
Maroc : peut-on tout dire des rapports entre religion et pouvoir ?
(De Rabat) Invité de la première édition de « Sous le signe d'Ibn Rochd » (Averroès) à Rabat, l'historien marocain Mohammed Ennaji a rappelé combien le religieux était « infrastructure » dans les sociétés arabes. Inaugurant ainsi une série de débats autour du couple infernal religion-pouvoir.

Nouvelles formes de religiosité, individualisation des pratiques, options différenciées de sécularisation, gestion étatique des fondamentalismes… pour une première, la manifestation marocaine inspirée des Rencontres d'Averroès de Marseille a placé haut la barre du débat et de la réflexion autour d'un thème sensible : « Religions et pouvoirs, passerelle ou impasse ? »
« Intimement liés et concurrentiels »
Un couple traversé de tensions, de soubresauts parfois violents, dont le sociologue et politologue Bruno Etienne -décédé en début d'année et à qui un hommage a été rendu à cette occasion- disait :
« Le religieux et le politique sont intimement liés en même temps qu'ils sont concurrentiels pour dire l'ordre du monde et la place de l'homme dans le cosmos et dans la cité. »
S'il a parfois manqué des réponses au cours de ces journées, « Sous le signe d'Ibn Rochd » a confirmé la pertinence d'organiser de tels moments sur la rive sud de la Méditerranée. L'expérience avait été tentée à Alger il y a deux ans mais elle était restée sans lendemain.
Dans le quotidien marocain Le Matin, le créateur des Rencontres d'Averroès, Thierry Fabre, a d'ailleurs salué l'initiative, « car il n'y a pas beaucoup de lieux dans le monde arabe où cela est possible ».
Moins polémiques que les dernières rencontres de Marseille -la présence de Nadia Yassine avait, il est vrai, pimenté les échanges-, les tables rondes marocaines ont toutefois proposé des pistes intéressantes pour tenter d'accorder religieux et politique.

Dans le cadre feutré de la toute nouvelle bibliothèque nationale du Maroc, construite en lisière des remparts de la capitale et inaugurée par Mohammed VI au mois d'octobre, la voix de Mohammed Ennaji aura donc porté un peu plus que celles de ses condisciples.
« Le religieux ? Seul relais pour mobiliser les masses »
Simplement parce que l'historien a cherché à ancrer la problématique dans la réalité de son pays, le Maroc :
« On est interpellé par ce qui se passe aujourd'hui dans le cadre de la préparation des élections, a-t-il notamment expliqué (élections communales du 12 juin prochain, ndlr). Tous les partis politiques ont actuellement des difficultés pour approcher, pénétrer et mobiliser le populaire. Pour un certain nombre de raisons liées aux changements qui interviennent dans les structures de sociabilité notamment.
“La seule possibilité, le seul relais envisageable pour ces partis, c'est le relais religieux, il est le seul qui permet d'accéder à une mobilisation réelle des masses profondes…”
Comment le pouvoir s'accommode-t-il des religions ? Qui, de l'Etat ou de la religion, produit la norme ? Comme l'a justement rappelé Felice Dassetto, spécialiste italien de l'islam contemporain et des populations musulmanes en Europe, il est difficile d'élaborer un modèle unique :
“Dans certains cas, le politique produit le religieux. Le Maroc, par exemple, est une société dans laquelle il y a une certaine production du religieux par le politique. Dans d'autres cas, c'est le religieux qui alimente certaines fonctionnalités de la société : par exemple, 50 % de la population scolaire de l'enseignement en Belgique est issue de l'enseignement catholique…”
Des “alliances objectives” entre pouvoir et religieux
Ce que Mohammed Ennaji replaçait dans une perspective historique à propos du monde musulman dans son essai “Le Sujet et le mamelouk”, paru en 2007 :
“Les mécanismes qui ont présidé à la naissance du pouvoir dans les sociétés arabes sont pratiquement illisibles aujourd'hui car ‘ils sont occultés par l'illusion de modernité affichée par des institutions venues d'ailleurs.’
Ramenés au cas du Maroc actuel, ces problématiques ont parfois embarrassé…
Qu'advient-il dès lors qu'un Etat ouvre trop grand la porte aux fondamentalismes ? A quel moment l'Etat est ou n'est pas fondamentaliste ?
Le politologue marocain Mohammed Tozy est revenu sur ‘les alliances objectives, à des moments historiques différents et selon les Etats’, entre le religieux et le politique :
‘Alors que la question du religieux n'était pas centrale dans le dispositif de gouvernance, la stratégie des Etats, de l'Arabie au Maroc, a été dans le sens d'une surenchère du conservatisme. Il y a eu une sorte de course à ce que les sociologues ont appelé l'islamisation des sociétés… via l'école, la fonctionnarisation des théologiens et des oulémas -afin de produire un discours-, et une restriction des libertés politiques…’
L'organisateur de ‘Sous le signe d'Ibn Rochd’, le journaliste et écrivain Driss Ksikes sera allé un peu plus loin en s'interrogeant sur ‘la duplicité des pays occidentaux à accepter et légitimer des régimes qui, même s'ils deviennent autoritaires et ne permettent pas au processus démocratique de s'installer, comme c'est le cas par exemple en Tunisie, seraient des soi-disant remparts contre les fondamentalismes’.
‘Prendre le risque de la liberté’
Si les motifs de pessimisme n'ont pas manqué –guerre de Gaza, situations politiques en Iran, au Pakistan, Europe forteresse…–, les chercheurs invités à Rabat ont également su trouver des raisons d'espérer (visiblement pas dans le projet d'Union pour la Méditerranée, à peine évoqué).
Le philosophe Abdennour Bidar a posé l'équation de la façon suivante :
‘Actuellement, les sociétés musulmanes, les communautés musulmanes, les consciences musulmanes, où qu'elles se trouvent dans le monde, sont traversées par deux pulsions contradictoires, entre lesquelles l'Islam ne s'est pas encore choisi un destin.
La première, c'est la pulsion conservatrice ou néo-conservatrice. Face à elle, il y a des métamorphoses du religieux qui vont dans le sens d'une individualisation des pratiques, signe d'une véritable modernisation.’
Dans cette sorte ‘d'entre-deux de l'islam’, où les risques de radicalisation de certains régimes politiques sont bien réels, le philosophe Ali Benmakhlouf, lui, a tranché :
‘Nous devons prendre le risque de la liberté.’
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De blablablaetblablabli
patati et patata | 15H39 | 13/05/2009 |
« Le religieux ? Seul relais pour mobiliser les les masses »
Forcément ,trés facile à gouverner les peuples musulmans,
ils ont déja peur ,de dieu,de l'enfer, dieu est omniprésnt
dans les socièté islamique ,les politiques savent que le peuple
ne cheche pas le bien être ici bas dans la socièté, mais belle
et bien aprés la mort.On à jamais vu le peuple musulmans
manifester ou se révolter pour vivre mieux ,Ils sont déja
gouverné dans la vie de tous les jours par la crainte de dieu,
donc aprés, pour le politique ce n'est qu'une question de degrés.
Ya qu'à regarder la Tunisie de BenAli,l'Egypte de Moubarak
l'Algérie de Bouteflika,laSyrie ,ça fait combien de temps
que les meme tronches gouvernent dans ces pays ? pas moins
de vingt ans et plus.Allah Raleb.
à blablablaetblablabli
De visiteur69
étudiant | 16H49 | 13/05/2009 |
N'oublies pas que les peuples se sont levés et plus d'une fois dans les pays à majorité musulmane, au Maroc, Abd krim en est un exemple, il n'est pas le seul. Ce n'est pas parce que les envahisseurs étaient chrétiens qu'il faut les oublier. Ils sont d'ailleurs toujours très présent au niveau du pouvoir. Pour clore le débat, je dirais que dans nos pays occidentaux, on a oublié ce qu'était la révolte, et je me demande si on n'aurait pas de leçon à prendre des musulmans dans ce domaine ?
à visiteur69
De blablablaetblablabli
patati et patata | 17H15 | 13/05/2009 |
Comme tu dis ils se levent toujours contre tout ce qui
n'est pas islamique ,on l'a vu à Alger cet hiver lors de l'agression
israelienne sur Gaza ,1 million de personnes dans les rues d'Alger
alors qu'il ya eu 200 000 morts de 1992 à 1999 et personne
n'est déscendu dans les rues .Apparement quand on se masscre
entre nous c'est hallal mais si par malheur une autre ethnie nous
masscre ça passe pas et on est horrifié.
à blablablaetblablabli
De malatrie
18H03 | 13/05/2009 |
Vous ne pouvez dire cela, car ce n'est pas le reflet de la réalité :
29 Octobre 1965 : « disparition » à Paris de l'opposant marocain Medhi Ben Barka.
1972 : arrestation des dirigeants d''Illa AL Almane au Maroc (Laâbi, Serfati, entre autres)
1988 : émeutes faisant des centaines de morts dans toute l'Algérie et fin de l'état FLN.
Décembre 1983- début 1984 : Emeutes de la faim en Tunisie, puis au Maroc. Des morts, « disparus », des centaines d'arrestations.
21 / 01/ 1981 : une grève contre la réforme de l'enseignement est durement réprimée à Casa (mort de jeunes et de leurs parents), l'USFP, ses journaux et le CDT sont interdits et leur leaders emprisonnés.
Sidi Ifni (Maroc) 2008.
Ce n'est pas parce que cela ne fait pas les gros titres (peut-être parce que c'est moins spectaculaire et « vendeur » que les barbus), qu'il n'y a pas de tentative de révolte des peuples dans ces pays.
Les media sont vérouillés, les dirigeants acceptent cependant certaines manifs. Lorsque les gens manifestent (légitimement ) pour condamner les massacres à Gaza, le pouvoir peut se permettre d'envoyer ses représentants au premier rang (alibi d'unité).
(sur ce, même si vous n'êtes pas d'accord avec le contenu de mon post, je vous saurais gré cette fois, de vous dispenser d'abreuver ma boîte mail d'injures. D'avance, merci)
à malatrie
De blablablaetblablabli
patati et patata | 19H17 | 13/05/2009 |
Alors ça c'est meilleur ,c'est vous qui m'injuriez ,vous voulez
que j'écrive ce que vous m'avez écris ?
décidément il avait bien raison l'autre que vous ètes un malapris
Aoudi ha hchem.
à blablablaetblablabli
De visiteur69
étudiant | 16H49 | 13/05/2009 |
N'oublies pas que les peuples se sont levés et plus d'une fois dans les pays à majorité musulmane, au Maroc, Abd krim en est un exemple, il n'est pas le seul. Ce n'est pas parce que les envahisseurs étaient chrétiens qu'il faut les oublier. Ils sont d'ailleurs toujours très présent au niveau du pouvoir. Pour clore le débat, je dirais que dans nos pays occidentaux, on a oublié ce qu'était la révolte, et je me demande si on n'aurait pas de leçon à prendre des musulmans dans ce domaine ?
De franc parleur
anarchieevangelique.wordpress.com | 18H05 | 13/05/2009 |
La religion EST un pouvoir.
L'évangile, c'est renoncer à tout pouvoir.
Voilà qui redevient chaque jour un peu plus clair.
________________________________
« Je suis venu appeler à changer de vie. »
________________________________
Paroles dites il y a 2000 ans :
http://anarchieevangelique.wordpress.com/2009/03/30/paroles-dites-il-y-a…
De stephanemot
Author & Chief AtoZ Officer | 01H49 | 14/05/2009 |
« Qu'advient-il dès lors qu'un Etat ouvre trop grand la porte aux fondamentalismes ? A quel moment l'Etat est ou n'est pas fondamentaliste ? »
« Sacrees » questions en verite.
Le fondamentalisme, (qui pour rappel releve de la politique sous couvert d'une caricature de religion) n'est soluble dans aucun un autre systeme, qu'il soit democratique ou monarchique, mais tend a sa destruction (http://e-blogules.blogspot.com/2007/08/universal-declaration-of-independ… )
L'exemple Pakistanais le rappelle, aucun compromis n'est durable. Il ne fait que renforcer le fondamentalisme en asseoyant sa legitimite et en affaiblissant la democratie ou la monarchie sur ses fondements.
Il n'est de meilleur moyen de lutte contre le fondamentalisme que de lutte a sa source : pauvrete, injustice…
Le cas marocain s'avere particulierement delicat. Cette monarchie constitutionnelle para-democratique est dirigee par le Commandeur des Croyants : il y a donc identite entre pouvoir politique et religieux. Ce « fondamentalisme light » depend de la personnalite du roi, qui a un impact sur la constitution, et il n'est pas surprenant que les internationales islamistes fassent une priorite de l'elimination de cette exception culturelle embarrassante.
Le pouvoir doit-il dialoguer avec les radicaux ? Nier leur existence n'est plus une option et refuser tout dialogue nourrit leur discours. L'important est d'exposer clairement leur agenda masque par leur discours de « justice », « bienfaisance » ou « liberte ».
De Autist Reading
Plombier/Electricien | 15H24 | 14/05/2009 |
Ce qui serait intéressant, ce serait de savoir combien d'argent qui pourrait construire des hôpitaux, des écoles scientifiques, va aux mouvements religieux, au Maroc.
C'est ce qui cause le plus de problème dans la collusion religions/Etat, si on pense que l'Etat doit investir en priorité dans ce qui nous rejoint tous, la santé, l'instruction, l'énergie, accessible à tous, sans condition.