
Les quatre zones d'ombre de l'accident nucléaire de Tricastin

Depuis le 7 juillet, date de l’accident survenu dans une station de traitement située sur le site nucléaire de Tricastin (Drôme), il ne s’est pas passé un jour sans qu’une nouvelle révélation ne soit venue alimenter la polémique autour de la gestion du risque nucléaire.
Dernier épisode en date: la présence de taux d’uranium particulièrement élevés dans certains captages réalisés à proximité de la centrale de Tricastin, et qui pourraient être liés à la présence d’une « butte de stockage » de quelque 760 tonnes de déchets radioactifs militaires…
Pour le réseau Sortir du nucléaire et pour la Criirad (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la Radioactivité), ces deux dossiers -déchets militaires et fuite de la cuve d’effluents radioactifs-, sont les nouveaux épisodes d’une série de « dysfonctionnements » découverts sur les sites nucléaires français ces dernières années.
Quel est l’impact réel de l’accident à la Socatri?
Difficile encore de mesurer avec précision les effets qu’ont produit sur l’environnement les 75 kg d’uranium provenant de la fuite de l’usine de traitement de la Socatri. Vendredi 11 juillet, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) notait « une diminution régulière de la concentration en uranium dans les eaux des rivières situées en aval de Socatri ».
Mercredi, le même IRSN rendait public les derniers résultats de ses prélèvements effectués sur les végétaux terrestres, aquatiques et les sédiments. Pour les premiers notamment, l’Institut estime qu’ils « n’ont pas été affectés par le rejet accidentel » et donc « les produits des jardins potagers et des cultures sont aptes à la consommation. »
Au cours d’une séance extraordinaire qui s’est tenue le 16 juillet, le Haut comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire (HCTISN), installé en juin par Jean-Louis Borloo, enfonce un peu plus la Socatri:
« Des défauts de l’installation, suite à des travaux en cours, n’auraient pas fait l’objet d’une attention suffisante de l’exploitant. Les procédures d’information des autorités et des populations semblent, sous réserve des compléments d’enquête en cours, n’avoir pas rigoureusement été respectées. »
Mais le HCTISN exonère l’ASN, contrairement aux antinucléaires, en reconnaissant que l’inspection « effectuée dès le 10 juillet au matin » était « très complète » et qu’une « série de prescriptions a été imposée à l’exploitant » dans la foulée. Qui est responsable? Qui sera coupable?
Pourquoi des taux d’uranium si élevés près du site?
Autre interrogation liée cette fois à la butte de stockage de déchets radioactifs, affaire révélée par la Criirad quelques jours avant la fuite à la Socatri. Ces derniers jours, des taux d’uranium dix fois supérieurs au « bruit de fond » habituel (quelques microgrammes par litre d’eau) ont été mesurés à proximité du site de Tricastin, chez des particuliers. « A certains endroits », détaille le président de la Criirad, Roland Desbordes, « il y a eu des pointes jusqu’à 60 microgrammes par litre ! »
Rapidement pourtant, il s’est avéré que la fuite survenue à la Socatri ne pouvait expliquer une présence aussi élevée d’uranium. Par contre, le tumulus de l’ancienne usine d’enrichissement militaire pourrait être à l’origine de cette pollution. Même si, ici encore, il n’y a aucune certitude.
Quel est l’impact pour les populations, dont certaines ont pu être exposées depuis des années? Quelles seront les conséquences pour l’environnement? Le site militaire est pourtant connu et référencé. Ses déchets, selon le « Rapport Guillemont » réalisé en 1998 par le Haut commissariat à l’énergie atomique, « ont été enfouis entre 1969 et 1976 de manière plus ou moins ordonnée et recouverts de terre »:
« La contamination de la nappe liée à cette butte de stockage a été mise en évidence dès 1977 (…) Il a alors été décidé de démarrer (…) un pompage de fixation de cette contamination. »
Or, précise encore le rapport, « sur la base de 2,6 tonnes d’uranium initialement présentes (dans les déchets), 900 kg environ auraient quitté la butte via les eaux souterraines ».
Les services chargés de contrôler la filière nucléaire ont-ils failli?
Ce que révèle la double actualité de Tricastin, et les associations l’ont rappelé à maintes reprises ces derniers jours, c’est « la faillite du système de sécurité nucléaire français ». Pour Stéphane Lhomme, porte parole du réseau Sortir du nucléaire, les réactions qui ont suivi l’accident à la Socatri sont révélatrices:
« L’Agence de sécurité nucléaire ne pouvait pas ne pas être au courant du délabrement des équipements de la Socatri, puisque c’est la nature même de sa mission de surveiller ce type d’installations. Soit l’ASN est totalement défaillante, soit elle est complice. »
Dans un cas comme dans l’autre, estime encore Stéphane Lhomme, « c’est le crash en plein vol du mythe de la sûreté nucléaire ». Les organisations citoyennes réclament une plus grande transparence et mettent en cause la chaîne de responsabilités. Les plaintes que les antinucléaires entendent déposer pourraient bien déplacer le débat sur le terrain judiciaire…
Mesures: utilise-t-on le bon thermomètre?
Pour les associations, « les chiffres sont, depuis toujours, une manière habile de désinformer, un bon moyen pour brouiller les cartes ». Comme pour le nuage de Tchernobyl stoppé net à la frontière française, les fuites de la cuve d’effluents radioactifs ou les déchets militaires ne sont pas dangereux pour l’environnement et les populations. La preuve, estiment les experts, les taux sont inférieurs aux normes tolérées…
La réglementation internationale, rappelle Roland Desbordes, impose de parler en microgrammes par litre:
« La norme de l’Organisation mondiale de la santé, c’est 15 microgrammes par litre. On mesure ici la toxicité chimique de l’uranium, et non sa toxicité radiologique. Dans ce cas, il faudrait chercher des becquerels… Or, la communauté scientifique est partagée sur le sujet et sur la méthode à utiliser. »
Pour le physicien, « une norme est un compromis entre des intérêts économiques et des intérêts sanitaires. Mais ce que l’Etat oublie trop souvent, c’est que derrière toutes ces mesures, ces chiffres, il y a des gens qui vivent dans des zones sensibles et qui s’inquiètent ».
► Lire aussi: Tricastin: l’arrêt d’une station de traitement, « un coup de com »
► Deux plaintes et une manif: les antinucléaires sur le pont
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La SOCATRI va servir de fusible pour assumer toutes les négligences de l’IRSN, le HCTISN, l’ASN…
Pourquoi faut-il toujours que ce soit la population environnante des lieux sensibles, qui doit dénoncer les prolématiques et erreurs des problèmes majeurs (nucléaire ou militaire … ou radiologiques …) ?
Certains agents ou techniciens ont une « habilitation à la sureté nucléaire », mais n’ont pas tous la formation initiale pour traiter de sujets aussi graves.
Les appareils qui doivent détecter les irradiations, comme il en est des gaz radioactifs, sont parfois à la limite des calibrage officiels (les delta + ou - élastiques)…
Des agents, prenant acte de cette gravité (minimale mais pouvant avoir des conséquences importantes), démissionnent de leur poste plutôt que d’avoir un tel souci sur la conscience.
Des ingénieurs se balladent de site en site, avec du matériel nucléaire dans leur coffre de voiture personnelle, tellement les procédures sont longues et complexes… !
Négligence, inconscience, erreur ou amateurisme ?
Ne venez pas nous raconter que - en sachant qu’il y avait une fuite dans les bacs de trop plein - que ce bac était en maintenance - l’eau polluée par de l’uranium à quand même été versée dans ce bac ????
Si la SOCATRI tombe, c’est entre autres parce que les autorités de sureté nucléaire ont négligé une partie de leur travail, dont la vérification de toutes les applications des procédures de sécurité, de controle, … (imposées par eux-mêmes!)
Si personne n’avait signalé cette fuite (considérée « mineure » par les grands responsables !), combien d’années, de décennies, de siècle aurat-il fallu pour enrayer des « dépôts illégaux » d’uranium militaire et autres déchets… ?
Et dire que nous vendons cela aux PEVD, qui n’ont pas les moyens garantis de contrôle, ni de maintenance préventive ou corrective, ni d’avertir la population, ni d’informer les pays voisins ?????
Et dire que nous nous employons dans un projet de dépollution de la Médterranée !!!! du gigantissisme délirium
à la mesure de la connerie (affairiste !) humaine.
Puisqu’on vous dit que le nucléaire est la solution!

http://kprodukt.blogspot.com
Ce qui me choque le plus dans le traitement de cet incident, non pas par l’article ni même plus généralement par les journalistes, mais par le « système » mis en place au fil des ans depuis la création du CEA et l’époque « héroïque » des années 60 avec les divers organismes, la (prétendue) séparation des applications militaires, R&D civiles et industries nucléaires c’est l’impression d’à peu près, toujours apparente après un 1/2 siècle de mise en place. Il reste toujours un doute après toutes l’infos parues sur tout évènement, incident, accident; je voudrais rappeler pêle-mêle -parce que celà est traité ainsi par les autorités- que les nuages radioactifs qui s’arrêtent aux frontières, les bombes au cobalt 60 manipulées n’importe comment (personne n’a jamais établi une fois pour toute qui fait quoi dans ce domaine, particulièrement les usages médicaux et surtout les traitements de conservation des aliments) et/ou qu’on retrouve parmi les déchets ménagers ou industriels anodins dans des décharges, les obus à uranium appauvri utilisés en ex-yougoslavie et au moyen-orient (nocifs pour certains et bénins pour d’autres), jusqu’aujourd’hui où les nappes phréatiques sont plus surveillée lorsqu’elles sont sous des sols agricoles que sous des sites nucléaires. Sans oublier les sites de stockage dits de longue durée dont on peut avoir des doutes après les dernières nouvelles parues, dont, depuis quelques jours la mine désaffectée en Allemagne du nord qui disposerai de fûts ayant des fuites au bout de quelques années au lieu de montrer les premièrs risques après plusieurs millénaires.
Bonjour,
je ne suis ni pour ni contre le nucléaire et ce que je vais dire est valable pour toutes les énergies :
Il est impossible de produire de l’énergie en quantité suffisante pour nos pays sans impact majeur.
Quel que soit le mode de production il implique des productions de déchets en grande quantité et / ou des impacts majeurs sur la biosphère.
A ce sujet il serait préférable de parler de carburants agricoles au lieu de biocarburants (le pétrole aussi c’est bio).
Il ne reste plus qu’à choisir sa pollution mais de grâce arrêtons de parler d’énergies renouvelables comme si sa consommation était sans conséquences. A l’échelle dont on parle il y a forcément des conséquences.
Bonne journée