Incinérateur de Fos : une aberration et un enjeu national

(De nos archives, tribune publiée le 20 janvier 2009). Une délibération pour entériner la mise en route de l'incinérateur de Fos-sur-Mer en 2010 sera soumise au vote des élus de la communauté urbaine MPM jeudi 19 février. Et la polémique se poursuit…
L'audit relatif notamment « au financement et à l'exploitation de l'unité de traitement de déchets multifilière » n'aura donc pas changé la donne et l'assurance du président PS de MPM Eugène Caselli de réduire la part d'incinération pas suffi à calmer la colère des élus et habitants des communes du SAN Ouest Provence, opposés au projet et qui ont prévu de manifester devant le siège de MPM.
Les écologistes et un bon nombre de riverains se battent depuis plus d'une dizaine d'années contre le projet d'incinération des déchets ménagers de Marseille. La mobilisation citoyenne a suivi l'errance du projet. D'abord prévu à Saint-Menet à la Valentine (est de la ville), le projet d'incinérateur a migré vers les Aygalades (quartiers Nord de Marseille) avant d'atterrir à Fos-sur-Mer.
A l'orée des résultats de l'audit commandé par la Communauté urbaine de Marseille Provence Métropole (MPM), il est capital de faire un point sur ce dossier.
Echecs des projets d'incinération en Corse, en Auvergne…
Cet audit doit rendre des conclusions concernant l'impact sanitaire et les contraintes financières et juridiques du dossier après l'annulation par le Tribunal administratif de Marseille de la délibération prévoyant la Délégation de service public à la société Evéré. Celle-ci prévoyait le traitement par voie d'incinération de 300 000 tonnes annuelles de déchets de l'aire métropolitaine marseillaise
Se joue en fait à Fos l'avenir même de la filière de l'incinération en France après les échecs successifs des projets de Corse et de Clermont-Ferrand et le silence coupable du Grenelle de l'environnement sur la question.
Il faut rappeler ici les raisons essentielles du refus des populations locales et des écologistes à ce projet.
Le projet d'incinérateur de Fos est tout d'abord un déni démocratique. La décision unilatérale de la communauté urbaine de Marseille (MPM) sous l'ère Gaudin, prise sans réel débat d'idées, sans concertation véritable, sans stratégie ni approche globale de la problématique de la gestion des déchets ménagers, est scandaleuse.
Cette collectivité a décidé, contre l'avis de six communautés d'agglomérations situées autour de l'Etang de Berre et des populations locales d'implanter un incinérateur dans une zone géographique déjà extrêmement fragilisée et en état de saturation industrielle.
L'incinération ? Une aberration…
Il est en outre regrettable que MPM n'ait pas été guidée par le respect de l'intérêt général et des règles élémentaires de concertation publique en intégrant son projet au Plan départemental d'élimination des déchets ménagers.
Ce Plan est le fruit d'une large concertation et ses objectifs de coordination de la politique des déchets, de prise en compte des contraintes sanitaires, environnementales, sociales, économiques et écologiques sont affichés de manière transparente.
L'incinération des déchets ménagers est en effet aujourd'hui reconnue comme une aberration. Outre la pollution qu'il génère, un incinérateur n'élimine pas les déchets mais se contente de les réduire en volume en en créant d'autres que l'on ne peut ni traiter, ni valoriser et qui ne peuvent qu'être enfouis ou placer en décharge.
Le coût de construction d'un incinérateur étant élevé, pour être rentabilisé, le volume de déchets à incinérer ne doit pas être réduit ce qui condamne la combinaison possible de l'incinération avec les modes alternatifs de traitement des déchets : tri, recyclage et surtout réduction à la source, seule solution répondant à une politique volontariste de développement durable.
Où en sommes-nous aujourd'hui ?
Nous sommes dans une espèce de no man's land juridique. La construction de l'incinérateur se poursuit (le début de l'exploitation étant prévu pour 2010) mais aucune base légale ne permet l'exploitation de la « bête immonde » du fait de l'annulation de la DSP prise par la CUM.
L'audit doit nous renseigner sur les différents scénarios envisageables. Il y en a deux réellement :
L'incinérateur est mis en marche
La CUM vote une nouvelle DSP (dans les formes cette fois-ci) prévoyant l'incinération de la moitié de ses déchets à Fos. L'argument parade étant que la collectivité (déjà asphyxiée financièrement) ne peut faire face au dédit financier avancé par l'audit (400 ou 500 millions d'euros –la somme gonfle chaque jour ce qui n'est pas très bon signe).
Ce dont nous sommes sûrs c'est que le coût de construction du centre multifilières coûte 192 millions d'euros et que cette construction est quasiment achevée.
Nous nous opposons radicalement à ce scénario. D'abord car la santé publique n'a pas de prix. Ensuite parce que ce dédit financier n'est pas une fatalité :
- Il reste des recours juridictionnels, notamment devant le Comité d'Aarhus qui pourrait condamner la France pour non respect des règles internationales en matière de concertation sur un projet pouvant avoir des impacts sanitaires ;
- Le dédit ne prévoit pas les surcoûts liés à l'obsolescence de la technique d'incinération, ni les économies faites sur les matières premières non brûlées ;
- Le dédit sera à étaler sur 20 ans (durée de l'exploitation prévue). Cela offre des possibilités et des montages d'investissement innovants, notamment en matière de production d'énergie renouvelable combinée (centrale photovoltaïque, éolien…) ;
- Par ailleurs, la charge du dédit peut être diluée en retravaillant sur un plan départemental d'élimination des déchets et en créant un syndicat mixte.
Des alternatives existent
La CUM décide de choisir le seul scénario respectant la volonté des populations locales, les règles élémentaires de santé publique et le principe de précaution inscrit dans le préambule de notre Constitution, en abandonnant le projet d'incinérateur de Fos et en élaborant une stratégie de sortie de l'incinération.
Les alternatives existent à l'instar de ce que fait aujourd'hui l'agglo de Montpellier :
- Il conviendra alors d'élaborer un nouveau plan départemental et de planifier dans le temps les techniques de valorisation des déchets et de leur réduction à la source ;
- Cela passera pendant quelques années par le maintien de la décharge d'Entressen (aujourd'hui aux normes après un lourd investissement de la CUM) dont il est absolument faux que l'Union Européenne nous pousse à la fermer sous menace d'astreinte.
Ceci est une pure intox de M. Gaudin relayée par le Préfet Sappin qui agite, par le chantage du non renouvellement des autorisations d'exploiter les décharges, le spectre napolitain d'entassement des déchets dans nos rues si l'incinérateur ne se faisait pas ; - Il est aussi envisageable de conserver la partie du projet de Fos qui concerne la tri-méthanisation dans le cadre d'une renégociation du contrat avec Evéré.
Le 19 février les conclusions de l'audit seront rendues. Il semble que les auditeurs n'aient pas entendu tous les acteurs du projet (notamment les associations ayant participé à l'élaboration du Plan départemental d'élimination des déchets de 2005).
Aussi, les Verts souhaitent qu'une commission ad-hoc d'élus de la CUM représentant l'ensemble des sensibilités politiques soit associée aux auditeurs avant la remise publique du rapport et de ses conclusions.
Afin d'éviter, au prétexte d'arguments financiers, un « Munich de l'écologie ». La santé publique n'est pas négociable ! Puisse cette supplique être entendue.
A lire aussi sur Rue89 :
► L'incinérateur de Marseille-Fos plombé par la justice
► L'incinérateur incinèrera et la gauche mange son chapeau
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De daniel de fos
Associatif | 17H29 | 20/01/2009 |
Bravo
L'article est bien fait il retrace la vérité de bout en bout.
C'est quand que la CUM et le CG vont se mettre en conformité avec les populations riveraine, les élus locaux face a la santé publique.
Un certain J-N G a mit la santé publique en avant dans sa campagne municipale, aujourd'hui il là oublié et les électeurs de l'ouest de l'étang de Berre n'existent plus pour lui.
Je préfère m'arrêter là car il y en aurai tellement a dire que cela prendrait plusieurs pages.
à daniel de fos
De Guillaume_Z
figurant | 21H10 | 20/01/2009 |
je suis assez d'accord avec le fond de l'article (manque de concertation, pas de gestion à long terme de la question des déchets…). et c'est sur qu'il vaudrait mieux s'inspirer du plan de déchets du pays d'Aix par méthanisation
mais sur la forme, ça manque carrément d'objectivité journalistique : « Nous sommes… »
dommage que Rue89 et ses riverains soient toujours contre tout ce qui peut se passer à Marseille et autour : Euromed, la rue de la République, capitale de la culture. Et à Fos : contre le dépôt GNL de GDF (pourtant quand la Russie coupe les robinets, ça serait pas mal quand même de s'alimenter de gaz égyptien ? ), contr l'extension du port, contre la fermeture de la plage du Cavaou (Seveso II cher Daniel), …
PS : la décharge d'Entressens n'est elle pas de toute façon illégale ?
à Guillaume_Z
De vdolot
en sursis au pied des usines | 09H40 | 21/01/2009 |
« ça manque carrément d'objectivité journalistique » : ben évidemment ce n'est pas un journaliste qui l'a écrit puisque c'est signé : élu vert ! ! !
En même temps, le traitement journalistique de ce dossier a tellement été catastrophique (mais qui aura le courage de taper à la fois sur gaudin et guérini et à la fois sur le lobby de l'incinération…) qu'un peu de vérité, d'où qu'elle vienne, est toujours bonne à prendre ! ! !
Quant à la décharge d'Entressen : voilà le plus bel exemple de la désinformation ! Cette soi-disant inégalité, volontairement entretenue par les porteurs de l'incinérateur, et relayée de façon très zélée par nos médias locaux est un mensonge pur et simple : jamais l'Union Européenne ne l'a déclarée illégale, elle a demandé qu'elle soit mise aux normes sous peine de fermeture ! ! APrès 56 millions d'euros investis, voilà la décharge aux normes… Mais le lobby de l'incinération ne veut plus entendre parler de décharge, donc : gros forcing auprès de l'UE pour rendre la mise en décharge plus chère pour les collectivités ! ! Dans la même veine, le « Grenelle » de sarko a également débouché sur une favorisation de l'incinération au détriment de la mise en décharge ! POurquoi ? ? ? Ben parce que les mode alternatifs de traitement des déchets (notamment : tri compostage méthanisation) ont besoin de décharges encore quelques temps, avant de tourner à plein régime ! ! ! Mais ne nous leurrons pas : Caselli, Guérini et Gaudin : même combat ! ! ! 1) faire l'incinérateur pour faire plaisir à Véolia. 2) garder la décharge d'Entressen pour y entreposer les résidus (très dangereux) de l'incinérateur…
à vdolot
De Guillaume_Z
figurant | 20H12 | 23/01/2009 |
Ok Vdolot, je veux bien te croire, tu as l'air de bien connaitre le sujet, mais quand je fais une recherche sur internet, « décharge entressens », je tombe sur ce site (écolo) http://membres.lycos.fr/ecologistres/Decharge.htm qui me dit que la décharge est illégale…depuis 80 ans ! du coup on tourne un peu en rond…
sinon, pour le traitement de la filière déchets, j'aime bcp les idées de l'écologie industrielle : recycler les déchets coute énormément d'énergie, alors autant faire des circuits fermés où chaque industrie récupère les déchets de l'autre pour s'en servir.
@+
De Tranquilla
poulet bicyclette | 19H31 | 21/01/2009 |
Les déchets sont des richesses, Véolia & co ont tout compris. Et Gaudin, aux ordres de la firme, ne doit même pas être au courant…
Malheureusement, cette question ne semble pas intéresser. le nombre de lectures de l'article pourra donner une idée. Dommage car en s'y penchant sérieusement, d'importantes modifications industrielles et de consommation pourraient surgir. Le fait que le Grenelle ait approuvé l'incinération montre s'il le fallait la vaste fumisterie de l'entreprise.
A Marseille, la décision de déplacer l'incinérateur à l'extérieur de la commune a permis d'affaiblir largement l'opposition citoyenne. Sans soutien des politiques et sous la répression policière (militants bastonnés devant la Mairie en 2007, RG présent à la moindre réunion, CRS en masse lors des rassemblements, …), le mouvement s'est essoufflé et la construction est presque achevée.
Un lien vers le collectif anti-incinération dont les militants ont notamment réalisé la banderole de la photo : http://contre.incinerateur.free.fr
à Tranquilla
De yasmar2022
etudiant | 16H55 | 23/01/2009 |
Il y a quand même un petit soucis à mon avis a etre plus favorables a une decharge qu'a un incinerateur.
A un moment donne, même si l'on souhaite un changement complet du mode de consommation du monde entier, il faut tenter d'adapter ce que l'on peut faire.
Bien sur l'ideal serait la reduction des dechets a la source. Neanmoins il est evident que la valorisation des dechets est mieux que leur non valorisation.
La seule vraie question est de savoir si il va y avoir ou non une politique constructive d'utilisation de toutes les posibilités de valorisation des dechets ou si l'incinerateur ve générer une politique unique en sa faveur, avec une valorisation faible des dechets au final.
Ce qui compte, au dela de nos convictions profondes face a notre mode de societe, c'est d'avoir la plus grande valorisation possible pour les dechets. Si l'incinerateur est un frein a cette logique, alors oui il faut l'empecher de fonctionner. Sinon, il sera bien durde presenter la decharge comme une alternative viable sans valorisation, illegale ou pas.