08/03/2009 à 15h45

Accusé d'avoir piégé ses salariés pour les licencier

Emmanuelle BOURGET | Etudiante en journalisme

Alors que la crise frappe à la porte, tous les moyens sont bons pour réaliser des économies. Trois salariés du magasin Planète Saturn de la Valentine, à Marseille, affirment ainsi avoir été victimes d’une tentative de licenciement pour le moins douteuse.

L’affaire remonte au 16 février. Ce jour-là, le nouveau directeur commercial convoque dans son bureau Papa N’Daye, le vigile du magasin. A en croire le récit qu’en fait le vigile, il lui expose son souhait de licencier trois salariés afin de les remplacer par des personnes proches de son entourage.

Mais la loi ne le lui permettant pas ce genre de manoeuvres, l’homme va user d’un moyen détourné en tentant de piéger les salariés en question. L’idée : accuser des employés de vol afin de pouvoir justifier leur licenciement. La pratique est un secret de polichinelle dans la grande distribution, dont est issue la nouvelle recrue.

Toujours selon le récit du vigile, le nouveau directeur commercial lui soumet une demande on ne peut plus discutable : après lui avoir remis en mains propres un téléphone portable d’une valeur de près de 500 euros provenant du magasin, il lui demande de piéger l’un des trois salariés qu’il a dans le collimateur, en l’incitant au vol ou en faisant en sorte que l’objet « atterrisse » dans ses affaires personnelles.

Le propos est clair : si le vigile refuse d’obtempérer, le contrat que sa société a signé avec Planète Saturn, filliale de l’Allemand Metro, ne sera pas reconduit. Le directeur commercial va plus loin : il fournit à Papa N’Daye le numéro de téléphone d’un de ses amis policiers à la BAC, afin que le vigile procède à une dénonciation.

Restons dans la légalité

Voir le document

(Fichier PDF)

Mais l’employé, responsable du secteur Bouche-du-Rhône pour la société AES, refuse d’adhérer à des « pratiques de voyous ». Afin de ne pas être accusé de vol, il signale avoir cet objet en sa possession sur la main-courante du magasin. Puis il rédige à l’attention de sa direction un courrier dans lequel il dénonce le chantage qui lui a été fait (voir la courrier à télécharger).

Alerté par son comportement -le vigile réalise des allers-retours incessants dans le bureau du directeur-, le personnel commence à poser des questions. Papa N’daye leur expose alors la situation et leur remet le fameux courrier.

Cette révélation suscite l’indignation du personnel, qui réclame la démission du directeur. Pour Thierry Huech, l’un des trois employés incriminés, qui a contacté Rue89, un tel comportement est tout bonnement inacceptable :

« Monter des combines pour justifier un licenciement est révoltant. Je peux concevoir que la société rencontre des difficultés financières, mais restons dans la légalité ! »

Les employés, avertis, exigent des explications de la part de la direction : comment et pourquoi ce téléphone a-t-il été sorti des rayons ? Où se trouve-t-il à l’heure actuelle ? Courrier en main, deux délégués du personnel rencontrent donc le directeur commercial.

Dans un premier temps, celui-ci niera tout en bloc. Afin de se blanchir de tout soupçon, il tentera même de récupérer le téléphone auprès de Papa N’daye, qu’il appellera pas moins de 27 fois en une seule matinée.

La direction refuse de communiquer

Le 24 février, une grève est votée par le personnel, qui durera près d’une semaine. Trois jours plus tard, le directeur régional, M. Van De Geuchte, se rend sur les lieux. Le groupe Media-Saturn effectuera à son tour un démenti le 26 février, qualifiant le courrier en question de « tissu de mensonges » :

« Il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais, dans nos magasins, de surveillance de nos collaboraturs dnas le but des les intimider ou de les ’contrôler’ à titre personnel. Une telle attitude ne correspond pas à la philosophie de Saturn. [...] Seule la surveillance de nos produits pour éviter le vol fait l’objet d’une procédure très rigoureuse. »

De son côté, dans un email adressé au journal La Provence, la société AES salariant le vigile nie également les déclarations de son salarié, prétendant « qu’aucune instruction a été donnée par la direction du magasin Planet Saturn ».

Le directeur commercial, enfin, opèrera de multiples volte-faces, niant dans un premier temps les faits lors de la confrontation avec le vigile, avant d’admettre qu’il lui a effectivement remis le téléphone, mais sur la demande de celui-ci.

L’initiative de piéger les salariés viendrait donc non pas du directeur mais du vigile ! Finalement, il affirmera que le téléphone aurait été remis à Papa N’Daye dans un seul but : que celui-ci y appose une alarme afin de tester la sécurité, alors que la pose d’antivols est une prérogative des vendeurs.

La direction affirme même avoir sous le coude un témoin, un auditeur présent sur les lieux ce jour-là. Le vigile, lui, maintient toujours sa version initiale. Le directeur commercial, joint par téléphone à plusieurs reprises, refuse quant à lui de s’exprimer sur cette affaire. Et le directeur régional, M. Van De Geuchte, n’a pas souhaité donner suite à nos appels.

En attendant de « voir ce que la direction va (leur) proposer », les salariés ont repris le travail lundi, après avoir remis leurs revendications à la direction. Ils demandent notamment le départ du nouveau directeur, le paiement de leurs heures supplémentaires et la non-discrimination du personnel en grève.

Aucune procédure judiciaire n’a été lancée, mais les salariés sont en contact avec une avocate spécialiste en droit du travail. Plusieurs débrayages sont par ailleurs prévus cette semaine.

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  • jexiste
    jexiste
    si, si
    • Posté à 18h54 le 08/03/2009
    • Internaute 53099
      si, si

    Egalement à lire, ce témoignage d’un ancien agent de sécurité de Carrefour :

    Lien

    Extrait :

    « Caméras et micros dissimulés jusque dans des portables, des lampes ou même les toilettes… Planques dans des cartons de la réserve… Il y a même des écoutes téléphoniques. À Écully, par exemple, je sais que la CGT est constamment écoutée : il y a une caméra et un micro dans le local syndical. Sur Paris, à l’hypermarché de Belle-Épine, une vingtaine de caméras cachées sont installées en plus de la centaine de caméras autorisées. Mais on ne surveille pas le personnel que dans le magasin. Pour faire tomber un cadre, on rentre dans sa vie personnelle. Qui fait quoi ? Qui couche avec qui ? Qu’est-ce qu’il boit et combien ? On enquête aussi sur les comptes bancaires. En mai 2003, sur Écully, j’ai eu à “m’occuper” du chef du rayon décoration. Il était en arrêt maladie pour dépression. On m’a demandé de le suivre pour connaître ses heures de sortie, s’il avait éventuellement un petit job au noir à côté. Dans quel - établissement il - allait, - combien de verres il buvait. “S’il en boit six, tu en marques huit”… Il avait un ancien contrat, il coûtait trop cher… Il a été - licencié et a tout perdu. Il a fini en - psychiatrie. Je l’ai retrouvé, je lui ai fait une attestation en mea culpa pour qu’il puisse, s’il le souhaite, porter plainte contre moi. J’assume, mais il faut que Carrefour lui paie tout ce qu’ils lui ont fait subir. »

  • liberationdelevangilepopulaire
    liberationdelevangilepopulaire
    sans mandat du ciel ni de (...)
    • Posté à 20h46 le 08/03/2009
    • Internaute 71809
      sans mandat du ciel ni de (...)

    Un seul mot à ce Vigile de l’humain :
    BRAVO !

    Exemple à suivre !
    Lien

  • Melinster
    Melinster répond à jexiste
    Pédant galvanisé
    • Posté à 02h44 le 09/03/2009
    • Internaute 61559
      Pédant galvanisé

    Effectivement, ca existe, et ce n’est pas bien. Ce genre de pratique, tout comme pour Planet Saturn, est un scandale et un fléaux !

    Mais voila petit témoignage pour dire que tout n’est pas rose, même de l’autre coté. Ce témoignage, c’est simple, il est de moi.

    A la demande du patron d’une petite entreprise (même pas 9 salariés) pour laquelle j’ai travaillé à mi-temps, j’ai moi aussi « espionné » un employé pour des raisons que j’explique plus loin. Je n’aurais pas accepté si je n’avais pas très bien connus le patron qui est un homme droit et honnête. Mais le droit Français actuel ne lui laissait pas d’autre choix, vraiment pas. Dans une si petite entreprise, lorsque qu’un employé se met a faire n’importe quoi (surtout s’il a des responsabilités) tout peu basculer très vite mettant tout le monde au chômage. Et le fait est que la situation devenait alarmante.

    La méthode de suivis était simple en fait : suivre la puce GPS implanté dans une voiture de fonction. Point de photos, point de micros, juste savoir où l’employé en question allait pendant ses heures de boulot pour prouver qu’il faisait des trucs pas nettes. En effet nos clients se plaignaient de plus en plus de cet employé surpayé et surqualifié. Ils disaient le voir de moins en moins en réunion (parfois plus depuis des mois), qu’il ne s’occupait plus d’eux, et que le travail était excécrable. De notre coté, l’employé en question se disait dépassé par la charge de travail, (qui avait très largement diminué en 1 an). Etrange. Il roulaient également 4x plus qu’avant avec cette voiture, alors que ses clients étaient de plus en plus proches des bureaux. Fort de ces constatations, on m’a demandé de le suivre par GPS, et de dépêcher un huissier dès qu’il était arrêté quelque part ou il n’aurait jamais du être (j’avais très vite repéré ses lieux habituels, et connaissant la vile il était facile de s’imaginer ce qu’il faisait : visite personnelle, ou travail). Je passe les détails. Résultat : Plusieurs flagrants délits par l’huissier, on a pu le licencier, fin de l’histoire.

    Dans les faits, cet homme, pendant ses heures de travail, fréquentait plusieurs maitresses (ce qui ne me regarde pas, mais faire 160 bornes un mardi aprem pour forniquer, et ce toutes les semaines, avec la voiture de fonction, au lieu d’être en réunion, c’est un peu fort), avait ouvert une entreprise (inscrite au RDC au nom de sa fille, étudiante) et travaillait à son compte pendant les heures de travail, dégradait la voiture à des fins personnels (remplir le coffre de sable ou de gravier par exemple, sans protection) et j’en passe.

    Les autres employés (qui n’étaient pas informés), assez proche de lui, n’ont pas compris au début. Ils sont tombés de haut et ont d’abord protesté. Ils sont tombés d’encore plus haut quant ils ont appris les faits (nous n’avons dévoilés que les faits concernant sa non présences au travail et son entreprise parrallèle. Tout ce qui concernait sa vie privée nous l’avons gardés pour nous, bien que nous aurions pu également l’utiliser).

    Le but n’était pas de virer cet homme et supprimer son poste, mais de le remplacer. Quelqu’un qui, cette foi, faisait parfaitement son travail, à été embauché à sa place.

    Vous voyez, tout n’est pas rose, il existe des exemples de tout genre. Je voulais juste apporter une pierre un peu différente a l’édifice.

  • perfectblue
    perfectblue
    employé
    • Posté à 07h58 le 09/03/2009
    • Internaute 72091
      employé

    (Planete Saturn fait parti du groupe METRO)

    METRO : vaste plan de restructuration

    (AOF) - Metro a annoncé un plan de restructuration visant à accroître son bénéfice d’exploitation de 1,5 milliard d’euros d’ici 2012, baptisé « Shape 2012 ». « Les secteurs du groupe qui connaissent une situation difficile seront redressés et remis sur pied », a précisé le directeur général du premier distributeur allemand coté, Eckhard Cordes, dans un communiqué. Metro a réduit son programme d’investissements pour 2009 à 1,6 milliard d’euros, contre plus de 2,2 milliards en 2008. « Des changements au niveau de la structure du personnel seront nécessaires partout dans le monde », a ajouté Metro.

    Concernant ses résultats annuels, le groupe table sur un bénéfice avant impôt et charges financières (Ebit) 2008 globalement conforme à ses prévisions, en hausse de 6% à 8% par rapport à 2007.

    source : Lien

    « Des changements au niveau de la structure du personnel seront nécessaires partout dans le monde », a ajouté Metro.

    Oui Merci , on a bien vu les changements...

    Huet Thierry

  • meiganga
    meiganga
    pompiste
    • Posté à 10h04 le 09/03/2009
    • Internaute 62589
      pompiste

    c’est lamentable ! je peux comprendre les difficultés des entreprises mais à ce point, c’est inhumain. J’ai une fois été viré d’un de mes emplois de pompiste par du harcelement moral et je peux vous dire que c’est humiliant ! on est démuni surtout si on n’a aucun moyen pour répondre à ce genre d’acte. Porter plainte ? la police vous décourage et vous dit de laisser une main courante : en somme du pipi de chat.
    Je pense que papa N’DAYE a été courageux. et félicitation à ce MONSIEUR.

  • YoshiL7
    YoshiL7 répond à Phil2922
    • Posté à 11h32 le 09/03/2009
    • Internaute 29840

    Entendu la semaine dernière une histoire comparable en France... détournement de... 40 centimes d’euros par une caissière... mais contrairement aux juges allemands, les prud’hommes ont déclaré le licenciement hors la loi... et la caissière a eu cain de cause... En allemagne, il a été approuvé il me semble... sachant que la direction allemande du supermarché aurait aussi laissé entendre que la motivation du licenciement était du au fait que la personne prenait souvent part aux conflits...
    Lien

  • jexiste
    jexiste répond à Melinster
    si, si
    • Posté à 13h33 le 09/03/2009
    • Internaute 53099
      si, si

    Tout d’abord, merci pour ce témoignage.

    Dans la mesure où vous m’avez l’air sincère, je pense que quelques détails ont pu vous échapper.

    La surveillance à laquelle vous vous êtes livré pour ce chef d’entreprise est illégale et ses résultats ne peuvent être exploités devant un tribunal. Non seulement ils ne valent rien, mais ils pourraient exposer celui qui s’en prévaudrait à des poursuites pour atteinte à la vie privée.

    Voir ici :

    Lien

    Rien ne peut justifier l’emploi de procédés illégaux, c’est la porte ouverte à tout et n’importe quoi.

    Par exemple, les patrons voyous ont pour habitude de griller dans le monde du travail (et ailleurs...) les salariés dont l’intégrité les dérange en y faisant circuler sous le manteau des dossiers de « preuves » censées avoir été obtenues par divers moyens de surveillance illégale et qui se révèlent, lorsqu’on y regarde de plus près, n’être que des montages grossiers destinés à accuser mensongèrement ces salariés de tout et de n’importe quoi. Ces dossiers sont toujours assortis de consignes du style « attention, obtenu par des procédés illégaux, à ne pas laisser entre mauvaises mains... », et excessivement rares en sont les destinataires qui prennent la peine d’en contrôler l’authenticité du contenu, ce n’est pas leur job. D’où leur efficacité...

    Dans le cas que vous évoquez, n’y avait-il pas d’autres moyens de licencier le salarié ? Vous aviez déjà un faisceau d’indices contre lui, des clients qui s’en plaignaient, pourquoi n’avoir pas suivi une procédure régulière ?

  • Melinster
    Melinster répond à jexiste
    Pédant galvanisé
    • Posté à 16h38 le 09/03/2009
    • Internaute 61559
      Pédant galvanisé

    Non effectivement le procédé était illégal et n’a pas servis directement contre l’employé, il visait juste à permettre à un huissier de constater un flagrant délit, ce qui à été fait. C’est uniquement ce flagrant délit qui à été le motif du licenciement. Et c’est uniquement ce flagrant délit qui aurait été utilisé aux prudhomme si l’employé licencié s’était plaint. Il me semble que les balises GPS avaient étés déclarés, mais le personnel n’en était pas informé. Il l’a été, me semble t’il, juste après cette affaire.

    Je n’ai pas de formations de droit, mais c’était, et c’est certain, la seule solution. Vous savez il est extrêmement difficile de virer quelqu’un qui fait mal son boulot. J’ai même déja vu quelqu’un se plaindre aux prud’hommes (et débouté) parce qu’il avait été viré pendant sa période d’essai ! ! (et ne faisait pas du tout l’affaire).

    Le patron en avait parlé à son avocat, et à 2 huissiers présentés par son avocat. Il était impossible de prouver une faute grave autrement (l’employé était très malin). Il était impossible d’impliquer les clients pour un quelconque témoignage d’absentéisme ou autre (imaginez les conséquences). Et même si l’employé avait été viré plus simplement, à quel prix ? (un gars payé dans les 3500 euros mensuels avec 5 ans d’ancienneté, ca commence a faire cher en indemnités pour une petite boite, quant on sait ce qu’il y faisait ca aurait été un scandale de payer pour qu’il parte).

    Si je me souviens bien, la méthode avait été soumise par l’huissier lui même (un amis de l’avocat).

  • perfectblue
    perfectblue
    employé
    • Posté à 20h47 le 09/03/2009
    • Internaute 72091
      employé

    Ha bein oui mais faut bien raporter des sious aux actionaires !

    Metro ’Saturn en fait parti) : 15 000 suppressions de postes d’ici à 2012

    Lien

    Espèrons qu’ils ne ferons pas comme ça pour les 15 000 salariés du groupe !