Identité nationale : Gaudin dérape à son tour à Marseille

Dans une réunion UMP, il évoque « les musulmans qui ont déferlé » dans la rue » après Algérie-Egypte et choque jusque dans son camp.

Jean-Claude Gaudin avec le ministre de l'Immigration Eric Besson à Marseille vendredi (Jean-Paul Pelissier/Reuters)

(De Marseille) Eric Besson était à Marseille pour débattre de l'identité nationale. Il aura suffi que le ministre de l'Immigration s'absente quelques minutes des salons d'honneur de la préfecture des Bouches-du-Rhône pour que le débat dérape.

Le motif : une déclaration du maire de Marseille Jean-Claude Gaudin qui, évoquant les suites du match Algérie-Egypte en novembre, a parlé de « 15 000 musulmans qui ont déferlé » dans le centre-ville de Marseille.

Ces propos, le vice-président de l'UMP les aurait en fait tenus un peu plus tôt dans l'après-midi, à l'occasion d'une réunion organisée par son parti dans les salons d'honneur du stade Vélodrome et qui portait déjà sur le thème de l'identité nationale.

Le maire s'était exprimé au même titre qu'Eric Besson ou d'autres intervenants, et avait choisi de revenir sur les débordements qui avaient suivi, à Marseille, la victoire de l'Algérie face à l'Egypte à l'occasion des éliminatoires de la Coupe du monde de foot.

Un militant UMP d'origine algérienne revient sur les propos du maire de Marseille

Or, parmi les invités du débat en Préfecture, de nombreuses personnes étaient également présentes l'après-midi lorsque le maire a évoqué « la déferlante ». Des propos qui ont suffisamment choqué certains, dont un militant UMP d'origine algérienne, pour qu'ils les rapportent au second débat, en préfecture. Devant 200 personnes mais en l'absence d'Eric Besson, le ministre s'étant absenté le temps qu'aura duré l'altercation. (Voir la vidéo)


Le premier, militant UMP, s'est dit « blessé » et choqué par l'attitude de Jean-Claude Gaudin. :

« Je compromets peut-être mon avenir politique en vous le disant publiquement, mais vous m'avez blessé, ma famille et les 200 000 musulmans qui vivent à Marseille. J'espère vraiment que ce n'était qu'un dérapage. »

La seconde, enseignante en histoire-géo, « de gauche », a été plus précise sur ce que l'un et l'autre reprochaient au maire :

« J'ai été vraiment heurtée par les propos que je cite : il a dit à propos de la célébration de la victoire algérienne, “15 à 20 000 musulmans ont déferlé dans les rues de Marseille”. En tant qu'enseignante, ce langage me rappelle la période coloniale. Il s'agissait de 15 à 20 000 franco-algériens, pas de musulmans. »

Gaudin aurait aimé « qu'il y ait eu des drapeaux français sur la Canebière »

Jean-Claude Gaudin, passablement remonté, a tenté de se justifier. D'abord en louant la tradition d'accueil d'une « ville habituée à l'étranger » et en reprenant le déroulé de son propos :

« Lorsqu'il y a un match de foot où l'Algérie gagne et où ceux d'origine algérienne ou de confession musulmane veulent faire la fête, nous sommes très heureux qu'ils la fassent.

J'aurais simplement aimé que sur la Canebière, lorsqu'il y a eu 15 000 personnes, où il y a eu une multitude de drapeaux algériens, qu'il y ait eu aussi quelques drapeaux français parce que la France est généreuse ».

Avant de s'emporter, encore :

« Vous n'avez pas très bien compris ni assimilé ce que je dis. Depuis quinze ans que je suis maire, l'étranger est accueilli avec un E majuscule. Je fais tout pour que la ville soit unie et soudée et je n'accepte pas ce genre de propos.

Peut-être me suis-je mal exprimé, mais si je me suis mal exprimé, j'ai rétabli maintenant la vérité. Allez, terminé ! »

La suite du débat aura été scandée par les interventions d'invité(e)s saluant la présence non pas du ministre Eric Besson mais de Nora Preziosi, conseillère municipale UMP de Marseille, issue des quartiers nord et visiblement amie avec une grande partie de l'assemblée.

Photos : Jean-Claude Gaudin avec le ministre de l'Immigration Eric Besson à Marseille vendredi (Jean-Paul Pelissier/Reuters)

Addendum le 16/1 à 18h27. Patrick Menucci, chef du groupe socialiste à la mairie, a commenté les déclarations de Jean-Claude Gaudin :

« C'est une déclaration terrifiante, j'ai de la considération pour Jean-Claude Gaudin et je pense justement que ces propos, qui sont inqualifiables, sont le fruit du débat sur l'identité nationale.

Que le maire de Marseille, vice-président du Sénat, soit amené à dire une chose comme ça, c'est proprement stupéfiant. Ce dérapage verbal est la conséquence même du débat nauséabond que nous a imposé le ministre de l'Immigration. »

7 commentaires sélectionnés

Portrait de Antistress

De Antistress

Locataire de la rue d'en face | 12H04 | 16/01/2010 | Permalien

Quand est ce que la France, et les Francais accepteront, admettrons qu'une partie de sa population est d'origine algerienne, marocaine, tunisienne ?
Merde, y en a marre de ces debats, fourrez le vous dans le crane, la France c'est cela aujourd'hui, des chretiens, des juifs et des musulmans.

Portrait de Palamède

De Palamède

citoyen français | 12H11 | 16/01/2010 | Permalien

Non ("Merde, y en a marre de ces debats, fourrez le vous dans le crane, la France c'est cela aujourd'hui, des chretiens, des juifs et des musulmans.").
Il y aussi des gnostiques, des athées...Merci de ne pas les oublier.

Portrait de bstinson

De bstinson

comptable | 12H12 | 16/01/2010 | Permalien

Non mais j'hallucine!! le climat en France est tellement tendu que dés que l'on utilise pas les expressions diplomatiques de "Franco-méditéranéen", "issu de l'immigration" ou je ne sais quoi on est qualifié de raciste!

Je ne suis pas tellement fan de Gaudin, mais je ne vois absolument rien de choquant dans le fait d'appeler "musulman" des gens qui sont "issus de l'immigration", qui revendiquent haut et fort leurs origines algérienne et mulsulmannes, tout en reconnaissant les mérites de la france.

Au bout d'un moment, il faut arréter d'en faire trop. appelons un chat un chat! On sait que la france est multiculturelle.

Portrait de Hemenate

De Hemenate

15H33 | 16/01/2010 | Permalien

La déclaration de Gaudin est condamnable, mais on peut également s'interroger sur les deux autres que l'article rapporte.

«Je compromets peut-être mon avenir politique en vous le disant publiquement, mais vous m'avez blessé, ma famille et les 200 000 musulmans qui vivent à Marseille. J'espère vraiment que ce n'était qu'un dérapage »

Cette déclaration illustre la confusion ambiante autour de l’idée de représentativité :
Ledit militant UMP s’arroge, on ne sait d’où, la légitimité de parler au nom de 200 000 musulmans.
Par là il véhicule l’idée que les musulmans ne formeraient qu’une masse globale, sans individualités, ayant tous forcément le même avis…
Difficile de faire mieux pour véhiculer le fantasme d’une cinquième colonne…

En tout cas cela montre bien la tendance à la communautarisation du débat public, notamment avec la recherche d’institutions pseudo-représentatives comme le CNCM, le CRIF, le CRAN…

« 15 à 20 000 musulmans ont déferlé dans les rues de Marseille”. En tant qu'enseignante, ce langage me rappelle la période coloniale. Il s'agissait de 15 à 20 000 franco-algériens, pas de musulmans. »

Idem pour cette « enseignante de gauche », elle a beau prendre la posture de VRP de la moraline, elle fait exactement le même genre d’amalgame que Gaudin.
S’agissaient-ils réellement de franco-algériens ou de simple français (d’origine algérienne ou pas) ?

Bref, la république ne reconnaît pas les communautés, et il serait grand temps d’arrêter de parler au nom de groupe de personnes qu’on crée arbitrairement.
Tout comme il serait temps d’arrêter de voir du mal derrière chaque abus de langage, d'autant plus que les indignations moralistes qui en résultent sont souvent, comme en l'espèce, largement aussi tendancieuses en matière d'amalgame que la déclaration de départ.

Portrait de Axior

De Axior

Citoyen | 14H31 | 16/01/2010 | Permalien

Il y a tout de même une différence entre Besson et Gaudin : alors que le premier a été ministre de la ville et de l'intégration, le second est ministre de l'immigration et de l'identité nationale.
Qu'elles soient gérées par un maire de droite ou un maire qui se dit de gauche, la plupart des grandes villes n'arrivent pas à la cheville de Marseilles en matière d'intégration.
Je suis le premier à me réjouir qu'une personnalité de droite dérape et dévoile ainsi son vrai visage, mais dans ce cas précis je dis non. Il y a une grande injustice à faire passer Mr Gaudin pour un raciste. Dans son parti il y a de nombreuses personnes qui font réellement obstacle à l'intégration, et même parmi celles ci des personnalités issues de l'immigration ou de partis se disant de gauche. Ces gens là ne se contentent pas de propos malheureux, ils agissent en faveur du communautarisme et de la division des français. Ce sont eux qu'ils faut dénoncer.

Portrait de NicolasB

De NicolasB

Lycéen à Paris | 15H19 | 16/01/2010 | Permalien

Les déclarations de Gaudin n'ont pas à faire polémique. Cet homme dirige la ville de Marseille depuis 15 ans: il aurait foutu le camp si il était vraiment choqué et scandalisé de voir "200 000 musulmans déferler dans les rues de Marseille". C'est assez malhonnête des journalistes de constamment pointer du doigt des déclarations, dites ici et là, dans le cadre du débat sur l'identité nationale. Bien que je sois contre l'idée de ce débat, il faut préciser que c'est la première fois qu'un débat sur ce qu'être Français existe, lancé officiellement par un ministre. Si cette réflexion a lieu au niveau national, c'est pour deux raisons: la première - évidente -, pour des raisons politiques et, la deuxième, parce-qu'il y a une véritable crise de l'identité en France. Seulement voilà, il ne faut pas être choqué si il y a nombreux dérapages de citoyens "ordinaires", ou d'hommes politiques médiatisés... ce sujet sur "l'identité nationale" est casse-gueule, pour le moins qu'on puisse dire. Sur le site de Besson, des messages relevant presque du racisme ont été publiés. Au cours de conférences, ou réunions, des hommes politiques se sont pris les pieds dans le tapis. Il faut se rendre à l'évidence: parler de l'identité nationale, c'est chose difficile. Car, d'un côté, on doit défendre les intérêts de notre pays et, de l'autre, il y a des centaines de milliers d'immigrés qui cherchent un eldorado en France, ou ailleurs en Europe. Permettez moi d'ailleurs de défendre Gaudin: ce n'est pas normal de voir QUE des drapeaux algériens dans les rues de Marseille, lors d'un défilé. On peut dire tout ce qu'on veut sur la politique d'immigration française mais on ne peut pas contester une vérité fondamentale: les immigrés, en France, sont beaucoup mieux traités qu'ailleurs. 15 Afghans en France ont été mis sur un charter pour retourner dans leur pays, contre des milliers en Angleterre. Le Mexicain qui traverse la frontière pour se rendre aux Etats-Unis a des grandes chances de se faire tabasser par les patrouilles de police -- et des histoires de ce genre ont fait scandale -- alors que c'est loin d'être le cas pour un Marocain ou un Algérien qui arrive sur le sol français.

Au lieu de faire des fixations sur ces dérapages, je crois qu'il faut mettre fin à ce débat car c'est loin d'en être un. Lorsque j'ai regardé mercredi ou jeudi soir l'émission "A Vous de Juger" sur France 2, Eric Besson était affligeant car ce qu'on lui demandait c'était au moins de fixer les "bases", les "fondements", les principes de ce débat dont il est le créateur... et il ne l'a pas fait. Tout ce qu'il a trouvé de beau à faire, c'était de critiquer Marine Le Pen sur ses multiples absences au parlement européen. C'était honteux car le FN revient en force et ça va avoir de graves conséquences sur l'état de notre pays. Besson a tout faux: ce n'est pas un débat sur l'identité qu'il faut mais revoir sa politique d'immigration. Jusqu'à présent, il mène un politique de "symboles": ce n'est pas en envoyant 15 Afghans sur un charter qu'il risque de lancer un "signal", comme il le souhaite. La vérité, c'est que ce débat intervient à un moment où Besson cherche à redresser sa côte et pour aucune autre raison. Il est grand temps de définir clairement une politique d'immigration. Et, surtout, dans ce genre d'affaires, de la définir avec l'opposition et de trouver un terrain d'entente. Ce qu'Eric Besson défend comme politique d'immigration, ce n'est pas celle que la majorité des Français veulent. Mais ce que l'opposition défend comme politique d'immigration n'est pas non plus ce que l'ensemble des Français veulent. D'où ce terrain d'entente absolument indispensable mais, avec Besson, ça va être difficile.

Portrait de paumahu

De paumahu

désabusée | 15H22 | 16/01/2010 | Permalien

Oui, et dans ce cadre, pourrait-on arrêter de parler de "dérapage". Cela n'a rien d'un dérapage. De deux choses l'une, soit Gaudin a lâché ça sciemment pour s'attirer les voix d'extrême droite, soit le vernis politique s'est craquelé quelques instants et ce qu'il pense vraiment a fait surface. Mais enfin, qui est dupe? Nous savons tous ce que ces gens pensent réellement et s'il était de bon ton de se lâcher sur les beaufs, vous verriez le festival de "dérapages". Mais ce que disent les politiques est-il plus choquant que les marchés (des pays pauvres) qui "grouillent" ou le jeune d'origine "guadeloupéenne" des journalistes. Dans tous les cas, le reflux est nauséabond.

Tous les commentaires

Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89

Appelez le 08 99 19 40 70 (1,68 € / appel)

Envoyez « RUE » par SMS au 81084 (1,5 € / SMS)

En savoir plus

Accrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.

123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque

Connectez-vous pour entrer votre code