04/08/2008 à 08h56

A Marseille, les amoureux ne se bécoteront plus sur les bancs publics

Sara Vidal | Internaute



Les allées de Meilhan, Marseille (Rémi Leroux)

Je voudrais dire de cette ville qu'elle est sotte à défaut d'être cruelle. La ville, je veux dire ses édiles, ses notables, ses aménageurs, ses cellules de vigilance et autres Comités d'intérêts de quartiers.


Mairie des 1er-7e arr., kiosque à musique (R.L.)

9h20 – 28 Juillet- La mairie du 1-7 comme on dit, pour singer le 9-3 de la région parisienne. Devant la mairie (près des « Mobiles »), une large place avec son beau kiosque à musique inutile depuis un début de XXe siècle familial, piéton et militaire, une fontaine, plutôt un bassin d'eau. La place vient d'être refaite. Pourquoi me parait-elle soudain plus large, plus grande ? A cause de la lumière de ce matin d'été ?

Emerge alors cette évidence : plus aucun banc qui pourrait en couper la perspective. Tous les bancs publics en ont été enlevés. Pour s'asseoir, si on tient vraiment à s'asseoir – moi oui parce que ma jambe droite est malade - il reste un ou deux murets en bordure, de bonne longueur et très étroits.

Interdiction de s'asseoir...

10h – 28 Juillet- Les allées de Meilhan, haut de la Canebière. Les arbres sont hauts, feuillus, l'ombre agréable, fraiche. Quelques bars ouverts, des tables en terrasses. Et les bancs pour se reposer un peu, profiter de l'ombre, donner rendez-vous, feuilleter son journal, vérifier quelque chose dans son sac ? Aucun. Aucun jusqu'au bas de la Canebière, et seul un des quais du Vieux Port a bien voulu en accueillir.

Des bancs publics avec deux barres transversales féroces, façon accoudoir, dont la fonction est évidente : interdire de s'y allonger. Au promeneur, au piéton fatigué, à celui qui erre, sont concédés des rebords, des rehaussements devant des portes d'entrée, le cylindre d'une sorte de colonne Morris, les dégradés d'une place.


Les allées de Meilhan, Marseille (R.L.)

Je ne décris pas là un bout de quartier un peu délaissé de la ville parce que lointain. Mais le centre-ville, que dis-je le cœur même du centre-ville ! Ce centre-ville « colonisé » par des petits groupes avinés de SDF, par des jeunes ou moins jeunes mendiantes roumaines en longues jupes scintillantes. Si on pouvait ne pas les attirer, ne pas leur rendre la vie facile !

Mais comment font-ils ailleurs ? A Toulouse, à Paris (promenade au-dessus du boulevard Richard Lenoir), à Lyon (rue de la République) ? Il me semble que pour aller au bout de la logique marseillaise, il serait urgent de supprimer toutes les marches des escaliers de la Gare Saint-Charles, derniers gradins d'un amphithéâtre majestueux en balcon au-dessus de la ville.

Capitale européenne de la culture ?

Le b-a-ba de la culture, c'est l'urbanité, le souci qu'aurait une ville de répondre d'une façon à la fois élégante (travail du mobilier urbain) et conviviale aux besoins les plus simples de ses citoyens et de ses visiteurs : marcher – se reposer - respecter ceux qui sont vieux ou malhabiles ou chargés de paquets ou soumis à la lenteur des poussettes et des enfants ou éberlués de soleil ou fatigués du voyage ou de leur vie.

L'urbanité : le plaisir simple et gratuit de la diversité des piétons, de la marche et de ses haltes, de la conversation impromptue comme elle se tisse encore un peu sur les bancs de l'unique jardin public de ce même centre-ville. L'urbanité : cesser de confisquer de plus en plus d'espace public au profit des terrasses des cafés et des restaurants à qui sont confiés – moyennant argent - les escales des Marseillais et de leurs visiteurs.

Photos : (Rémi Leroux)

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  • Sam_J
    Sam_J
    Concernée
    • Posté à 13h00 le 04/08/2008
    • Internaute
      Concernée

    Lors de la présentation de la nouvelle Canebière, la mairie centrale avait en effet indiqué (cela remonte à des mois) que la suppression des bancs publics était un choix assumé, afin de favoriser la déambulation et contraindre les malheureux fatigués à s'asseoir aux terrasses des cafés avoisinants. Consommez, consommez, il en restera toujours quelques chose...

  • m a i a
    • Posté à 14h25 le 04/08/2008

    Pour vous :

    Lienenvoyé par Lien

    Les bancs, Franck Monnet, in Les Embellies.

    Fanent, les rayons du soleil, ces soirées automnales
    Sont longues et légères, dans les allées du parc...
    Zenith va nutant, mon esprit t'accompagne.

    Sur le kiosque on dit Prévert, hier on jouait Mozart,
    Les amoureux s'bécotent au mépris des pancartes,
    Ils ont la main verte, tous les buissons savent ça.

    Faut-il qu'elle aime les bancs...
    Faut-il qu'elle aime les bancs...
    Faut-il qu'elle aime les bancs, pour s'installer comme ça.

    Tonne la clameur désuète de la mini-fanfare
    Qui sous les grands mélèzes, invite les trainards,
    flotilles indolentes, à emboiter son pas.

    Comme les portes toutes se ferment,
    sans joie mais sans malaise, des gardes fouillent le parc, des fois qu'on néglige le rituel vespéral...

    Faut-il qu'elle aime les bancs...
    Faut-il qu'elle aime les bancs...
    Faut-il qu'elle aime les bancs, pour y rester comme ça.

    Faut-il qu'elle aime les bancs...
    Faut-il qu'elle aime les bancs...
    Faut-il qu'elle aime les bancs, pour s'agripper comme ça !

     : -D

    maia, monnette aussi.

  • adaunis
    • Posté à 14h39 le 04/08/2008

    C'est vrai que dans nombre de villes, vivant entre autres du tourisme, la contribution des « spécialistes » de l'aménagement Urbain ne concourt pas à être « amoureux ».
    « Des bancs publics avec deux barres transversales féroces, façon accoudoir, dont la fonction est évidente : interdire de s'y allonger. »
    Un grand poète n'aurait jamais pu s'exprimer dans ce décor là :

  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 14h41 le 04/08/2008
    • Internaute
      Prisonnier dans le village (...)

    Excellent article . Peut etre le meilleur de Rue89 depuis longtemps .
    Rubrique à créer « Fractales » : les fractales representatives de cette nouvelle société délirante et egoiste ..
    Et Dieu (et la bonne mère) sait si Marseille est encore une ville humaine , si on la compare à ce qu'est devenue en vingt ans Paris Intra Muros ..

  • dalun
    • Posté à 16h11 le 04/08/2008

    où sont les bancs ? où ? , rendez les bancs ! Les ont ils regroupés dans des centres de rétention de bancs , des bancs de tout pays , de toutes couleurs , en fer forgé , en bois lazuré ,hêtre , châtaignier , chêne ,même en plastique ...
    Les bancs créer t'ils un trouble à l'ordre public ?
    Peut être veulent ils expulser les bancs ? C'est vrai que assis l'humain parle , observe , rêvasse ( dangereux ), s'endort , que sais je encore ! ! !
    A tous les décideurs , les créateurs de ce vide urbain , supprimez vos chaises une journée , et ... ressentez ! si si , vous avez vous aussi le droit de rester debout en permanence . ! ! ! ? ...merci pour cet article .. !