Chez HP France, on ferme des agences et… vive le télétravail !

Hewlett Packard Corp a des objectifs de rentabilité. Normal, me direz-vous, lorsqu'on est une société qui pèse 104 milliards de dollars et 140 000 salariés à travers le monde. L'un de ces objectifs est le suivant : réduire, en France, les implantations du groupe. Ce que la direction d'HP dans l'Hexagone s'applique à mettre en œuvre.

Au début de l'été, elle a notamment annoncé la fermeture de plusieurs de ses agences régionales d'ici janvier 2009, « sans suppression de postes ». Une petite centaine de personnes à Aix-en-Provence, Bordeaux, Rennes, Rouen ou encore Villepinte, est concernée.

Sur le site d'Aix-en-Provence, le plus important avec ses trente-deux salariés, les cadres HP sont, une fois n'est pas coutume, descendus dans la rue pour protester contre cette décision de fermeture.

Disons plutôt qu'à l'heure de la pause déjeuner, ils sont descendus sur le parking de l'Europarc de Pichaury -immense pôle d'activités où est implantée l'agence aixoise- et ont accroché une grande banderole « HP, non à la fermeture ». Avant de pique-niquer.

Pierre Roussenq, délégué syndical, dénonce « une décision qui ne tient pas compte de la réalité économique de la région ». HP y travaille avec des entreprises de premier plan (ST Microelectronics ou Eurocopter par exemple) ou des collectivités locales. C'est HP qui équipe, par exemple, quelques 120 000 collégiens d'ordinateurs portables pour le conseil général. (Voir la vidéo)



A Aix, comme sur les autres sites en France, les salariés s'inquiètent de l'effet de ces fermetures sur les relations avec les clients d'un part et sur leurs conditions de travail, d'autre part.

Car, si la disparition de ces agences ne s'inscrit pas dans le cadre d'un plan social, la direction de HP France propose toutefois « d'accompagner ses salariés vers le télétravail ». Pierre Roussenq ne décolère pas :

« C'est un odieux chantage à l'emploi. En résumé, c'est soit vous acceptez de travailler chez vous, soit vous partez… »

Pour Caroline Garnier, en charge des relations sociales chez HP France et responsable du SHSCT-Provence, il s'agit là d'une « stratégie immobilière définie au niveau mondial de rationalisation des sites » qui ne devrait avoir que « peu d'incidences sur les conditions de travail ». (Voir la vidéo)



Selon les organisations syndicales toujours, « le montant de l'économie attendue avec ces fermetures est de 400 000 euros par an pour l'ensemble des sites, soit 0,01% du chiffre d'affaires d'HP France ». Pierre Roussenq :

« Par contre, les coûts générés par ce passage en télétravail sont négligés, ce qui en dit long sur l'attention que HP souhaite porter aux conditions de travail de ses employés et sur les mesures de compensation qu'elle compte mettre en œuvre. »

HP absorbe Electronic Data System

La décision d'abandonner ces agences est intervenue dans un contexte beaucoup plus large pour le groupe américain. Hewlett Packard vient en effet de finaliser le rachat d'Electronic Data System (EDS), spécialiste des systèmes d'information, pour un montant qui avoisine les quatorze milliards de dollars.

Une acquisition qui impliqué une redéfition de sa « stratégie immobilière ». C'est ainsi par exemple qu'à la veille de la signature définitive du rachat d'EDS, les 640 salariés du site historique d'HP à Issy-Les-Moulineaux ont appris qu'ils seraient bientôt déplacés vers le site des Ulis, dans l'Essonne. La direction ayant assuré, une nouvelle fois, qu'il n'y aurait pas de plan social.

La semaine dernière, au niveau européen, quarante représentants syndicaux du secteur ont exprimé leurs inquiétudes concernant les effets possibles de ce rachat sur l'emploi et les conditions de travail. Ils ont demandé aux directions des deux sociétés une plus grande transparence sur les redéploiements d'effectifs à venir.

Exemple encore sur le site d'Aix-en-Provence où l'on se dit que rapprocher l'agence d'HP et celle d'EDS, également implantée dans le secteur, serait peut-être une bonne idée pour « réduire les m2 et continuer à travailler en équipe ».

Pas sûr cependant que la solution cadre avec la « stratégie mondiale de rationalisation des sites »…

7 commentaires sélectionnés

Portrait de XavierB

De XavierB

15H51 | 15/09/2008 | Permalien

Plus de locaux, des salariés qui ne se rencontrent plus, ne se connaissent pas, bref qui n'existent pas en tant que groupe, voilà un grand bon en avant pour le dialogue social.

Portrait de rubbish

De rubbish

16H46 | 15/09/2008 | Permalien

Je vois pas l'intéret d'attaquer le télétravail… moi je trouve çà très bien. On n'est plus au moyen age et l'informatique et les télécommunications ont évoluées. On a tous les outils pour qu'une grande partie des salariés puissent travailler de chez eux alors pourquoi on ne les utilise pas ? Sans compter que c'est un remede contre l'engorgement des villes, contre la pollution automobile et que çà permet de faire des economies et de gagner du temps… On peut aussi avoir une vie sociale en dehors du travail vous savez…
Bon évidemment faudrait que les économies réalisées profitent aux salariés et pas qu'aux actionnaires…

Portrait de kessy007

De kessy007

kessy007.blogspace.fr | 16H51 | 15/09/2008 | Permalien

Xavier, je suis d'accord avec toi. Travailler à la maison présente le lourd désavantage de briser les liens du boulot entre les employés. Les gens ne se connaissent etc. La motivation peut aussi en prendre un coup.

Toutefois, le télétravail est une bonne méthode pour réduire les coûts des entreprises et passer plus de temps en famille, tout en travaillant en tâche de fond. Cela permet une flexibilité et de combattre le stress au boulot en étant chez soi. 3 jours à la maison et les 2 autres jours au boulot ou pour des réunions. Moi cela me plairait. Cela peut aussi être un piège si le boulot nous submerge. Les heures sup » ne seront pas payés.

Globalement, je suis assez pour d'autant que l'informatique est vraiment un bon moyen de rester en contact avec le reste des collègues comme le dit rubbish.

Qu'en pensez vous ?

Portrait de Gordon Zola

De Gordon Zola

17H39 | 15/09/2008 | Permalien

Qu'ils conaissent pas leurs collègues, ça m'etonnerait. A l'epoque de vidéoconférences, c'est un jeu d'enfant à organiser une reunion où chacun reste chez soi, tout en étant en contact permanent avec les autres. Plus de frais de transport, plus de stress des embouteillages ni galère des trains en retard. Et rien n'empêche de se voir en vrai, une réunion physique 2 fois par mois par ex., avec bouffe dans un endroit sympa, ça soude une equipe. C'est bien plus intelligent que de lacher tout ce monde sur les routes entre 7 et 9 du matin.

Portrait de vol19

De vol19

awash | 19H56 | 15/09/2008 | Permalien

Le telétravail : une panacé ? Assurément une solution pour éviter la pénibilité du transport mais à quel prix ?

On ne se rend jamais compte à quel point le travail comporte :
-une dimension sociale, du pire au meilleur, mais en tout cas faire partie d'un groupe,par exemple, montrer un projet de lettre à des collègues, échanger des idées, des arguments, se sentir parfois un peu sous pression lorsqu'on est « down », ceci surtout pour les professions commerciales ou communicantes qui donnent une part d'elles-même.
- une dimension identitaire, un espace, un logo, une architecture, un bureau à soi, le nom sur une porte dans l'espace, un réseau social, bref une place matérielle et symbolique, un emploi du temps, celà fait partie d'une l'identité professionnelle… certes parfois du pire au meilleur, mais ça fait partie de ce qui est étayé pour l'individu.

- Travailler chez soi, suppose également de construire des ancrages, d'investir un espace chez soi, une pièce bureau. C'est acceptable quand c'est une activité « personnelle » créative, mais héberger une multinationale chez soi pour aller directement chez les clients, c'est bizarre, envahissant. Le risque est d'aboutir à une confusion temps personnel/professionnel et de ne jamais décrocher complètement du boulot. Ce n'est pas facile pour tous de cadrer ce temps professionnel vis à vis des demandes de la famille. Le risque du système, c'est l'isolement, la sclérose, et quelquepart une forme d'aliénation qui fragilise, voire oblige de devenir « un stratège relationnel », et donc le professionnel finit par aliéner le personnel.

Sans doute est-ce différent dans un métier de création, ou l'investissement professionnel se fait dans de la matière grise, enseignement/recherche, journalisme, ingénieur développement informatique, étude marketing, architecture, graphisme… mais à un moment le besoin d'échanger en groupe se pose. Par contre celà me semble encore plus problématique dans un métier commercial, vente, service à une clientèle, maintenance… ou un CONTENANT est tout de même utile pour pouvoir le « vendre » ? Sinon c'est très épuisant pour le vendeur, c'est plus lui qu'il a le sentiment de vendre en fait…

Dans le télétravail, il y a des coûts cachés à prendre en compte, une pièce à consacrer, des déplacements en voiture, des rencontres, du temps télécom, des séminaires, des contacts à organiser… et celà finit par coûter. Il me semble que tout le monde ne réagit pas de la même façon à ce type de configuration de travail. Les contenants, les cadres, les temps sociaux sont nécessaires, ce qui manque dans le télétravail, pire encore si par illusion de confort il se fait à la campagne.

Portrait de mar_le

De mar_le

informaticien | 23H04 | 15/09/2008 | Permalien

Le télétravail consiste à travailler chez soi et pas à interdire aux collègues de se voir. Soyez imaginatifs : je fais du télétravail depuis près de trois ans. Adieu le stress des transports, les collègues qui te racontent leur vie, qui veulent absolument t'emmener déjeuner alors que toi t'as juste envie de rester le cul sur ta chaise.

Je ne comprends pas vraiment cette réaction négative : le boulot doit-il absolument créer du lien social ? A quel prix ?

Entre collègues, nous avons trouvé la solution : nous nous voyons après des réunions client, dans un troquet pour échanger nos idées, discuter de projets…

Portrait de fo-HP

De fo-HP

08H41 | 16/09/2008 | Permalien

Il faudrait peut-être un peu replacer le débat : Il ne s'agit pas d'être pour ou contre le télétravail. Le télétravail est largement pratiqué chez HP et depuis longtemps. C'est bien évidemment un très bon moyen de réduire les problèmes de transport et de réduire la pollution.

Le télétravail « choisi » est une chose - La fermeture brutale d'une agence qui assure une présence commerciale depuis 30 ans en laissant comme seule option aux employés de travailler de chez eux en est une autre.

On peut rajouter quelques informations de contexte : un concurrent majeur de HP dans les PC ne possède aucune agence de province - Tous ses commerciaux travaillent de leur domicile :

1) Ils choisissent ce mode de travail en signant leur contrat de travail.
2) Il bénéficient d'une prime d'installation - de « frais d'atelier » à hauteur de 280€ par mois et du remboursement intégral de leur communications (adsl, téléphone)

HP - qui fait plusieurs Milliards de $ de bénéfices, comme je le dis dans ce reportage, ne propose rien !
Ce n'est donc pas une question de culture ou un souci de préserver la planète, mais bien la seule volonté de faire des économies sur le dos des salariés.

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