
Généraliser le RSA ? Vu de Marseille, il est trop tôt
A Marseille, 550 personnes bénéficient du Revenu de solidarité active (RSA). Près de 3 000 autres allocataires du RMI ont été « identifiés comme potentiellement éligibles ». Mais à part ces données brutes, le directeur de l'insertion du conseil général des Bouches-du-Rhône, Fabrice Kéhayan, reconnaît qu'il est trop tôt pour dresser un vrai bilan de l'expérimentation. Et pourtant. Sarkozy vient d'annoncer la généralisation du dispositif au 1er juillet 2009.
Nicolas, bac+4, bénéficiaire du RSA
Quand j'ai demandé au conseil général de rencontrer un bénéficiaire du RSA, qui permet à un chômeur de longue durée de reprendre un travail à temps partiel tout en conservant une partie de ses allocations, ils n'ont pas mis longtemps pour le trouver.
Nicolas, 30 ans, a été parmi les premiers à tester le dispositif imaginé par Martin Hirsch. Titulaire d'une maîtrise d'économie et gestion d'entreprise, équivalent bac+4, Nicolas a été embauché à mi-temps par… le conseil général. Depuis la fin du mois d'avril, il travaille au pôle d'insertion de la rue de la République, dans le centre ville de Marseille, touche le RSA et informe -c'est sa mission- sur… le RSA. (Ecouter le son.)
Après deux années à essayer de passer le Capes, il a ensuite enchaîné les petits boulots. Devenu allocataire du RMI et vivant chez ses parents, Nicolas reconnaît aujourd'hui que « cela fait du bien » de sortir du « cercle vicieux » du rmiste chercheur d'emploi. Même s'il reconnaît que, financièrement, l'équilibre reste fragile. (Ecouter le son.)
Pour autant, Nicolas n'a pas de certitude sur son avenir, ni sur la pérennité de son poste. Le conseil général, qui s'était donné trois ans pour mesurer les effets de la mesure, s'interroge sur l'intérêt de la généraliser si tôt. Fabrice Kéhayan explique :
« Lorsqu'on part sur trois ans d'expérimentation, c'est qu'on se donne les moyens d'observer et, surtout, de corriger. Si le cadre donné passe à neuf mois, il sera bien difficile d'améliorer le système.
« Quand on est 100% maître de ce que l'on met en oeuvre, on peut toujours adapter » ajoute le responsable. Une souplesse qui disparaît si l'Etat décide de reprendre la main.
Impossible donc d'apprécier les retombées des « leviers » mis en place dans les Bouches-du-Rhône pour accompagner le dispositif RSA, ou de mesurer le taux de retour à l'emploi des bénéficiaires du dispositif. Fabice Kéhayan explique qu'il n'aura pas les résultats de l'« expertise » lancée « avant la fin de l'année ».
L'une des priorités du Conseil général était de limiter à tout prix le recours à des emplois précaires :
« Pour la collectivité, le développement d'empois à temps très partiel est l'un des risques d'effet pervers du RSA. Nous avons donc décidé que n'étaient éligibles au RSA que les seuls bénéficiaires du RMI qui accèdent à un emploi d'une durée minimale de dix heures par semaine.
“Soit une durée de travail qui nous a semblé suffisante pour permettre l'intégration des individus dans l'emploi. Or, Marseille est l'une des villes en France où le niveau des emplois à temps partiel est le plus élevé”.
Dans une ville qui concentre par ailleurs 70 % des bénéficiaires du RMI des Bouches-du-Rhône, il fallait donc des gardes-fou.
Trois millions d'euros par an pour l'expérimentation, et après ?
Le conseil général a ainsi imaginé un dispositif « d'accompagnement dans l'emploi » pour les allocataires du RSA, mesure attribuée sur appel d'offres au mois de juin à quatre organismes sociaux du département. L'idée était de faciliter l'insertion et d'aider les salariés dans leur négociation avec les employeurs. Une disposition que le cadre général d'application du RSA ne prévoyait pas.
Le département a aussi souhaité impliquer les employeurs, car, estime encore le directeur de l'Insertion, « on ne peut pas faire supporter aux seuls individus la charge de retrouver un emploi ». (Ecouter le son)
Concrètement, « lorsqu'une entreprise recrute un bénéficiaire du RMI (…) que les conditions sont remplies pour que le salarié perçoive le revenu de solidarité active (RSA), alors, nous bonifions de 200 euros par mois le RMA. »
Cette politique volontariste a un coût. Si dans les Bouches-du-Rhône, il est supportable, ce ne sera pas forcément le cas dans d'autres départements. Pendant la phase d'expérimentation, le RSA va « coûter 3 millions d'euros à la collectivité ». Une répartition des dépenses pas tout à fait équitable, selon Fabrice Kéyahan. (Ecouter le son).
Nicolas Sarkozy a également assuré ce jeudi que l'ensemble des droits connexes à l'actuel RMI « ne seront pas remis en cause » et confirmé le recours à une taxation supplémentaire de 1,1% des revenus du capital pour financer le dispositif. Soit. Mais il n'a rien dit sur l'avenir des expériences menées dans les différents départements pilotes pour améliorer le dispositif.
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De KGabou
23H40 | 28/08/2008 |
C'est quand même vraiment drôle… Quand la rumeur court que le RSA va être revu au rabais, ou simplement annulé, on lit : « pourtant là où c'est expérimenté, ça marche ! », et quand on nous annonce que finalement tout est maintenu et qu'il va être généralisé, on lit ce genre d'article. Et le pire vient quand on lit qu'il ne faut pas taxer les revenus du capital, ici même sur Rue89. Quelle mauvaise foi…
De Wiecha
00H36 | 29/08/2008 |
Ci-desous le témoignage d'une allocataire du RSA habitant Marseilles et sa région,posté sur le site du RTO
Il date de quelques mois, mais il montre une réalité souvent occultée.
- Le fait que le dispositif n'est pas toujours plus favorable que l'ancien système de cumul : bien sûr Martin Hirsch pourra toujours rétorquer que ce n'est qu'un cas parmi d'autres, mais si le RSA est depuis le début « individualisable », le principe était qu'il ne devait entrainer en aucun cas une perte de revenu !
- Le fait que la mise en place du dispositif , en ces temps de réduction des effectifs du service public va inévitablement entrainer des retards de traitement dans les dossiers et donc aucun revenu pendant des semaines voire des mois, ce que dénonçaient les travailleurs de la CAF d'Argenteuil lors de la récente visite de Hirsch qui n'a pas daigné leur accorder une minute de son temps et les a fait recevoir par une conseillère ( Le Grenelle c'est fini, la concertation aussi ! )
Voici le témoignage :
http://www.collectif-rto.org/spip.php ? article644
Vous recherchez des témoignages concernant le RSA ( Revenu de Solidarité Active), voilà mon histoire.
J'étais au RMI depuis 2002.Depuis janvier 2008 j'ai repris une activité de 10h par semaine
Je garde un bébé chez un particulier : cet emploi je l'ai trouvé seule, sans l'aide de l'ANPE, ni d'aucun organisme d'insertion.
Au mois d'avril, j'ai fait ma déclaration trimestrielle et déclaré les revenus de mon emploi concernant les trois mois précédents.
Dans le dispositif normal, j'aurais du cumuler pendant trois mois mon salaire et le montant de mon RMI, et ensuite garder un complément sur la base de mon salaire.
Mais début mai, je reçois une lettre de la CAF, m'informant que j'entre dans le cadre du RSA. Bonne nouvelle ?
Pas du tout, la CAF me retire 409 euros de prestations, l'intégralité de mon RMI. Mon dossier RSA doit être instruit, il faut que je fournisse un tas de documents supplémentaires
Grâce au RSA,pour ce mois ci, on ne mange pas ou alors on ne paie pas le loyer ! Quel choix !
Je dois vivre avec 1000 euros pour 5 personnes en attendant qu'ils étudient mon dossier.Je ne sais pas s » ils imaginent la galère.
J » habite Marseille et je peux vous dire qu'ils ne savent plus ou ils en sont avec le Rsa .
Mon assistante sociale est sympathique et humaine, malheureusement elle ne comprend rien non plus au RSA, c'est moi qui recherche les infos et les lui apporte au fur et à mesure.
Ce que je sais, c'est qu'il y a de quoi réfléchir avant d'aller travailler
Post scriptum : après un mois d'attente, je perds 164 euros par mois
bonjour je reviens vers vous pour vous informer de la suite du feuilleton rsa. Donc j aurai droit a 245e de rsa et 174e de rmi
Avant que je reprenne un emploi je percevais 1085e de prestations caf dont 585e de rmi.
Je travaille depuis janvier avec un salaire de 400 euros. Leur calcul est le suivant : ils me donnent 174e de rmi et 245e de rsa ce qui fait un total de 921e de prestations et 400e de salaire. J » ai une difference de 164e en négatif sur mes prestations.
J » ai pas trop à me plaindre mais ils mentent.Je comprends qu » on nous enlève une certaine somme car sinon ceux qui travaillent 35h gagneraient moins que nous mais ce n'est pas ce qu » ont annoncé mr hirsch et sarko.
Selon eux, on ne devait rien perdre, hors SUR MES PRESTATIONS JE PERDS 164E on m'a aussi baissé le quotient familial qui sert aux colonies et centres aérés, j avais 359 de quotient et maintenant 312 cela veut dire que si j inscris ma fille je paierai plus. Je n ai pas encore de nouvelle pour l'apl alors ? MR HIRSCH VOS DIRES SONT DES MENSONGES. J » ai repris un travail on m a baissé mes droits sociaux pour le prochain travail je tacherai de travailler au black merci pour votre ecoute.
De newf
essaye de s'en sortir | 12H33 | 29/08/2008 |
Notre président tient-il vraiment à cette mesure ? Pas si sûr. Il sait très bien que le RSA sera un gadget de plus sinon un emplâtre sur une jambe de bois. Comme ce fut le cas avec les CES et autres emplois jeunes, ce sont les structures publiques ou des associations d'aide à la personne qui embaucheront des RMIstes à temps partiel tout en hurlant contre le travail précaire. Très peu d'entreprises privées s'y risqueront. Sarko semble plutôt tétanisé à l'idée de ne pas tenir des promesses de campagne qu'il n'avait même pas chiffrées. Martin Hirsh avait prévenu qu'il quitterait le gouvernement si le RSA n'était pas mis en place. Vu le passé du Monsieur, on peut croire qu'il aurait tenu sa promesse. Et Sarko ne peut pas se permettre une crise gouvernementale qui remettrait en question sa prétendue ouverture à gauche. Bref il fait de la politique. Ceux qui croient qu'il fait du social par altruisme sont à mon avis des grands naïfs.