05/06/2008 à 16h05

97 victimes pour un chirurgien pas vraiment esthétique



Michel Maure à sa sortie du tribunal correctionnel de Marseille, le 4 juin 2008 (R. Leroux).

« J'ai souffert le martyre, j'ai tout senti, les actes de coupures, les doigts qui rentrent sous ma peau, la pose des implants et puis quand il m'a recousue. Je me suis évanouie à deux reprises pendant l'intervention… » Au procès de Michel Maure, on ne compte plus les témoignages comme celui-là.


Michel Maure et son défenseur, Me Ramirez (Ben8).

Depuis le début de la semaine, et pour encore dix jours, l'ex-chirurgien esthétique comparaît devant la 6e chambre du tribunal correctionnel de Marseille. Face à lui, 97 plaignants (dont quatre hommes) qui ont eu recours, entre 2001 et 2004, à ses services. Et pour lesquels tout ne s'est pas passé exactement comme prévu.

Pour l'un des avocats de la partie civile, « c'est le premier procès de la chirurgie esthétique low cost ».

Dans les premières heures de l'audience lundi matin, les témoignages des femmes passées entre les bistouris du docteur Maure -il a été radié de la profession en janvier 2007- ont largement étayé cette version. Dans sa clinique Saint-Bernard, située dans le quartier des Chartreux (IVe arrondissement), Michel Maure aurait, selon ses dires et pendant les trois dernières années au cours desquelles il a exercé, « posé 500 prothèses et fait 750 liposuccions ». Des chiffres qu'il avance non sans fierté mais qui cachent une réalité plus… sanglante.

Derrière la grille fermée de la clinique, du personnel en tenue de ville

Tout se passait donc dans sa clinique Saint-Bernard, établissement pourtant fermé sur décision administrative depuis 1995 ! A ses patientes qui s'interrogeaient d'avoir attendu devant une grille fermée, de ne croiser personne dans les couloirs, d'avoir affaire à des personnels peu nombreux et en tenue de ville, le ex-chirurgien trouvait chaque fois des explications rassurantes. Seuls lui et ses deux assistantes hantaient les couloirs de la « clinique fantôme ».

Pour attirer ses clientes, le chirurgien pratiquait une active campagne de promotion commerciale. Petites annonces passées dans les journaux, cartes de visite ventant la « clinique esthétique de la Corniche » avec la mention « international » et même un site internet « lancé dès 1995 », « magicclinic.com ».


Le sac aux escargots de Michel Maure (Ben8).

Aux enquêteurs, il s'était même présenté comme « le plus grand chirurgien esthétique du monde ». Mais surtout, Michel Maure pratiquait des tarifs à faire pâlir de jalousie ses « confrères » et assurait à ses clientes qu'elles seraient « de retour chez elles le soir même ». Un pratique commerciale plutôt efficace puisqu'il revendique plus de 5000 clients.

« Quand j'ai vu le bloc opératoire, j'ai pris peur. Cela ressemblait plus à une cuisine », a témoigné Linda. Certaines ont vu le docteur Maure et son « assistante » marcher dans le sang qui s'écoulait au sol, une autre, venue pour une liposuccion, assure que le « pot à graisses » circulait d'un bloc à l'autre. Yamina raconte ainsi :

« Il y avait plusieurs blocs. Je le sais parce que j'avais tellement mal que j'ai hurlé et j'ai entendu une dame, dans la salle d'à côté, qui disait “ce n'est pas normal qu'elle crie'… Je crois qu'elle est partie sans se faire opérer…”

L'acte d'accusation sur ces questions se passe de commentaires :

“Les experts ont estimé que ni l'installation ni le matériel ni les produits utilisés ni les moyens matériels ni la qualification du personne ni le mode de fonctionnement du cabinet ne permettaient à Michel Maure de pratiquer des actes de chirurgie esthétique ou autre en conformité avec les obligations de sécurité et de prudence en la matière.”

Si aucun drame n'est arrivé, chez certaines, les conséquences physiques et morales sont lourdes. C'est le cas par exemple de Catherine, qui a déjà témoigné dans des émissions de télé consacrées à l'affaire de la clinique fantôme et de son unique représentant. Plus de cinq ans après la pose de prothèses aux seins, son calvaire n'en finit pas :

“L'opération a été un échec total. Non seulement, elle a été extrêmement douloureuse, il m'a recousue à vif, je voyais des morceaux de chair sur un plateau qui devaient correspondre à des morceaux de mon sein gauche, je me suis uriné dessus pendant l'intervention parce que je n'avais pas osé utiliser les sanitaires tellement ils étaient sales ; mais j'ai également eu de très nombreuses complications après l'intervention. J'ai de nouveau consulté depuis et les médecins m'ont dit que tout n'était pas réparable tellement les dégâts étaient importants.”

Pour Yamina, opérée du nez, même “calvaire” :

“J'ai tout senti, j'avais l'impression que mon nez était soulevé. En plus, le Dr Maure m'avait convaincue de me faire refaire la poitrine. Il m'a opéré deux jours après le nez.”

Le président de tribunal, Vincent Turbeaux (Ben8).

Là, le président du tribunal, Vincent Turbeaux, l'interrompt, curieux de savoir pourquoi “après ce que vous aviez subi, vous y êtes quand même retournée ? ‘ Et Yamina, penaude, de répondre : J'avais payé’.

‘Vous mentez ! Vous êtes une grande actrice’

Face aux charges de l'accusation et à la longue litanie des témoignages de ses anciennes clientes, Michel Maure reste imperturbable et avance, à chaque fois, une explication précise. Selon une ligne de défense d'ailleurs bien ficelée. Costume-cravate de rigueur et célèbre ‘moumoute’ bien ajustée, aujourd'hui âgé de 59 ans, Michel Maure affiche une arrogante assurance. ‘Vous mentez ! Vous êtes une grande actrice’, s'est-il emporté, s'adressant à une femme qui disait avoir reçu durant son intervention une vingtaine de piqures anesthésiantes au niveau de la poitrine.

Mais, la plupart du temps, Michel Maure s'en tient aux explications techniques et scientifiques, se réfugie derrière les ‘programmes opératoires’ pour balayer la douleur de ses ex-clientes, invoque l'esprit et la lettre de la chirurgie esthétique :

‘Que voulez-vous, c'est la chirurgie esthétique, ce n'est pas anodin, pas naturel. Il faut en accepter les petits désagréments.’

Lorsqu'il ne peut répondre aux questions du président Turbeaux, il prend alors sa posture favorite : celle de l'homme traqué. Une stratégie à double détente, avec d'un côté la cabale médiatique, qu'il a détaillée à Rue89 :


Et de l'autre, la jalousie d'une profession liguée contre lui :



Jean-Luc Blachon, substitut du procureur (Ben8).

Mais plus d'une fois, le président et le ministère public l'ont remis à sa place :

‘Contentez-vous de répondre précisément aux questions. Vous avez ici un statut de clown, alors conservez-le. Sinon sortez…’

Michel Maure est poursuivi pour une dizaine de délits liés à la pratique de la chirurgie esthétique : mise en danger de la vie d'autrui, blessures involontaires, travail illégal par dissimulation, publicité mensongère, tromperie aggravée sur les qualités substantielles des prestations de service ou encore non-remise de devis et, dans un cas, menaces ou acte d'intimidation. Il risque un peine maximum de 4 ans de prison et de 75 000 euros d'amende au titre de la tromperie aggravée.

  • 27426 visites
  • 60 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • Les Chats
    • Posté à 16h31 le 05/06/2008

    Il y a un vrai problème en France concernant cette profession, comme celle de la médecine en général.
    Le Conseil National de l'Ordre des Médecins (CNOM) possède une liste des professionnels radiés de la médecine, je ne vois pas pourquoi les citoyens n'auraient pas le droit d'avoir cette liste, pour leur sécurité, sans compter les drames personnels et les souffrances, c'est aussi le plombage de la Sécurité sociale.

  • adaunis
    • Posté à 17h14 le 05/06/2008

    Quel héros ce clown (pardon pour les clowns) !
    Laisse tes tiques disait il !
    Je vais te tirer le portrait !
    Michel Maure, (médecin qui en photo a l'air massif), de la clinique de la Corniche » pas de l'Esterel, pour un « maure » cela « bat de soie » !
    Ce « médecin malgré lui », lui aussi à l'insu de son plein gré, doit faire face à son tour à des plaignantes au Tribunal, le président portant un nom salvateur et dynamique pour ce procés ronflant : Turbeaux.
    93 femmes, quatre hommes, (ce qui laisserait à penser que les hommes se suffisent à eux même (je plaisante), toutes et tous opérés pour ne pas dire massacrés (roman noir) dans une clinique fantôme, (où sont les vampires), puisqu'il y avait beaucoup de sang, (que fait Buffy), enfin quoi, nous avons là tous les ingrédients d'une bonne série télévisée, (Plus belle la vie sous le soleil) !
    J'efface tes rides, pour une femme tu ressembleras à « deux neuves » !
    C'est vrai aussi comme le rappelle « Prolo du livre », que les histoires de cliniques à Marseille !
    C'est quand même pas juste !
    Il méritent mieux que cela, mais peut être aussi, Dieu les « garde », que si on se fait tirer vers « Notre Dame », on cicatrise mieux au Soleil, si on fait parti du haut du « Panier » !

  • ClaireChar
    • Posté à 18h30 le 05/06/2008

    J'ai aucune pitié là je suis confuse, ils vont dans des trucs cheap de charlatans pour se refaire des trucs superflus, le mec incompétent a eu la décence il semblerait de ne pas pousser la machine anesthésie à fond pour éviter qu'elles ne se reveillent jamais et donc forcément elles ont du jongler sévère
    ca leur apprendra à consommer la médecine comme le coiffeur ou la manucure

  • Phil2922
    Phil2922
    Retraite invalidité
    • Posté à 20h57 le 05/06/2008
    • Internaute
      Retraite invalidité

    les patients ont souffert, et souffrent encore, car le « boucher » ne faisait que des anesthésies locales. Une anesthésie générale lui était trop dangereuse à faire. C'est étonnant que les personnes soient allées jusqu'au charcutage, au vu de la vétusté des locaux. Elles devaient être vraiment en souffrance morale et matérielle pour accepter d'être entre les mains de ce charlatan... !

    Lien

  • carolusmagnus
    • Posté à 21h31 le 05/06/2008

    Les charlatans sont condamnables, c'est un fait. Mais pour qui a vu à la télé l'enseigne de la « clinique » du charlatan, il semble que les gogos qui se sont laissés prendre avaient un pois chiche à la place du cerveau. On a vu des panneaux composés d'une écriture maladroite et irrégulière tels qu'un enfant de 10 ans aurait pu les peindre. Il n'était pas besoin d'être très futé pour voir que ça sentait l'amateurisme, voire l'arnaque à trois kilomètres. Et c'est toujours la même constatation : il y a des charlatans parce qu'il y a des couillons pour les croire.

    Lien

  • Picospin
    Picospin
    Prof émérite (Paris12 et St- (...)
    • Posté à 15h53 le 06/06/2008
    • Internaute
      Prof émérite (Paris12 et St- (...)

    Pour discuter raisonnablement de ces faits, il conviendrait d'envisager plusieurs points : 1. comme signalé par plusieur lecteurs, les personnes et futurs clients qui se sont rendu dans cette pseudo clinique n'ont pas détecté ses particularités : environnement peu compatible avec celui d'une clinique d'un niveau acceptable, accueil discutable et étrange, panneaux incompatibles avec ceux d'un établissement de santé. 2. Le désir de changer de présentation, d'oublier sa personnalité dans sa morphologie, sa présentation, son habitus est tel que le patient en perd toute notion de vigilance, d'esprit critique, de raisonnement. 3. cette attitude, bien que répandue, ne dépend pas entièrement des erreurs ou lacunes du patient. Elle est aussi le résultat d'une éducation, d'un enseignement dont nos éducateurs et faiseurs de programmes de l'Education nationale se font les chantres en privilégiant le travail de mémoire sur celui du raisonnement et de la réflexion. 4. En effet, s'il existait chez les « victimes » des programmes de l'Education Nationale la moindre vélléité de rationalisation, il serait facile de s'apercevoir que les infrastructures présentées, les outils reconnus ne peuvent correspondre à ceux d'une institution équipée correctement pour la chirurgie au 21è siècle. 5. Même le langage du chirurgien aurait du alerter les victimes de cette escroquerie car il ne saurait correspondre à celui d'un médecin honnête qui affiche un discours clair, compréhensible, à la portée de tout profane. C'est en utilisant tous ces moyens de détection de la tricherie que l'honnête homme est susceptible de détecter les failles d'un système.