A Marseille, 200 000 manifestants et… deux arrestations
Les deux manifestants interpellés jeudi à Marseille devaient être jugés en comparution immédiate vendredi soir. Si l'audience a finalement été reportée au 22 mai, le substitut du procureur a eu le temps de planter le décor…
Le premier est thésard, « bac+8 en physique », précise la présidente du tribunal de grande instance (TGI) de Marseille. Steve Jaeger est enseignant Ater en sciences à l'Université de Provence au laboratoire de physique des interactions ioniques et moléculaires (Saint-Jérôme).
Le second, Benjamin Polycarpe, est technicien en traitement de l'eau, actuellement à la recherche d'un emploi, après avoir notamment fait un stage à la Société des eaux de Marseille. « Des personnes parfaitement insérées dans la société », relève d'emblée leur avocat, Me Jacquemin.
« Rebellion » pour l'un, « violences volontaires » pour l'autre
Vendredi 20 mars, tous deux comparaissaient devant le tribunal ; l'un pour « rebellion », l'autre pour « violences volontaires » envers des personnes chargées d'une mission de service public. En l'espèce, des policiers.
Dans la salle d'audience, de nombreuses personnes, y compris des témoins de la scène, étaient venues soutenir les deux manifestants poursuivis.
L'audience a finalement été reportée au 22 mai mais les quelques échanges qui ont eu lieu entre les différentes parties ont permis de se faire une idée sur la teneur des débats à venir. Ainsi que sur la position du ministère public.
Les faits qui sont reprochés aux deux jeunes hommes se seraient déroulés à la fin de l'impressionnante manifestation marseillaise de la veille, jeudi 19 mars. Une partie de la scène a d'ailleurs été filmée -à l'aide d'un appareil photo numérique, la résolution n'est donc pas très bonne- par un manifestant. (Voir la vidéo)
Sur les images, les manifestants se trouvent rue de Rome. Un groupe d'une cinquantaine de personnes vient de quitter la place Castellane -terminus du cortège-, en direction de la Porte d'Aix puis de la fac Saint-Charles, où doit se tenir en milieu d'après-midi une assemblée générale des différents mouvements en lutte.
« Les manifestants doivent savoir terminer une manifestation »
Pour le substitut du procureur, le contexte est le suivant :
« Un groupe résiste, une cinquantaine de personnes qui, après l'avoir déjà fait longuement et en toute liberté le matin, manifestent leur souhait de continuer à occuper la chaussée alors que la circulation a été rétablie. »
Et de rappeler :
« Les faits de rebellion et de violence sont des faits qu'on voit se répéter souvent et que l'on déplore chaque fois. D'une part, il y a les forces de l'ordre, qui sont considérées comme des empêcheurs de manifester jusqu'au bout. D'autre part, il y a les manifestants, qui doivent savoir trouver une fin, terminer une manifestation. Ce qui n'a pas été le cas. »
Face à cette résistance, les forces de l'ordre sont alors intervenues pour « libérer la chaussée ». Selon certains témoins, Cécé13 par exemple, qui connait l'un des deux manifestants interpellés :
« Après avoir failli me prendre un coup de matraque, mon ami a été embarqué car il a voulu défendre le premier manifestant qui s'est lui-même fait rouer de coups par les policiers… »
« Je me suis débattu parce que je prenais des coups »
A Steve Jaeger, la présidente du tribunal demande d'ailleurs s'il reconnaît les faits, comme il l'a précisé dans sa déposition : « Vous avez résisté, n'est-ce pas ? » Réponse de l'intéressé : « Je me suis débattu parce que je prenais des coups ».
Pour Benjamin Polycarpe, la situation est plus délicate. Il lui est reproché d'avoir tenté d'intervenir pour aider le chercheur. « Vous n'aviez rien à faire là, lui lance sèchement la présidente. Il vous est également reproché d'avoir exercé des violences avec une arme par destination, une bouteille en verre ». Ce que l'intéressé réfute.
Le procureur ira jusqu'à demander son maintien en détention provisoire jusqu'à l'audience pour « empêcher qu'il soit directement en lien avec des témoins de la scène et qu'il puisse faire pression sur eux ». Une requête qui a le don d'échauffer le défenseur des deux manifestants :
« Comme si celui-ci avait des intentions belliqueuses ! Comme s'il avait l'intention de subordonner des témoins ! Je trouve que les choses vont un peu trop loin. »
En revenant sur les faits, Me Jacquemin a par ailleurs rappelé l'importance de la manifestation -200 000 personnes dans le centre-ville de Marseille- et l'impossibilité de retrouver rapidement une situation normale de circulation après un tel rassemblement :
« On n'évacue pas 300 personnes en cinq minutes, d'un claquement de doigt, d'un claquement de botte ni même d'un claquement de matraque… »
Sur son blog, Jacques Boulesteix, astrophysicien et élu municipal de Marseille, par ailleurs collègue de Steve Jaeger, résumait ainsi ces événements :
- Une telle épreuve peut arriver à tout le monde. Et si vous êtes agressé, vérifiez d'abord que votre agresseur ne sort pas une matraque de sa veste. Il pourrait s'agir d'un policier en civil et vous pourriez être poursuivi pour « rébellion ».
- Nous ne sommes pas tous égaux devant la justice. Si vous êtes jeune, chômeur et ne disposez pas du soutien de toute une communauté, vous avez toutes les chances d'aller au violon.
- La justice a peu de temps à consacrer à des incidents impliquant la police. A aucun moment la présidente n'a laissé entendre que la police pouvait être mise en cause. C'est la matraque ou la prison.
Le fond de l'affaire sera donc abordé le 22 mai prochain. Vendredi soir, les deux manifestants sont ressortis libres du tribunal.
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De skalpa
actif et militant ? | 15H43 | 21/03/2009 |
1 pour 100 000, c'est le pourcentage de perte ?
C'est déjà trop, non ?
http://kprodukt.blogspot.com
De GonzoStyle
Journaliste | 15H48 | 21/03/2009 |
Je sais pas pour vous mais j'ai l'impression que ce scénario devient systématique… Tout acte de contestation, toute résistance (même passive et pacifique), toute expression d'un mécontentement sont sévèrement réprimés… Avec des coups, toujours. Et des poursuites judiciaires. Dans la plupart des cas, ce sont les policiers qui frappent les premiers (à deux ou trois sur une personne, évidemment) et puis c'est le citoyen qui se voit accusé d'outrage et rébellion. Les personnes incriminées n'ont d'ailleurs presque jamais un CV de délinquant avéré ou de grand bandit…
Ce qui est frappant c'est la ressemblance des contextes et des faits. Force est de constater qu'en France, face à la police, un citoyen a toujours tort et doit fermer sa gueule. Inutile de revenir sur le recours systématique aux menottes, qui est une violation de l'article 803 du code de procédure pénale… On ne peut être menotté que si l'on est considéré comme dangereux pour soi-même ou pour les autres ou susceptible de fuir. Quant au délit d'outrage, c'est la parole d'agents assermentés contre celle d'un citoyen coupable… Oui, puisque de nos jours on semble ne plus faire grand cas de cette notion qu'on appelle la « présomption d'innocence ».
Bon, c'est vrai que ce n'est pas nouveau. Mais ce qui est inquiétant, c'est la systématisation de ce genre d'abus. Alors que dans un contexte économique et social morose notre droit le plus inaliénable reste l'expression totale de nos inquiétudes (dont le droit de grève et le droit de manifester sont les garants), le mini-despote ne l'entend pas ainsi et nous oppose la force… Des coups de matraques et des menaces de peines de prison pour ceux qui auraient le culot de l'ouvrir un peu trop. Là où en démocratie quand tout va mal on laisse le peuple gueuler un bon coup, en France sarkozyste, surtout quand tout va mal, on réprime… Moi ça me donne envie de gueuler encore plus fort ! Car comme l'a si bien dit Lucie Aubrac : « Le mot résister doit toujours se conjuguer au présent ».
De Pierrrrre
16H11 | 21/03/2009 |
Affaire merdique issue d'un comportement merdique….
Police payée pour dégager les lieux,
manifestants à l'affut du moindre incident à exploiter, avec ces cris de gonzesses qu'on égorge que l'on entend sur la vidéo, histoire de rajouter à la nervosité de l'instant,
des manifestants qui invoquent les droits de l'homme, des flics qui font dégager comme ils peuvent,
on aide son copain à terre,
et que je t'embarque tout le monde,
les Bac + 7 avec les bac - 5, tous avec le même niveau de connerie collective.
..garde à vue..le juge..avocats…
alors qu'ils pouvaient terminer tranquillo leur promenade revendicative en se sirotant un verre dans un p'tit bistrot du quartier
De Mougik
Loser imperturbable | 18H04 | 21/03/2009 |
le problème n'est pas la grève en elle même mais qu'elle soit réellement efficasse ;
Une journée d'action tout les 2 mois, oui c'est clairement insuffisant.
Et perso, je ne compte plus les trajets Répu-Nation auxquels j'ai participé sans aucun résultats ; si ce n'est d'avoir contribuer a faire de la pub aux principaux syndicats et partis.
Et puis ça peut être compréhensible d'être un peu agacé (c'est juste un point de vue) de voir parfois les manifs ressembler plus a un carnaval qu'a une revendication de masse (musique a fond empêchant les slogans par ex)
Vous pensez vraiment que ceux qui soutiennent que les manifs ne servent a rien, telles qu'elles sont pratiqués, ont tout a fait tord ?
Vu les réactions du gouvernement je leur donnerai largement raison…
De Francois Toulouse
18H06 | 21/03/2009 |
Il y eu des incidents assez graves à Toulouse : une charge musclée de la police contre des manifestants lors d'une tentative de « restitution » dans une grande épicerie :
tirs au flash ball contre des étudiants et des passants, en visant le visage..
« Charge à la matraque et aux grenades assourdissantes, rue d'Alsace-Lorraine “
http://www.libetoulouse.fr/2007/2009/03/charge-la-matra.html
De ZIBOULOULOUS
infirmiere | 11H05 | 22/03/2009 |
j etais a la manif de marseile.Commencee a 10h finie officiellement vers 14h et effectivement on peut pas demander a des jeunes gens de quitter le paver d un coup de matraque magique.Pour preuveles copains les copines de colleges se sont fait une petite partie de raffraichissement dans la fontaine de castellane ( apres avoir crie resistance pendant 4h c est assez logique d occuper un peu le pave ca mange pas de pain…Et puis on echange les no de telephone, on se rencontre on se parle et meme on se trouve…..La vie quoi………..Effectivement la police motard et voiture commencaient a tournoyer autour de la place castellanebeaucoup de flics en civils autour de la place castellane attendaient le derapage et puis regarder ca avec beaucoup de condescendance voire de mepris sans broncher avec leur talkie walkie.La rue de rome etait jalonnee de flics jusqu a la prefecture.Effectivement un groupe restait alors sur la chausse quand la circulation s est ouverte.Quelques adultes avec des ado et des plus ages avont remonte la rue de rome en occupant l espace et en chantant y compris sur l air de bell a ciao a la trompette.Il y avait meme un copain sans abri de la lutte des don quichotte hiver 2007 qui se regalait la bouche grande ouverte a vec plus que quelques dents tres amaigri qui ne m a pas reconnu. A ce moment la nous etions en tete de cortege en se tenant les mains, les gens sur les trottoirs amuses mi figue mi raisins les commercants inquiets et spectateurs les flics ont mis leur casque j avais peur pour tous ces jeunes manifestants qui decouvrent la lutte et puis une meme sur le trottoir nous a dit qu il y avait du grabuge, on a entendu police partout justice nulle part scandes par la queue de cortege improvise ca s est tendu dans l air et sur nos visages et les voitures de police avec leur girophares clignotants fermaient la marche et ramenaient au bercail nos dernieres illusions d utopie sans entrave.