06/04/2009 à 12h11

Marseille 2013 : les premières fissures du jouer collectif

Nicolas Maisetti | Doctorant en sciences politiques

La désignation en septembre dernier du territoire Marseille-Provence comme Capitale européenne de la culture a suscité l'enthousiasme mais aussi la surprise des observateurs et des acteurs de l'actualité marseillaise. M. Pfister, le président de la candidature, s'enthousiasme :

« Marseille 2013, c'est la victoire d'une méthode : le jouer collectif. C'est la réussite d'un formidable élan du territoire Marseille-Provence, dont les acteurs politiques, économiques et culturels de 130 communes ont su se rassembler autour d'un même projet militant. »

En conférence de presse ou sur leur blog personnel, les trois élus principaux de la région se félicitent de cette unité retrouvée. Pour Jean-Claude Gaudin, « c'est l'esprit d'équipe qui a gagné. Nous avons eu l'appui de 80 collectivités qui ont toutes une richesse extraordinaire. Nous nous sommes réunis et nous avons gagné. » Jean-Noël Guérini, « ensemble, au-delà des clivages politiques, nous avons su relever un véritable défi. Ensemble, je suis certain que nous ferons gagner la culture dans les Bouches-du-Rhône et à Marseille ». Quant à Michel Vauzelle, il estime que « la victoire d'aujourd'hui est le résultat d'une démarche exemplaire de partenariat entre les différentes collectivités dont la Région se félicite » :

« C'est une belle image de la politique et de notre région que nous avons offerte, en démontrant notre capacité à travailler ensemble, élus de tous bords, acteurs culturels et économiques, sur un projet majeur pour notre développement et notre rayonnement. »

La dépolitisation de la conduite du projet, un atout dans la candidature

Cette unité davantage qu'un consensus semble avoir été assurée par le pilotage du monde patronal local, métropolitain regroupé autour de la Chambre de commerce et de son président Jacques Pfister, par ailleurs président de l'association Marseille-Provence 2013. La dépolitisation de la conduite du projet fut un atout dans la candidature : elle a permis de désamorcer par avance les rivalités et de surmonter la fragmentation politique.

Ainsi, la gouvernance de l'association assure la stricte égalité des collectivités locales et des institutions partenaires dans la prise de décision. A l'image du projet de Lille 2004, cette méthode a contribué à reconsidérer le pouvoir métropolitain autour de représentations internationalisées et managériales à rebours du folklore régional promu par certaines structures associatives culturelle locales et par certains élus.

Les « Ateliers de l'Euroméditerranée » imaginées par Jean Digne dans son projet de « Mille talents, mille projets, mille entreprises » entendent développer dans les entreprises de Marseille, l'accueil et le travail en résidence de créateurs et d'artistes internationaux. Il est révélateur de souligner que le projet de M. Digne est issu d'une commande des « Mécènes du Sud » fondés par une dizaine de grandes entreprises dont les activités sont tournées vers l'international et qui fut le format de départ de la candidature.

On pourrait à l'envi insister sur la primauté des élites économiques métropolitaines sur les mondes politiques marseillais. Cette primauté, toutefois, ne doit pas nous conduire à conclure à la subordination des élus face aux patrons. Ces derniers se sont appuyés sur les édiles et leurs ressources pour relayer des intérêts partagés auprès des institutions européennes.

L'idée est en effet d'utiliser la culture comme un levier d'attractivité et promotion de territoire. L'organisation d'événements culturels n'est pas la finalité de l'opération. Celle-ci réside davantage dans la progression de l'agglomération marseillaise dans la hiérarchie des villes européennes. Le Club Ambition Top 20 mis en place par la Chambre de commerce organise des « road shows » dans les villes européennes pour promouvoir la candidature et occuper un rang supérieur dans la compétition territoriale.

L'émergence d'une gouvernance métropolitaine à Marseille

La trajectoire de la candidature est ainsi un objet particulièrement intéressant pour observer la pluralité des changements d'échelles qui président à la transformation des pouvoirs urbains et à l'émergence d'une gouvernance métropolitaine à Marseille.

Cette gouvernance n'est pas synonyme, nous le répétons car la notion de gouvernance est parfois sujette à des interprétations en ce sens, d'une évacuation du politique.

La récente empoignade lors du Conseil municipal de la ville de Marseille en début de semaine est là pour en témoigner. La passe d'armes qui a opposé Renaud Muselier, délégué spécial de la ville pour la Capitale européenne de la culture 2013, et Jean-Nöel Guerrini, chef de file de l'opposition municipale, indique que nous sommes passés à une autre phase dans le projet. Une phase propice au reclassement des acteurs politiques.

La polémique porte sur une information faisant état de la volonté de la mairie de mettre en place un « guichet unique » qui permettrait de centraliser les demandes de participation aux projets culturels et le cas échéant, de les sélectionner.

L'enjeu n'est pas mince : la mairie, qui a participé dans la phase de la candidature à hauteur de 90% du financement de l'association, entendrait décider seule de l'attribution du label et des financements inhérents.

Le groupe socialiste réagit par une lettre adressée à M. Gaudin et parue dans les quotidiens régionaux samedi dernier appelant curieusement au « rassemblement ».

L'issue de la controverse n'est pas l'essentiel ici. Retenons que les élus sont de retour sur le devant de la scène cinq ans avant le lancement des festivités officielles. Cette lutte pour une potentielle récupération ne sera pas sans inquiéter les chefs d'entreprise qui avaient tout mis en œuvre pour éviter les retombées négatives de la division politique.

Une inconnue demeure, celle de l'exclusion du tissu associatif local de la définition du projet culturel. Thème sur lequel nous aurons probablement l'occasion d'y revenir.

Aller plus loin
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  • jma14
    • Posté à 12h55 le 06/04/2009
    • Internaute

    Marseille dans toute sa splendeur.
    Ils sont délà en retard sur le programme et il se paye le luxe de se battre. Et oui, il y a beaucoup d'argent à palper tout le monde veut sa part.

    • P-i-M
      P-i-M répond à jma14
      • Posté à 18h33 le 07/04/2009
      • Internaute

      Ce projet n'intéresse que les fonctionnaires et élus... « intérêt » bien compris... le leur...

      Nous les P-i-M... Partisans de l'indépendance de Marseille... on en est convaincus ! Les contribuables marseillais ont tout à redouter...

      Les fonctionnaires et élus... pullulent... à Marseille... Oh pas pour travailler au service de la population ! ça non... Pour leur promenade de santé sur la Corniche Napoléon III... à joguer... à vélo... pour se dérouiller... à nager... à plonger... pour leur ligne... ou à manger aux frais du contribuable dans les restos étoilés de ladite corniche...

      Normal... sont REPUS... Nourris, logés, blanchis... chèrement... aux frais des Marseillaises et Marseillais... lourdement taxés !

      Vivement LA DELIVRANCE de l'occupation des fonctionnaires et élus français... Par l'indépendance de Marseille... qui sera proclamée par les P-i-M... dès leur élection par les Marseillaises et Marseillais !

      • jma14
        jma14 répond à P-i-M
        • Posté à 18h58 le 07/04/2009
        • Internaute

        Vous ne voulez plus faire partie de la France ? Qu'entendez-vous par indépendance ?

  • 101.7
    101.7
    Promeneur
    • Posté à 13h19 le 06/04/2009
    • Internaute
      Promeneur

    La majorité au conseil municipal de Marseille est très divisée.
    Il faut plus se méfier de ses amis que des adversaires.

    Le maire Gaudin veut récolter la gloire de cet événement culturel, sans partage.
    Les autres ne sont pas d'accord, les autres communes, le conseil général, le conseil régional veulent aussi donner leur avis sur les manifestations et leur financement.

    Le pauvre Muselier se montre encore une fois déconnecté de la réalité.

    Heureusement que le tissus associatif culturel se porte bien malgré la pauvreté des aides et des ambitions municipales.

    La culture à Marseille et dans la région est très productive et inventive et cela « malgré » les politiques qui prétendent l'aider.

  • Pierre13
    • Posté à 14h47 le 06/04/2009
    • Internaute

    Assez d'accord avec l'auteur, mais avec plusieurs nuances. Si la chambre de commerce joue un rôle fédérateur, il ne faut pas surestimé son importance. Le projet de Latarjet s'intéresse aux relations culture-entreprises, mais a lancé beaucoup d'autres programmes.
    D'autre part, si Marseille a effectivement financé la période de candidature, elle ne finance que 15% du budget général. Le « jouer collectif » s'impose donc !
    Quant au conflit récent, il est plus à imputer à quelques barons qui voudraient garder le pouvoir et qui se cachent derrière la pôvre Muselier qui décidemment ne sait pas choisir ses alliés, plus qu'à un véritable conflit droite/gauche.
    A suivre.

  • sylvie.1313
    sylvie.1313
    citoyenne
    • Posté à 17h28 le 06/04/2009
    • Internaute
      citoyenne

    Vindiou, coquin de sort ! ! ! Un millions de mots et un article long comme un jour sans pain, tout ça pour dire ce que la PQR a déjà écrit en moins de mots, plus condensé et évidemment plus lisible. Et dire que ce monsieur fait un doctorat en...science politique ! Peuchèèèèère, faut pas s'étonner par la suite si nos hommes politiques et nos « élites » en général, sont comment dire....abscons pour pas dire complètement à l'ouest ! C'est pas vrai, c'est à croire qu'il a de l'avoine dans le cerveau, en plus, il termine en disant « nous aurons probablement l'occasion d'y revenir » ça fout la trouille, ça veut dire qu'il va encore une fois nous gratifier d'une analyse nucléaire sur un sujet simple. J'en ai froid dans le dos. SVP, Rue 89, envoyer les doctorants faire les doctorants ailleurs...heu...au Figaro par exemple, mais de grace la situation est déjà bien assez compliquée pour qu'un jeune homme, qui a l'évidence n'a pas réglé tous ces pb oedipiens, vienne nous embrouiller le cerveau, juste pour le plaisir d'utiliser tous les mots du dictionnaire ! Aller, jeune homme, il faut partir maintenant, aller jouer avec votre corps ! ! ! !

  • jojomigrateur
    • Posté à 14h57 le 07/04/2009

    Les plaisanteries les plus courtes sont... les moins longues !

    Personne n'est dupe que cette « union » n'est qu'une façade grossière et le poste offert à Renaud Muselier n'est qu'un « nonos » à ronger, histoire de le calmer après sa non-élection à la présidence de MPM...

    Si tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, certains réfléchissent en secret au meilleur moyen de faire en sorte que ce « mauvais génie » qui a le don de « semer l'embrouille » partout où il passe réintègre la vieille lampe qu'il n'aurait jamais du quitter...

  • arthur4
    arthur4
    étudiant
    • Posté à 17h37 le 08/04/2009
    • Internaute
      étudiant

    dans tout ce bord.., personne ne s'etonne de la page entière de propagande payée par nos impots réalisé par GUERINI, CASELLI et et deux ou trois mairies de gauche ! ! ! !
    Comment ces gens peuvent-ils se permettrent de s'acheter avec notre argent des pages entières dans le quotidien la Provence pour régler leurs comptes politiques ?
    Surtout que le débat a eu lieu au conseil municipal et que ca nous a rien couté ! !

    • Pierre13
      Pierre13 répond à arthur4
      • Posté à 23h47 le 08/04/2009
      • Internaute

      NOS impôts ? NOTRE argent ? Ca NOUS a rien couté. Arthur4 est un étudiant bien riche qui paye des impôts et se soucie de leur utilisation. Et le pire, vous savez combien ca NOUS coute un étudiant ? C'est très cher, et c'est NOUS qui payons. Au lieu de passer son temps sur Rue89, il devrait étudier jour et nuit…
      Arrêtons avec ce genre d'arguments débiles, la démocratie a un prix, très minime. Si des élus veulent être entendus de manière un peu forte, ils font ca.
      La seule question, c'est est-ce que les incapables qui entourent Muselier vont casser la Capitale européenne. Si leur échec coûte une page de pub, je veux bien payer.

      • arthur4
        arthur4 répond à Pierre13
        étudiant
        • Posté à 10h49 le 09/04/2009
        • Internaute
          étudiant

        Si vous voulez payer, versez votre obole au parti socialiste, rue Mongrand, 13006 Marseille.
        Dire que la démocratie a un prix, c'est une évidence qui ne se discute pas.
        Les partis politiques reçoivent des dotations de l'Etat et peuvent à ce titre communiquer comme bon leur semble sans pour autant se servir de l'argent public des collectivités territoriales.
        Quand à savoir si je suis un étudiant bien riche ( bel argument ! ! ) je travaille pour payer mes études, j'ai un studio et je paye ma taxe d'habitation qui sert à financer les collectivités territoriales....qui devraient mieux gérer nos impôts !