
Marignane après l'extrême droite (1/2) : des finances dans le rouge
Elu en mars dernier sous l'étiquette divers droite, le maire UMP de Marignane, Eric Le Dissès, tente de redresser la barre d'une commune plombée par les années de gestion de l'extrême droite.

L'été sera chaud à Marignane. Sur le cours Mirabeau, il est possible que l'ombre des platanes ne suffise pas. Assis derrière son bureau, dans l'une des immenses pièces du splendide château des Covet qui abrite l'Hôtel de Ville -unique exemple de palais à l'italienne en Provence-, Eric Le Dissès reconnaît qu'il est « à 200 000 à l'heure ». Et qu'il ne devrait pas avoir le temps de souffler…
L'homme est encore tout auréolé de sa victoire surprise aux élections municipales de mars dernier. Surprise, car Eric Le Dissès n'avait pas reçu l'investiture de son parti, l'UMP, et avait été obligé de se présenter sous l'étiquette « divers droite ». Un comble pour celui qui est conseiller national du parti de Nicolas Sarkozy depuis 2002 ! La faute au maire de Marseille et patron de la fédération UMP des Bouches-du-Rhône, Jean-Claude Gaudin, qui l'avait tout simplement snobé, lui préférant Daniel Simonpieri, le maire sortant. Un ami, aussi. Ce dernier était par ailleurs vice-président de la communauté urbaine Marseille-Provence-Métropole (MPM), lorsque Jean-Claude Gaudin la présidait.
Daniel Simonpieri est une véritable girouette politique. Elu une première fois à la mairie de Marignane en 1995 sous l'étiquette du Front national, il a ensuite rejoint le clan Mégret au moment de la scission FN-MNR en 1998. Réélu sous l'étiquette « DVD » en 2001, il a finalement rallié l'UMP en 2004. Il y avait là de quoi déstabiliser les électeurs…
Mais voilà. Le choix s'est avéré désastreux pour les barons de l'UMP marseillais et pour le premier d'entre eux. Car Eric Le Dissès a été élu à l'issue d'une triangulaire avec 51,13% des voix, devant le socialiste Vincent Gomez, Daniel Simonpieri n'arrivant qu'en troisième position. Une victoire sans appel qui a marqué la fin d'un règne de treize ans.
Eric Le Dissès assure aujourd'hui ne pas avoir pris ombrage du choix de ses pairs (Ecoutez le son) :
Il n'empêche, cette victoire lui a offert une véritable légitimité vis-à-vis des « Marseillais » de l'UMP. Si bien d'ailleurs, qu'Eric Le Dissès a choisi, au sein de la communauté urbaine, de ne pas rentrer dans le rang. Il a créé avec Jean-Pierre Bertrand, maire de Plan-de-Cuques, un groupe indépendant. Une manière de dénoncer le « centralisme » marseillais mais surtout de faire entendre la voix des petites communes dans l'hémicycle de la communauté urbaine (Ecouter le son) :
Ce choix habile n'a pas été tout à fait sans conséquences. Il a notamment coûté la présidence de MPM à la droite et, en particulier, à Renaud Muselier. Après la défaite de Simonpieri, Eric Le Dissès, même s'il s'en défend, a infligé son deuxième camouflet à la bande à Gaudin…
Le conseil général PS au secours financier de la ville droitière
Autre épisode fameux pour éclairer la géopolitique locale : la visite à Marignane le 17 juin dernier du président PS du conseil général des Bouches-du-Rhône. Visite au cours de laquelle Jean-Noël Guérini est venu annoncer la participation du département au redressement de la commune et notamment au redressement financier, via un apport de vingt millions d'euros (cinq millions « d'aide exceptionnelle », quinze travaux de proximité de 75 000 euros chacun, treize millions pour les routes et trois millions pour la caserne des pompiers).
Les uns ont crié au clientélisme. Les autres ont accusé Eric Le Dissès d'avoir vendu son âme au puissant patron du conseil général, notamment en échangeant subsides contre vote favorable à la gauche à MPM. Jean-Noël Guérini s'en est défendu :
« Je vais apporter un peu de bonheur à Marignane. Ce que j'ai fait à Vitrolles (après le passage des époux Mégret, en 2002, ndlr), je ferai tout pour que ça se réalise à Marignane ».
Eric Le Dissès le confirme lui aussi (Ecouter le son) :
Près de 44 millions d'euros de dettes…
Cet argent, Eric Le Dissès en aura besoin pour sortir Marignane du gouffre dans lequel l'a plongée l'équipe municipale précédente. La ville est aujourd'hui criblée de dettes. Même si le maire sortant a souvent rappelé qu'elle était encore plus importante à son arrivée en 1995, Eric Le Dissès assure qu'elle atteint aujourd'hui « près de 44 millions d'euros » :
« Premièrement, nous allons régler nos dettes. Certaines datent de 2000, parfois pour des montants supérieurs à 500 000 euros. Deuxièmement, nous allons essayer de ne pas emprunter et, enfin, de ne pas augmenter les impôts. Pour y parvenir, il n'y a qu'une seule solution : réduire le train de vie de la ville. »
Une équation délicate à mettre en œuvre. Pour sa première année de mandature, le nouveau maire a d'ailleurs choisi de faire voter un budget en déséquilibre -environ 4 millions d'euros de déficit - pour « débuter par une photographie exacte de l'état des finances ». La Cour des comptes a d'ailleurs été invitée à venir constater l'étendue des dégâts et devrait rendre un rapport d'ici au mois de septembre…
« Les budgets précédents n'étaient pas sincères car certaines dettes n'étaient tout simplement pas intégrées, pas prises en compte. Il fallait donc présenter, enfin, un budget sincère. »
Changer l'image de la ville, un gros chantier…
Vincent Gomez, tête de liste du Parti socialiste aux dernières élections, nuance :
« C'était l'un de mes arguments de campagne : attention ! en treize ans, Eric Le Dissès a souvent voté les projets de la majorité Simonpieri et il n'y avait pas de réelle opposition au sein du conseil municipal puisque le PS n'était pas représenté. Eric Le Dissès aurait pu incarner cette opposition… »
En filigrane, ressurgit l'idée que Marignane reste, au fond, une ville qui penche à droite. En 2007, à l'élection présidentielle, Nicolas Sarkozy y avait obtenu 65% au second tour. Eric Le Dissès le reconnaît, mais souligne que « Marignane n'est pas une ville de fascistes ».
Or, ce sera sans doute là l'un des plus gros chantiers du nouveau premier magistrat : changer l'image de la ville. Vincent Gomez :
« Il faut sortir de l'image d'une ville frontiste, d'une ville marquée du sceau de d'extrême droite. Casser cette image comme c'est aujourd'hui le cas pour Vitrolles. Avec un bémol : à Vitrolles, les Mégret sont partis. Ici, Daniel Simonpieri est resté… »
Et avec lui tout un système…
► Lire aussi : Marignane après l'extrême-droite 2/2 : l'héritage Simonpieri
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De Pierrrrre
13H05 | 25/07/2008 |
»…. Eric Le Dissès a été élu à l'issue d'une triangulaire avec 51,13% des voix, devant le socialiste Vincent Gomez, Daniel Simonpieri n'arrivant qu'en troisième position….. »
→ un cadeau de plus offert par l'extrème droite aux socialistes,
mais si le coup avait marché pour quelques municipales remportées par la gauche grâce au maintien du Front National,
là au moins, la magouille n'a pas fonctionné.
Je pense qu'en cas de triangulaires de la sorte, un troisième tour devrait s'imposer.
Ça éviterait à des candidats de se voir promus à la mairie grâce à des maintiens douteux.
à Pierrrrre
De Piedo
Assis | 13H15 | 25/07/2008 |
« un cadeau de plus offert par l'extrème droite aux socialistes »
Ouais, bah sauf que Simonpieri était candidat sous l'étiquette UMP.
La deuxième place du PS est donc essentiellement liée au maintien de deux listes UMP (Le Dissès n'avait juste pas le droit au logo).
Alors le coup de la magouille et du complot « gaucho-extrême-droite » contre l'UMP, ça marche pas.
à Piedo
De Pierrrrre
16H01 | 25/07/2008 |
Législatives de 1997,
liste de députés de la gauche-plurielle élus bien que minoritaires, grâce au maintien au deuxième tour du candidat du Front National :
Ardennes 1ère - Claudine Ledoux - PS
Ardennes 2ème - Philippe Vuilque - PS
Drôme 4ème - Henri Bertholet - PS
Eure 4ème - François Loncle - PS
Eure 5ème - Catherine Picard - PS
Eure et Loire 3ème - François Huwart - PRS
Gard 1ère - Alain Clary - PC
Gard 2ème - Alain Fabre Pujol - PS
Gard 3ème - Gérard Revol - PS
Hérault 1ère - Gilbert Roseau - PS
Hérault 6ème - Alain Barreau - PS
Isère 8ème - Louis Mermaz - PS
Loire 1ère - Gérard Lindeperg - PS
Loire 4ème - Bernard Outin - PC
Moselle 1ère - Gérard Terrier - PS
Moselle 8ème - Jean Marie Aubron - PS
Nord 8ème - Dominique Baert - PS
Oise 1ère - Yves Rome - PS
Oise 2ème - Béatrice Marre - PS
Oise 6ème - Patrice Carvalho - PC
Pyrénées Orientales 2ème - Jean Codognès - PS
Rhône 11ème - Gabriel Montcharmont - PS
Seine et Marne 6ème - Nicole Bricq - PS
Yvelines 8ème - Annette Peulvast Bergeal - PS
Var 6ème - Maurice Janetti - PS
Vaucluse 1ère - Élisabeth Guigou - PS, Garde des Sceaux
Vaucluse 2ème - André Borel - PS
Val d'Oise 7ème - Yves Cochet - Verts, Vice Présidetn de l'Assemblée Nationale
Val d'Oise 9ème - Jean Pierre Blazy - PS
à Pierrrrre
De I.P
Flat4 | 17H13 | 25/07/2008 |
Et alors ?
À partir du moment où le mode de scrutin autorise la présence de plus de deux candidats au 2nd tour d'une éléction, il y a de très fortes chances que le vainqueur obtienne moins de 50% des voix.
Et puis maintenant qu'il n'y a plus de différence entre la droite de l'UMP et le FN, le problème est reglé, non ?
à I.P
De Pierrrrre
18H02 | 25/07/2008 |
Hypocrisie..
il y a toujours eu collusion et entente tacite entre extrême droite et Parti Socialiste,
les uns ayant besoin des autres pour exister.
D'un coté, le Parti Socialiste positionnait Le Pen comme le seul opposant :
on en causant CHAQUE JOUR à la télévision française, par des journalistes complaisants et politiquement placés là (travail d'Hervé Bourges)
De l'autre, la thématique Le Pen et la « mobilisation anti Front National » permettait d'occulter l'absence de programme au PS et de mobiliser ses militants
Le Pen, avec le vent en poupe grâce à cette promotion facile, rendait la monnaie au Parti Socialiste en maintenant des triangulaires afin d'aider à l'élection de socialistes…
PS et FN étaient gagnants.
Même Mitterrand qui à une semaine d'une élection présidentielle, a relancé le thème du vote des immigrés, ce qui a permis à Le Pen, dans la semaine, alors que les sondages étaient interdits, de bondir de 10 à 16%, au détriment de la droite classique.
Le Parti Socialiste a besoin de Le Pen pour exister, et c'est l'écroulement du Front National qui a causé sa défaite aux dernières législatives.
En effet, les triangulaires n'ont pu avoir lieu.
à Pierrrrre
De ecor1
sur le fil | 19H43 | 25/07/2008 |
Et en 2002, ca a profité au PS la bonne forme de FN ?
à ecor1
De Pierrrrre
19H59 | 25/07/2008 |
»…Et en 2002, ça a profité au PS la bonne forme de FN ? … »
→→ effectivement, le PS avait manoeuvré afin de remettre Le Pen en selle pour pomper les voix de la droite :
Ainsi les journaux télévisés se sont mis à nouveau en 4 pour nous resservir du Lepen à tout va :
Ils ont tellement bien fait.. que Le Pen a dépassé Jospin …la fable de l'arroseur arrosé.
Il est évident que dans le cas contraire, Le Pen n'aurait pas donné de consigne de vote pour le deuxième tour (ainsi qu'il a procédé aux dernières présidentielles, incitant ses partisans à voter pour la candidate socialiste).
Heureusement que cette tactique socialo Lepeniste a foiré…
Le Front National ne retrouvant pas l'aide du tapage médiatique qui lui était apportée lorsque la gauche était au pouvoir, est actuellement ruiné par la stratégie de la droite à son encontre.
à Pierrrrre
De ecor1
sur le fil | 19H00 | 27/07/2008 |
vous avez raison, pour le prochain congres du PS on défilera tous en chemise brune, et le portr de la moustache ainsi que de la meche sera recommandé…
De pablico
15H38 | 25/07/2008 |
l'expression mette à gauche est fausse ,ici ils mettent à droite…(la poche)
De mao-tse-toung
grand démocrate réformateur | 15H56 | 25/07/2008 |
A quand le même genre de reportage, mais pour une municipalité de gauche qui laisse une ardoise ? ? ?
Il y en a surement ….
à mao-tse-toung
De pablico
16H42 | 25/07/2008 |
la probité, l'honnêteté, et toutes les belles valeurs, n'ont malheureusement pas de parti politique. Cela se saurait…
C'est une TRÈS bonne règle des institutions, une TRÈS bonne opposition, ainsi qu'une TRÈS bonne presse journalistique, qui rend « honnête, probe etc etc'
à pablico
De DBL8
Retraité | 18H27 | 25/07/2008 |
Encore faudrait-il que l'opposition (quel qu'elle soit) ne soit pas contre tout ce que fait la majorité du moment !
Pour les journalistes… leurs intégrités n'est pas, pour beaucoup, à l'ordre du jour ; leurs opinions transpirent trop dans leurs articles lorsqu'ils écrivent dans des journaux « soit-disant » neutres.
De Claude PELLETIER
Retraité dans son jardin | 16H10 | 25/07/2008 |
Merci pour cet article. J'aurais aimé en apprendre plus sur les anomalies de cette gestion là. Faudra-t-il attendre septembre pour en savoir plus ?
Et un détail. Les chiffres avec des millions ne veulent pas dire grand chose pour celui qui gagne peu. Quand vous parlez d'une dette de 44 millions, il faudrait pouvoir la comparer à autre chose…
Marignane, un gadin pour Gaudin ?
De G-Free
membre de la FM Team | 16H30 | 25/07/2008 |
On peut constater une fois de plus l'état dans lequel les choses sont laissées après une « visite » du Front national à la gestion.
Remettre d'aplomb la ville de Marignane en terme financier sera une rude affaire.
Mais le véritable challenge est, comme le souligne le nouveau maire, de faire sortir cette ville de son image de fasciste/raciste.
Reste à voir si ce nouveau maire « divers droite » en a la capacité, et les moyens.
De labrisure
Etudiant | 17H09 | 25/07/2008 |
Châtellerault, ville endettée après 30 ans de socialisme ! !
Tiens vous faites pas d'articles là-dessus.
à labrisure
De mao-tse-toung
grand démocrate réformateur | 17H25 | 25/07/2008 |
Ca ne risque pas, et puis Châtellerault, ce n'est pas en Charentes Poitou, région de la Sainte dame blanche ? ? ? ? ?
De General Subverciòn
pas content qui le dit! | 17H22 | 25/07/2008 |
c'était la fin des haricots,on avait plus rien à claper…Vu que l'UMP à repris les thèses et l'électorat du FN,dans dix ans,la France va ressembler au désert du Nouveau Mexique après un essai nucléaire…
De Patico
17H28 | 25/07/2008 |
La France, pays criblé de dettes après 40 ans de gestion UMPS.
Tiens, là non plus vous n'écrivez pas d'article.
à Patico
De ecor1
sur le fil | 19H45 | 25/07/2008 |
Ben oui, comme toutes les grandes puissance de ce monde on vit à crédit. Il n'y a pas un pays du G8 qui ne soit pas criblé de dettes, et dans le lot on est pas les plus mal placés.
De Humain
23H25 | 25/07/2008 |
De plus on enlève à Marignane….
L'aéroport et tous les décollages des Canadairs…
Pour les mettre à Aix…
Ce n'est pas peu !
Ceux qui trinquent sont toujours les mêmes .
De labrisure
Etudiant | 10H25 | 27/07/2008 |
mao-tse-toung
si c'est ça. Mais au niveau, régional elle a tout de même fait de bonnes choses comme les chèques livres, ou les TER à 1 € mais à quel prix.