24/08/2008 à 18h18

L'arnaque à la bouillabaisse, un classique de l'été marseillais

Benoît Gilles | Journaliste

Cliché parmi les clichés marseillais, la bouillabaisse n’est plus le plat de pauvres pêcheurs qu’elle était à sa création. Cet emblème de la cuisine populaire est devenu un plat de riches, servi dans les établissements gastronomiques ou produit d’appel pour les restos à touristes du Vieux-Port.

La bouillabaisse n’est vraiment plus ce qu’elle était. Si, pendant longtemps, cette soupe de poissons de roches réjouissait les papilles lors des repas dominicaux, la raréfaction et la cherté du poisson de Méditerranée l’a rendue inabordable pour les grands-mères.

« Quand ça bout, baisse le feu »

Dans un reportage diffusé sur M6 ce dimanche, la journaliste marseillaise Valérie Simonet démonte le mécanisme mercantile qui a transformé ce plat de pauvres en must de la gastronomie locale voire, pire, en leurre pour touristes venus tremper le croûton dans la soupe aux clichés.

A l’origine, au XIXe siècle la bouillabaisse était une recette de petites gens qui se contentaient de petits poissons cuits en bouillon en respectant un principe simple pour sa cuisson : « Quand ça bout, baisse le feu », origine du terme provençal bouillabaisse. Artisan pêcheur à Sormiou, une des calanques de Marseille, Jean-Claude Bianco revient sur ces origines populaires. (Voir la vidéo.)



Les poissons que Jean-Claude Bianco continue de ramener des calanques ne sont plus impropres à la vente, loin de là. Au contraire, ce fils et petit-fils de pêcheur est le fournisseur exclusif de l’une des meilleures tables de la ville. Chaque matin, il vient livrer Le Petit Nice, restaurant gastronomique située sur la Corniche.

Ce tout récent trois étoiles est dirigé par le chef Gérald Passédat. S’il est le premier chef marseillais a obtenir la précieuse distinction du guide Michelin, c’est justement parce qu’il a su réinventer la bouillabaisse de son enfance. Il en a fait une délicate déclinaison ultra-iodée à 135 euros le menu. Un tarif très éloigné du budget resto des touristes qui viennent découvrir les spécialités culinaires du cru.

A 12 euros la formule entrée/bouillabaisse/dessert, un brouet insipide

En effet, l’étendard gastronomique cache une réalité moins engageante quand on promène ses papilles dans les restos situés autour du Vieux-Port. Destinées à hameçonner les naïfs, les cartes affichent des menus bouillabaisse à des tarifs défiant toute concurrence : entre 12 et 20 euros, entrée, plat, dessert.

Armée d’une caméra cachée, la journaliste s’est associé les talents d’une critique gastronomique, Patricia Alexandre, directrice des guides Gault Millau, pour tester l’insipide brouet. (Voir la vidéo.)



Pour ces bouillabaisses, il y a bien arnaque à l’appellation. Dans ces établissements, on sert un plat préparé avec des produits industriels et des poissons surgelés pêchés dans toutes les mers du monde. Ce bouillon est loin de correspondre aux canons culinaires qui justifient sa réputation. Cette situation est bien connue des services régionaux de la Direction de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. (Voir la vidéo.)



Mais il n’est pas du ressort des services de l’Etat de poser un jugement qualitatif sur ce qui distingue la vraie bouillabaisse de ces copies industrielles. Ce sont les restaurateurs marseillais qui doivent faire la police parmi leurs pairs.

Alors soyons sûr que longtemps encore, les touristes confondront ce plat typique de Marseille avec une soupe rouquine à 12 euros où surnagent des patates, une moule et quelques bouts de poisson. Bon appétit ! ► Les recettes à succès de la bouillabaisse, un reportage de Valérie Simonet pour l’émission Capital - dimanche 24 à 20h50 - M6.

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  • brasil80
    brasil80
    Puxador
    • Posté à 18h43 le 24/08/2008
    • Internaute 49428
      Puxador

    J’espère qu’il y a aura ici des réactions de marseillais !

    En attendant, un simple témoignage : j’étais récemment à Marseille en « touriste » (pour une réunion), et j’ai beaucoup hésité à me laisser tenter par l’expérience de manger une bouillabaisse. D’autant qu’il y avait eu il y a quelques mois un autre reportage aboutissant à peu de choses près au même constat que celui cité dans cet article. Bien sûr, grâce notamment au cocktail d’infos des guides et des forums sur le web, on peut trouver des bonnes adresses. mais rarement sur le vieux port, ou bien à des prix astronomiques (55 € pour une bouillabaisse au Miramar, souvent conseillé). Et sauf à sortir du centre ou aller carrément dans d’autres villes, comme Cassis, dur de ne pas avoir l’impression d’être un pigeon à plumer. En outre, la supposée garantie de l’authentique bouillabaisse est sujette à caution : trop de restaurants affichent un prétendu label, et j’ai des doutes sur la réalité d’une telle garantie (NB : prenez exemple sur la « route du Cassoulet » !).

    Pour ma part, j’ai tenté l’expérience d’une bouillabaisse servie à l’assiette, avec tout ce qu’il faut (choix forcément réduit de poissons, mais bouillon délicieux...et du coup, on ne se « gave » pas) et je n’ai pas été déçu. Avec un excellent blanc de Cassis, c’était une bonne soirée !
    Mais pour cela, il fallait juste s’éloigner des quais du vieux port, fureter dans les rues, tomber sur un restaurant avec un cuistot à bonne mine (le pauvre attendait sur le pas de la porte qu’il y ait un peu de monde : ce soir-là, pas grande activité dans les rues), et se fier aux macarons de nombreux guides : quand le Champérard, le Petit Futé, le Gault et Millau (entre autres) recommandent sur plusieurs années, c’est a priori un bon signe. NB : il s’agit de « chez Loury », rue Fortia.

  • Bobland59
    Bobland59
    cadre Cial retraité
    • Posté à 18h51 le 24/08/2008
    • Internaute 47677
      cadre Cial retraité

    Bien vu dans votre article ! ! !
    Je suis à la retraite, mais j’ai eu la chance avec mon métier de faire de très nombreux restaurants et dans toutes les régions de France et du Bénélux .
    Eh ben ! ! ! C’est partout pareil, vous croyez qu’en Alsace la choucroute est d’une qualité irréprochable, tout au tant que dans le Nord avec un potjevleesch ou un brochet au beurre blanc nantais ailleurs etc....
    Partout, dans les lieux touristiques il y a des attrapes nigauds .
    Effectivement les services des fraudes ne sont pas là pour donner un avis sur le goût, mais uniquement sur la qualité dite biologique . Mais ils devraient avoir dans leurs compétences les critères essentiels des recettes dites traditionnelles .
    Après c’est vrai qu’il ne faut vouloir un frichti à 15€ alors qu’il faut déjà quatre ou cinq fois ce prix pour seulement avoir le minimum de bons ingrédients .
    N’est pas gourmet qui veut ! ! ! !

  • vol19
    • Posté à 19h52 le 24/08/2008
    • Internaute 13492

    L’arnaque à la bouillabaisse, n’est-ce pas un peu du réchauffé ?

    Il y a une quarantaine d’année déjà, j’entendais dire les mêmes choses... décevante au vieux port de Marseille, et sur la côte d’Azur inutile d’en parler. En fait, dans un restaurant, celà ne pouvait se consommer que « sur commande » au moins 48 heures, et les prix étaient déjà élevés environ 60 à 80 francs/personne dans les années 70 pour la bouillabaise dite « royale » avec la langouste (une adaptation bourgeoise pour touristes).
    Gamin, nous allions « chez Camille » au Cap Camarat, un coin alors désert, une aventure tant par la route que par canot à moteur, et il fallait réserver longtemps avant. La dernière assez bonne que j’ai dégusté, c’était à Cassis il y a une vingtaine d’année. On survit très bien sans bouillabaisse en fait. Il n’empêche qu’une très bonne, on s’en souvient.
    Le problème, c’est que le plat a été déclassé avec des Erzatz, ou avec un sous produit « l’assiète du pêcheur ».
    Celà dit un jour de mauvais temps, la soupe de poisson vous pouvez la faire vous-même, et la pêcher le matin, c’est du boulot mais faisable... par contre pour les gros poissons, oui, il faut passer à la caisse chez le poissonnier... et c’est devenu quasiment inaccessible.