formaté, dont il s’agit. Et les autres principaux ténors ne sont pas de reste… certains avec plus de talent, d’autres avec plus d’autorité, plus d’humour ou plus de conviction. Les élus aiment le verbe et la surenchère.
En séance, chez ces gens-là, Monsieur, on ne se mélange pas
Au conseil municipal, la gauche et la droite sont séparées par une ligne d’un siège vide à chaque rangée, coupant l’hémicycle en deux : une sorte de cordon sanitaire. En dehors de la séance, les relations cordiales, sinon amicales, sont de règle entre les membres des deux camps, qui se connaissent depuis longtemps, se tutoient, voire se donnent l’accolade. Mais en séance, l’attitude personnelle s’efface devant l’intérêt clanique. A chaque prise de parole, répond, en écho, l’applaudissement de la moitié de l’hémicycle. Comme dit la chanson, en séance, chez ces gens-là, Monsieur, on ne se mélange pas.
Moi, je siège dans la partie centrale. C’est amusant quand on connaît mes convictions, mais c’est ainsi. Siéger au centre présente d’infinis avantages : disposer du siège sanitaire vide pour étaler ses dossiers, sortir par la porte latérale de son choix si on veut éviter quelqu’un, avoir le Maire juste en face, et surtout, disposer d’un domaine d’observation de 180 degrés. Certains intervenants se manifestent avec le secret espoir de voir leur nom, à défaut de leur intervention, immortalisé le lendemain dans l’un des quotidiens locaux.
Je m’amuse également à voir d’autres tenter de rivaliser avec les grands. C’est le cas d’un maire d’arrondissemement de droite, futur sénateur dit-on, qui siège à trois fauteuils du mien et qui, tel un gamin, ne cesse de ricaner, faire des réflexions aussi lourdes que sonores dès qu’un membre de l’opposition s’exprime. Sans doute, la possibilité de côtoyer de telles personnalités, dont le comportement est si éloigné de celui de mon milieu d’origine, est-elle pour moi un enrichissement et une grande source de réflexion sur la faune politique.
Le conseil municipal ne sert à rien
Mais ce qui est le plus frappant, c’est que le conseil municipal ne sert finalement à rien. On pourrait penser que le rapport inédit des forces (51 sièges pour la droite, 49 pour la gauche) aurait amené un rôle nouveau, intéressant, innovant du conseil municipal, un lieu d’expériences. Il n’en n’est rien. Le conseil fonctionne comme si le rapport était 90 pour 10. A l’exception d’un ou deux cas, tous les rapports sont votés, aucune remarque, aucun vote contraire de conseils d’arrondissement, aucune proposition d’amélioration, ne sont pris en compte.
Notre conseil municipal n’est, en fin de compte, qu’une chambre d’enregistrement dotée d’une caisse de résonance. Si on faisait fonctionner comme ça les conseils de laboratoires, les conseils des pôles de compétitivité ou les conseils d’entreprises innovantes, on irait sans doute droit dans le mur, car la valeur ajoutée d’une réunion de conseil municipal est très faible. Conseil ? le terme est d’ailleurs inapproprié : le conseil municipal n’est pas un conseil (qui conseille-t-il en fait ? ), c’est une assemblée délibérante décisionnelle où la conviction, l’initiative personnelle, l’indépendance d’esprit, n’ont pas leur place. Il n’y a, en fait, aucun véritable débat.
Le timing de la représentation théâtrale
Tout est prévisible : le contenu des rapports, les prises de parole, les votes. Tout est d’ailleurs tellement prévisible que même la durée des débats, avec le détail du temps de parole de chaque clan est prévu d’avance. Il n’est pas vraiment respecté, car il ne correspond à aucune réalité. Au bout de deux heures de débats, lundi, par exemple, le temps alloué à la majorité (1h30) n’avait pas été décompté d’une seconde !
Pourtant, les élus de la majorité s’étaient largement exprimés politiquement, mais en tant que rapporteurs, Maire ou premier adjoint : temps non décompté. Au bout de quatre heures, l’opposition avait, en théorie, dépassé son temps de parole. Visiblement, le “timing” de la représentation théâtrale, ce jour là, n’était pas adapté. Certains s’étonneront de me voir aussi critique, ou ironique, mais je suis profondément convaincu qu’on ne rend pas un bon service au système actuel en reproduisant des fonctionnements hérités de décennies.
La nouvelle donne politique, le nouveau rapport de forces au sein du conseil municipal, et surtout la situation de la ville, pousseraient plutôt à une grande innovation dans la gouvernance municipale, à une nécessaire modernisation. Je n’exclus pas d’en voir quelques signes dans les mois à venir, afin de prendre toute ma place dans cette respectable assemblée, dont le rôle n’attend qu’à être valorisé dans l’intérêt du développement de notre cité. Car, quand-même, quelque part, tout ceci est un grand gâchis.
► Lire aussi le blog de Jacques Boulesteix.
- 3376 visites


















En notant les commentaires pour leur pertinence, vous en facilitez la lecture. Les moins bien notés se replient d'eux-même mais peuvent s'ouvrir d'un clic. Pour pouvoir commenter et noter, merci de vous inscrire. Les commentaires sont fermés après sept jours. Pour en savoir plus, lire la charte des commentaires.
En résumé voici,voila un constat assez consternant.
Qui plus est on en arriverait presque à vous lire
que des sommets d’inutilité sont atteints .
est ce que jme trompe ?
Cela etant dit ne jamais oublier qu’à Marseille
rien ne se fait comme ailleurs :encore une
particularité bien « méridionnale » …
ah le poids des ans et des habitudes ! des clans !
D’aucun me dirons que c’est partout le même
principe,moi je ne crois pas .Mais ça
c’est une autre histoire .
Marseille : sa Bonne Mère,
son Maire,
sa mer …
Sans oublier le joli rapport
de la chambre régionale des comptes ! tout chaud . sorti.
Parce que vous pensez que c’est une spécialité marseillaise (on passe, encore une fois, pour des crétins..) ?
Je me souviens d’un reportage tv où l’on voyait un échange assez vif à l’assemblée entre Hollande et Dati ; Hollande sortant de l’hémicycle, Dati le poursuivait dans les couloirs en criant « François, François » suivit du tutoiement…
C’est vous qui employer ce mot .
Je ne dis pas cela du tout .Je me borne
à constater les faits relates par « un » du conseil.
Pour le reste chacun pense ce qu’il veut .
Encore heureux .
Une dernière ,pour le voyage …
J’ai comme l’impression que nous sommes
entrés de plein pieds dans une nouvelle étape
de notre histoire « moderne ».
Je veux dire qu’avec tous ces moyens électroniques
et bien sur la toile et le net ,tout homme
politique ,public se trouve un peu coincé .Ne plus
trop dire et faire des conneries et autres
entourloupes qui seraient immédiatement
placées sur la toile .Bref nos élus vont
devenir ,par nécessité sages et moins « tordus » par
exemple … Crouze-pas ?
« Cela etant dit ne jamais oublier qu’à Marseille
rien ne se fait comme ailleurs :encore une
particularité bien « méridionnale « … »
No comment.
C’est partout pareil, dans ma ville ils sont tous de droite, la majorité et l’opposition. ils se comportent pareils. Ils se traitent de tous les noms (ils se disaient tous UMP dans leur profession de foi ) ET ce n’est qu’un chambre d’enregistrement comme à l’assemblée nationale.
Belle démocratie.
Mais, hélas, qui s’y interesse à ce rapport de la Cour des Comptes?
Il va falloir conclure que les citoyens sont aussi nuls et désespérants que les politiciens…
Ce n’est pas un avenir!
Il faut sortir du bipartisme qui gangrène la France; tant que des forces neuves ne pourront s’exprimer, le ronron des copains soi-disant antagonistes continuera.
ça c’est sur , pensez ma bonne dame
le quoi,
le rapport de la chambre régionale des comptes !
c’est ou ça ,
Entre cela et les malheurs d’un pauvre
présentateur du 20 heures national
y a pas photos .EH oui c’est ainsi ,
que le monde tourne
pas rond …
ce rapport est il public ?
merci
Bonjour, le rapport est un document administratif qui peut être demandé à la Commission d'accès aux documents administratifs (Cada). Par ailleurs et pour information, l'auteur de l'article, Jacques Boulesteix, l'a mis en ligne sur son blog: http://boulesteix.blog.lemonde.fr/
Et bien , ça ne s’arrange pas …..
Il faudra arrêter de se complaire dans le duo César-Panisse !
Vous me rétorquerez qu’on a les hommes politiques qu’on mérite mais quand même, qui se reconnaît encore dans Menucci ou Gaudin ?
Sincèrement , vivement que les ringards incompétents de tous bords confondus qui dirigent Marseille s’en aillent!
La gestion de la ville , ce serait presque digne d’un épisode de « plus belle la vie ! «
Tout cela dégouline de paternalisme , de sentimentalisme, de régionalisme passéiste …
Mais pour qui voter ?
Jeunesse lève toi !
Ou quand un astrophysicien découvre la lune…
Voilà bien une confirmation que les politiques ne font pas de politique, au sens en tout cas d’un souci attaché à la vie de la cité.
Comme un mauvais relent de cours de récréation, avec ses figures, plus ou moins sympa ou carrément pathétiques.
Il y a bien une profonde médiocrité du discours politique, réduit à la peau de chagrin d’un mauvais spectacle.
De ces clows médiocres, je citerai ici Raffarin, commercial à la base, qui disait aux chercheurs en grève, il y a quelques années, et qui avaient le mauvais gout de poser des questions qui conceraient le fait démocratique, la nature des décisions et qui les prends, … à quoi, donc, le piètre Raffarin répondit « je vous en prie, messieurs, surtout, surtout, ne faites pas de politique ».
A-t-on jamais mesuré le caractère insensé d’un tel appel?
manque un sexologue!!!
Oui et un psychanalyste !
Y A-T-IL EU DENONCIATION DU CONTRAT MORAL
ENTRE RUE89 ET SES RIVERAINS?
(Post retiré suite à la réponse de Yann Guégan donnée sur une autre page.)
ce serait bien pour le lectorat d’indiquer l’URL où retrouver la chose, non ?
Oui, M Boulesteix n’a peut-être pas découvert la lune, mais il enfonce une porte ouverte. La démocratie a ses limites, d’ailleurs elle l’a tout autant au Conseil général des Bouches du Rhône, où une analyse tout à fait comparable pourrait être faire. Les dossiers ne sont-ils pas bouclés avant d’arriver en séance ? Et au conseil municipal de la ville de Montpellier, de Bordeaux ou d’ailleurs où la majorité fait a peu près tout ce qu’elle veut et laisse la part congrue de représentation à l’opposition.
D’ailleurs si demain, M Guérini ou Mennucci sont élus, l’un ou l’autre, maire de Marseille, ne feront-ils pas la même chose. Et du temps de Defferre c’était comment ? Et la direction du parti socialiste et celle de l’UMP est-elle vraiment démocratique ? Au delà de la farce des courants qui sert à balayer large quel débat sur le fond y a -t-il vraiment dans ces lourds appareils politiques ?
Tout cela est un peu consternant en effet, mais qui a vraiment envie que cela change ?
Et ce que ne dit pas M Boulesteix c’est la grande complicité qu’il y a entre élus de bords très différents, la gauche embrasse régulièrement la droite. Le tutoiement certes, mais la bise aussi, la connivence, les années passés ensemble sur les mêmes bancs, ça crée des liens. Et au fond, une fois arrivé là, acquise la part de pouvoir et de gateau, peu sont ceux qui ont vraiment envie de faire bouger les choses. Cela viendra d’ailleurs alors. mais d’où?
Ed Daln
Je n’enfonce aucune porte ouverte, ni sur la lune, ni sur terre.
Si j’étais élu à Montpellier ou Bordeaux ou au Conseil Général des Bouches-du-Rhône, il est probable que j’aurais une opinion et que je la ferais savoir.
Je suis élu à Marseille et je m’exprime.
Vous soulevez le problème du fonctionnement municipal en général, avec une majorité toute puissante et une opposition malmenée. Vous avez raison. Cependant, en raison de la loi PLM, il n’y a actuellement qu’un seul conseil municipal où majorité et opposition sont à peu près représentées à égalité : Marseille. Toutes les autres communes ont une majorité en sièges claire, voir écrasante, toujours supérieure aux deux tiers, en général de trois quart des sièges. Donc Marseille est un cas à part qui mériterait sans doute d’autres pratiques.
Enfin, si vous aviez mieux lu mon billet, vous auriez vu que je n’élude absolument pas l’accolalde marseillaise entre élus de bords différents. Je ne m’en offusque cependant pas, bien au contraire. Je regrette simplement que cette proximité s’efface, en séance, devant un scénario plus théâtral qu’efficace.