Affaire Adoma : le curieux procès du syndicaliste Charles Hoareau

Charles Hoareau, syndicaliste CGT, lors d'une manifestation

Le 29 juin, le syndicaliste marseillais Charles Hoareau était jugé pour « menaces et injures » envers deux responsables de régies qui gèrent le nettoyage des foyers Adoma (ex-Sonacotra).

L'audience a eu le mérite de rappeler le fond de l'affaire : l'incroyable bataille judiciaire que mènent 39 anciens salariés d'Adoma depuis de deux ans.

Rappel des faits : le 7 avril, une énième audience se tient au tribunal de grande instance de Marseille dans le dossier des « 39 d'Adoma ». Charles Hoareau, qui les soutient depuis l'origine de l'affaire en novembre 2007, est également présent.

Face à eux, les responsables de deux régies marseillaises qui avaient récupéré le marché du nettoyage dans les foyers Adoma au moment où les 39, eux, perdaient leur emploi.

« Je t'aurai, je t'aurai… »

Alors qu'un report d'audience est décidé, le ton monte dans la salle des pas perdus du tribunal, où se retrouvent les plaignants, en colère de voir une nouvelle fois la justice se dérober. Charles Hoareau fulmine :

« Cela fait huit décisions de justice qui leur sont favorables, huit décisions en deux ans qu'ils ne parviennent pas à faire appliquer ! »

Le syndicaliste CGT reconnaît avoir lui aussi été énervé par le report. Mais pas au point d'en venir aux poings.

C'est pourtant ce que lui reproche l'un des deux directeurs des régies de nettoyage : il explique qu'à ce moment-là, dans la salle des pas perdus, le syndicaliste s'est avancé vers lui en le menaçant d'un « je t'aurai, je t'aurai », avant de le saisir par le cou et de lui asséner un coup de poing.

Le second directeur assure quant à lui que le même Charles Hoareau lui a craché au visage quelques instants plus tard…

Lle lendemain des faits, après examen par le médecin légiste, le premier des deux va bénéficier de quatre jours d'ITT pour « traumatisme psychologique ». Aucune trace du coup de poing de Charles Hoareau ? « Il n'a fait que m'effleurer », reconnait-il à l'audience.

Admettre les postillons, un « demi aveu » de crachat

Pour ce qui est des menaces verbales, là encore, Charles Hoareau les conteste :

« Ce que je lui ai dit, c'est que je trouvais cette situation scandaleuse. “Il faudra que vous payiez”, voilà ce que j'ai dit. »

Quant au supposé crachat, Charles Hoareau reconnaît d'éventuels postillons. Me Bernard, avocat des salariés présent à ce moment-là, assure n'avoir pas vu de crachat :

« Si je suis à côté de l'un et à côté de l'autre et que je ne vois pas l'un cracher sur l'autre, ce que manifestement, madame la présidente, je n'ai pas les yeux en face des trous. »

Qu'importe, le substitut du procureur estimera qu'admettre les postillons constitue « un demi-aveu » de crachat !

« Il n'y a pas de place pour l'action syndicale. C'est un acte de délinquance, un point c'est tout », a plaidé Me Dossetto, pour la partie civile.

« Que la justice ne se trompe pas de victimes, ni de coupables », a rappelé pour sa part l'un des salariés d'Adoma qui témoignait son soutien à Charles Hoareau.

« Ils pensent que nous n'avons que des serpillères dans la tête »

Dans cette histoire, le militant a passé trente-six heures en garde-à-vue en mai et risque une peine de 1 000 euros d'amende (pour les violences) et quatre mois de prison avec sursis pour les « menaces réitérées » que le substitut du procureur a souhaité requalifier en menaces de mort. Exit cependant les postillons…

A la veille du procès, Avelino Carvalho, chargé des questions de liberté à l'UD-CGT, estimait que cette procédure tendait « à discréditer tant le procès mené pour les ex-salariés d'Adoma que le militant qui les défend » :

« Il y a une volonté de criminaliser l'action syndicale, de faire taire ceux qui veulent contester. »

Les 39 salariés d'Adoma quant à eux n'ont toujours pas été réintégrés et restent, pour la plupart, sans emploi. « Ils pensent que nous n'avons que des serpillières dans la tête, m'expliquait l'un d'entre eux l'an dernier, ils se trompent, nous continuerons à nous battre pour faire valoir nos droits ».

Décision rendue le 7 septembre dans « l'affaire » Hoareau.

Photos : Charles Hoareau à sa propre manifestation de soutien, lundi 29 juin 2009 (Rémi Leroux)

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2 commentaires sélectionnés

Portrait de mpz13013

De mpz13013

Formateur | 17H32 | 02/07/2009 | Permalien

Il s'avère que je connais les Régies de quartier dont il est question et que je connais aussi Charles Hoareau, réputé, même auprès de ses collègues CGT pour ses outrances.
Je n'en connais pas l'auteur, mais cet article relève pour la plus grande part de la désinformation.
L'article oublie de mentionner que la Cour d'appel d'Aix en Provence a débouté les salariés en rappelant le droit. L'annexe 7 de La Convention collective du nettoyage ne s'applique pas aux Régies de quartier.
La CGT a donc fourvoyé les salariés dans un vain combat.

Portrait de hoareau

De hoareau

employé | 18H38 | 02/07/2009 | Permalien

Contrairement à ce qu'affirme l'un des commentateurs les salariés n'ont pas perdu en appel puisqu'ils n'y passeront que le 17 décembre 2009. Les 7 qui ont perdu sont ceux qui, avec la CFTC, s'opposaient aux seules régies ce qui n'a jamais été notre position puisque nous avons toujours cité et assigné ADOMA le donneur d'ordre.
Quant au travail social des régies il se résume dans ce cas précis à remplacer des salariés qui ont été éjectés par changement de serrure après 16 ans de présence et qui gagnaient 1200€ par mois, par des rmistes contraints de travailler pour 500€ par mois…ce qui entre parenthèse est très loin du salaire des directeurs en question !
On pourrait aussi parler de bien d'autres aspects pas très reluisants de ce dossier…
Que devraient faire les salariés accepter leur mise à la rue ?
Se retourner vers des PME qui ont perdu le marché et de ce fait fermeraient boutique ce qui les contraindrait au chômage ?
Ils ont choisi de se battre pour leur emploi.
Pour tout renseignement complémentaire voir la série de 18 articles sur www.rougemidi.org
Sur les faits en question rappelons qu'ils se seraient déroulés en pleine après midi dans le palais de justice et qu'aucun témoin présent (avocats, policiers, justiciables) ne confirme les dires des plaignants….

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