
Est-il anodin de parler des pluies marseillaises de mai ?
« Parler de la pluie et du beau temps », cette expression a longtemps fait référence à un usage spécifique du langage : dialogue dépassionné, banal, sans enjeux. Commenter la météo du jour était un moyen d'éviter la controverse, la prise de parti, et donc l'effort intellectuel nécessaire pour argumenter son point de vue.
« Quel vent ! “, ‘eh bien, il fait chaud aujourd'hui ! Parler ainsi, c'était se réfugier dans le constat, voire dans la tautologie. A priori, le consensus était acquis d'avance. Lorsqu'on voulait éviter tout risque de polémique -par exemple en famille, et plus généralement lors de repas qui réunissent des individus éloignés idéologiquement, mais où il faut quand même faire bonne figure- on évitait de parler de politique, de religion, d'argent, et on parlait donc souvent de la pluie et du beau temps’.
64 mm contre 44 mm en moyenne les années précédentes
Or, les choses semblent changer. Les pluies inhabituelles qui sont tombées sur Marseille en ce mois de mai 2008 (64 mm contre 44 mm en moyenne pour les autres années) ont contribué à révéler une nouvelle façon de ‘parler de la pluie et du beau temps’, moins consensuelle et plus problématique. Le caractère exceptionnel de ces précipitations aux yeux des Marseillais, habitués à cette période de l'année à chausser leurs tongs et leurs lunettes de soleil, a suscité des inquiétudes.
Ces dernières sont plus globalement liées à la peur d'un changement climatique majeur qui serait causé par les activités humaines. Elles soulèvent des questionnements de plusieurs types, notamment d'ordres épistémologiques et -au sens le plus large du mot- politiques.
La première forme de questionnement possible est épistémologique et porte donc sur la vérité, plus précisément sur la vérité dont la science est -ou n'est pas- capable. Plusieurs questions occupent actuellement les experts : le climat se réchauffe-il vraiment ? Si c'est le cas, comment mesurer avec précision ce phénomène ? Et peut-on prévoir l'évolution future de ce réchauffement ? Autre problème : les activités humaines en sont-elles la cause, ou l'une des causes ? Et, si on admet une pluralité de causes, comment isoler les facteurs humains des autres -volcanisme, variation de l'activité solaire, courants marins ? Les modèles théoriques et leurs limites
Aucune de ces questions n'a de réponses évidentes, la climatologie étant une science incertaine… expression qui, d'ailleurs, relève presque du pléonasme. Contrairement à une opinion largement répandue, toutes les sciences qui ont un rapport avec la réalité -sciences physiques, sciences du vivant, sociologie, économie, etc.- ont renoncé depuis longtemps à dire la vérité sur le domaine qu'elles étudient. Elles se contentent, ce qui est déjà beaucoup, de proposer des modèles théoriques qui expliquent certains aspects de la réalité observable.
Ainsi, lorsque les sciences et, par exemple, la climatologie, proposent de mettre la réalité en chiffres, en équations, ces derniers ont toujours une valeur de probabilités, de moyennes, de tendances. Un chiffre n'est recevable que si l'on précise la méthode qui a permis de l'établir, et les limites de cette méthode. Pourtant, lorsque les grands médias diffusent des informations scientifiques, ils ne se conforment que rarement à cette exigence, ce qui est particulièrement gênant sur un sujet aussi anxiogène que le ‘réchauffement climatique’.
Comment s'y retrouver dans ce maquis de chiffres ? Comment être sûr que les médias ne se limitent pas à diffuser uniquement les chiffres les plus spectaculaires ? Comment ne pas penser que certains chercheurs subissent la pression de tel ou tel lobby ? On le voit : parler des pluies marseillaises de mai, c'est s'interroger sur la valeur et les limites des découvertes scientifiques.
Admettons à présent que l'on s'accorde sur la réalité de l'impact des activités humaines sur l'évolution du climat, ou plutôt sur son dérèglement. Dans ce cas, ce ne sont plus des questions épistémologiques qui sont soulevées, mais des questions politiques -politiques économique, écologique, éducative, etc. Si ce sont vraiment nos usines et nos automobiles qui, en polluant l'atmosphère, réchauffent la planète et modifient le climat, si on peut accorder du crédit aux prévisions pessimistes émises notamment par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), alors c'est notre mode de vie lui-même qui doit être discuté, et modifié.
Faut-il s'interdire de manger des bananes ?
On se souvient de la façon dont George W. Bush avait argumenté son refus de signer le protocole de Kyoto : ‘Le mode de vie des Américains n'est pas négociable.’ Autrement dit : nos véhicules 4X4, notre frénésie de consommation, nos dépenses énergétiques titanesques ne sont pas ‘négociables’. Lorsque les Marseillais ont observé d'un regard sombre, le sombre ciel de mai, ce sont bien ces angoisses qui se sont exprimées : ne suis-je pas en partie responsable de ces changements ? N'y a-t-il pas des trajets que j'effectue en voiture et que je pourrais faire à vélo, ou en transports en commun ? Faut-il boycotter l'avion, très polluant, et même éviter tout déplacement, tout voyage ? Et s'interdire de manger des mangues et des bananes, qui viennent de loin et donc polluent l'atmosphère ? Les pluies de mai nous conduisent inévitablement à parler de politique, de nos choix de vie, de l'avenir de notre civilisation. La prise de conscience des enjeux environnementaux a ainsi modifié notre façon d'envisager la réalité. Des informations qui pourraient être considérées comme de bonnes nouvelles -le fait qu'il fasse beau et chaud en octobre, par exemple, ou bien que la croissance économique se porte bien- seront en fait source d'inquiétude, parce qu'on verra, dans la première information, une conséquence possible du réchauffement climatique et, dans la seconde, un facteur d'augmentation de ce même réchauffement.
Parler des pluies marseillaises de mai, on le voit, n'a plus rien d'anodin. Nous ne pouvons plus fuir la réflexion et la controverse en parlant ‘de la pluie et du beau temps’. Comme nous l'avons vu, parler du climat conduit inévitablement à s'interroger sur le vrai et le faux, sur le bien et le mal, et sur le caractère éminemment problématique de la réalité. Autrement dit, à philosopher.
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De zénon denon 84
Bonne | 09H34 | 25/06/2008 |
Ben mon colon ,on est pas sorti de l'auberge !
De parousnik
10H48 | 25/06/2008 |
Si la moyenne des hauteurs de pluie tombée sur Marseille au mois de mai est de 44 mm c'est qu'alors il n'y a rien de surprenant a ce qu'une année il tombe 64mm au mois de mai et cela veut dire aussi que certaines années il en tombe moins et beaucoup moins.
http://www.pensee-unique.fr/
à parousnik
De nipivime
;- | 13H00 | 25/06/2008 |
Tout a fait d'accord avec Parousnik. 44 de moyenne ne suffit pas pour juger d'un niveau de 64. Attention à la différence entre moyenne et écart type (en gros, la variation moyenne autour de la moyenne).
Je n'ai pas de série de données chiffrées sous la main, mais un rapide tour des sites météo permet de trouver quelques historiques qui viennent faire paraître très (trop ? ) legère l'entrée en matière de cet article, au demeurant intéressant (source www.infoclimat.fr)
En mm de pluie, sur Marseille
Mai 2008 : 65
Mai 2007 : 53
Mai 2005 : 18
Mai 2003 : 9 ! !
Bref, il a plu plus. Mais pas de drame.
Qu'il y ait des interrogations sur le climat, c'est sûr. Que son dérèglement soit perceptible à travers une année de pluie en mai plus importante que d'ordinaire, c'est visiblement non.
Faut pas pousser mémé dans les nénuphars…
: -)
à nipivime
De Autre raleur
13H08 | 25/06/2008 |
Et, par exemple, il est tombé 62mm le 15 mai 1983… (toujours d'après www.infoclimat.fr).
Bref, on ne peut rien dire avec si peu de données…
De Autre raleur
11H32 | 25/06/2008 |
<<
64 mm par mètre cube d'eau contre 44 mm en moyenne les années précédentes
>>
Le « par mètre cube d'eau » est en trop. On s'intéresse à des volumes d'eau (m^3) tombée par unité de surface (m^2). On obtient donc des mètres (ou des mm) à la fin.
Ensuite, comme cela a déjà été remarqué, ces deux chiffres (64 et 44), tels quels, ne permettent pas de qualifier ces pluies d'exceptionnelles. Cette partie du texte tombe donc dans des travers qu'elle décrit plus loin (simplification, sensationnalisme des médias). On peut toujours dire que c'est voulu et pédagogique bien sûr…
Amicalement,
Autre raleur.
à Autre raleur
De Un compte supprime
nc | 12H20 | 25/06/2008 |
J'allais le dire : il s'agit de metres carres et de mm…
à Un compte supprime
De Rémi Leroux
Rue89 | 12H24 | 25/06/2008 |
C'est rectifié, merci…
De El Niño
12H01 | 25/06/2008 |
Vous dites dans votre article : « Si c'est le cas, comment mesurer avec précision ce phénomène ? »
Et bien justement, il se passe quelque chose d'inattendu, d'important, de capital et je dirais, catastrophique en ce moment : les phénomènes observés sont bien plus graves, importants et rapides que toutes les prévisions annoncées… ça c'est très grave, parce que les journalistes sont encore à se poser la question de savoir si oui ou non il y a réchauffement climatique, si c'est l'oeuvre des hommes ou bien la conséquence d'un truc que des milliers de scientifiques, dont c'est le boulot, n'ont pas réussi à démontrer. En attendant, ces milliers de scientifiques s'accordent pour observer que la température moyenne globale grimpe sans cesse. Par ex, dans les alpes la T a augmenté de quelques degrés en 10 ans. C'est un fait mesurable, quantifiable et non réversible…
Pourriez-vous, chers journalistes, fouiller un peu la question (sans forcément se tape les milliers de page des rapports du GIEC mais en lisant les bullteins de la Fondation Nicoals Hulot for example) et arrêter de faire des micro trottoirs insipides sur la pluie et le beau temps ?
Donc, il faudrait maintenant passer aux actes : politiques mais également citoyens, parce que s'il faut attendre quoique ce soit de nos politiciens… Et de plus ce serait trop facile de tout mettre sur le compte de la politique (puisqu'ils s'en tapent allègrement… sans mauvais jeu de mot)
De karlM
12H43 | 25/06/2008 |
Nous sommes à l'aube d'un changement de société… obligé par l'urgence écologique.
« On ne philosophe pas le ventre vide » Sartre, c'est pourquoi les plus riches organisent la misère.
De Claude PELLETIER
Retraité dans son jardin | 17H54 | 25/06/2008 |
Les personnes qui vivent à la campagne et qui n'oublient pas que la pluviosité est vitale pour les cultures ne réagissent pas comme beaucoup de citoyens des villes non impliquées dans des activités agricoles. De fait, les conversations sur la pluie et le beau temps n'étaient pas aussi anodines, consensuelles que ce que l'on croyait. . Le philosophe caresse du regard ces conditions d'existence qui modulent nos bavardages les plus anodins.
J'aimerais en savoir plus sur les pluviosités de printemps qui ont même touché le Sud. Le nombre de jours pluvieux est probablement plus inhabituel que la hauteur d'eau. Personnellement, j'aimais bien qu'il pleuve un jour sur deux et la température plus clémente ; je crains l'été chaud et sec qui va nous tomber sur la cafetière. Des goûts et des couleurs …