17/02/2009 à 18h04

Montpellier : Teyssier, vilain petit canard de la presse locale


Jacques-Olivier Teyssier, journaliste ? Ce n'était pas prévu. Ingénieur, il travaille pour des multinationales. En 2004, il décide de quitter son costume et de prendre la plume. Il intègre l'école des métiers de l'information à Paris.

Six mois plus tard, il pose ses valises à Montpellier et fait ses premières armes dans les colonnes de L'Hérault du Jour, un quotidien d'informations départementales. Déjà, le manque de liberté lui pose problème. Il refuse de modifier une interview qui aurait pu « déranger Frêche » et quitte la rédaction. (Voir la vidéo)



Fort de son esprit d'initiative et convaincu d'aller dans la bonne direction en prônant l'indépendance du journalisme régional, il crée, en 2005, avec « quelques-uns de ses collègues » un journal-papier indépendant : L'Accroche.

Le journal manque de lecteurs et la motivation de ses fondateurs s'essouffle. Après deux ans d'existence, il disparaît des kiosques. Jacques-Olivier Teyssier réapparaît dans le paysage journalistique montpelliérain, fin 2008, avec un site d'information « indépendant, rigoureux et honnête sur Montpellier et sa région » : Montpellier-journal.fr.

Le site vit (ou survit ? ) grâce à ses économies, mais Teyssier compte sur les dons de ses lecteurs. Au mois de janvier 2009, il a déjà reçu 1 300 euros, « c'est bien mais pas suffisant ».

Son objectif ? « Appuyer là où ça fait mal »

Pas facile pour un nouveau media de s'implanter à Montpellier. Surtout quand il s'agit d'un site d'informations locales absolument indépendant des collectivités. Montpellier-journal.fr, contrairement à Midi Libre ou MontpellierPlus, ne gagne pas d'argent grâce aux annonces légales ou la publicité.

Avantage : il ne peut donc être soumis à des pressions politiques. Un site plutôt de gauche, qui ne craint pas « d'appuyer là où ça fait mal ». Quitte à remettre en question la politique de « l'Agglo », la communauté urbaine de Montpellier, ou de la Région, toutes deux socialistes. (Voir la vidéo)



Pour toutes ces raisons, on tente de court-circuiter Jacques-Olivier Teyssier. A deux reprises, il s'est vu refuser l'accès à un conseil d'agglomération. Les services com » de la mairie ont tendance à oublier de lui adresser les communiqués de presse, voire de cesser, « comme par hasard », de les mettre en ligne comme c'était le cas avant sa mise au ban.

Le prétexte invoqué ? Jacques-Olivier Teyssier n'a pas de carte de presse. Logique : le journaliste ne vit plus de son activité depuis 2005. (Voir la vidéo)



Qu'en est-il des relations entre Jacques-Olivier Teyssier et ses confrères ? Cela dépend... et ça le dépasse. « Je dérange », résume celui qui n'hésite pas à dire que certains journalistes locaux ne font pas leur boulot.

En octobre 2008, Montpellier-journal.fr précipite son lancement et poste « MontpellierPlus fait la com » de la mairie ». Distribué à plus de 26 000 exemplaires chaque jour, le journal gratuit avait copié un communiqué de presse de la mairie sans citer la source.

Didier Thomas Radux, journaliste au sein du groupe Midi Libre et créateur de MontpellierPlus postait une réaction dans les commentaires :

« Merci à JOT [Jacques-Olivier Teyssier, ndlr], on va enfin savoir ce qui se passe à Montpellier et avoir des révélations ! ! ! ! 
 Pardon ? Ah, c'est juste ses commentaires sur le travail des autres ? (...) C'est qui au juste JOT ? Il a quoi comme expérience dans les medias ? »

« Sarciat, le rédacteur en chef adjoint de Montpellier plus m'a traité de trou du cul »

A-t-il reçu des menaces ? « Oui, une fois, du photographe de MontpellierPlus, les commentaires sont sur mon site », et il se fait insulter par le journaliste de MontpellierPlus. (Voir la vidéo)



Mais l'homme peut aussi compter sur des soutiens. Début février 2009, des journalistes ont tenu à faire savoir qu'ils considéraient Montpellier-journal.fr comme un média à part entière, dans un courrier envoyé au club de la presse de Montpellier. Parmi les signataires, le directeur de l'antenne de l'Ecole supérieure de journalisme de Montpellier, des correspondants de Libération, L'Express, Marianne, Le Monde diplomatique...

Une idée difficile à faire passer, et à l'origine d'un débat au sein de la profession à Montpellier sur le statut de journaliste.

A voir aussi sur Rue89 :
Montpellier : Blanc dénonce l'acharnement de Frêche.
Le diaporama de la venue de Diego Maradona au Stade Vélodrome.
Montpellier : l'actu vue par les étudiants en journalisme.

Ailleurs sur le web :
Le blog Montpellier89 des étudiants en journalisme
L'antenne « Montpellier » de l'ESJ
Le site Montpellier-journal.fr

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  • Phil-OGM
    Phil-OGM
    mondialiste utopiste
    • Posté à 20h08 le 17/02/2009
    • Internaute
      mondialiste utopiste

    Voui, voui,

    On avait besoin d'un canard comme Montpellier Journal dans notre coin. Le site est maintenant facilement lisible, et le travail de JOT rigoureux : peu d'articles, mais qui vont jusqu'au bout. En tant qu'enseignant - qui plus est enseigant « désobéisseur“-, j'ai particulièrement apprécié l'enquête suivante :
    Lien

    Merci à JOT pour son boulot, et bonne continuation !

  • supprimé à la demande du riverain 27.02.09
    • Posté à 20h23 le 17/02/2009

    J'ai beaucoup de sympathie pour votre entreprise, car je crois très important qu'un journal soit totalement indépendant des pouvoirs locaux, régionaux ou nationaux. Mais si vous voulez décoller, je crains que vous ne soyez contraint de vous inféoder à une puissance financière. Il existe toujours dans les grandes familles un rejeton plus indépendant que les autres qui n'hésite pas à aller à contre-courant de sa famille et de sa classe pour sponsoriser des journaux sans chercher à les contrôler. Je me souviens d'avoir lu que lors de sa création en 1905, l'Humanité reçut le soutien financier d'un des membres de la grande famille des banquiers Rothschild. Personnellement je suis de droite, mais j'aime que les journalistes dont je lis les articles ne soient les caniches de personne, ni de la droite, ni de la gauche. Et je dois dire que Rue89 me donne satisfaction pour cette raison.

  • Xavier Malafosse
    Xavier Malafosse
    Photographe
    • Posté à 20h31 le 17/02/2009
    • Internaute
      Photographe

    Ce doit être assez désagréable pour des pseudos journalistes, d'abord cireurs de pompes, mais titulaires d'une carte de presse, de voir un journaliste, privé de carte mais qui fait un travail de terrain, leur ravir quelques lecteurs. C'est pourtant largement mérité...

    On comprend que ça puisse gêner dans le coin, quand on voit les pratiques locales. J'attends moi-même un retour à un courrier de l'Agglo depuis le 2 février pour faire quelques photos d'illustration. Il est vrai que je n'ai pas non plus de carte de presse...

  • Saturnin-julius
    • Posté à 08h22 le 18/02/2009

    Si je comprend bien la « carte de presse » c'est aujourd'hui plutôt la « carte de lèche ».
    Comme les lecteurs ne payent plus, l'argent vient des politiques et des publicitaires. Un journaliste encarté est donc quelqu'un qui a l'honneur de leur plaire.
    Bel avenir de la profession ...