Accusé d'avoir piégé ses salariés pour les licencier
Alors que la crise frappe à la porte, tous les moyens sont bons pour réaliser des économies. Trois salariés du magasin Planète Saturn de la Valentine, à Marseille, affirment ainsi avoir été victimes d’une tentative de licenciement pour le moins douteuse.
L’affaire remonte au 16 février. Ce jour-là, le nouveau directeur commercial convoque dans son bureau Papa N’Daye, le vigile du magasin. A en croire le récit qu’en fait le vigile, il lui expose son souhait de licencier trois salariés afin de les remplacer par des personnes proches de son entourage.
Mais la loi ne le lui permettant pas ce genre de manoeuvres, l’homme va user d’un moyen détourné en tentant de piéger les salariés en question. L’idée : accuser des employés de vol afin de pouvoir justifier leur licenciement. La pratique est un secret de polichinelle dans la grande distribution, dont est issue la nouvelle recrue.
Toujours selon le récit du vigile, le nouveau directeur commercial lui soumet une demande on ne peut plus discutable : après lui avoir remis en mains propres un téléphone portable d’une valeur de près de 500 euros provenant du magasin, il lui demande de piéger l’un des trois salariés qu’il a dans le collimateur, en l’incitant au vol ou en faisant en sorte que l’objet « atterrisse » dans ses affaires personnelles.
Le propos est clair : si le vigile refuse d’obtempérer, le contrat que sa société a signé avec Planète Saturn, filliale de l’Allemand Metro, ne sera pas reconduit. Le directeur commercial va plus loin : il fournit à Papa N’Daye le numéro de téléphone d’un de ses amis policiers à la BAC, afin que le vigile procède à une dénonciation.
Restons dans la légalité
Mais l’employé, responsable du secteur Bouche-du-Rhône pour la société AES, refuse d’adhérer à des « pratiques de voyous ». Afin de ne pas être accusé de vol, il signale avoir cet objet en sa possession sur la main-courante du magasin. Puis il rédige à l’attention de sa direction un courrier dans lequel il dénonce le chantage qui lui a été fait (voir la courrier à télécharger).
Alerté par son comportement -le vigile réalise des allers-retours incessants dans le bureau du directeur-, le personnel commence à poser des questions. Papa N’daye leur expose alors la situation et leur remet le fameux courrier.
Cette révélation suscite l’indignation du personnel, qui réclame la démission du directeur. Pour Thierry Huech, l’un des trois employés incriminés, qui a contacté Rue89, un tel comportement est tout bonnement inacceptable :
« Monter des combines pour justifier un licenciement est révoltant. Je peux concevoir que la société rencontre des difficultés financières, mais restons dans la légalité ! »
Les employés, avertis, exigent des explications de la part de la direction : comment et pourquoi ce téléphone a-t-il été sorti des rayons ? Où se trouve-t-il à l’heure actuelle ? Courrier en main, deux délégués du personnel rencontrent donc le directeur commercial.
Dans un premier temps, celui-ci niera tout en bloc. Afin de se blanchir de tout soupçon, il tentera même de récupérer le téléphone auprès de Papa N’daye, qu’il appellera pas moins de 27 fois en une seule matinée.
La direction refuse de communiquer
Le 24 février, une grève est votée par le personnel, qui durera près d’une semaine. Trois jours plus tard, le directeur régional, M. Van De Geuchte, se rend sur les lieux. Le groupe Media-Saturn effectuera à son tour un démenti le 26 février, qualifiant le courrier en question de « tissu de mensonges » :
« Il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais, dans nos magasins, de surveillance de nos collaboraturs dnas le but des les intimider ou de les ’contrôler’ à titre personnel. Une telle attitude ne correspond pas à la philosophie de Saturn. [...] Seule la surveillance de nos produits pour éviter le vol fait l’objet d’une procédure très rigoureuse. »
De son côté, dans un email adressé au journal La Provence, la société AES salariant le vigile nie également les déclarations de son salarié, prétendant « qu’aucune instruction a été donnée par la direction du magasin Planet Saturn ».
Le directeur commercial, enfin, opèrera de multiples volte-faces, niant dans un premier temps les faits lors de la confrontation avec le vigile, avant d’admettre qu’il lui a effectivement remis le téléphone, mais sur la demande de celui-ci.
L’initiative de piéger les salariés viendrait donc non pas du directeur mais du vigile ! Finalement, il affirmera que le téléphone aurait été remis à Papa N’Daye dans un seul but : que celui-ci y appose une alarme afin de tester la sécurité, alors que la pose d’antivols est une prérogative des vendeurs.
La direction affirme même avoir sous le coude un témoin, un auditeur présent sur les lieux ce jour-là. Le vigile, lui, maintient toujours sa version initiale. Le directeur commercial, joint par téléphone à plusieurs reprises, refuse quant à lui de s’exprimer sur cette affaire. Et le directeur régional, M. Van De Geuchte, n’a pas souhaité donner suite à nos appels.
En attendant de « voir ce que la direction va (leur) proposer », les salariés ont repris le travail lundi, après avoir remis leurs revendications à la direction. Ils demandent notamment le départ du nouveau directeur, le paiement de leurs heures supplémentaires et la non-discrimination du personnel en grève.
Aucune procédure judiciaire n’a été lancée, mais les salariés sont en contact avec une avocate spécialiste en droit du travail. Plusieurs débrayages sont par ailleurs prévus cette semaine.
- Sur laprovence.comIl demande au gardien de piéger des employés, sur LaProvence.fr
- Sur journal-lamarseillaise.comLes salariés appellent à la solidarité, sur LaMarseillaise.fr
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Egalement à lire, ce témoignage d’un ancien agent de sécurité de Carrefour :
Lien
Extrait :
« Caméras et micros dissimulés jusque dans des portables, des lampes ou même les toilettes… Planques dans des cartons de la réserve… Il y a même des écoutes téléphoniques. À Écully, par exemple, je sais que la CGT est constamment écoutée : il y a une caméra et un micro dans le local syndical. Sur Paris, à l’hypermarché de Belle-Épine, une vingtaine de caméras cachées sont installées en plus de la centaine de caméras autorisées. Mais on ne surveille pas le personnel que dans le magasin. Pour faire tomber un cadre, on rentre dans sa vie personnelle. Qui fait quoi ? Qui couche avec qui ? Qu’est-ce qu’il boit et combien ? On enquête aussi sur les comptes bancaires. En mai 2003, sur Écully, j’ai eu à “m’occuper” du chef du rayon décoration. Il était en arrêt maladie pour dépression. On m’a demandé de le suivre pour connaître ses heures de sortie, s’il avait éventuellement un petit job au noir à côté. Dans quel - établissement il - allait, - combien de verres il buvait. “S’il en boit six, tu en marques huit”… Il avait un ancien contrat, il coûtait trop cher… Il a été - licencié et a tout perdu. Il a fini en - psychiatrie. Je l’ai retrouvé, je lui ai fait une attestation en mea culpa pour qu’il puisse, s’il le souhaite, porter plainte contre moi. J’assume, mais il faut que Carrefour lui paie tout ce qu’ils lui ont fait subir. »




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