Crise à La Provence, sur fond de pressions des politiques

Une du quotidien régional La Provence

Le syndicat national des journalistes (SNJ) du journal La Provence a rendu public, mardi 8 juillet, un conflit qui couvait depuis plusieurs semaines au sein du principal quotidien de la presse régionale. Dans un communiqué circonstancié, le syndicat dénonce la politique mise en place par le PDG du groupe, Didier Pillet.

Arrivé de Ouest France en début d’année suite au rachat du groupe La Provence par le Groupe Hersant Media (GHM) -cédé par Lagardère avec le groupe Nice Matin pour 160 millions d’euros- Didier Pillet a depuis et selon le syndicat, essayé d’imposer une révolution en interne qui a rencontré de nombreuses résistances. Pour résumer l’esprit de la réforme, le SNJ indique aujourd’hui que plutôt que d’une "mise en marche, il s’agit en fait d’une mise au pas de la rédaction". Ambiance.

La nomination de Didier Pillet avait déjà fait couler pas mal d’encre dans les médias en début d’année, dans Le Canard Enchaîné notamment, et plus récemment dans l’hebdomadaire Marianne. Les deux journaux évoquaient de probables accointances du nouveau PDG avec les hommes politiques marseillais et particulièrement l’équipe municipale de Jean-Claude Gaudin (UMP).

Un jeu d’influence qui passerait notamment par la filiale de GHM pour le sud, en charge de la gestion des anciens titres du groupe Lagardère. Une filiale dirigée, curieusement, par Guy Philip, ancien chargé de communication pour Jean-Claude Gaudin au sein du conseil régional Paca puis à la ville de Marseille, entre 1992 et 2005.

Journalistes politiques mis au placard

La mainmise supposée du cabinet du maire de Marseille dans le fonctionnement de La Provence se serait également traduite par la mise à l’écart de certains journalistes devenus indésirables, et notamment le binôme qui couvrait l’actualité politique marseillaise au moment des élections municipales. La gauche a par ailleurs souvent accusé La Provence de "rouler" pour Jean-Claude Gaudin pendant la campagne électorale… A ces accusations, Didier Pillet répond à Rue89  :

"Les articles selon lesquels j’aurais soi-disant été nommé par le groupe Hersant pour faire gagner l’élection municipale à Jean-Claude Gaudin sont effrayants. Je suis parti de Ouest-France en journaliste de gauche et serais devenu un journaliste de droite en arrivant à Marseille  ! Il faut arrêter…

"Lorsqu’un journaliste de Marianne écrit que Jean-Pierre Chanal, proche de Gaudin [par ailleurs chargé de communication à la Société des eaux de Marseille et ancien journaliste du Provençal, NDLR] est le parrain de mon fils, c’est insensé. Non, Jean-Pierre Chanal n’est pas le parrain de mon fils et je trouve cette façon de faire nauséabonde."

A propos de la mise au placard des journalistes politiques, le PDG de La Provence estime aujourd’hui que le traitement à la veille des élections lui était apparu "ahurissant"  :

"J’ai lu des papiers que je trouvais ahurissants. Il ne me paraissait pas concevable qu’on laisse les élections entre les mains de jeunes journalistes. J’ai posé la question  : où est le service politique  ? Il y avait d’autres journalistes, j’ai donc fait appel à eux."

L’un des "jeunes journalistes" en question couvrait la politique depuis une dizaine d’années  ! Marseille l’Hebdo sacrifié  ?

Par ailleurs, la semaine dernière, l’annonce du probable arrêt dans sa formule actuelle de Marseille l’Hebdo, l’un des titres du groupe La Provence édité par sa filiale Hebdos Sud, est apparu comme une volonté de mettre au pas un titre "impertinent", selon le SNJ.

L’hebdomadaire, créé en 2000 (et auquel, personnellement, j’ai collaboré jusqu’au mois d’avril dernier), a souvent fait figure d’épouvantail au sein du groupe La Provence et dans le paysage médiatique marseillais. Ce journal a toujours bénéficié d’une liberté de ton dont n’a jamais disposé le quotidien. Didier Pillet a fait savoir qu’il souhaitait redéfinir la ligne éditoriale de Marseille l’Hebdo. Selon le SNJ  :

"Les onze journalistes de Marseille l’Hebdo viennent d’être fixés sur l’avenir du titre  : son contenu serait recentré sur l’économie, l’art et l’art de vivre avec une équipe composée de quatre rédacteurs, un secrétaire de rédaction et un chef de service."

Tout le volet "actualité" pourrait ainsi être sacrifié. Certains voyant dans cette décision un nouvel épisode de "l’interventionnisme" municipal… Didier Pillet, tout en assurant vouloir "sauver" un hebdomadaire "mourant", insiste "sur l’absence de ligne éditoriale claire et sur la mauvaise situation financière du titre" et rappelle "que rien de définitif n’a été arrêté. Il s’agit de réflexions, de pistes de travail." Interrogé la semaine dernière dans la lettre Sud Infos, il avait d’ailleurs évoqué l’avenir de l’Hebdo et annoncé des changements "dès la rentrée"  :

"L’Hebdo est très déficitaire, de plusieurs centaines de milliers d’euros. Il a une valeur informative importante, mais pas suffisante pour assurer sa survie. Il faut que cet hebdomadaire fasse la preuve que son modèle économique est viable dans l’indépendance éditoriale."

Selon nos sources, le déficit de l’Hebdo, pour l’année 2007, serait de 45  000 euros. Loin du gouffre annoncé…

Le feu à tous les étages…

Autre sujet de mécontentement pour le syndicat des journalistes  : les contrats signés par les nouveaux titulaires du groupe. Après le rachat du groupe par GHM, une cinquantaine de journalistes ont fait valoir la clause de cession et ont quitté l’entreprise ou sont en passe de le faire. Un chiffre très nettement supérieur aux prévisions de la direction de La Provence. Sur le sujet, Didier Pillet a fait savoir qu’il entendait compenser ces départs par autant d’embauches.

La semaine dernière, indique encore le SNJ, quatorze journalistes de La Provence étaient invités au siège pour signer un contrat à durée indéterminée. Ils ont été surpris de découvrir la nature des contrats… Un représentant syndical insique  :

"Tout est précisé dans les moindres détails et tout est opposable, Il est par exemple stipulé que la non-possession de la carte de presse, à jour, pourra entrainer ‘la rupture du présent contrat sans que la SA la Provence ne doive des indemnités’."

Idem concernant la mobilité professionnelle  : tout refus d’accepter une proposition d’affectation dictée "par les nécessités de l’entreprise serait susceptible d’entraîner la rupture, du fait du journaliste, du contrat de travail’." Le privant des indemnités de départ et de l’allocation chômage. "Une façon habile de les inciter à la docilité", conclut le syndicat.

S’ajoute à tout cela des revendications sur le fonctionnement du service photo du journal, en pleine restructuration, ainsi que la situation de certains photographes, vacataires depuis des années, et toujours en négociation avec la direction sur les droits à l’image et les conditions d’une éventuelle titularisation.

Point supplémentaire soulevé par le SNJ  : le surprenant "remerciement" de Stéphane Bouchet, journaliste recruté le 12 juin dernier en CDI pour occuper le poste de chef de service des faits divers. Ancien du Parisien et de Voici, Stéphane Bouchet a appris, "le 3 juillet dernier de la bouche du PDG", qu’il était débarqué, alors même que sa période d’essai courrait jusqu’au… 12 septembre. Le journaliste n’a pas reçu de motif officiel mais ce limogeage précipité surprend.

Guérini dans la bataille…

Dernier signe s’il en fallait encore. Et signe qui ne trompe pas  : les démonstrations de mécontentement du président du conseil général PS, Jean-Noël Guérini, à l’endroit du quotidien régional. En plein conseil municipal la semaine dernière et pour que tout le monde l’entende, ce dernier avait d’ailleurs été jusqu’à parler de La Provence comme du "quotidien de M. Gaudin". Après le discours de politique générale de Jean-Claude Gaudin, il l’avait même pris à partie  :

"Monsieur le Maire, vous savez ce que va titrer La Provence demain  ? ‘Jean-Claude Gaudin, le visionnaire’. Vous le savez, parce que c’est votre journal."

Une référence au passé à peine masquée, du temps où Gaston Defferre, alors maire de Marseille, dirigeait également Le Provençal et pratiquait un interventionnisme… quotidien, devenu légendaire depuis.

Autre manifestation de l’agacement du président du CG  : il aurait gelé -"sucré"  ? - momentanément les budgets publicitaires du département à La Provence. Dans l’attente d’un départ de Didier Pillet  ? La méthode, plutôt persuasive, est une vieille tradition locale, de gauche comme de droite. Or, lorsqu’on sait qu’un tiers environ des recettes publicitaires du principal quotidien marseillais provient de la publicité institutionnelle (ville de Marseille, conseil général et conseil régional), il y a de quoi se poser quelques questions…

Sur ce point précis, Didier Pillet confirme. Et lâche une bombe…

"Dès le premier jour où je suis arrivé, j’ai reçu des pressions de ce type. Aujourd’hui, je suis sous le coup d’une menace de suppression de budget publicitaire de la part du conseil général. Soit un million d’euros… Chacun, à gauche comme à droite, a ses raisons de penser qu’il n’est pas traité comme il le faut dans le journal. Mais, moi, je ne roule pour personne et cette dépendance au politique n’est pas une bonne chose."

Reste à savoir la stratégie que le Groupe Hersant adoptera dans les semaines à venir. Conforter Didier Pillet dans ses fonctions, au risque de braquer encore plus une rédaction déjà à vif et des annonceurs susceptibles. Ou choisir de lâcher du lest.


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Par quetzal2012
13H21    10/07/2008

Le rachat des grands quotidiens nationaux est déjà intolérable du point de vue de la liberté de la presse mais celui des petits journaux régionaux signifie leur mort assurée, l’information ne peut se faire avec des journalistes muselés et sans des journalistes qui ont encore une haute idée de leur métier!

http://alternativealaconstipationdelapensee.blogspot.com

 
Par pomponette
14H39    10/07/2008

Le fond à retenir de cet article est la main mise du pouvoir sur la presse marseillaise.

Ce qui se passe dans le milieu de la presse, est grave, la droite tente d’avoir la main mise sur l’ensemble des médias.

Aux états-unis pendant longtemps les américains ont cru que Sadamm Hussein était impliqué dans les attentats du 11/09

C’est cette presse que Sarkozy et ses amis nous réserve

Aucune compassion pour les journalistes de la Provence

- Mais Marseille l’hebdo vaut bien mieux que la Provence, et sa liberté de ton doit déplaire, d’où la découpe de budjet.

Bah si la provence devient le nouveau figaro marseillais, il nous restera la marseillaise.com, et la marseillaise papier et peut-être que nous pouvons espérer une mobilisation des journalistes français au vue de la gravité de la situation.

Mais peut-on esperer cette mobilisation, quand la rédaction de libération fustige une soit-disante interprétation faussée de cette vidéo où ns avons un aperçu de la vraie face de Sarkozy

télévision publiques, presse écrite, attention danger
sarkozy et les rapetoux sont en train de tout rafler ..

 
Par Ed Daln
16H30    10/07/2008

C’est un peu dramatique pour la presse ce qui se passe à Marseille, même si effectivement les journalistes de La Provence ne méritent pas la « compassion du public. » Quelques uns toutefois subissent une situation dans laquelle il n’y a plus beaucoup d’issues possibles s’ils veulent continuer à faire leur métier, sinon la fuite pour échapper à l’incompétence et au cynisme d’une hierarchie qui mène depuis plusieurs années le journal dans le mur.
Dernier exemple deux titres sur une fausse rumeur d’enlèvement d’enfants à Marseille. Le journal a du encore perdre des lecteurs cette semaine là. On ne peut pas miser sur la bêtise et le cynisme pour vendre un journal ou alors il faut faire Voici. Eux savent le faire, vont jusqu’au bout et s’adressent à un public très spécifique.
50 départs de journalistes c’est énorme et cela résume la gravité de la situation de ce journal et de la presse à Marseille. Tous ne retrouveront pas un travail.
Un catho bien pensant venu de Ouest France comme Pdg, un directeur de la rédaction ancien rédacteur en chef de Voici, Hersant a mis un drôle de tandem à la tête de l’ancien journal de Defferre.
Leur patron attend d’eux des résultats sans doute, des ventes, des bénéfices, ça va être dur et il y a fort à parier qu’ils n’y parviendront qu’en réduisant les effectifs, en restructurant, en regroupant des services, en fusionnant des activités avec Nice matin, le voisin qui est aussi la propriété de Hersant. Et ils seront bien payés pour ce travail.
Et l’information dans tout ça, la rigueur, le professionnalisme, l’esprit critique, la distance avec les politiques, ce sont des gros mots qu’il ne faut plus employer dans ces rédactions.
La bonne info gardera, espérons le, un espace sur le net, à la radio, sinon ça va être dur de s’informer vraiment dans les prochaines années. Au papier que nous aimions tant se substitue un monde «  paperless ».

 
Par JEAN-DANIEL
18H51    10/07/2008

« La Provence » anciennement « Le Provençal » a toujours été un journal de gauche, du temps de Gaston Deferre son fondateur…. Il fut pendant des années écrit en sous titre « journal des patriotes républicains socialistes… »..
La plupart des journalistes en place sont d’obédience laïque voire socialisante. Alors il est vrai qu’avec la venue de certains journalistes qui n’ont pas été bercés par l’ancienne S.F.I.O. voire un tantinet de « L’Internationale », cela doit faire « drôle »…
De toute façon lorsque les élus de gauche critiquaient Robert Hersant de racheter tous les journaux pour en faire « ses » supports politiques pour lui et les siens, de son côté Gaston Deferre (paix à son âme) gérait également « Le Provençal » titre de gauche mais également « Le Méridionnal-La France » issu d’une droite » droitière qu’il avait racheté à l’armateur Fraissinet… Maintenant force est de constater que ce ne sont plus les ventes aux numéros qui font vivre les entreprises de presse, mais la publicité… alors qu’un journaliste soit de gauche ou de droite cela n’influent nullement sur les revenus du titre. Le tout reste à avoir des annonçeurs qui « pèsent lourds » dans les caisses de la publicité…. et par voie de fait… ceux-ci, actuellement et depuis longtemps, sont des gens de droite ! Sûr que l’on doit « se bouliguer la cafetière du côté du Vieux Port » lorsque le vent change de côté …. A Marseille le Mistral n’est plus un vent de gauche ! Dur, dur, de devoir changer ses habitudes, lorsque l’on a été bercé dedans… Et me reviens cette phrase de Bernard Tapie un jour à Marseille : « Lorsque l’on a pas les moyens de se payer un journal, on s’achète le journaliste »… O fan ! quel pastagas !!!

 
Par Hadrien100
09H42    11/07/2008

Que les barons locaux de droite et de gauche veuillent contrôler à leur profit La Provence est une évidence.
Lecteur quotidien de ce journal dans son édition aixoise, je n’ai pas vu de changements récents dans les articles.Les journalistes semblent s’assurer de l’équilibre en donnant « un coup à droite et un coup à gauche ».
Rien de neuf sous le soleil, sinon des réactions corporatistes, légitimes, de défense de leurs emplois par des journalistes.Ni les tanks soviétiques ni les Hummer de Bush ne sont sur la Canebière.
Quant à Marseille l’Hebdo, il est loin d’être de brulôt avec « une liberté de ton » : quelques articles sur les sardinades ne font une presse révolutionnaire.
Mesdames et Messieurs les journalistes de La Provence ne montrez pas aujourd’hui un goût pour l’indépendance que vous n’avez jamais eue.
La liberté s’est usée parceque vous ne vous en êtes jamais servi !

 
Par Zig
12H43    14/07/2008

Le déluge de commentaires sur la prétendue médiocrité de la Presse quotidienne régionale me fait halluciner: visiblement, ces commentaires sont le fait de personnes qui ne connaissent pas ce métier. Savez-vous, ignares, que l’immense majorité des informations reprises par les agences de presse et par les grands médias sont en réalité données initialement par la PQR? Savez-vous que c’est la PQR qui réalise la plus grande part du journalisme d’investigation en France (eh oui)? Toutes ces infos sont ensuite reprises et passées à la moulinette des grands medias dominants. L’immense majorité des commnentaires exposés ici semblent ignorer complètement cet état de fait pour mieux proférerles habituelles diatribes contre ces journaux que l’on achète « uniquement pour la rubrique nécrologie ». Ne comprenez-vous pas, chers amis, que le coeur de l’information bat à Lyon, Lille, Marseille, Grenoble ou Bordeaux parce que c’est là que l’on va chercher l’info qui intéresse les gens? Sortez donc de votre conformisme bobo et levez le nez de votre ordinateur: nous avons sans doute plus à craindre d’Internet que de la PQR en matière de manipulation de l’info et d’amateurisme journalistique!