Grâce au cinéma, la Palestine consolide son identité

La réalisatrice Maï Masri en tournage à Beyrouth (Reuters).

Un cinéma, des cinémas. Les réalisateurs palestiniens ont choisi la pluralité. C'est en tout cas ce qui ressort de la programmation de « Cinéma(s) de Palestine », proposée par l'association de diffusion des cinémas arabes, l'Aflam toute cette semaine à Marseille. Longs et courts-métrages, art vidéo, documentaires qui n'excèdent pas vingt ans d'existence. L'association à l'origine de la manifestation a volontairement privilégié la diversité, comme l'explique Catherine Estrade, programmatrice de l'événement :

« Nous avons voulu multiplier les partenaires pour donner une vision plus large de la création palestinienne. Nous ne nous sommes pas fixés sur un thème en particulier. »

Le résultat est donc pluridisciplinaire, à l'image de ces réalisateurs qui alternent entre différents supports. Le passage de la fiction au documentaire s'opère plus aisément que dans d'autres cinémas, analyse Catherine Estrade :

« Il y a une conjoncture, en partie due à l'existence de la caméra numérique. Il y a aussi une envie de témoigner, de prendre la caméra et de filmer. »

Partager le quotidien d'une identité aux multiples facettes

C'est ce qui explique le grand nombre de documentaires rapportant une réalité de terrain, un quotidien, une identité aux multiples facettes, géographiquement éclatée.

« From east to west », d'Enas Muthaffar, raconte par exemple le déménagement d'une famille palestinienne lors de la construction du mur à Jérusalem pour ne pas se retrouver du mauvais côté. « Enquête personnelle », d'Ula Tabari, pose la question de l'identité pour les Palestiniens habitant en Israël. « Chacun sa Palestine », de Nadine Naous et Léna Rouxel, évoque les interrogations de jeunes réfugiés palestiniens nés au Liban. « Rêves d'exil », de Maï Masri suit la correspondance puis la rencontre entre deux adolescentes habitant deux camps de réfugiés distincts, l'un à Beyrouth et l'autre à Bethléem.

Ces parcours consolident une identité, témoignent d'une histoire qui se joue sous leurs yeux. Le tournage de « Rêves d'exil », par exemple, s'est déroulé quelques jours après la libération du Sud-Liban en mai 2000, occupé par l'armée israélienne. Ainsi Maï Masri raconte :

« Beaucoup de Palestiniens vivant au Liban descendaient à la frontière pour voir leurs parents ou des membres de leur famille qu'ils n'avaient jamais vus. C'était très émouvant de les voir s'agenouiller et toucher la terre. »

C'est d'ailleurs sur cette même frontière que la documentariste a choisi de faire se rencontrer Mona et Manar, les deux jeunes filles de « Rêves d'exil ». Trois mois après la libération du Sud-Liban, la deuxième Intifada commençait et la caméra tournait toujours. La réalisatrice avoue :

« Après cela, beaucoup de choses ont changé pour Manar en Palestine. Elle parlait souvent de ces événements dans ses écrits. »

En dépit des violences, Maï Masri s'attache à montrer le quotidien d'une jeunesse presque ordinaire :

« Dans ce film, ce sont des adolescentes comme toutes les autres avec des rêves d'amour, des sentiments. »

Réalisateur, un métier sous contraintes

Au fil du temps, le cinéma palestinien trouve sa place dans le paysage cinématographique international. Elia Suleiman, dont le film « Chronique d'une disparition » a ouvert la manifestation mercredi soir au cinéma Les Variétés, en est l'une des figures de proue.

Malgré tout, c'est un cinéma qui éprouve encore des difficultés dans la réalisation même des films ainsi que dans leur production, comme le rappelle Catherine Estrade :

« Pour “Intervention divine”, Elia Suleiman était interdit de tournage en Israël. Il ne pouvait pas se rendre à la frontière. C'est pour cette raison que certaines scènes du film ont été tournées à l'Estaque. »

Maï Masri a rencontré les mêmes difficultés : « En principe, il faut un permis de tournage délivré par l'Etat israélien. Ce qui n'arrive presque jamais, alors on se débrouille comme on peut. Ensuite, il faut composer avec les murs, les soldats. Moi, je pense continuellement à l'idée d'être visée. Mais, on en devient très créatif. »

Elle, qui a vécu la guerre au Liban et en Palestine, a développé une énergie extraordinaire qui lui permet de tourner des films dans des situations de prime abord impossibles. Lorsqu'elle a réalisé « Les Enfants du feu » en 1990 à Naplouse, sa ville natale, elle a réussi à tourner durant un couvre-feu. Elle confie : « A partir de là, le film est devenu très restreint. On apprend progressivement à s'adapter, à voir les choses d'une autre manière. »

Pour pallier les difficultés (matérielles et financières), pour renforcer leur poids, de jeunes réalisateurs palestiniens ont décidé, quant à eux, de former un regroupement libre et indépendant en 2006 baptisé Palestinian Filmmaker's Collective. Parmi eux, on retrouve Annemarie Jacir et Enas Muthaffar, toutes deux programmés au cours de la manifestation marseillaise. Maï Masri explique encore : « Nous disposons de très peu de moyens parce qu'il n'y a pas d'Etat pour nous subventionner. »

L'affiche de Cinéma(s) de Palestine (DR).De leur côté, les organisateurs de l'Aflam ont organisé une rencontre entre les réalisateurs palestiniens et les professionnels du cinéma à Marseille. L'Aflam diffusera également le projet fondateur du Palestinian filmmaker's collective, « Summer 2006 in Palestine ». « Il est important que les réalisateurs présentent leurs œuvres », insiste Catherine Estrade. Marseille a en tout cas choisi de les mettre en valeur.

Cinéma(s) de Palestine Au cinéma Les Variétés puis au CRDP à Marseille - Jusqu'à dimanche 1er juin. Programme disponible sur le site de l'Aflam.

2 commentaires sélectionnés

Portrait de thierry reboud

De thierry reboud

Fan-club à kk, carte n° 1 | 12H41 | 31/05/2008 | Permalien

Ce que je trouve particulièrement intéressant dans cet article, c'est qu'il montre à quel point le cinéma palestinien est relativement vivace. Notamment, il est réjouissant de constater qu'il ne se limite pas aux films (que je tiens pour passionnants) d'Elia Suleiman.

Pour le coup, ce constat nous permet de dresser (une fois de plus) un constat navrant : la distribution de ces films demeure, elle, largement problématique. Hors des circuits militants (militants pour la Palestine ou militants pour le cinéma), ces films ont les plus grandes difficultés à émerger sur les écrans.

Ces difficultés de diffusion ne concernent pas, loin s'en faut, que le cinéma palestinien, mais à peu près toutes les cinématographies qui ne sont ni françaises, ni étasuniennes.
Comme à l'accoutumée, Soh se trompe de combat : le lieu, ici, c'est-à-dire dans les commentaires à cet article, devrait plutôt inciter à comparer les diffusions des films israéliens et palestiniens. Or, pour le coup, il y aurait à dire. Par comparaison, le cinéma israélien bénéficie d'une diffusion relativement satisfaisante (ce dont je me réjouis) : pas question de déshabiller Pierre pour rhabiller Paul.
Toutefois, si l'on considère que le cinéma est l'une des formes d'expression rendant compte d'une situation politique, un tel déséquilibre est tout à fait dommageable à notre appréhension des enjeux.

(Pour le cas où Soh serait tentée par l'une de ses diatribes habituelles, je m'empresse de préciser qu'il me paraîtrait très déplacé d'incriminer le CRIF dans cette affaire. Avec Soh, on ne sait jamais…)

Portrait de rayhan

De rayhan

boomrang | 15H40 | 31/05/2008 | Permalien

SHO
je constate que tes posts on etaient replié
tu n'est pas vierge, ?
par ailleur Le film palestinien le plus-plus est assurément Be Quiet « Sois tranquille » un petit chef-d'œuvre de dix-huit minutes trente, Primé à Cannes en 2005 c'est le portrait d'un fils et de son père regagnant Nazareth en voiture après l'enterrement de l'oncle du garçon en Cisjordanie. Entre les scènes où des soldats israéliens harcèlent et humilient le père, on voit son fils l'interroger sur la mort de son oncle. Le père répond qu'il est mort de maladie.alors que le garçon qui a récupéré et caché dans son sac le keffieh taché de sang de son oncle sait qu'il a été tuer par les Israéliens la déception du jeune se transforme en colère a l'égard de son père. Comme un symbole de l'humiliation des Arabes en Israël, mais aussi de la révolte dans la jeune génération
A VOIR ABSOLUMENT
méme si sur la toile le caractére s'exprime

Tous les commentaires

Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89

Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)

Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)

En savoir plus

Accrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.

123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque

Connectez-vous pour entrer votre code