21/12/2009 à 10h19

Les tenants de la langue d'Oc mal dans l'identité régionale



Dessin signé Moix

En Paca, Occitans et Nissarts aimeraient voir vivre leurs langues et leurs cultures. Mais ne leur parlez pas d'identité ! Une enquête publiée dans le mensuel Le Ravi de décembre.


Samedi 24 octobre, 35 000 personnes ont défilé dans les rues de Carcassonne pour revendiquer les moyens de faire vivre l'Occitan. Mauvaise humeur identitaire ? « Uniquement culturelle », assure André Neyton, directeur du Centre dramatique occitan de Toulon (CDO).

A l'occasion du lancement du « grand débat sur l'identité nationale » par le ministre de l'Immigration, les tenants de la langue d'Oc ont donc choisi leur camp. Eux aussi dénoncent un faux débat, accusent le gouvernement de xénophobie, de nationalisme, etc. Pour Moussu T, de Moussu T e lei jovents et l'un des piliers des Massilia Sound System :

« L'époque où tu naissais et mourrais dans ta communauté est finie.

Aujourd'hui, tu la choisis, tu en changes, tu t'adaptes à un monde sans barrières. L'important, c'est de s'inscrire dans l'histoire du lieu où tu vis, où tu te construis. L'identité n'est ni régionale, ni nationale, elle est propre à chacun. »

Même son de cloche de la part du directeur du CDO :

« Je récuse le terme. Il me fait immédiatement penser aux identitaires, les fachos de Nice. Poser son débat au niveau
national signifie surtout que l'on est tous identique. Ce qui est faux. Comment parler d'identité occitane alors que la langue d'Oc est commune à 32 départements ? »

Et d'insister :

« Le 24 octobre, nous avons manifesté pour obtenir des moyens pour que notre langue, qui se meurt même dans les campagnes, puisse être enseignée et s'exprimer. Pas pour des revendications sur la bouillabaisse ou d'autres conneries comme le folklore ! »

« Il y a folklore et folklore »

Une posture que défend également Gérard Tautil, porte-parole du Parti Occitan (PO) :

« Il y a folklore et folklore. La chanson d'amour des troubadours, qui est notre héritage, et les traditions du XIXe siècle auxquelles se réfèrent certains groupes passéistes, droitistes et réactionnaires. »

Même topo à Nice, où Louis Pastorelli, du collectif artistique nissart Nux Vomica, pique une colère blanche à tout parallèle avec les indépendantistes de la Ligue de restauration des libertés niçoises :

« Qu'est-ce qu'ils font à part porter le drapeau sur la tombe de Garibaldi ? Nous, depuis des années on met nos mots en action par la création. On organise des fêtes, un carnaval. Une langue et une culture n'existent que par la manière dont elles vivent ! »

Ecoles associatives, structures comme l'Institut d'études occitanes ou le Félibrige (association littéraire fondée par Frédéric Mistral), théâtre, musique, littérature, poésie, cuisine, etc. Tous assurent que la culture et la langue d'Oc sont toujours bien vivantes. Mais sur le déclin par manque de soutien.

Indice : France 3 Méditerranée leur accorde généreusement quarante minutes hebdomadaires en deux formats de 35 minutes et 5 minutes le week-end, montre en main. Et il faut s'accrocher.

Les protagonistes cherchent leurs mots, butent, semblent parler une langue qui leur est totalement étrangère. « C'est la réalité et l'état de la langue », reconnaît Gérard Tautil.

« On nous prend pour des ploucs ! »

Même marginalisation au niveau culturel. « Il y a 30 ans, je présentais 80 % de spectacles en Occitan et 20% en Français. Désormais, c'est l'inverse », déplore André Neyton. Malgré son succès populaire, Moussu T n'est pas mieux loti :

« J'ai choisi de chanter en langue d'Oc parce que ça m'apportait une vision plus complète du monde, une autre boîte à outil, comme toute personne ayant deux cultures. Mais comme je chante aussi en français, les radios ne diffusent que ce répertoire pour des raisons de quota. Une partie de ma culture disparaît. Un chanteur étranger ne sera jamais confronté à ça. »

Nouvelle fureur de Louis Pastorelli :

« On nous prend pour des ploucs. C'est une limitation de l'esprit, on nous impose une unité. Résultat, à Nice on est schizophrène : on regarde vers Marseille alors qu'on est plus proche des Italiens. »

Tous pointent une même cause : un Etat français centralisateur, qui impose sa culture et méprise celles populaires, à l'opposé de ses partenaires européens. Pour le porte-parole du PO :

« L'occitan ne survit en Paca que dans quelques écoles associatives et quelques classes de lycées de Marseille et Toulon. La Charte européenne des langues et des cultures minoritaires de 1994 pourrait nous permettre de mettre en place un vrai enseignement. Mais sur ses 75 articles, l'Etat en a signé 35 et ratifié aucun ! »

Les élus locaux ne sont pas en reste.

« Depuis 1947, on nous a fait 54 promesses de projet de loi. L'UMP nous a fait la dernière cette année. On l'attend toujours », poursuit l'ancien prof de philo.

Résultat, le combat se déplace un peu plus sur le terrain politique.

Depuis les européennes de cette année, le PO a abandonné son indépendance peu fructueuse (1 à 2 %) pour s'allier avec Europe Ecologie. Rebelote aux régionales, avec la promesse de places éligibles et l'espoir d'obtenir des élus. « On veut pouvoir poser le problème de l'Occitan sur la place publique », précise Gérard Tautil. Avant de préciser :

« Mais hors du cadre identitaire ou des “ismes” qu'on cherche à nous imposer. »

Eric Besson va être déçu. Et refaire une crise identitaire ?

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  • Mona M.
    Mona M. répond à setori
    Etudiante en goguette
    • Posté à 11h27 le 21/12/2009
    • Internaute
      Etudiante en goguette

    AÏE !
    Cher setoriretraité !
    Votre discours me semble assez ... dangereux !
    Tous les jours disparaissent des langues régionales du monde entier, et avec une culture, une littérature, des traditions riches et uniques, croyez vous que cela n'a rien avoir avec une mondialisation qui bafoue les différences pour détruire la planète et ses habitants ?
    Ne croyez-vous pas qu'un peuple formé de gens reliés entre eux par des liens culturels non lucratifs, festifs, épanouÏssants, bref riches, n'est pas plus à même de lutter pour la vie, pour l'égalité ?
    Si les individus sont abrutis, bornés à une culture mondialisée et massive, qu'est-ce qu'il reste pour les faire grandir, les faire s'unir, se revendiquer comme individus originaux ? Ne laissons pas ce rôle aux seules religions !
    Avec des raisonnement pareils, on arrête les matières littéraires et non lucratives au lycée (la philo n'a jamais sauvé de vie ! la littérature ça donne pas à manger ! la socio n'apprend pas à faire une cabane dans les bois ...)
    Nous sommes assez nombreux sur terre pour travailler à la survie des hommes ET de leur cultures différentes et complémentaires, et c'est à chacun de prendre la réalité et la nécessité de ces combats ... chacun doit pouvoir choisir sa culture comme le dit Moussu T, et pour ça avoir un panel brillant de toutes ses diversités !

    parlarem la lango que volem ; )

  • Azza
    Azza répond à Autist Reading
    • Posté à 11h31 le 21/12/2009

    A Toulouse, le Forum des langues du Monde est organise tous les ans depuis 1993. Il est anime par des defenseurs des langues regionales.

    Les partisants de l'enseignement des langues regionales ne se sont jamais opposes a ceux de l'enseignement des langues etrangeres.

    J'ai etudie et appris l'Arabe en ecole d'ingenieur. Auparavant, j'avais etudie le Castillan et le fait de venir du sud de la France et d'avoir eu de l'occitant dans l'oreille etant petit m'a bien aide pour ca.

    Plus on etudie de langues, plus c'est facile d'en apprendre de nouvelles. et la langues la lus facile a apprendre, c'est celle que parle votre famille. C'est un point de depart pour vous former l'oreille aux sons etrangers et vous apprendre la relativite des points de vues et des cultures. Car il est evidement totalement sterile d'apprendre une langue sans etudier la culture qui va avec (j'ai appris l'arabe en grande partie a l'aide de chansons, et mon prof organisait aussi des cours de musique et de cuisine)

    J'ajouterai que la republique qui a impose le Francais comme langue unique est aussi celle qui a mene la colonisation et a ecrase l'enseignement des langues locales dans les colonies.

    Il y a cent ans, du point de vu francais, l'arabe etait une langue « regionale ». Si elle avait ete respecte, peut etre que plus de monde la parlerait en France aujourd'hui, meme parmis ceux qui, comme moi, n'ont aucune origine familiale arabe.

    C'est la meme logique, que vous critiquez, qui cause le faible enseignement de l'arabe aujourd'hui et le faible support aux langues regionales, et plus largement le fait que les Francais (comme les anglais, eux aussi ancienne puissance coloniale) soient aujourd'hui nuls en langue, alors que les anciens colonises en parlent souvent deux, voire trois ou quatre (un tunisien qui bosse au supermarche pres de chez moi, dans la banlieue de Londres, parle Anglais, Francais, Arabe, et peut etre meme le berbere.)

  • pablico
    pablico répond à setori
    Sudoku et Nord de face
    • Posté à 12h03 le 21/12/2009
    • Internaute
      Sudoku et Nord de face

    Vous ne viendrez pas vous plaindre, quand ce sera le tour du français, qui sera remplacé par l'anglais...

    et vive l'uniformité dans la langue....donc dans la pensée. Une sorte d'uniforme pour tout le monde..

    Cela va être bien triste dans 3 ou quatre générations...

    car ce que vous voyez pour l'occitan , le corse, le breton, l'alsacien etc... on le verra pour le français...et cela commence regardez...

    je viens de tomber sur le répondeur d'un médecin, il était bilingue : français, anglais...nos montres électroniques sont en anglais uniquement..l'informatique n'en parlons pas etc.. etc

    ho my god...i am disappointed, M'en bati sieu Vieil..ahura.

    Joyeux Noël et bonne année
    en Catalan : Bon Nadal i un Bon Any Nou !
    en Occitan : Pulit nadal e bona annado
    en Niçois : bouòni Calèna
    en Basque : Zorionak eta Urte Berri On !
    en Corse : Pace e salute
    en Breton : Nedeleg laouen na bloavezh mat

  • Drabmag
    Drabmag
    étudiant
    • Posté à 12h18 le 21/12/2009
    • Internaute
      étudiant

    Je remarque que c'est bien souvent au nom de la diversité et contre un hypothétique sectarisme que les adversaires des langues régionales parlent... mais supprimer notre culture régionale, n'est-ce pas porter atteinte à la diversité culturelle de la France ?

    A chaque fois que j'entends quelqu'un critiquer les langues régionales, je ne peux pas m'empêcher de revoir la tête d'un prof d'histoire qui disait quand on abordait ce sujet : « soyons sérieux ! » et ce même prof enseigne en prépa et est sensé former l'élite de la France. Et après on s'étonne de la position de ces mêmes « élites » !

  • pikasso02
    • Posté à 14h02 le 21/12/2009

    Notre époque ressemble à celle de Jules Ferry. Tous les Français devaient parler Français. A cette époque, cela allait presque de soi. (Le travail était offert à tous et en France) Cela fit beaucoup de mal aux langues régionales. Aujourd'hui, nous naissons ici, nous mourrons sans doute ailleurs et peut-être dans une autre région de la planète. L'identité n'a de sens que pour la création artistique. Notre pays aujourd'hui, disons demain, ce sera la terre. La seule grave erreur que fit Jules Ferry fut d'empêcher les sourds de signer. Eux perdirent leur culture. En 1976, la langue des signes fut reconnue par la France. Les sourds purent de nouveau penser. Les sourds furent les premiers à pouvoir voyager sans avoir à apprendre la langue des autres pays. Certes le langage des signes varie selon les régions. Mais les sourds n'ont pas de problèmes pour communiquer même avec des étrangers. Ce n'est pas le sujet, quoi que ! Demain nos enfants seront aux quatre coins du monde. C'est une évidence. L'évidence aujourd'hui est d'apprendre les langues, le plus possible. Sinon nous risquons d'être sourd à la réalité du monde.

  • Dan51
    Dan51 répond à Jean-Luc LUMEN
    • Posté à 17h30 le 21/12/2009
    • Internaute

    Mon fils parle 5 langues : allemand et français dès sa naissance - il a entendu les deux depuis le premier jour de vie - anglais, la langue de la recherche internationale, polonais, la langue de son épouse, russe.

    Le polonais lui donne accès au tchèque et autres langues slaves.

    Leur fille qui a deux mois entend parler polonais par sa maman, français par son papa, allemand quand les deux parlent ensemble... et elle a trois nationalités.

    Quelle est son identité « nationale » ?

    Quelle stupidité de poser cette question ! ! !

    En Allemagne TOUTES les régions ont gardé leur culture, leur langue, leurs coutumes et traditions. C'est ce qui fait la richesse des régions et leur profonde cohésion sociale.

    En France tout est mort... ou presque. En Ile-de-France, absolument plus rien...

    Pas étonnant qu'ils cherchent une identité...

  • Coragyps Atratus
    Coragyps Atratus
    Dans l'attente du moment propice
    • Posté à 07h17 le 22/12/2009
    • Internaute
      Dans l'attente du moment propice

    Ces revendications à l'égard des langues régionales se fait toujours en critiquant avec virulence l'état français « jacobin » et son horrible école républicaine « qui a tué les langues régionales » en interdisant les élèves de les utiliser dans son enceinte.

    Pour ceux qui l'aurait oublié, l'école républicaine fut peut-être la plus belle chose qui fut offerte à ces familles de paysans pauvres qui ne parlaient QUE leur langue régionale. Grâce à l'école publique, gratuite et laïque, de nombreux Français ont pu s'émanciper de la pauvreté à laquelle ils étaient destiné et accéder aux plus hautes fonctions de la société. Cette école fut la plus belle chose et le plus beau cadeau que la France a pu offrir à ses enfants, qu'ils soient de Corse, de Bretagne, d'Occitan, de Guyane et même des anciennes colonies (Madagascar, Afrique Equatoriale Française, Afrique Occidentale Française). Je rappellerais que c'est cette école républicaine que tant décrient ce jour qui a permis à un noir, petit-fils d'esclave et Guyanais d'être Président du Sénat de 1959 à 1968 pendant que les membres du Ku Kux Klan brulaient des nègres en toute impunité de l'autre côté de l'Atlantique. Après ça, qui osera dire que l'école de Jules Ferry n'est pas synonyme d'ouverture vers les autres peuples ?
    A ce propos, je vous encourage à écouter cette entrevue entre Monnerville et Bernard Pivot :

    Lien

    Derrière l'apprentissage du Français à l'exclusion des Langues Régionales dans l'école républicaine, il y avait cette volonté de la part des élus de l'époque de souder la nation française autour des valeurs de la République (liberté, égalité, fraternité, laïcité). Ce sont ces valeurs qui forme l'unicité d'un peuple (et non son uniformité) et permettent le dialogues entre tous, sans distinction de race, d'origine ou d'ordre social.

    Personne n'est empêché d'apprendre les langues régionales et personne ne le fut par le passé (sauf dans l'enceinte des écoles publiques & laïques). Chacun est à même de s'inscrire à un cours et d'apprendre une langue régionale de son choix.
    Mais de grâce, ne nous l'imposez pas !

    En majorité, La population française, même si elle considère qu'il est important de sauvegarder les langues régionales, ne souhaite pas donner cet enseignement à ses enfants sans quoi les tenants de l'enseignement régional auraient déjà eut gain de cause dans leurs revendications.

    Quant la Charte Européenne des Langues Minoritaires et/ou Régionales (CELMR), elle n'est qu'un sombre projet de l'Allemagne qui voit à travers cette charte, le moyen pratique d'instrumentaliser le régionalisme à travers l'Europe (l'Allemagne à la chance de disposer d'une relative homogénéité de sa population) afin d'attiser les séparatismes pour devenir LA seule grande puissance en Europe.

    Adolphe Hitler avait déjà mis au point un plan similaire lorsqu'il était au pouvoir en 1933 et avait même commencé à instrumentaliser quelques régionalistes français et notamment Bretons (sur ce que je sais là dessus et sans m'intéresser aux autres régionalistes). D'ailleurs, la plupart des régionalistes avaient choisis leur camps lors de la seconde guerre mondiale.