Olympique de Marseille : sous le foot, le business

Savon de (l'Olympique de) Marseille (Rémi Leroux).

Orphelin du moindre titre sportif depuis quinze ans, l'OM reste une marque très rentable pour son propriétaire, l'homme d'affaires Robert Louis-Dreyfus. Chaque fin d'été, à la reprise du championnat, les maillots olympiens font leur retour sur le dos des Marseillais, sans considération d'âge ni de sexe.

Les boutiques de l'OM, au stade Vélodrome et sur la Canebière, ne désemplissent pas, largement plus fréquentées que Notre-Dame de la Garde. Un touriste qui visite Marseille ne peut faire l'impasse sur le club en bleu et blanc.

S'il a peu de chance d'assister à un match, il repartira sans doute avec une bouteille de vin (24€), un bijou (chevalière OM : 300€), ou, s'il est peu argenté, avec un objet de décoration (tapis de souris : 9€), une canette de bière (1,40€) ou du savon (5,40€).

Quarante millions d'euros de produits dérivés

Tous ces articles sont bien entendus siglés aux couleurs du club qui compte plus de sept cents références au rayon produits dérivés. L'ensemble de ces produits génèrent plus de quarante millions de chiffre d'affaires. Pour Philippe Piola, directeur des masters à l'école de commerce Euromed Marseille et ancien du club, il s'agit là d'une stratégie saine :

« Quand vous êtes à la tête d'un club de sports, l'essentiel est d'avoir une équipe performante. Donc, il faut dégager des marges brutes sans augmenter à l'infini le chiffre d'affaires et la masse salariale. C'est pour cette raison que l'OM, sous l'influence de son ancien président Christophe Bouchet, a externalisé la plupart de ces services de merchandising pour ne gérer plus qu'une marque qu'elle vend sous licence. »

La gestion des boutiques et la vente en ligne ont été confiées à la société Made in Sport qui a longtemps appartenu au groupe Pinault-Printemps-La Redoute, avant que François Pinault (lui-même propriétaire du club de Rennes) ne revende le groupe Printemps à une société italienne.

Made in Sport gère également les boutiques de l'Olympique Lyonnais, du PSG et de Saint Etienne et les ventes en ligne de ces clubs. Mais contrairement à ses adversaires en ligue 1, l'OM ne souhaite pas se limiter à l'Hexagone et cherche à se déployer à l'international avec l'ouverture d'une boutique à Alger en juillet et d'autres promises au Maghreb et en Afrique dans un proche avenir.

Le maillot, la vache à lait du club

L'article le plus rentable de ce merchandising reste le maillot officiel de l'équipe (75€) vendu à plus de 360 000 exemplaires. Loin, très loin devant Lyon (200 000) ou le PSG (80 000).

Pour assurer les ventes, le club olympien a mis sur pied une gamme complète renouvelée chaque année. Le maillot des matchs à domicile, le maillot extérieur et le ״third״ qui permet de décliner la marque à la façon des clubs anglais et en faisant fi des couleurs historiques du club et de la ville. Guillaume est abonné au virage nord depuis dix ans. Sans illusion sur le football moderne, il déplore cette valse des maillots :

« Cela a commencé en 1998 avec le maillot or qui était censé célébrer le centenaire du club. Mais l'année suivante, ils sortaient un maillot noir, puis un maillot lavande et l'an dernier, c'était le maillot rayé façon Argentine. Moi, ça va, je comprends que le foot sert à faire de l'argent. Mais, pour mon père, c'est un crime de lèse-majesté : la tenue de l'OM, c'est maillot blanc et chaussettes bleues. Point. »

Pour doper les ventes, le club et son équipementier Adidas suivent la mode avec précision, et souvent avec succès. Le maillot orange fluo de la saison 2007/2008 a fait un vrai carton. Et ils comptent bien renouveler ce succès cette saison avec le maillot à losanges façon chaussettes Burlington lancé dès la fin de la saison passée. Le maillot n'est pas qu'un produit, il est aussi un support efficace de sponsoring.

D'Endemol au football

On a beaucoup glosé sur les mésaventures de Robert Louis-Dreyfus, présenté comme le grand perdant du club avec un investissement énorme en onze ans et aucun titre gagné. Sauf que ce n'est pas dans la quête d'un titre sportif que RLD s'investit le plus.

Depuis 1997, l'homme d'affaire est l'actionnaire principal du club. Jusqu'en 2001, il cumule cette fonction avec celle de patron d'Adidas, équipementier du club depuis vingt-cinq ans. Chaque maillot vendu a donc une retombée positive pour les deux sociétés.

Quand il vend Adidas, il place ses billes dans le monde de la téléphonie en rachetant Neuf Télécom en 2002. La société à peine connue devient le sponsor maillot de l'OM en 2003 et la marque développe une vraie notoriété à partir de là.

Quand RLD cède sa société à SFR en 2007, il investit dans l'électricité, via la société Direct Energie, qui devient le deuxième sponsor maillot en 2008. Derrière cette société, on trouve Louis-Dreyfus, Alain Minc -décidément partout- mais aussi Stéphane Courbit, ancien patron d'Endemol France et nouveau cador des affaires.

Du sponsoring maillot au pari en ligne

Or, Stéphane Courbit n'a pas investi que dans l'énergie. Il a aussi racheté la société de pari en ligne Betclic en 2007. Dans le viseur de l'homme d'affaires, la fin du monopole de la Française des jeux et l'explosion prévisible des paris sur les matchs de foot. Or, il se murmure que Betclic pourrait devenir le futur sponsor maillot de la saison 2009. Pour Philippe Piola, l'avenir est là :

« Le sponsoring maillot est encore sous-évalué en France. Entre la télé, les unes de journaux, les photos dans la presse locale, et les gens qui achètent le maillot, la surface est énorme. Cela va vraiment exploser avec l'arrivée sur le marché des sites de paris en ligne. Ailleurs en Europe, ce sont eux qui tirent le marché vers le haut. »

Pour l'heure, toujours selon les chiffres du club, pour la saison 2005/2006, l'OM a offert à son sponsor l'équivalent de cinq heures de visibilité télévisuelle, c'est-à-dire plus de vingt-quatre millions d'euros en équivalent spots publicitaires. Et les chiffres seront démultipliés avec la qualification en ligue des champions.

L'OM est le support publicitaire de rêve. On en parle qu'il gagne ou qu'il perde. Les supporteurs achètent des maillots et servent d'hommes-sandwiches aux marques. Bientôt, ils pourront parier en ligne sur leur équipe préférée et enrichir encore leur futur sponsor. Et un titre sportif dans tout ça ? Ce ne serait qu'une jolie cerise sur un gâteau désormais bien garni.

Photo : Savon de (l'Olympique de) Marseille (Rémi Leroux/Rue89).

6 commentaires sélectionnés

Portrait de Albert Fulor

De Albert Fulor

16H08 | 04/09/2008 | Permalien

Le groupe Dreyfus ne serait-il pas un grand importateur de soja OGM ? C'est un produit plus facile à transférer que les bons joueurs.
http://www.monde-solidaire.org/spip/spip.php ? article3151

Portrait de rousté

De rousté

Pigiste sur agoradufoot.wordpress.c... | 16H09 | 04/09/2008 | Permalien

« Le foot est un jeu avant d'être un produit, un sport avant d'être un marché, un spectacle avant d'être un business. » Michel Platini, Président de l'UEFA (fédération européenne de football)…

Il est gentil Platoche, mais sa promesse électorale est trop pompeuse pour être prise au sérieux.

Le sport, et le foot en Europe, c'est le support de communication de rêve, qui touche la cible que les marketeux ont tant de mal à toucher : le consommateur masculin adulte.

Portrait de Manu86

De Manu86

Etudiant en Droit Public des Affair... | 16H47 | 04/09/2008 | Permalien

Excellent ! On tombe pil poil dans ce que les supporters denoncent chaque week-end : le foot business !

Vous savez les matchs le vendreid ou le dimanche soir pour faire plaisir à Canal, Orange ou Eurosport ?

L'OM est une marque mais on se rend compte que cette marque n'est plus accesible à toutes les classes. Là ou il devrait rassembler toutes les couches sociales de notre société, le foot est en train de devnir un produit de luxe.

Comme en Angleterre, ou pour aller au stade il faut soit être riche soit s'endetter !

Le club dans tout ça ? Son histoire ? Ses origines ? l'OM est allé jusqu'a changer de logo pour se vendre plus, alors les couleurs historiques….

C'est triste et c'est l'avenir du foot : Fric Fric et Fric.

Comme le dit la banderole deployé par certains groupes de supporters : « Supporters solidaires pour un football populaire »

Portrait de Betagreg

De Betagreg

Etudiant optimiste | 16H55 | 04/09/2008 | Permalien

Que veut démontrer l'article ?
- Que le business a imprégné le foot ? C'est vrai. Mais il fallait parler de l'OL coiffure, de l'OL voyage, et surtout des modèles Manchester et Bayern Munich

- Que Robert Louis Dreyfus gagne beaucoup via l'OM ? (« Orphelin du moindre titre sportif depuis quinze ans, l'OM reste une marque très rentable pour (…) Robert Louis-Dreyfus. »). Rien de moins sûr : « Après plus d'une décennie à la tête de l'OM et 200 millions d'euros de pertes, Robert Louis-Dreyfus a donc préféré… » http://www.lefigaro.fr/france/20070322.WWW000000439_vente_de_l_om_kachka….
Il y a un an, RLD était prêt à vendre le club à un prix bien inférieur au prix acheté. Il attend toujours une offre sérieuse. Et il n'est pas sûr qu'il s'y retrouve, même avec Adidas.

Rue89 m'étonne, mais pas dans le bon sens. Ok pour des thèmes variés, mais si c'est pour les traiter de manière superficielle ou peu précise…

Portrait de rousté

De rousté

Pigiste sur agoradufoot.wordpress.c... | 17H24 | 04/09/2008 | Permalien

Eh oui, les clubs sont des marques ! Rien de surprenant toutefois.

C'est d'ailleurs pour ça que les clubs ont milité auprès de la Ligue pour que lors des retransmissions tv leurs noms soient les sigles : OL, OM, PSG, ASNL, ASM, FCN, LOSC, FCGB… (pas facile pour le novice de retrouver la ville derrière ces sigles, hormis pour les premiers)

Ainsi, on se libère de l'ancrage régional et agrandit la zone d'achalandise !

Nos clubs de foot suivent la voie tracée par les franchises NBA, NFL ou MLB… mais je pense qu'ils sous-estiment l'importance de cet ancrage régional : les peuples européens ne sont pas aussi mobiles que les Américains et les identités régionales sont sans comparaison d'un côté et de l'autre de l'Atlantique.

http://agoradufoot.wordpress.com/2008/09/04/homofootballisiticus/

Portrait de Stefool

De Stefool

Etudiant | 23H25 | 04/09/2008 | Permalien

L'OM ne vit pas seulement du passé, mais aussi beaucoup du présent et de l'avenir désormais. Quel est le 2ème meilleur club du pays sur les 5 dernieres années en championnat ? Marseille, et de loin. Pourquoi seulement 2ème ? Parce que Lyon a bénéficié d'une augmentation énorme de son budget à la fin des années 90 et début des années 2000 sans aucun lien (ou presque) avec ses résultats sportifs, mais seulement du fait de l'énorme activité économique de la ville depuis quelques années et des contacts que possèdent son président dans le milieu des affaires. Encore aujourd'hui, le budget de l'OL est encore supérieur de 50% à celui de l'OM, et ses dépenses en transferts cet été ont été 2 fois supérieures, et pourtant l'OM rivalise avec Lyon sportivement parlant. Et le fait que l'OM n'ait gagné aucun titre depuis 15 ans est symboliquement très décevant, mais cela n'empêche pas qu'il a été l'un des 3 clubs les plus performants en france depuis 10 ans : 2 finales de coupe d'europe, 2 finales de coupe de france, 4 podiums en championnat et donc autant de qualifications en C1. Et cela continue de s'améliorer (c'est pourquoi, je pense, les gens aiment rappeler aux supporters de l'OM qu'ils n'ont rien gagné depuis 15 ans… dans quelques mois, ce ne sera peut-être plus le cas)

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