
Les amoureux sans frontières face aux lois sur l'immigration
Nombre de couples mixtes s'estiment privés du droit de mener une vie normale en raison du durcissement des lois sur l'immigration.

Tracasseries administratives, enquêtes de police, suspicion permanente sur la nature de leur relation... Ana et Bilal (son prénom a été changé) ont bataillé pendant plus deux ans pour être enfin autorisés à vivre leur histoire d'amour (presque) en toute légalité. Ana a 23 ans, elle est française. Bilal, lui, est Kurde, arrivé en France en 2000. Ils se sont mariés en 2005 et, depuis l'an dernier et l'obtention de la carte de séjour de Bilal, ils soufflent un peu. Juste un peu. (Ecouter le son)
Ana et Bilal ne sont plus vraiment des Amoureux au ban public -du nom de ce collectif créé au printemps 2007 à Montpellier pour soutenir les couples franco-étrangers -, mais leur histoire ressemble à celles de milliers de couples qui, estime le collectif, sont privés du droit de mener une vie familiale normale en raison du durcissement constant des lois sur l’immigration et des pratiques administratives » :
Difficultés pour se marier, mariages célébrés à l’étranger non reconnus, multiplication des obstacles pour l’obtention d’un titre de séjour, familles déchirées par des mesures d’expulsion, intrusion dans l’intimité par des enquêtes de police abusives sont quelques unes des injustices vécues par ces couples.
Ana et Bilal en sont passés par là. Et Ana en garde un très mauvais souvenir :
Quelques semaines après avoir bouclé notre dossier de mariage, le commissariat de Montpellier nous a convoqués. On ne savait pas exactement pourquoi même si on se doutait, on avait déjà entendus parler de ce genre de convocation.
Quand nous sommes arrivés au commissariat, j'ai été interrogée la première et ils ont ensuite utilisé mes réponses pour poser les questions à mon mari. Et voir si ça concordait...
Une intrusion dans sa vie privée qu'elle a vécu comme une agression » : 
Toutes les questions allaient dans le même sens : me faire dire qu'on se mariait seulement pour que Bilal ait des papiers et moi, dans l'histoire, je ne me rendais pas compte qu'il m'utilisait. Le commissaire m'a dit à plusieurs reprises qu'ils avaient déjà eu faire à des jeunes femmes qui avaient été abandonnées par leur mari, parfois même elles étaient enceintes...
Sans compter les propos tendancieux sur les cadeaux que font les Arabes aux jeunes femmes pour les séduire. (Ecouter le son)
Cette culpabilité, ce regard suspicieux que la société porte sur les couples mixtes, Ana et Bilal en ont également souffert. (Ecouter le son)
A Marseille, le mouvement des Amoureux au ban public a ouvert une antenne récemment. Chaque semaine, explique Françoise Rocheteau, permanente à la Cimade pour la Région Paca, deux à trois nouveaux couples viennent se présenter. Ils sont souvent dans des situations inextricables et, à plusieurs étapes des procédures concernant l'étranger » du couple, ils se retrouvent face à des administrations qui appliquent un loi qui est très injuste à leur égard.
Cela a été le cas pour Emilia et José (les prénoms ont été changés). José est Cap-verdien et en situation irrégulière. Ils sont mariés mais ont vécu un véritable parcours du combattant pour y parvenir :
On avait l'impression d'être dans un film. Nous sommes allés onze fois en mairie en l'espace de deux mois pour fournir des pièces qui, à chaque fois, ne suffisaient pas. Le jour même de notre mariage, on nous a dit que le passeport de José était faux et que ça n'allait pas être possible de nous marier... (Ecouter le son)
Les Amoureux au Ban public ont lancé la semaine dernière une campagne nationale d'information et de sensibilisation à destination du grand public. A la rentrée, le mouvement pourrait saisir la Halde (la Haute autorité de lutte contre les discriminations) et le Conseil constitutionnel pour présenter leurs doléances. Une Déclaration universelle des droits des couples mixtes » a même été rédigée au printemps dernier. Déclaration dont le préambule stipule :
Nous, amoureux sans frontières, proclamons le caractère universel et fondamental du droit et de la liberté d'aimer.
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L’amour est enfant de bohème….
Etc… Etc…
Alors prenez garde!
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Pour votre information, on ne donne pas la nationalité tout de suite après le mariage, mais il faut que l’étranger justifie de 4 ans de vie sur le territoire avant de présenter un dossier qui lui même sera étudié pendant environ 1 an.
C’est avec ce genre d’affirmation que l’on fait croire aux gens que la nationalité s’acquiert avec le mariage alors qu’il n’en est rien. Seul un titre de séjour est délivré, et il est renouvelable deux fois un an puis 10 ans en bataillant et je pèse mes mots, avec la préfecture.
L’obtention de nationalité est totalement dissociée du mariage alors rassurez vous, lacher la grappe à ces pauvres couples ne créera pas « d’appel d’air »!!
ne pas généraliser; je connais une italienne qui a épousé un français bien placé (d’origine étrangère lui aussi), et qui n’a connu aucun des problèmes que vous dénoncez.
elle écrit des chansonnettes,
il porte des talonnettes
elle susurre dans le micro
lui on l’entend beaucoup trop!
Un maire ne peut s’opposer à un mariage. Par contre, s’il suspecte qu’il peut s’agit d’un mariage « de circonstance » il doit saisir le procureur de la république. C’était comme ça avant et ça s’est considérablement durci depuis la circulaire « Perben » aux maires. L’entretien doit devenir systématique. Les mairies zélées ne se gênent pas pour saisir la justice et on en arrive à des entretiens particuliers, particulièrement suspicieux dans les commissariats. Les jeunes futurs époux en sont amenés à raconter des choses intimes qui ne regardent qu’eux du genre « Date et lieu de la première relation », « Combien de relations et fréquences, etc. ». C’est absolument abject. Alors qu’à la veille d’un si beau jour, les soucis devraient être la composition de la table de noce, la liste des cadeaux de mariages, et bien quand on est étranger, on doit déballer sa vie privée devant un fonctionnaire de police. C’est écoeurant et concernés directement ou non, on se sent tous salis. On est TOUS salis !
Aujourd’hui se marier avec une personne étrangère c’est être présumé coupable !
J’ai eu les mêmes déboires pour mon mariage. La mairie n’a jamais accepté de prendre notre dossier, c’est le procureur de la république qui a dû donner son feu vert pour qu’enfin nous ayons droit de nous marier.
Mais ne croyez pas que tout est fini une fois le mariage acté, non, non… lorsque « l’étranger » demandera le renouvellement de son titre, je ne serai pas surpris qu’il se retrouve « sans papier » pendant 6 mois comme cela nous est arrivé. A l’époque on nous a dit que la raison pour laquelle il avait eut ses papiers n’était plus valable, qu’il fallait donc reconstruire un dossier précisant que le nouveau motif d’attribution était le mariage. Alors je vous laisse imaginer 6 mois pendant lesquels vous avez peur que « l’aimé(e) » soit interpellé(e), pendant lesquels il est interdit de travailler, pendant lesquels il est interdit de sortir du territoire.
Mais ce n’est toujours pas finit, après il y a la pref., tous les ans il faut prévoir une bonne journée à attendre que l’on traite votre dossier, vous arrivez à 8 heure, vous attendez, vous attendez, on ne vous dit rien et on vous demande toujours un papier qui n’est pas marqué sur la « liste », si vous l’avez, ben il faut encore attendre, vous n’osez pas sortir déjeuner de peur de perdre votre tour, on ne vous dit rien.. et puis vers 5 heure, on vous appelle, vous avez votre renouvellement.. A l’année prochaine!
Ce qui est flippant c’est qu’on n’a rien fait, on s’aime, c’est tout.
Alors quand je lis qu’il faut lutter contre les mariages blancs, je m’interroge. Tout d’abord je me demande s’il y a vraiment une hausse des mariages blancs, si c’est de l’info ou de l’intox. Ensuite, si cela est vrai, je pense qu’il s’agit tout simplement du résultat de notre politique répressive face à l’immigration et je me demande si ce n’est pas plutôt elle qu’il faut changer.