22/08/2009 à 19h05

Variations philosophiques autour de la pétanque sous-marine

Marc Rosmini | Prof de philosophie

L'été se prolonge à Marseille, avec ses envies de plage, d'apéros au bord de l'eau... et de randonnées subaquatiques. Un club de plongée de Marseille propose, pour les amateurs, une façon singulière de profiter des fonds marins.

Il s'agit de l'association Marseille Sport Loisir Culture, qui organise des parties de pétanque sous marine. Quel sens donner à cette nouvelle discipline, à la fois inédite et bien ancrée dans la tradition locale ?

A voir le film réalisé par Jean-Claude Eugène pour immortaliser l'invention de cette activité, il semblerait que le projet relève plus du pari entre amis et du délire potache que du happening ou de l'expérimentation phénoménologique. (Voir la vidéo)

Cependant, cette histoire soulève des questions philosophiques méritant toute notre attention. Ces questions tournent autour du caractère problématique de notre rapport à la réalité, et plus précisément à ce que nous pouvons nommer les apparences.

Ouvrir les yeux sous l'eau est déjà une expérience troublante

En effet, le fait d'accomplir des gestes familiers -projeter une boule de pétanque- dans un environnement non familier -à dix mètres sous le niveau de la mer- produit une variation notable de nos cadres de perceptions de la réalité, le terme « perception » n'ayant pas ici de connotation passive, puisqu'il s'agit non seulement de saisir les phénomènes par nos sens, mais aussi d'agir sur eux (en eux, pourrait-on dire) en lançant la fameuse boule.

Prendre un simple bain de mer et ouvrir les yeux sous l'eau est déjà une expérience troublante, puisque les objets sont alors vus « à travers » l'eau.

Selon la pensée rationaliste, cartésienne, scientifique, l'eau produit une déformation de ces objets et donc une apparence « trompeuse »  : effets de flou, transformations chromatiques, brouillage des repères de distance.

Prenons un autre exemple : le carrelage parfaitement géométrique du fond d'une piscine, clairement pensable, mesurable, symbole de la mise à l'équerre du réel, m'apparaît distordu et mouvant lorsque la piscine est remplie.

L'eau, avec ses courants subtils et ses effets de reflets et de diffraction, apparaît comme le symbole même de la matérialité de la réalité, de sa dimension chaotique, de sa résistance à la schématisation.

Comme le carrelage de la piscine, le réel est sans cesse changeant

Or, il se trouve des philosophes pour défendre l'eau et ses effets. Maurice Merleau-Ponty a justement écrit, dans « L'Oeil et l'esprit », un très beau passage sur le carrelage d'une piscine et sa façon de le regarder à travers l'élément liquide.

Selon lui, nous ne voyons pas le carrelage « malgré » l'eau, nous le voyons au contraire « par » elle. La meilleure façon d'appréhender le réel n'est pas de chercher à le schématiser, à le géométriser : selon Merleau-Ponty, elle consiste à s'en tenir aux sensations et à ce qu'elles font résonner -plus que raisonner- en nous.

Et ces harmoniques sont infinies, car le réel est à la fois sans cesse changeant -l'eau de la piscine qui redessine indéfiniment le film mouvant du carrelage- et gorgé d'imaginaire.

Ainsi, celui qui plonge dans la mer et ouvre les yeux sous l'eau n'est pas seulement environné de formes mouvantes et incertaines : il l'est aussi de mythes, de récits et de symboles associés aux fond marins.

Il n'est donc pas nécessaire de jouer à la pétanque à dix mètres de profondeur pour vivre des expériences perceptives fortes, car c'est avant tout notre façon d'user de nos sens et de notre corps qu'il s'agir de modifier, y compris dans les situations les plus banales.

Pour s'exercer, direction les plages du Prado avec Rimbaud sous le bras

Pour nous y aider, des exercices préparatoires peuvent être les bienvenus. Par exemple : se promener sur les plages du Prado, à Marseille, en se laissant guider par un excellent livre qui vient de paraître aux éditions Aléas « Pourquoi voyager avec Rimbaud ? », de Ronald Bonan.

L'auteur nous prend en effet par la main pour nous guider vers l'hommage à Rimbaud sculpté par Jean Amado et installé sur les pelouses des plages Gaston Defferre, à Marseille. Nous y rencontrerons un étrange personnage, et assisterons à un dialogue fouillé mais toujours plaisant sur la question des apparences.

Faut-il s'en méfier, comme le recommande la formule si souvent reprise ?

Ronald Bonan défend au contraire l'idée qu'il convient de prendre pleinement conscience de notre fonctionnement perceptif, en faisant notamment varier nos cadres de perception de la réalité – comme, par exemple, celui qui joue à la pétanque sous la mer.

Oui, la pétanque est bien une expérience philosophique

Selon Ronald Bonan, le rapport à l'œuvre d'art, qu'il qualifie de « table de la loi du visible », serait une occasion privilégiée de prêter attention à ce fonctionnement, à cette « naissance du sens dans nos sens ».

L'hommage à Rimbaud d'Amado, par exemple, nous obligerait à faire varier nos façons de voir, et à échapper ainsi aux modes de perception dominants dans notre culture.

Le lecteur trouvera bien d'autres questions et bien d'autres réponses dans ce livre bref mais dense, cultivé mais accessible à tous, profond mais léger par sa dimension onirique.

Et, après l'avoir lu, l'idée que jouer à la pétanque soit une expérience philosophique lui apparaîtra beaucoup moins incongrue.

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  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 21h56 le 22/08/2009
    • Internaute
      délinquante avérée

    c'est une galéjade ? MDR, il manque la sardine au fond du décor ...
    Pffffff, ces marseillais ! ils ne savent plus quoi inventer !

     : -))

  • A déménagé le 2 mai 2011
    • Posté à 07h19 le 23/08/2009

    Ben il s'en passe des choses chez nous !
    c'est les vacances, c'est ça rue 89 ? ?

    Vivement la rentrée que vous fassiez votre boulot !

  • Di
    Di
    • Posté à 10h09 le 23/08/2009

    Joli détour pour faire la pub d'un livre, en tout cas.

  • zénon denon 84
    • Posté à 11h45 le 24/08/2009
    • Internaute
      Bonne

    Entre nous nous fourguer c't'info _ ? _
    dans la page culture .C'est un exploit .

    Déja que tout au long de l'année cette
    page culture n'est pas bcp consultée,
    alors vous ça d'ici avec cette Grande nouvelle ...

    Bon je sais « coco » faut vivre et leur lancer
    qq noisettes à ses clients à écrans plats _ ? _

    ARTE « » » »« vivons curieux “” » »« qu'ils disent ,et ils ont raison
    __________________
    La preuve .
    Au fait vous savez que Jean Paul Roussillon
    n'est plus des notres ... QUI ? me dit ma voisine .Brave femme

  • zénon denon 84
    • Posté à 11h51 le 24/08/2009
    • Internaute
      Bonne

    Un oubli,
    Rappellez-vous le fameux débats
    sur ce monument à la gloire de notre Rimbaud national ?

    C'était sur ce site déja exemplaire
    quant à la sculpture de Jean Amado ________________

    Fin .

  • pikasso02
    • Posté à 13h53 le 24/08/2009

    Déçu par ce genre de reportage ;
    Et vous osez placer celà en culture ! ! !

  • jojomigrateur
    • Posté à 12h05 le 26/08/2009

    Dans le même ordre d'idée, vous pouvez essayer aussi le hockey subaquatique en piscine, la compétition de photographie dans le même bassin... Il parait même que Camille participerait à des tournages de films pornos tournés au fond du bassin...