Lifting politique au quotidien La Provence : des journalistes virés

Le PDG du groupe La Provence, Didier Pillet, a confirmé mercredi 23 juillet ce qui se tramait depuis plusieurs semaines au sein du quotidien régional (172 385 ex.). En annonçant le départ de plusieurs responsables de la rédaction, Didier Pillet poursuit donc son grand ménage, avec l'aval de la direction régionale du Groupe Hersant Médias (GHM), nouveau propriétaire de La Provence et de ses titres depuis le début de l'année.

Officiellement, a déclaré Didier Pillet à l'AFP, cette réorganisation vise à donner « plus de clarté et d'efficacité » à la mise en œuvre du projet éditorial adopté le 19 juin dernier en comité d'entreprise. Mais en interne, personne n'est dupe : sont écartés les éléments les plus encombrants, au premier rang desquels le directeur des rédactions marseillaises du groupe, Hedi Dahmani.

D'une « déloyauté totale » selon un PDG… isolé

« Il a été mis fin à sa période d'essai qui s'achevait fin juillet », a simplement commenté le PDG. Arrivés en même temps, les deux hommes ne s'appréciaient pas. Ils s'étaient même opposés à plusieurs reprises ces derniers mois. Issu de la presse people (Voici, Télé loisirs), Hedi Dahmani avait essayé de mettre en place une nouvelle organisation du travail à la rédaction marseillaise du quotidien. A croire qu'elle n'aura pas convaincu le grand patron… La semaine dernière dans Le Figaro, Didier Pillet évoquait même la « déloyauté totale » d'Hedi Dahmani. « Un sentiment qu'il n'est pas loin d'être seul à partager », assurait un journaliste de la rédaction du quotidien…

Didier Pillet a par ailleurs confirmé la disparition du journal Marseille l'Hebdo tel qu'il existait depuis l'automne 2000. Son contenu devrait être « recentré sur l'économie, l'art et l'art de vivre avec une équipe composée de quatre rédacteurs, un secrétaire de rédaction et un chef de service. »

Guilhem Ricavy, qui travaillait jusqu'alors au quotidien gratuit Marseille plus, sera chargé dans les semaines qui viennent de « présenter un nouveau projet » pour l'hebdomadaire. Il est présenté comme « responsable » du titre, l'actuel responsable de la rédaction, Jean-Michel Gardanne, étant lui aussi sur le départ et annoncé à la Communauté urbaine, au poste de « conseiller spécial » du président PS Eugène Caselli. Le PDG de La Provence a également fait savoir qu'il entendait repartir avec une équipe totalement renouvelée au sein de l'hebdomadaire.

Enfin, Didier Pillet, après leur avoir « soufflé dans les bronches », a confirmé Jean-Michel Amiel et Guy Félix à leurs postes de rédacteur en chef. Il y a dix jours pourtant, ils étaient intervenus après le limogeage de Stéphane Bouchet, journaliste en charge des faits divers, pour signaler qu'ils n'en avaient pas été informés, contrairement à ce qu'avait laissé entendre Didier Pillet. Acte de rébellion condamnable ? Non a donc estimé le PDG. Devant les syndicats, en fin de journée le 23 juillet, il a précisé sa vision des choses :

« Je sais ce qu'ils ont fait pour cette entreprise. Nous avons mené des projets ensemble. Compte tenue de leur fort engagement, j'ai décidé de leur pardonner. Sans doute mes principes de chrétien. Mais je n'oublie pas. »

Le quotidien, un enjeu politique ?

Toutes ces décisions font suite à la visite de Frédéric Aurand, président du directoire de GHM, la semaine dernière au siège de La Provence à Marseille. Il était également venu, assurait Le Figaro, pour « faire face au boycott publicitaire de la part du puissant président du conseil général des Bouches-du-Rhône, Jean-Noël Guérini », comme l'avait révélé Rue89.

Mais le quotidien national oubliait de replacer le « boycott » dans un contexte plus sensible. Contexte qui, depuis la reprise du groupe par GHM, fait de La Provence un enjeu politique de premier plan. Faut-il rappeler que Didier Pillet a été recruté par la filiale GHM Sud dirigée par Guy Philip, ancien chargé de communication de Jean-Claude Gaudin, le maire UMP de Marseille. Même s'il s'est défendu de « rouler » pour l'équipe municipale, les dernières décisions prises par Didier Pillet ne feront que renforcer les suspicions de mainmise de l'UMP sur le quotidien régional…

Les représentants du syndicat national des journalistes (SNJ) craignaient « une mise au pas de la rédaction » et dénonçaient le dirigisme de leur PDG. Pour toute réponse, il a annoncé qu'il prenait « la direction de toutes les rédactions » du groupe, le quotidien La Provence, le site laprovence.fr, le gratuit Marseille Plus et l'hebdomadaire Marseille l'Hebdo. Histoire de rappeler qui est le chef.

Le SNJ a pour sa part « pris acte » de ces décisions et, tout en s'interrogeant sur le cumul des fonctions de directeur général et de directeur des rédactions, estime qu'il sera « difficile à Didier Pillet de critiquer le contenu du journal comme il a pu le faire par le passé, dans la mesure où il en aura désormais la pleine et entière responsabilité ».

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4 commentaires sélectionnés

Portrait de Lapin Bleu

De Lapin Bleu

Journaliste n°89910 | 20H29 | 23/07/2008 | Permalien

Le SNJ a pour sa part « pris acte » de ces décisions et, tout en s'interrogeant sur le cumul des fonctions de directeur général et de directeur des rédactions, estime qu'il sera « désormais difficile à Didier Pillet de critiquer le contenu du journal comme il a pu le faire par le passé, dans la mesure où il en aura désormais la pleine et entière responsabilité ».

Ce dernier paragraphe est à la fois terriblement malin de la part du syndicaliste, et profondément effrayant en tant qu'il illustre l'état actuel de la presse hexagonale. Vraiment la fin du cycle, les derniers à la baïonnette !

Portrait de lili67

De lili67

journaliste | 12H36 | 24/07/2008 | Permalien

Je ne connais pas le journal la Provence. Mais je connais plusieurs journaux de PQR (presse quotidienne régionale) pour y avoir travaillé.
Sans doute les compte-rendu de fêtes à neuneu et autres AG des pêcheurs d'un bled paumé dans la cambrousse ne sont-ils pas intéressants pour ceux qui n'y vivent pas. Mais le journal régional joue là un rôle de « lien social ». Une annonce qui ne passe pas, et c'est une manifestation qui peut tomber à l'eau, avec le risque d'entraîner l'association avec.
Rappelons que les journaux de PQR (certains en tout cas)font des compte-rendus des séances de conseil municipal, annoncent les réunions publiques, etc ? Et tout ça gratuitement.
Dans les villages des dizaines de bénévoles organisent des dizaines de manifestations en tous genres. Qui peut dire que ce qu'ils font n'ont pas d'intérêt, surtout quand elles attirent beaucoup de gens ?
A chacun son rôle : les journaux de PQR n'ont pas vocation à concurrencer le Monde. Les comparer, ça ne rime à rien.
Il y a des choses à améliorer, sans doute. Mais comme l'a dit Pouip, les journalistes de PQR ne vendent pas leur âme. Et la « proximité » a pour eux un tout autre sens : ici on a les réactions en direct en allant acheter son pain, et tout le monde nous connaît…

Portrait de ClaireChar

De ClaireChar

17H59 | 24/07/2008 | Permalien

C'est quand même rigolo cette manie de la presse en général de se regarder le nombril à ce point
De façon général, ls journaux (et à ce titre Rue 89 moins que les autres qd même) parlent énormement des changements de direction, restructuration, licenciements.
Que vous fassiez des articles qd il y a manifestement un intérêt politique OK, mais des mecs se font virer, des mecs s'entendent pas, les uns démissionnent les autres arrivent
Tous les jours on a le droit à des articles pour au final des boîtes qui font 120 personnes maximum

Je ne veux pas paraîte cynique et dire que ça ne compte pas mais en proportion de toutes les autres choses qui arrivent tous les jours ailleurs (dans les banques, dans l'industrie, dans les sociétés agroalimentaires)
Ce dont vous parlez c'est le quotidien de toutes les sociétés et vous faites monter ça en sauce parce qu'il s'agit de « journalistes » et que le droit de la presse c'est sacré

Autant parfois ça me parait justifié mais dans 3/4 des cas, on s'en fout de la restructuration chez Libé ou au dauphiné libéré ou je ne sais quoi

ça se passe tous les jours dans nos boîtes ces histoires là, atterissez ! ! !

Vous me faites penser à certains réalisateurs ou scénaristes qui écrivent des films et leurs héros sont toujours écrivain, acteur, compositeur, publicitaire,

les mecs ils sont jamais comptables ou vendeur de bagnoles

Portrait de Madiran

De Madiran

(Business Analyst) | 18H43 | 24/07/2008 | Permalien

Une choses est certaine :

Le modèle économique de la presse régional et nationale continue de changer.

Ne pas le voir est identique à penser que le CAC40 est un indicateur économique (alors qu'il n'est qu'un thermomêtre, ou indicateur financier)

Le système d'information de la presse régionale ne sert, à grand renfort de subventions, qu'à asseoir la politique locale…

Cela est parallèle au déploiement de la nouvelle TV dite numpérique dont la plupart des chaines sont sous la coupe de l'Elysée ou de grands industriels.

Les journaux locaux subsisteront encore quelque temps, mais basés sur un modèle différent de ce qu'il est de nos jours…

(L'exemple de Rue89 est là pour le démontrer en partie)

Les journaux papier deviendront multi-supports, à la presse de s'adapter, c'est inéluctable.

(Rue89 le démontre, aussi, en partie… )

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