Ex-citadins et néo-paysans, mais loin d'être des rêveurs baba-cool

En partenariat avec Le RaviEffet de la sinistrose politico-sociale qui plombe un peu l'ambiance en ville ? Les rats des villes semblent de plus en plus envier ceux des champs. Et des citadins se tournent vers l'agriculture, autour de projets mariant maraîchage bio en vente directe et activités associatives…

« On a une vieille bicoque, on la retape tranquillement, on fait pousser des chèvres,
on fabrique des bijoux, on peut pas dire qu'on s'crève, l'travail, c'est pas pour nous. » Si « Le Déserteur » de Renaud (1983), n'a pas perdu de sa saveur, l'idéal hippie semble, lui, avoir vécu.

« Le Retour à la terre », pour reprendre le titre d'une série BD de Manu Larcenet et Jean-Yves Ferri, connaît pourtant depuis quelques années le même engouement que dans les années 70. Marie Pons, animatrice de l'Association pour le développement de l'emploi agricole et rural des Bouches-du-Rhône (Adear 13), se réjouit :

« Agriculteur devient un nouveau métier après une expérience professionnelle. Les gens ont envie de travailler dehors, de produire. L'agriculture bénéficie d'un regard plus positif. »

Chaque année, la structure fondée par des membres de la Confédération paysanne accompagne 35 projets d'installation (elle s'adresse aussi à des ouvriers agricoles et de « jeunes diplômés »). La majorité pour du maraîchage en vente directe, dont un tiers labellisé bio.

« Le réalisme du projet est très important »

Peu de « gens qui rêvent » ou qui « planent », assure de son côté Max Lefèvre, directeur adjoint de la Société d'aménagement foncier et d'établissement rural de Paca (Safer).

Cette SA à but non lucratif et d'intérêt public sous tutelle ministérielle soutient une centaine d'installations par an via ses acquisitions foncières.

Les nouveaux agriculteurs sont donc aussi raisonnables que leurs productions :

« Ils partagent des choses communes avec la génération de 68 - retrouver un sens à son quotidien, autonomie de la ferme, relocalisation de l'activité -, mais le projet est différent, très, très ouvert. La tendance est aux collectifs ville-campagne, avec comme idée : “venez participer, aidez-nous.” »

Autres nouveautés : les projets à 4, 6 ou 11 personnes. « Le partage des tâches permet de prendre des vacances. Mais le réalisme économique reste fondamental », analyse Philippe Cacciabue, gérant de la foncière Terre de liens.

Fondée il y a six ans, l'association, qui comprend également une fondation, acquiert des terres (par donation ou en faisant appel à de l'épargne citoyenne) pour les mettre à disposition d'agriculteurs écologiquement responsables.

« Une solution radicale pour un choix évident »

En Paca, elle a lancé une souscription au profit d'Agricollectif (la part est à 100 euros, réévaluée chaque année en fonction de l'inflation), un projet de maraîchage bio en Amap, avec gîte et pension équestre sur 10 hectares.

Situé dans le Val de Chalvagne (Alpes-de-Haute-Provence), il est porté par trois trentenaires : une monitrice d'équitation de Grasse, un libraire bruxellois et un concepteur de logiciels niçois.

Des écolos un peu jardiniers. Jérémy Bemon, l'informaticien, raconte :

« J'ai souffert pendant longtemps de me sentir dans une vie dans laquelle je ne me sentais pas. Je veux m'épanouir en travaillant avec mes mains, mon corps. Je souhaite offrir une production saine et changer un système qui n'apporte pas de réponse aux problèmes économiques et écologiques en devenant acteur. »

Mais pas question pour le trio de se refermer. Né d'un projet associatif, Agricollectif
le reste. « Les activités seront en lien avec la terre et le vivant : participer aux travaux des champs, culture, etc. Avec comme principe l'autogestion », poursuit le Niçois.

Pour apporter les premiers fonds et acheter l'habitation, « par sécurité », il a vendu son appartement. Et résume : « C'est une solution radicale pour un choix évident. »

Si l'appel à épargne citoyenne réunit les 100 000 euros manquants d'ici le 20 juin, le gîte et la pension équestre ouvriront cet été.

« Ça marchera », assure Sylvain Musseri. A 33 ans, le jovial cofondateur de l'Equitable café (Marseille) et chroniqueur culinaire du Ravi, le mensuel régional qui a bon goût, part s'installer en location à côté de Forqualquier avec compagne et enfants.

« En ville, je m'éparpille et dis tout le temps “non” à mon fils »

D'ici deux ans, il espère monter un projet similaire à Agricollectif.

En discussion avec cinq familles, le « futur paysan », comme le Marseillais d'origine aime à se présenter, réfute tout rapprochement avec les « babas » des glorieuses années :

« On va utiliser leur expérience, mais le contexte est différent. Je veux une vie ouverte, associative, un projet intergénérationnel, qui n'est pas aujourd'hui partagé par tout le monde, avec des gens qui travaillent sur place et d'autres à l'extérieur. »

Titulaire d'un brevet de technicien agricole, le trentenaire a baroudé, remplacé des amis
agriculteurs l'été, jardiné, fabriqué des liqueurs… Il y a dix ans, il avait déjà un projet collectif de ferme-auberge. Il sourit :

« En ville, je m'éparpille et je dis tout le temps “non” à mon fils. J'ai besoin de sortir pieds nu et d'entendre les oiseaux. »

Au chômage depuis son départ en février de l'Equitable café, après avoir « beaucoup gueulé », Sylvain Musseri espère « éveiller les consciences » :

« Il y a des techniques de production qui demandent un minimum d'intervention et d'arrosage. C'est bon pour la terre et je veux montrer qu'on peut gagner sa vie sans travailler tout le temps. »

Lors de son premier rendez-vous au Pôle emploi, l'agent l'a sermonné : « On n'est pas là pour financer votre rêve ! » Passionné, Sylvain Musserie rigole : « Je vais faire de l'agriculture feignante ! » Finalement, il reste quand même quelque chose des idéaux des années 70…

Cet article est l'un des volets de l'enquête « Tous en campagne ! » du numéro de juin du Ravi, actuellement en vente chez les marchands de journaux en Paca.

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5 commentaires sélectionnés

Portrait de Charles Mouloud

De Charles Mouloud

Bras gauche de la Vénus de Millau | 12H33 | 23/06/2009 | Permalien

C'est super !
Je ne sais pas si le journaliste vient juste de découvrir que le lait était fourni par les vaches et non pas par des arbres donnant des briques, ou que les rables de lapin étaient raccordés à une tête avec des grandes oreilles, mais ça sent le citadin qui débarque avec son spray anti lisier dans la poche.

Vivre de l'agriculture est un des métiers les plus difficiles avec celui de marin pêcheur.

Découvrir que les agriculteus peuvent bosser en coopérative, c'est la réinvention de la roue au pays des GAEC.

Si tu veux être hors circuit du servage organisé par le Crédit Patate , déjà va falloir se lever de bonne heure et suer longtemps après que les poules seront couchées.

Projet baba cool , qui vivotera qqs temps en vendant des carottes élevées sous la mère pour bobos citadins qui viendront montrer des tranches de jambon sur pattes à leur mômes , en dégustant une galette saucisse au son du biniou koz.

Une moisson à l'ancienne pour clore la journée , après ramassage de tomates et courgettes bio sulfatées , et retour avec le bronzage agricole sur marcel.

(Je suis de mauvaise foi ? Et alors ! ! )

Portrait de Pictulo

De Pictulo 23785

12H59 | 23/06/2009 | Permalien

Dand « Le retour à la terre » de Larcenet et Ferri, le héros ne quitte pas Juvisy pour s'installer comme agriculteur. Il s'installe à la campagne mais continue de bosser en télétravail pour ses éditeurs.
Il est vrai qu'aujourd'hui, une bonne connexion adsl permet de bosser depuis n'importe quel bled et que, au final le centre du monde c'est partout.
J'ai fait la même expérience il y a 10 ans et je ne le regrette pas. Me « poser » en milieu rural m'a permis de dégager beaucoup plus de temps pour mes clients, de sorte que mes revenus ont augmenté. Au départ ma femme et moi voulions « élever nos mômes dans un endroit peinard », et au final l'opération s'avère juteuse même sur le plan professionnel.
Outre l'agriculture très bien décrite dans ce papier, il y a une foule d'activités que l'on peut développer depuis « le trou du cul du monde », tout en admirant le chant du soleil et le lever des oiseaux (ou le contraire).

Portrait de Naradamuni

De Naradamuni

sans | 13H14 | 23/06/2009 | Permalien

« Il y a des techniques de production qui demandent un minimum d'intervention et d'arrosage. C'est bon pour la terre et je veux montrer qu'on peut gagner sa vie sans travailler tout le temps. »

« Je vais faire de l'agriculture feignante ! » Finalement, il reste quand même quelque chose des idéaux des années 70…

Vous trouvez fastidieuse la méthode traditionnelle de culture de la pomme de terre. Et bien tenter l'expérience http://www.vegeculture.net/spip.php ? article65
pour voir ! ! !

Super documentaire qui démontre la sagesse et la logique de la permaculture. Ce reportage à été fait en Autriche et malgré le froid, la beauté, la diversité et l'abondance sont au rendez-vous.
http://www.dailymotion.com/relevance/search/permaculture/video/x8tqgz_pe…

Agriculture du non-agir… agriculture sauvage ou une non-culture ! Soit plutôt que des battre contre la nature, ui faire confiance et uniquement canaliser et s'adapter à son énergie…
http://changerlereve.blogspot.com/2008/08/masanobu-fukuoka-agriculture-e…

Expérimentation excellente depuis un an… en petite surface.
Aucun arrosage jusqu'à ce jour , BRF plus engrais purins de consoude, ortie, prêle et fougère aigle

Les pommes de terre sont en fleur et les tomates rougissent

Portrait de Enki

De Enki 9562

Alchimiste | 13H41 | 23/06/2009 | Permalien

Pourquoi revenir toujours aux prémices des seventies, comme si c'était une période de référence, alors que c'est une tendance de fond ?

Paniers AMAP, Systèmes d'Echanges Locaux, foires de troc de boutures, citronniers d'appartement, balcons potagers, tour à pommes de terre, lombricompostage domestique, jardinage en carré au lieu des géraniums, apéro au pickles cornichons-carottes-petits oignons maisons accompagné de ses mini-tomates sur pied, etc…

C'est une tendance lourde, et s'il y a une période de référence, c'est peut-être plutôt la dernière guerre, où il faisait bon avoir un cousin à la campagne. Ceci parce que, comme alors, il s'agit de faire face à une pénurie.
Une pénurie de bon sens, où ce que l'on mange pousse dans la terre, et le plus près possible, où le contenu de son assiette a une histoire faite d'hommes et de saisons.

Ce n'est pas une régression, le progrès intègre une meilleure connaissance des sciences naturelles. Tels les principes du microbiologiste Fukuoka, ou la phytosociologie que Grand-Maman pratiquait comme Monsieur Jourdain la prose, mais dont l'agriculture productiviste a fait abstraction.

Ce n'est pas une réelle alternative non plus, les aventures qui s'affranchissent du pragmatisme économique sont rares, et l'accès à la terre exige d'être conforme et de se soumettre à l'autorité des SAFER.

Les hippies des années soixante-dix ne faisaient pas de dossier de reconversion professionnelle, ni de business-plan.
Le jardinier redécouvre la grelinette, outil simplissime pour ameublir la terre sans la retourner, ça coute 100 euros, une grelinette du commerce !

La néo-paysannerie ne s'est pas affranchie de ce qui a tué les sols : L'économie de marché.

Portrait de sinclair

De sinclair

15H11 | 23/06/2009 | Permalien

Il y a effectivement depuis quelques années un retour de bobos des villes en mal de naturel. Les gites chambres d'hôtes avec jardin bio 3 poules un mouton fleurissent comme champignon a l'automne.

La phraséologie fait frémir. Juste un exemple

« Je veux une vie ouverte, associative, un projet intergénérationnel, qui n'est pas aujourd'hui partagé par tout le monde, avec des gens qui travaillent sur place et d'autres à l'extérieur »

Ce qui ne veux rien dire sauf que l'on a affaire a des gens qui ne sont pas différent de la vague « Katmandou ». Car vivre du travail de la terre est ce qu'il y a de plus dur et de plus ingrat. Je leur souhaite de réussir mais j'ai trop vu de paysan quitter une terre cultivée par leurs ancêtres et de rêveurs se casser la figure.

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