21/09/2009 à 17h04

Décharges : Nice fourgue encore ses poubelles à Marseille

Eugène Poubelle | Journaliste


Illustration de Charmag (DR).


100 000 tonnes de déchets de l'arrière-pays niçois sont acheminées, via le Var, dans les Bouches-du-Rhône. Un ballet de poids lourds qui exaspère, à l'arrivée, les riverains de la décharge de Septèmes-les-Vallons. Une enquête plein gaz du mensuel régional Le Ravi.

Dès la sortie de l'autoroute, après le rond-point de l'hôpital Nord de Marseille, un panneau un peu jauni :

« Plus de capacité = plus de poids lourds. Non à l'extension de la décharge ! »

L'affiche date de 2006, elle a été posée quand la décharge de Septèmes-les-Vallons, voisine de la cité phocéenne, a doublé sa capacité, passant de 150 000 à 250 000 tonnes de déchets stockés chaque année.

Trois ans après, cette augmentation trouve
son utilité : Septèmes devrait désormais recevoir jusqu'à 100 000 tonnes par an de déchets provenant de l'arrière-pays niçois, où le préfet a décidé de fermer la décharge de la Glacière, pleine à craquer (Le Ravi n°64).

Pente à 13 %

Les arrivages ont commencé à la mi-juillet. Selon les jours, les camions sont plus nombreux et/ou plus longs qu'avant. Beaucoup sont immatriculés dans le Var ou les Alpes-Maritimes. Lourdement chargés, ils grimpent le chemin de la Bigotte, dans les quartiers Nord : une pente à 13% qui serpente vers le massif de l'Etoile, où est située la décharge de Septèmes.

Beaucoup roulent à 50 ou 60 km/h, bien au-dessus de la limitation fixée à 30km/h pour les poids lourds.

De part et d'autre de la route, des cités HLM, quelques maisons individuelles et des lotissements en construction, dont les accès donnent souvent sur les angles morts des virages. Selon la mairie et les associations, près de 15 000 habitants sont sur le
chemin des camions de la décharge depuis la sortie de l'autoroute.

En cette matinée du mois d'août, un camion passe en montant toutes les trois à cinq minutes, certains laissent derrière eux un fumet d'ordures chauffées par le soleil. La décharge a le droit d'accueillir jusqu'à 150 poids lourds par jour. En général, selon Veolia, qui exploite les décharges de Septèmes et de la Glacière, ça tourne autour d'une
centaine, contre 200 à 300 pour les associations.

Les habitants les voient défiler depuis trente ans, toujours plus nombreux. Le boulanger, installé face à la cité de la Solidarité, témoigne :

« Normalement, ils doivent venir entre 6 heures et 16 heures. Mais souvent, ils dépassent les horaires. Et puis il y a la vitesse quand ils redescendent à vide. »

Entre la décharge et le bas de la colline, le bitume porte les traces de plusieurs freinages violents.

Pour forcer les chauffeurs à ralentir, le groupe Veolia organise des convois de un à trois poids lourds. Regroupés à un kilomètre de la décharge, les camions roulent au pas, sous les 30km/h, derrière une voiture pilote qui les libère une fois arrivés au pied de la colline. Une mesure globalement respectée, mais pas suffisante pour rassurer les riverains. Antoine Garaffa, président d'un des comités d'intérêt de quartier du secteur, dénonce :

« La voiture pilote s'en va quand elle atteint le bas de la cité Kallisté, alors qu'il reste encore une partie de la descente à faire. Et si les freins lâchent en haut ou en bas du chemin, les écoles de la Solidarité ou de Kallisté sont en danger, elles sont juste dans la trajectoire des camions. »

En mai, un poids lourd montant à la décharge s'est renversé dans un virage, tombant sur un trottoir :

« C'était à dix mètres d'un arrêt de bus. On a eu de la chance que ça se passe à six heures du matin ! »

Itinéraire bis sur voie de garage

Dans la chaleur du mois de juillet, Samia Ghali, maire (PS) des XVe et XVIe arrondissements,
et Eugène Caselli, président (PS) de la communauté urbaine de Marseille, ont pris leur plus belle plume pour réclamer au préfet des mesures.

Pas gagné d'avance : pour créer un itinéraire bis jusqu'à la décharge, il faudrait a priori traverser le massif forestier de l'Etoile, chose que la mairie de Septèmes refuse, à l'instar de son premier adjoint, Patrick Magro (PC) :

« Il faut étudier toutes les solutions alternatives, mais je suis contre une route qui passerait
par le massif. Je préfère qu'on ferme la décharge ! »

Selon le programme négocié lors de l'extension, Veolia doit rendre la décharge en 2021, nettoyée et transformée en gigantesque parc de 50 hectares. Pour la mairie, une route en plein milieu ferait alors mauvais effet.

En attendant, les habitants des quartiers Nord l'ont mauvaise.

« Il y a dix ans, on nous expliquait déjà que ce problème de camions était temporaire », rappelle le cabinet du maire des XVe et XVIe :

« Une étude d'urbanisme sur des itinéraires alternatifs avait été rendue en 1994, elle est restée lettre morte. Il ne faut pas s'étonner après si les habitants se remettent à barrer la route. »

Elus et associatifs s'inquiètent
d'autant plus que les Alpes-Maritimes déchargent à Septèmes pour une durée tout à fait indéterminée. Officiellement, juste le temps de trouver une alternative locale à la fermeture de la Glacière.

Mais le département des Alpes-Maritimes a déjà tellement traîné des pieds, malgré les coups de semonce répétés, que personne ne croit à une solution au mieux avant quatre à cinq ans. Le temps de choisir une technique de traitement, trouver un terrain, affronter (y compris en justice) la furie des riverains et autres promoteurs immobiliers, puis de construire, tester et mettre en route le bouzin.

Pour parer au plus pressé, la préfecture devrait organiser courant septembre une table ronde avec Veolia et les collectivités locales. Les associations n'ont pas été invitées, mais en attendent beaucoup. Antoine Garaffa prévient :

« Si ça ne débouche sur rien, on appellera à manifester. On espère ne pas en arriver là, pour ne pas risquer que ça dégénère. »

Il y a quinze ans déjà, des riverains avaient bloqué le passage des
camions...

En partenariat avec Le Ravi

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  • Corum Jhaelen Irsei
    • Posté à 17h31 le 21/09/2009

    Ca ressemble à une impasse, non ?

    Qu'on le veuille ou non, les déchets existent, et il est dit dans l'article que la décharge de Nice est bourrée à craquer.

    Régulièrement je suis horrifié de voir les volumes de déchets qu'une simple famille de 4 personnes produit, sans pour autant avoir un comportement spécialement glouton...

    Pourquoi mettre un carton autour des sachets de purée ? Pourquoi mettre un carton autour de 2 packs de 6 yahourts qu'on pourrait vendre par 6 plutot que 12 ?
    Quand je vois ce que je jette rien qu'après les courses...

    Quelques pistes : trier et recycler, faire du compost, réduire les emballages des produits à leur plus simple expression

    Ca parait faisable.

  • Laurien
    • Posté à 22h19 le 21/09/2009

    Ce qui est difficile dans ce cas comme dans tant d'autres, c'est qu'avant qu'on arrête la production de déchets -qui justifie l'injustifiable pour les riverains des zones de retraitement de ces déchets- il va tout de même y avoir a continuer de traiter les déchets produits.
    Évidement, personne ne veut de déchets nulle part. Dans les zones désertiques, il y a la faune et la flore des lieux désertiques à préserver ; dans les zones urbanisées, il y a la sécurité des humains à protéger...
    Alors où aller en attendant que l'on trouve des solutions pour arrêter de produire autant de déchets ?
    C'est là que c'est difficile : il faut en même temps trouver des solutions pour palier à l'immédiateté de la gestion des millions de tonnes de déchets que nous continuons à produire, tout en étant supposé être capable d'inventer et de mettre en place un nouveau système de consommation moins producteur de déchets.
    Traiter l'urgence tout en faisant de la prévention.
    Ca demande une sacrée énergie qui ne peut pas dépendre que d'un(e) partie : le politique, le financier, le consommateur...
    Il est évidement nécessaire que tout le monde s'y mette.
    Il est de plus en plus évident que chacun y ayant sa part de responsabilité, chacun la prenne en charge.
    Et même si le découragement nous fait dire que « l'urgence, c'est déjà trop tard », il n'y a rien de mieux à faire que de s'atteler à la tâche de remédier à nos erreurs, sans relâche.
    Ce que j'en pense...
    Et vous ?

  • escargot_rigolo
    • Posté à 14h10 le 22/09/2009
    • Internaute

    A mon avis, cet article passe à côté du sujet de fond, qui est la production de déchets en grande quantité et de notre incapacité à les gérer.
    Les nuisances vécues par les riverains de Septèmes-les-Vallons sont une conséquence de cette mauvaise gestion, mais ils n'ont malheureusement pas la primeur de tels désagréments. Qu'on pense aux voisins des aéroports, des voies ferrées et des autoroutes...
    L'article aurait tout aussi bien pu appuyer sur la pollution engendrée par le ballet de camions : 100 000 tonnes de déchets par an, transportés par des poids-lourd d'une contenance de 3.5t (en considérant qu'ils sont pleins à chaque trajets) représentent 28 500 camions sur une distance de 400 kms A/R approximativement (distance Nice-Septèmes-les-Vallons), soit 11,4 millions de kms parcourus. En considérant qu'un PL consomme 30l en moyenne (et en étant optimiste), çà fait plus de 34 millions de litres de carburant par an, pour jeter ses poubelles chez le voisin...
    Mais là encore, on s'éloigne du sujet : comment réduire notre production de déchets ? Comment obliger les responsables locaux à organiser le tri et le recyclage des déchets ? Comment responsabiliser les consommateurs ? etc...
    Les riverains ne s'y trompent, lisez les commentaires de Corum Jhaelen Irsei, de yoyo10 ou encore de morphee 78...